‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 78 sur 98 · DESARMEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

DESARMEMENT DE PARIS

Lignes do démarcation des deux armées, — Reddition des forts et redoutes, — Remise de l'armement et du matériel.

Art. 1". — Lignes de démarcation devant Paris.

Les lignes de démarcation seront formées du côté français par l'enceinte de la ville.

Du côté allemand :

i° Sur le front Sud : la ligne partant de la Seine, à rextrémilc nord de Tîle de Saint-Germain, longera Tégout d'issy et continuera entre l'enceinte et les forts d'issy, de Vanves, de Montrouge, de Bicôtre, d'Ivry, en se tenant à une distance d'environ 500 mètres des fronts des forts, jusqu'à la bifurcation des. routes de Paris au Port-à-l'Ànglais et d'Alfort ;

^ Sur le front Est : Depuis le dernier point indiqué, la ligne traversera le confluent de la Marne et de la Seine, longeant ensuite les lisières de l'ouest et du nord du village de Charenton pour se diriger directement à la porte de Fontcnay en passant par le rond-point de l'Obélisque. Puis la ligue se dirigera vers le nord jusqu'à un point à 500 mètres à l'ouest du fort de Rosny et au sud des forts de Noisy et Homainville, jusqu'à l'endroit où la route de Pantin touche au bord du canal de l'Ourcq.

I^a garnison du château de Vincennes sera d'une compagnie de 200 hommes et ne sera pas relevée pendant l'armistice ;

3<> La ligne continuera jusqu'à 500 mètres au sud-ouest du fort d'Aubervilliers, le long de la lisière sud du village d'Aubervilliers et du canal Saint-Denis, traversant ce dernier à 500 mètres au sud de la courbe, gardant une distance égale au sud des ponts du canal et se prolongeant en droite ligne jusqu'à la Seine ;

4» Sur le front ouest : à partir du point où la ligne indiquée touche à la Seine, elle en longera la rive gauche en amont jusqu'à Tégout d'Issy.

De légères déviations de cette ligne seront permises aux troupes allemandes autant qu'elles seront nécessaires pour établir leurs avant-postes de la manière qu'exige la sûreté de l'armée.

Art. 2. — Passage de la ligne de démarcation.

Les personnes qui auront obtenu la permission de franchir les avant-postes allemands ne pourront le faire que par les routes suivantes :

Route de Calais;

— Lille ;

— MetE ;

— Strasbourg, porte de Fontenay ; ^ Bâle ;

— Antibes ;

— Toulouse.

Puis enfin sur les ponts de la Seine, comprenant celui de Se vres, dont la reconstruction est permise :

Pont de Neuilly;

— Asnières ;

— Sèvres :

— Saint-Cloud ;

Art. 3. — Reddition des Ibrts et redoutes.

lia reddition s'opérera dans la journée du 29 janvier 1811, à partir de 10 heures du matin, et de la manière suivante :

Les troupes françaises auront à évacuer les forts et le territoire ueuti^e, en laissant daqs chacun des forts le commandant de place, le garde du génie, le garde d'artillerie et le porlier-consigpe.

Aussitôt après l'évacuation de chaque fort, un officier de l'étatmnjor français se présentera aux avant-postes allemands, afin de donner los renseignements qui pourraient être demandés sor ce fort, ainsi que l'itinéraire à suivre afin de s'y rendre.

Après la prise de possession de chaque fort, et après avoir donné les renseignements ([ui pourront lui être demandés, le commandant de place, le garde du génie, le garde d'artillerie et le portier-consigne rejoindront à Paris la garnison du fort.

Art. 4. — Pemise de l'armement et du matériel.

Les armes, pièces de campagne et le matériel seront remis aux autorités militaires allemandes dans un délai de quinze jours, à partir de la signature de la présente convention, et déposés, par les soins des autorités françaises, à Sevran. Un état d'effectif de l'armement et du matériel sera remis par les autorités frauçaisei^ aux autorités allemandes avai^t le 4 février prochain.

l.^T^^^^^ "^^^ ^"'^'^^ "^"^ "'""^"^ *^« ^^^V^^^ devront ôlre également enlevés avant cetto époque. ^

Versailles, 2P. janvier.

/-.« CAe/' (rétBt-major général de rarmée de Parisy

Le Chef détut-major général ^^ ^^""^^^

des armées allemandes.

De Moltke.

Déposition de M. le général Borel.

M. Saint-MarcGirardin. président. ^ M. Perrol voudra bien vous adresser des questions. ^

M Perrot - J^ai divisé les questions pour éviter les pertes

d'elles"'''' '' ''"' -terrogerni suecessivement sur eh'aoune

rja première question poHe sur la première évacuation d'Orléans. M. le gênerai Borel. - Qu'est-ce que vous appelez la premtare évacuation d'Orléans^? Il y eu a eu quatre, /e ne pense'pas que vous parliez de cette première évaouaUon par les troupes oui se «ont retirées pour rentrer ensuile. Il y « eu une deuxième évacuation à 1 époque où le général de Polhèn commandait: une troisième, loppque le général de la Motterougo e..t venu prendre le commandement de l'armée, et. enfin, une quatrième, après la grande affaire des 8 et 4 décembie.

M. Perrot. — Celle que j'appelle la première est ceUe qui a eu lieu quand le général do la Motlerouge commandait.

M. le général Borel. — Voici ce qui a eu lieu au sujet de cette évacuation. Mais, permettez-moi d*abord de faire une réserve pour ainsi dire personnelle. Pendant toute la guerre, je n ai rempli que les fonctions de chef d'état-major. Un chef d'état-major est l'homme du commandant supérieur, du général en chef; il reçoit ses confidences : sa responsabilité est couverte par celle du général en chef. Vous comprendrez donc toute la réserve que je dois mettre dans mes réponses aux questions qui nie seront faites. Je tâcherai, cependant, fiuUnt que possible, d'éclairer la Commission.

Voici quelle était la situation, lorsque j'ai été appelé.

Le général de Polhès avait pris le commandement, pendant que le 15« corps était en voie de formation. Il s'organisait une division à Vierzon, une à Bourges et une à Nevers. La formation de ces divisions a dû commencer seulement dans la deuxième quinzaine de septembre, et elle s'est prolongée beaucoup plus tard , parce qu'une partie des corps arrivaient d'Afrique et qu'ils n'étaient pas complètement prêts. Pendant ce temps le général de la Motterouge , comme commandant du 45« corps, était dans rinaction , parce que ses troupes n'étaient pas organisées. On avait pris pour commander à Orléans le général de Polhès» commandant la division territoriale à Bourges.

Aussitôt après la chute de Strasbourg les Prussiens ont fait un grand mouvement en avant : ils ont traversé les Vosges et se sont portés du côté de Besançon et de Dijon ; ils ont fait aussi un mouvement du côté d'Orléans.

Jusque-là on s'était borné à couvrir les abords de cette ville par une brigade de cavalerie qui avait suffi. Plus tard , lorsque Tennemi fut devenu plus menaçant , le général de Polhès fut envoyé avec un régiment de mobiles qui appartenait au 15« corps, plus quelques troupes du 15* corps , et enfin des mobiles des départements environnants. C'étaient des soldats de toutes façons, qui se trouvaient dans de très-mauvaises conditions. Le général est arrivé à Orléans dans les derniers jours de septembre. Il a cru être menacé par des forces supérieures, il n'a pas pensé pouvoir tenir, il s'est retiré.

On m'a envoyé à Orléans pour savoir ce que c'était que celte affaire. J'ai trouvé le général de Polhès rentré à Orléans : ce n'était qu'une panique. Pour nous débarrasser de la cavalerie ennemie, que nous croyions n'être que des fourrageurs, il fut convenu qu'on mettrait à la disposition du général de Polhès toute la cavalerie du 15* corps, deux régiments qui étaient à Beaugen^'y, et trois régiments du général Michel , plus deux régiments de la brigade Nansouty, qu'on réunirait ces neuf régiments à l'improviste, qu'on les ferait appuyer par l'infanterie qu'on pourrait avoir et qu'on chercherait à dégager la plaine. Si ce mouvement s*était exécuté , on aurait pu parfaitement réussir ; mais cela n'aurait pas duré longtemps. Ce mouvement ne s'est exécuté que le 6 ou le 7 octobre. Il a réussi à Toury dans un engagement qui nous a été très-favorable, et l'ennemi a reculé. Alors nous avons donné l'ordre d'occuper Pithiviers. Ce n'est qu'à partir du 1 que le général de la Motterouge a reçu l'ordre de partir pour Orléans, afin d'y prendre la direction des opérations.

M. Ulric Perrot. — Je crois même que c'est le 8 octobre.

M. le général Borbl. — Peut-être même le 8. Je n'ai pas pu

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consulter mes notes ; j*ai eu toutes mes archives brûlées à Paris, chez mon oflicier d'ordonnance, M. de Villeneuve, le fils d'un des maires de Paris.

M. le comte Daru. — En effet, sa maison a été brûlée à fond ; il n*en reste pas une pierre.

M le général Borel. — Je vous prie de remarquer cette chose : le général de la Motterouge n*a reçu le commandement ffue le 7. Notre intention était de faire occuper Pithiviers, Fontainebleau, de porter cette cavalerie en avant d*Orléans. L'ennemi, ayant su qu'il se formait une armée du côté de la Loire, a été assez inquiet, et il a fait un mouvement pour prendre Orléans, à la suite de la capitulation de Strasbourg. Nous n'avons été prévenus de ce mouvement (|ue le 8 ou le 9. Ce n'est que lorsque la cavalerie du général Heyau est allée à Pithiviers que nous avons connu le mouvement qui se préparait du côté d'Etampes, et l'orage qui venait fondre sur Oi'léans. Le général est arrivé à Pithiviers probablement le H, et, ce jour-là, nous avons donné l'ordre de faire venir les troupes du 15« corps, ou du moins deux divisions du 15* corps; car les autres divisions devaient être portées du côté de Gien pour couvrir notre droite. Lorsque le général Reyau nous a appris que Tennemi était en force du côté d'Orléans , nous avons donné des ordres par le télégraphe pour faire arriver toutes ces troupes. Il s'en fallait beaucoup qu'elles fussent organisées : on les fit venir telles quelles. Ces troupes ont commencé à arriver à Orléans dans la journée du 9. Le combat (1) doit être du 9 et l'évacuation d'Orléans du 10, si je ne me trompe. Enfin, c^est un jour de plus.

M. Perrot. — C'est le 11 que le combat a eu lieu.

M. le général Borel. — Alors ce n'est que le 10. Le combat do Toury est du 1.

M. Perrot. — Pour vous rappeler les dates, je vous dirai que le général de la Motterouge a été appelé à Tours le 8, et le 8 au soir, en revenant, il a reçu la nouvelle dont vous parlez.

M. le général Borel. — Ce n'est qu'à la suite de notre voyage à Tours que le général de la Motterouge a donné des ordres écrits pour faire arriver à Orléans les troupes du 15® corps. Sur les nouvelles reçues le 9 au soir, de Pithiviers, on réitéra les ordres par le télégraphe pour hâter leur arrivée.

I^es premières troupes commencèrent à arriver dans la journée du 9, et furent portées à l'ouest de la forêt d Orléans, partie entièrement découverle.

\{) L'évacuation a eu lieu le 11, après deux jours do combat.

Précédemment, toutes nos forces en infanterie avaient été envoyées dans la forêt pour la défendre.

Le 10, à neuf heures du matin, le général Reyau, qui venait de Pithiviers avec sept régiments de cavalerie et environ douze cents tii*ailleurs algériens, fut attaqué à Ârthenay par des forces considérables. Nos troupes ont été rejetées dans la forêt, et il s'en est suivi beaucoup de désordre. La cavalerie est rentrée dans Orléans en même temps que Tartillerie. Nous sommes allés le soir pour rétablir un peu d'ordre, et surtout pour organiser la défense de la forêt. Malheureusement toutes ces précautions ont été inutiles. L'ennemi a commencé son mouvement le lendemain : la résistance a été à peu près nulle.

Le 11, pendant que nous étions à recevoir, à Orléans, les troupes qui y arrivaient, — il était arrivé trois bataillons dans la matinée, — on est venu nous apporter la nouvelle, vers les orne heures, que les Prussiens étaient devant Orléans. Le général de la Motterouge, avec les trois bataillons qui venaient d'arriver, se trouvait dans les faubourgs où il a pu maintenir sa position, jusqu'au soir. Sans cela les Prussiens seraient entrés dans la journée même à Orléans.

Nous avons profité de la nuii pour évacuer Orléans et battre en retraite. La première journée nous sommes arrivés à la Ferté. Nous nous sommes arrêtés là, et le lendemain nous avons pris position de manière à pouvoir tenir. Le général de la MotteiH)uge est resté dans cette position pour reformer son corps d'armée.

Remarquez ceci : le général de la Motterouge a été surpris par le mouvement de l'ennemi, qui était préparé d'avance, et quil n'a connu que par son exécution. Nous n'avions pas la moitié de nos forces réunies, lorsque l'ennemi a marché sur Orléans. Il était impossible de prendre les mesures qu'on aurait prises si on avait eu toutes ces troupes sous la main pour s'opposer à l'entrée de l'ennemi. Si nous avions eu les deux divisions du 15* corps dans ce moment-là, je doute que l'ennemi eût pu entrer dans Orléans. Malheureusement nous n'avions que la moitié de ces troupes, et encore! De plus, arrivant à Orléans et ne connaissant pas le terrain, elles étaient dans des conditions de défense très-mauvaises.

M. le comte Daru. — Combien l'ennemi avait-il de monde?

M. le général Borel. — Il a dû déboucher sur Orléans avec 25 ou 80,000 hommes.

M. le comte Daru. — C'était à peu près le nombre d'hommes que vous aviez?

M. le général Borbl. — Nos divisions étaient plus fortes qa« cela. Elles se composaient de deux brigades chacune et chaque

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brigade de trois régiments. Il fallait compter par (livisioii de 15 à i8«0(K) hommes. Nous aurions eu de 30 à 85,000 hommes, si tout avait éV^ réuni, tandis que nous n'en avions guère qu'une douzaine de mille. En comptant tout ce qui était arrivé, nous n'avions pas 12,000 combattants.

M. Perrot. — C'est le chiffre que donne le général de la Motterouge.

M. le général Borel. — Oui, appartenant au corps d'armée. Maintenant, en dehors de cela, il y avait bien, en avant d'Orléans, quelques troupes, un régiment de mobiles; mais ces mobiles étaient armés de mauvais fusils et ils ont été mis îmmédiftle-> ment en déroute. On ne pouvait pas compter sur eux.

Nous avons été attaqués par des forces considérables et sur** pris en plein mouvement. Ce n'était pas la faute du commandant si l'on était surpris, attendu que le commandement ne lui avait été donné que trois jours auparavant et que le général n'avait pas eu le temps de prendre ses précautions et de donner des ordres.

M. Perrot. — Vous n'avez connu le mouvement de l'ennemi que lorsqu'il vous a attaqués ?

M. le général Borbl. — Rien ne nous avait prévenus. Le gêné-* rai de la Mottevouge est arrivé le 8 à Tours, et oe n'est qu'en revenant de Tours qu'il a eu connaissance dti mouvement do Pen^ uemi. Le général de la Motterouge arrivait pour prendre le commandement. On a donné immédiatement des ordres par le télégraphe pour faire venir des troupes, mais cela a été insufUsant.

M. Perrot. — .Maintenant, général, il y a un fait qui est venu à notre connaissance. On a dit que, dans cette retraite, on avait laissé les troupes dans la forêt.

M. le comte Daru. — On a même cité un chiffre fabuleux : on a dit que 20,000 hommes avaient été oubliés dans la forêt d'Orléans.

M. le général Borel. — Voici ce qu'il y a eu. Je vous ai dit que la défense d'Orléans devait se faire surtout dans la forêt. F2h bien, on avait placé là quelques troupes d'infanterie : c'étaient des mobiles et des gardes nationaux. Quant aux 20,000 hommes, le chiffre est considérablement exagéré. D'après mes souvenirs, c'était le général Mornndy qui commandait ces troupes, et le général Morandy pouvait avoir de 4 à 5,000 hommes. Ces forces étaient là pour couvrir la forêt afin que notre droite ne fût pas surprise Le général Morandy et le général Heyau* étaient allés à Pithiviers, où ils eurent connaissance, dans la journéo du 9, du mouvement des Prussiens. IjO général Heyau partit dans Lu nuit

avec sa cavalerie , emmenant avec lui 1,200 tirailleui*s algériens qui étaient ce que le général Morand y avait de meilleur.

Je le répète, le général Morandy n'avait avec lui que 4 à 5,000 hommes. C'étaient des hommes et pas des soldats. Maintenant, quand le mouvement de retraite s*e8t opéré, il n'a pas été donné d*ordres au général Morandy. Mais il faut dire que le général Morandy avait entendu, pendant deux jours, le canon et aurait dû au moins chercher à savoir ce qui se passait. Il nous aurait rendu un très-grand service s'il ne s*était pas tenu dans une immobilité complète à Loury, où il était. Nous n'avions pas de télégraphe à notre disposition pour le prévenir.

M. Pbrrot. — Le général de la Motterouge est-il responsable de Tabandon du général Morandy ?

M. le général Uorel. — Le général Morandy était, sans doute, sous les ordres du général de la Motterouge, cela est incontestable . Quand le général Morandy a compris la situation, il s'est retiré comme il a voulu. 11 n'avait pas assez de monde avec lui pour se battre, mais il pouvait s'en aller facilement.

M. Perrot. — Pourriez- vous nous donner votre avis sur une opinion formulée par le général Martin des Pallières, à savoir que, dans la situation où se trouvait le 15* corps, aIoi*s eu préparation, il était imprudent de provoquer les Prussiens en installant le quartier-général à Orléans, puisqu'on n'était pas en mesure de résister à une attaque sérieuse si elle venait à se produire.

M. le général Borel. — Ceci est une opinion à mon avis fort discutable. D'abord, le commandant n'avait pas à débattre de telles questions. C'était un ordre qu'il avait reçu. La conséquence presque inévitable d'une troupe sur un point est d'y appeler des troupes ennemies , ne serait-ce que pour surveiller ses mouvements ; sans compter que l'on est sollicité de tous les côtés pài* les habitants, qui demandent tous des détachements pour les garantir des excursions de l'ennemi.

M. Perrot. — L'armée était-elle en état de prendre l'offensive? N'avait -elle pas, au contraire, besoin de se former, d'attendre ?

M. le général Borel. — A ce moment- là on pouvait parfaitement se porter sur Orléans. Je suis convaincu , malgré l'efTort considérable de l'ennemi, que si tout le 15*' corps avait été U. nous aurions pu tenir dans cette position. Maintenant, à mon avis, Orléans est une position détestable ; Orléans n'est pas une base d'opération. On nous a forcés de rester à Orléans, parce qu'on voulait se rapprocher do Paris, Orléans est une trcs-mW' vaiso base, parce qu'elle a derrière un fleuve qui n'est pas uo

appui. En outre , cette base est mauvaise parce qu'elle tomberait d'elle-même si l'ennemi venait à déboucher de Gien ou de Nevers. Enfin, Orléans est trop éloigné de Paris pour faire une opération rapide sur ce dernier point.

Il y avait un motif pour nous faire aller à Orléans. Dans ce moment, le Gouvernement était à Tours.

Un des grands reproches que le Gouvernement ne cessait de faire aux commandants militaires, c'était qu'on n'était pas en sécurité à Tours; et, en nous portant sur Orléans, nous donnions cette sécurité qui manquait au Gouvernement. Cette question de Tours nous a été fort préjudiciable. Si le Gouvernement n*eût pas été là, nous aurions été bien plus maîtres de nos mouvements, et je crois que nous aurions pu agir beaucoup plus facilement.

M. Perrot. — La bataille de Coulmiers eut lieu le 9, et, d'après la déposition du général Martin Des Pallières, elle ne devait avoir lieu que le 11. Le général Martin Des Pallières nous a dit qu'il s'était mis en mouvement de manière à arriver le 11 sur le terrain , et le 9 , étant en marche , suivant les ordres qu'il avait reçus, il aurait été fort étonné d'entendre le canon.

M. le général Borel. — Lorsqu'on a dû faire le mouvement, le général des Pallières devait venir en amont par la rive droite et non par le bas, du côté d'Orléans. C4es mouvements combinés sont toujours difficiles et délicats. Fort difficiles, parce qu'il faut arriver à un même moment. Lorsqu'on fait des plans de cette façon, on calcule à peu près les difficultés qu'on peut rencontrer, la distance à parcourir, les résistances qu'on peut trou>^er, et l'on fixe, autant que possible, le temps nécessaire.

Eh bien! le mouvement du général Des Pallières avait été calculé de manière à avoir un jour d'avance sur nous , et ce jour d'avance, lorsqu'on lui a donné l'ordre, il pouvait l'avoir si les événements s'étaient produits comme nous le pensions, l^orsque nous nous sommes portés en avant, nous ne pensions pas rencontrer la bataille à Coulmiers. Nous pensions nous battre sous les murs d'Orléans, soit à une étape plus loin. Si nous avions fait une étape dt plus, le général Des Pallières arrivait juste à point. Seulement nous avons rencontré l'ennemi qui a eu parfaitement raison de ne pas vouloir accepter la bataille près d'Orléans. Dans le cas où il aurait été battu, il était pris.

M. Perrot. — Un point controversé, c'est celui-ci : après la

bataille de Coulmiers, l'armée avait à se décider si elle resterait

à Orléans ou bien si elle poursuivrait sa victoire et mettrait en

déroute Tarmée bavaroise.

M. le général Borel. — Il est incontestable qu'après la bataille

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