PRÉCÉDENT
10 décembre 1870.
Général Bourbaki au Ministre de la Guerre, à Bordeaux.
< Rallier mes trois corps, c'est ce que j'ai cherché à faire en venant à Bourges; j'espère que cette opération sera temùDée demain.
« Résister à une avant-garde pour reculer le jour soivani devant le corps entier, n'est pas une victoire. Si je marchais en ce moment sur Blois, vous ne reverriez probablement pas an seul des canons ni des hommes composant les trois corps doot voua m'avez prescrit de diriger les mouvements.
« Chanzy a peut-être devant lui une partie de l'armée du prince Frédéric-Charles, mais il est certain que j'en ai une autre partie devant mon front et sur mon flanc gauche. En outre, un corps de 15,000 hommes menace Ne vers. Si vous voulez sauver l'armée, il faut la mettre en retraite ; si vous lui imposez une offensive qu'elle est incapable de soutenir dans les conditions actuelles, vous vous exposez à la perdre.
« Dans le cas où votre intention serait de prendre ce dernier parti, je suis si profondément convaincu des conséquences pouvant en résulter, que je vous prierais de confier cette tâche i un autre.
< Un mouvement tournant bien dirigé contre nous occasionnerait actuellement un désastre, je le répète encore. C'est précisément ce que l'ennemi cherche à faire depuis qu'il a percé Je centre de l'armée de la Loire et pu franchir les ponts d'Orléans, non avec des bandes, mais avec des forces bien organisées.
« Les armées du prince Frédéric-Charles, du duc de Mecklembourg et du général de Werder comptent plus de 200,000 hommes opérant dans les directions de Bourges, de Blois et de Nevers. C'est le double de ce que nous pouvons supporter. Je vous dis encore que vous vous faites illusion et sur le nombre et sur la qualité des soldats que nous leur opposons.
0 En raison de nos marches incessantes, je n'ai pas encore pu faire faire un appel sérieux , mais le nombre des hommes de troupe et des officiers de la garde mobile qui ne sont plus à leur poste est considérable.
« Ceux qui se trouvent dans le rang ont peu de valeur, pour la plupart.
t Vous aviez annoncé Tenvoi d'un intendant en chef des trois corps d'armée ; je ne l'ai jamais vu.
t Vous ne répondez pas à la proposition que je vous ai soumise, de me retirer sur Saint-Amand, et plus loin au besoin, afin de refaire l'armée, si l'ennemi se trouve ainsi obligé de me laisser quelque répit. C'est cependant ce que j'ai l'intention de faire; nos hommes arrivent ici bien péniblement. »
TiLiORAMMÈ DU GÂNKRAL BOURBAKI AU MINISTRE BE LA GUERRE,
A BOROBAUX.
« Bourges, le 11 décembre 1870.
v Le 20* corps n'est complètement arrivé que depuis hier, le 15* depuis celte nuit; enfin, le 18« arrive ce soir à Brécy.
c Hommes et chevaux sont exténués de fatigue, par suite de la continuité et de la longueur des marches qu'ils viennent de faire, de la neige et du verglas, et de la rareté du bois.
« En raison des nouvelles que vous me donnez de la situation de Ghanzy, j'arrête tout mouvement de retraite.
« Je prends des renseignements et fais faire des reconnaissances. Il m*a été assuré que 70,000 hommes sont passés sur les ponts d'Orléans, vers Bourges ; j'ignore s'ils ont tous pris cette direction.
< Je ne suis pas surpris du mouvement exécuté par la colonne prussienne, qui, après avoir remonté la Loire sur la rive droite, la descend en ce moment; j'ai pris soin, aussitôt après le passage des 18* et 20* corps sur la rive gauche, de couper tous les ponts sur lesquels l'ennemi comptait.
< Pour me porter sur Blois, il me faudrait réoccuper Salbris, et faire marcher les troupes pendant six jours au moins; c'est tout ce que l'état des routes permet d'espérer en se hûtant beaucoup; avec les combats, il faut compter huit jours, en cas de réussite.
< Dans de telles conditions, il me semble impossible de prêter à Chanzy un secours efficace en temps opportun, s'il cherche à se maintenir dans sa position actuelle.
c I^ mieux serait, pour lui comme pour nous, d'opérer une retraite, afin de refaire les troupes, et de leur demander ensuite ce qu'elles sont susceptibles de donner*
« Si les renseignements que je fais prendre me permettent de