‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 88 sur 98 · IV · texte numérisé non relu

IV

croire à la possibilité d*un mouvement offensift i® 1^ teatorai. i titre de diversion.

c Je sais que 20,000 Prussiens occupent la forêt voisine de La Chapelle, que 15,000 se trouvent sur la route d'Orléans; des uhlans sont signalés de tous les côtés; quant au reste des 10,(l()û, qui ont défilé sur la rive gauche , je ne sais encore où ils se trouvent.

« Nos troupes ne seront en état de faire un mouvement qael* conque que demain soir.

« Nous manquons de clous pour faire ferrer à glace les cbe* vaux ; il est impossible de s'en procurer ou d'en faire faire à Bourges. Veuillez donner d'urgence des ordres pour nous eo faire parvenir. »

TÉLÉGRAMME DU GÉNÉRAL GHANZT AU GÉlfÉRAL BOURBAU.

11 décembre 187a

Général Chaazy à général commandant en chef le 18* a/ys,

k Bourges,

a Etabli entre la forêt de Marohenoir et la Loiroi je lutte depuis cinq jours, du matin au soir, avec le gros des forœs do prince Charles. L'ennemi n'a que peu de monde à Orléans : no corps qui ne dépasse pas bien certainement 20,000 hommes do côté de Vierzon, et un autre de IS à 15,000, qui menace Blois, Tours, et vient d'Orléans en passant par la Loire.

< Marchez donc carrément et sans perdre une minute. Ma position est des plus critiques, et vous pouvez me sauver,

< Par ordre : Le général chef (TéUt-msjor génM*

c VUILLRMOT. >

LK tflNISTRB OE LA. GUERRE AU GÉNÉRAL BOURBAID.

11 décembre 1870.

Guerre à général Bourbaki, à Bourges.

t Je reçois de Prémery la dépêche suivante :

€ Colonel commandant les forces de T Yonne à Ministre gnerre.

Bordeaux.

« Briare, Ouzones-sur^Loire, Gien évacués précipitanmeot ptf

DÉFENSE DE PABI8. 519

rennemi. Tout annonce concentration Prussiens sur Orléans. Ces renseignements, pris dans la Puisaye, paraissent certains. »

c Cette dépêche et plusieurs autres dans le môme sens ne me laissent aucun doute sur le fait que vous n*avcz devant vous que des rideaux. Je ne puis vous donner l'ordre de marcher, parce que je ne suis ni ministre ni général, et que si, par une cause quelconque, il vous arrivait un échec, vous en attribueriez toute la responsabilité à mon ingérence intempestive et à mon incompétence. Mais je sens bien que je suis dans le vrai en vous conseillant une marche sur Blois, non avec toutes vos forces, mais avec celui de vos corps qui voudra marcher. Il doit se trouver autour de voua un général qui consente à se dévouer pour marcher au secours de Ghanzy» ne fClt-ce qu'avec une colonne de 15,000 hommes choisis.

c Interrogez vos officiers généraux, et si un d'eux veut accepter cette mission, permettez-lui de Taccomplir: faites qu'on ne puisse pas dire un jour quVne armée française a laissé écraser une autre armée française dans son voisinage. Je m'attends a ce que Gambetta , qui va à Bourges , vous tiendra le môme

langage,

« Signé :■ De Fretginet. »

LB aÉlobUL BOUIBAKI AU ftÂNBlUL CHANST.

il décembre 1870.

Général Bourbaki k général Changy, commandant les .16^ et

n« corps.

« Mes troupes finiront d'arriver ce soir à Bourges, exténuées de fatigue, avec l'état actuel des routes, qui sont couvertes de verglas.

< Je suis à six jours de Blois.

c Si nous avions à livrer combat, en supposant des résultats heureux, je ne pourrais vous rejoindre que dans huit jours.

« Je me porterai demain en avant pour essayer une diversion. A votre place, je battrais en retraite la nuit sur Vendôme et le Mans ou sur Blois et Tours. Prévenez-moi.

€ 10,000 hommes ont traversé les ponts d'Orléans. J'ai connaissance que 20,000 sont dans la forôt voisine de La Chapelle, 15,000 sur la route d'Orléans; je ne sais encore ce que sont devenus les autres. S'ils se concentrent, c'est beaucoup plus que ne peuvent supporter les corps d'ai*mée dans Tétat ou ils sont. »

Le général Bourbaki au Ministre de la guerre, à Bordeaux,

c 11 décembre 1870.

a Malgré la distance très-grande qui me sépare de Blois (six jours de marche au minimum, surtout avec l'état actuel des routes), malgré la crainte de ne pouvoir y arriver assez tôt pour porter secours à Chanzy , malgré la presque certitude que j*ai que la majeure partie des forces ennemies se trouve sur la rive gauche de la Loire, je me mets en route dès demain matin avec les trois corps d'armée. Je me dirigerai sur Vierzon, puis sur Villefranche. Arrivé en ce dernier point, je me déciderai, suivant les circonstances, à continuer ma route sur Blois par Romorantin , ou, au besoin, sur Tours.

c Je nie formellement avoir perdu une seule minute pour venir en aide à Chanzy. Le 15« corps n*est arrivé que la nuit dernière au bivouac. Le 18" arrive aujourd'hui seulement entre les Âix-d*Ângillon et Brécy, c'est-à-dire à 16 kilomètres de Bourges. Certains régiments de ce môme corps ont marché depuis hier matin à six heures jusqu'à ce matin à huit heures, presque sans prendre de repos, se rendant de Cemoy aux Aix-d'Angillon (55 kilomètres); les -chevaux roulent sur les routes, il faut les relever à chaque instant. Malgré cela, les mômes corps se mettront en marche de nouveau dès demain matin. Je vous laisse à penser s'il est possible de demander, à des troupes de plus grands efforts. »

Le général Bourbaki au Ministre de la guerre, à Bourges

et Bordeaux.

« 13 décembre 1870.

< J'ai quitté Bourges hier soir avec les trois corps d'armée ; le 18* est à Saint-Martin-d'Auxigny ; le 20" a poussé jusqu'à Allogny ; le 15» est à Mebun-sur-Yèvre, mon quartier général.

« Je fais occuper Vierzon ce matin môme et pousser des reconnaissances sur Neuvy-sur-Barangeon et La Chapelle.

« Je continue à recevoir des réclamations de mes commandants de corps d'armée au sujet des fatigues imposées aux troupes, des retards dans les distributions, de l'état de l'équipement, de l'habillement, des effets de campement et de la chaussure.

t Afin de refaire les troupes et de les mettre en mesure d'opérer utilement, je me propose de partir demain pour Saint- Amand, comme il a été convenu hier dans notre entretien. Les

renseignements recueillis me prouvent que le groa des forces ennemies est sur la rive gauche de la Loire, et que Chanzy a sa retraite assurée.

t II serait bon de diriger dès à présent sur Saint-Amand tous les approvisionnements nécessaires.

« Malgré vos ordres récents, je n*ai pas encore vu Tintendant Priant.

€ Les quelques pertes subies le 4 décembre par le 20« corps dans la marche vers Orléans, à Vitry-aux-Loges et à Chécy, celles subies le 1 par le 18« corps, lors de l'attaque de Gien, enfin les vides causés par les fatigues , dans les cadres comme dans les rangs de la troupe et les pertes de chevaux, sont assez considérables pour que les effectifs aient été notablement réduits. La division Martineau ne compte plus guère que 6,000 combattants. Il me serait donc bien utile, en vue des mouvements que les trois corps d'armée auront à exécuter, de recevoir des renforts en hommes et en chevaux.

c Je vous demande de me faire connattre le plan général que vous avez adopté pour la défense nationale. Je vous soumettrai mes observations pendant les quelques jours de repos que prendront nos troupes.

< Je ne négligerai rien ensuite pour concourir aussi activement qu'il me sera possible à l'ensemble des opérations. »

Le général Bourbaki au Ministre de la guerre y à Bourges.

« Mehun, 13 décembre 1870, 5 heures du soir.

€ Bourges n'est pas abandonné dans mon projet, puisque la partie la plus avancée des cantonnements occupés par les trois divisions n'en serait pas éloignée de plus d'une journée de marche, et que le reste de l'armée pourrait se porter en deux jours sur cette ville.

< Je descends de cheval, et je viens encore d'examiner les trois corps d'armée. Je ne crois pas que Ton puisse en faire quelque chose de mieux avant de les avoir réorganisés.

« Les ordres sont tels que nous en étions convenus hier ; on peut en donner de contraires, mais la chose est difficile. Réorganiser les corps d'armée dans les positions si peu favorables qu'ils occupent, est au-dessus de mes facultés ; si vous le croyez possible, donnez-moi un successeur, et ne le regrettez pas, car

je Bouffre beaucoup d'une anoienne blessure ayant détormiiié une ostéite aigud du tibia gauche.

a Répondez - moi de suite, pour que vos intentions mM remplies, >

Le général Bourbaki au MiBistre de la guerre^ à Bourget»

« Mehun, 13 décembre 1870, 8 heures da soir.

c Non-seulement je coopérerai â la défense de Bourges àva les nouvelles positions que je veux prendre, mais rarmée, bonne ou mauvaise, se battra en môme temps que Bourges se défendra.

c Si, dans deux heures, je n*ai pas reçu de réponse de vons, les mouvements que j*ai ordonnés commenceront à s'effeetaer. i

Le général Bourbaki au Ministre de la guerre^ à Bourges*

« Mehun, 14 décembre 1870, 10 hetires da matin.

• c J'attends un train poUr me rendre à Bourges , près de vous.

c Vierzon a été occupé hier; on n'y a trouvé que 600 cavaliers. Il a été fait 15 prisonniers, dont un cadet. I^s corps d'a^ mée continuent, d'après vos ordres, à occuper les mêmes positions.

« Ces positions présentent un danger sérieux, le même qne celles adoptées pour l'armée de la Loire avant la dernière évacuation d'Orléans. Les troupes ont une rivière à doë« U moindre échec peut se transformer en désastre, et amener la chute de Bourges. Je ne demande pas à porter la tolahté da mes forces à Saint*Amand; je désire seulement me cantonner dans cette direction, en me tenant entre le Cher et le canal do Berry. Je ferai occuper les bords de l'Yèvre, à droite et à gauche de Bourges , prêt à franchir cette rivière , afin de menacer ou d'attaquer les ailes de l'ennemi qui se présenterait devant Is ville pour la bombarder. So placer en avant de Bourges, c'est compromettre et la ville et l'armée; se placer en arrière, c'est assurer le repos et la défense sérieuse de Tune et de l'autre. >

LBTTRE DU OÉNéRAL BOURBAKI AU OÉNERAL GHANZT.

Mehun, 16 décembre 1870, 9 h. 15 malin.

Général Bourbaki an général Chaazy ^ à Vendôme. {Faire

suivre, )

« Vous exprimez le regret que je ne vous vienne pas en aide !... Songez que mon secours ne saurait être immédiat, qull me faudrait huit jours au moins pour vous rejoindre. Marcher de Bourges sur Blois, alors que nos êdaireurs se rencontrent journellement avec Tennemi du côté de Theillay, de Neuvy-sur- Barangeon et de La Chapelle-d'Angillon, serait commettre une faute que le prince Charles me ferait expier sans profit pour vous; je prêterais le flanc à l'ennemi, cheminant entre la Loire et le Cher et adossé à cette dernière rivière.

c Vous pouvez, au contraire, en vous repliant si c'est nécessaire, ne pas cesser d'avoir votre ligne de retraite assurée, et réclamer le concours de l'armée du Mans.

c Si un mouvement dans TOuest est jugé nécessaire, je l'exécuterai volontiers, mais en suivant la rive gauche du Cher. Ce sera le seul moyen de rendre notre jonction possible. »

LETTRE DE !!• OAUBETTA AU OÂITÊRAL BOURBAKI.

« Bourges, 17 décembre 1870. c Général,

« La dernière dépêche du général Ghanzy le représente comme aux prises avec la presque totalité dû corps de Frédéric-Charles, du duc de Mecklembourg, et une colonne venant de la vallée de l'Eure, dont on n'estime pas la force.

c II est plus que jamais urgent que la diversion énergique à laquelle vous êtes résolu soit menée le plus vivement possible, afin de gagner, rien que par la marche, beaucoup d'avance sur nos adversaires.

< En conséquence, je compte que vous penserez comme moi, qu'il n'y a pas un instant à perdre, et que vous songerez plutôt à précipiter le mouvement sur Montargls qu'à le retarder. Songez quelle gloire ce serait pour vous d'arriver jusqu'à Fontainebleau presque sans coup férir I

a Je suis informé de source positive qu'il n'y a pas un Prussien dans Seine-et-Marne. Il faut donc profiter au plus vite de la

situation. A Fontainebleau, on n*est qu*à deux étapes de Paris, en tenant compte des forts et des travaux avancés de la capitale. Vos troupes doivent être reposées, tant par Teffet du temps, que parce que depuis huit jours elles n'ont pas vu l'ennemi.

« Vous avez de jeunes et vigoureux commandants de corps qui ne demandent qu'à aller de l'avant. Vos troupes elles-mêmes, quoique jeunes, retrouveront dans cette offensive les meilleures qualités de la race française; vous leur parlerez, vous saurez les entraîner.

a Je ne peux m'empôcher de vous presser, de vous tourmeater, tant je sens les minutes précieuses^

« Léon Gambbtta. >

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