‹ La défense de Paris (1870-1871) (volume 5)Chapitre 93 sur 98 · BESANÇON · texte numérisé non relu

BESANÇON

«c 25 janvier 1871, 3 heures 90 soir.

ff Vos dépôches chiffrées d'hier ne sont arrivées ici qae ce matin après dix heures, elles n'ont été déchiffrées et je n'ai pu en prendre connaissance que vers une heure.

c Je xn^empresse d'y répondre. Je suis tombé des nues, je l'avoue, à leur lecture ; il y a huit jours à peine, devant Héricourt, vous me parliez de votre ardeur à poursuivre le programme commencé, et aujourd'hui, sans avoir eu à livrer ua seul nouveau combat, après avoir fait des mouvements à peine sensibles sur la carte, vous m'annoncez quft votre armée est hors d^état de marcher et de combattre, qu'elle ne compte pas trente mille combattants, que la marche que je vous conseille vers l'Ouest ou le Sud est impossible, et que vous n'avez d'autre solution que de vous diriger sur Pontarlier ; enfin, vous concluez par me demander mes instructions. Quelles instructions vouleivous que je donne à un général en chef qui me déclare qu'il n a pas d'autre parti à prendre? Puis-je, je vous le demande, prea* dre la responsabilité d'un de ces échecs qui suivent trop souvent la détermination qu'on impose à un chef d'armée? Je ne puis que vous manifester énergiquement mon opinion, mais je n'ai pas le droit de me substituer à voug-môme, et la décision en dernier lieu vous appartient.

« Or, mon opinion, c'est que vous vous exagérez le mal- H me paratt impossible que votre armée soit réduite au point que vous dites. Le commandement d'un bon chef ne peut pas, en si peu de temps, laisser une telle désorganisation s'accomplir, j^ crois donc que, sous l'impression de votre dernier insuccès, vous voyez la situation autrement qu'elle n'est ; en second U^« je crois fermement que votre marche sur Pontarlier vous pf^ pare un désastre inévitable : vous n'en sortirez pas, vous serez obligé de capituler, ou vous serez rejeté en Suisse. Quelle q^^ soit la direction que vous preniez pour sortir de Ponlarher, l'ennemi aura moins de chemin à faire que vous pour vous l>a^ rer le passage. Ma conviction bien arrêtée, c'est qu'en réuniS' sant tous vos corps et vous concertant au besoin avec Gariba'dii vous seriez pleinement en force pour passer soit par Dôle, so» par MoucharcL soit par Gray, soit par Pontarlier ; vous 1«*^^ riez ensuite le 24» corps et le corps Gremer en relation avec G^' ribaldi, et vous continueriez votre mouvement en prenant autan

que possible pour objectifs les points indiqués dans mes dép6ches précédentes, et si Tétat de votre armée ne permettait réellement pas une marche aussi longue, vous vous dirigeriez vers Ghagny pour y stationner ou pour vous y embarquer.

c Remarquez que dans la position que vous allez prendre, vous ne couvrirez pas môme Lyon. Telle est, général, mon opinion, mais, je le répète, vous ôtes seul juge en dernier ressort, car vous seul connaissez exactement l'état physique et moral de vos troupes et de leurs chefs.

c Signé : De Freyginet. >

TéLéORAXllS DU MINISTRE DE LA GUERRE AU GÉNÉRAL BOURBAKI.

c 25 janvier 1871, U heures 50 soir.

« Les dépêches de la journée ne m'apprennent rien de nou« veau sur le mouvement de Tennemi ; au-dessous de vous, il dirige des reconnaissances de Mouchard, dans la direction de Lons-le-Saulnier, et ne paraît pas, quant à présent, vouloir recommencer l'attaque de Dijon ; des renforts importants paraissent se détacher de Paris ou de Tarmée du prince Charles pour aller grossir les forces de TEst. C'est un nouveau motif pour moi de souhaiter que vous vous rangies à mon avis et que vous n'alliez pas au point que vous savez, car, dans peu de jours, vous y serez infailliblement entouré par des forces sapérieures. Je crois donc devoir renouveler auprès de vous, dans votre intérêt môme, mes instantes recommandations.

< Je désire bien vivement qu'une nouvelle étude vous convainque de la justesse de mon point do vue.

c Signé : De Fretguost. i

ORDRE DU GÉNÉRAL BOURBAKI AjU GÉNÉRAL BRBSSOLLES, COMIIANDANT

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