‹ La défense de Paris, 1870-1871Chapitre 10 sur 52 · FOURS A CHAUX · texte numérisé non relu

FOURS A CHAUX

Pendant que l'on combattait dans Champigny, le régiment de grenadiers n* 9 et une partie du régiment n* 49 j)ostés au nord du village, dans le petit bois, dans l'en-

(1) Si nous sommes entré dans ces pénibles détails, c'est qu*il importe avant tout de bien éclaircir les incidents qui ont exercé une influence quelconque sur le résultat funeste de notre grande entreprise... Puis, M. le général Favé a publié lui-même un récit {Deux combats d'arUIlorie sous les forts de Paris) ^ dans lequel 11 mentionne les faits relatés -par nous, mais en les expliquant et les commentant suivant ses vues personnelles.

Pour juger avec impartialité la valeur de ses assertions, il faut suivre attentivement sur la carte le récit des événements et lire aux pièces justificatives, comme contre-partie de son récit, les explications fournies par les personnages qui ont joué un rôle important dans les événements dont la presqu'île de Saint-Maur a été le théâtre pendant les journées des 29, 90 novembre, !•' et 2 décembre.

(Voir pièce n* 15, les renseignements donnés par MM. le général Frébault, le lieutenant^olonel Warnet, le commandant de Cossigny, les capitaines Decharmes, Plohot.)

clos de la maison ronge et aux abords, continuaient leur lutte avec le faible groupe de nos intrépides soldats embusqués sur le plateau du Signal.

A Tarrivée du régiment n* 14 de la 6* brigade, toutes les troupes ennemies prononcent un mouvement en avant; la Plâtriére est évacuée de nouveau et la batterie de la carrière devient l'objectif des Allemands (1). De ce côté, obligés de tenir un front trés-étendu avec des troupes épuisées et décimées, nous n'avions que très-peu de monde; la carrière, notamment, n'était gardée que par quelques hommes des 121* et 122*. La compagnie du génie du capitaine Glises (2), revenant de Champigny, où elle avait achevé les travaux de défense, est immédiatement envoyée sur ce point avec un détachement des 121% 122* et 115*.

Une centaine d'hommes« des sapeurs pour la plupart, occupent la batterie et ses abords; 150 environ, formant réserve, garnissent le pourtour de la carrière (3) ; tous sont aux ordres du commandant Gravis du 115*.

L'ennemi, descendant les pentes en plusieurs petites colonnes séparées par des intervalles de 3 à 400 mètres, s'avance par bonds successifs; dès que ces colonnes trouvent un obstacle ou un ressaut favorable au défilement, elles s'arrêtent, engagent une vive fusillade ^ puis se portent de nouveau en avant, s'étendant de plus en plus à droite et à gauche, de manière à envelopper la position et à rendre nos coups plus incertains. ..• une batterie établie sur le haut des pentes soutient leur marche par des coups à mitraille. Tirant sous un grand angle, pour ne pas atteindre les colonnes d'attaque, ces pièces nous font peu de mal, et, bientôt en butte aux gros

(1) Voir croquis n» 18, page 46.

(2) EnTiroD 70 hommes aveo 4 officiera : capitaine en i* CrUses, ca» pitaine en 8* Govillè, lieutenant Perseval, soua-Ueutenanl Axibert.

(S Voir cro4iai9 n« 14.

Belle tféreaio

de la batterie de

la carrière

projectiles de Nogent , elles sont obligées de se retirer.

Complètement couverts à gauche par l'exc-avation profonde de la carrière , soutenus à droite par les troupes qui garnissent la tranchée entre les deux Fours à chaux, les défenseurs de la redoute contiennent les efforts de Tennemi, s'avanQant du reste avec une extrême prudence (1).

Dès que le ralentissement de notre feu pouvait lui faire croire, que nous étions fatigués, les petites colonnes, se reformant rapidement, couraient en avant 20 ou 30 mètres, s'arrêtaient derrière un pli de terrain, où elles se déployaient de nouveau pour engager la fusillade.

Nos hommes groupés sur un espace restreint, ne faisaient feu que sur l'ordre de leurs officiers : tant que l'ennemi est en tirailleur, quelques adroits tireurs seuls répondent, le reste se tient accroupi ; lorsque les Allemands se groupent pour 8*élanoer en avant , tous les défenseurs se relèvent; formés sur plusieurs rangs, les premiers à genou, les derniers debout, ils exécutent des feux de salve.

Cependant, grâce à ces mouvements successifs et progressifs, l'ennemi, présentant une ligne forte de 12 à 1,500 hommes, était arrivé à cinquante mètres de la batterie ; Ton entendait les officiers menacer, encourager leurs soldats.

A ce moment, d'eux-mêmes, nos hommes crient : c A \bl baïonnette I à la baïonnette !... > Le cliquetis, la vue ues armes brillant au-dessus de la crête, arrêtent net les Allemands; les nôtres, immobiles, sans tirer, s'apprêtent à faire une décharge générale, à se ruer en avant. . . . Les officiers prussiens excitent leurs hommes, les ii^'u-

(1) Le flanc gauche de Tennemi était protégé par quelques tiraiUeort •mbusqués derrière des tas de fumier.

rtent, les poussent, les frappent, aucun ne bouge.. .. Français et Allemands restent ainsi pendant quelque temps, les premiers sans faire feu, les autres sans avancer.

Cependant, il faut en finir; le capitaine Glises fait demander de Tartillerie; la batterie Salle arrive. Trop exposés, avec des attelages, au feu rapproché des Prussiens, nos canonniers laissent les caissons, détèlent les chevaux et traînent à bras deux pièces jusqu'à la batterie. Déjà fort hésitant, Tennemi se retire par groupes, d'obstacle en obstacle, et disparait derrière les pentes boisées, poursuivi par notre mousqueterie et quelques coups de mitraille.

La 5* brigade allemande, formant réserve, se porta bien jusqu'au bord du plateau de Gœuilly ; mais l'attaque ne fut pas renouvelée.

Ainsi, une poignée d'hommes venait d'avoir raison de tout un régiment. Bien abrités derrière Tépaulement, nous avions eu relativement peu à souffrir ; 30 hommes au plus étaient hors de combat ; les Prussiens, au contraire, laissaient sur le terrain plusieurs centaines de morts et de blessés. Le régiment prussien n' 14 avait à lui seul perdu 16 officiers et 2U1 hommes.

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