FIN DE LA JOURNÉE DU 2 DECEMBRE
A 3 heures, la lutte d'infanterie est terminée ; seule, rarlillerie ennemie, comptant plus de cent bouches à feu, continue à couvrir d'obus nos batteries, nos réserves, où elle fait encore de nombreuses victimes... Voulant Le générai en fmir, le général en chef fait avancer toutes les batte- r«it a^ucer
toutes
os batteries dis
pénibles*
KésulUts de la Journée.
ries disponibles; de concert avec les gros calibres des forts, cette masse d*arlillerie ouvre un feu formidable. En peu de temps Tartillerie allemande est complètement dominée... le bruit de la canonnade diminue par de* gré; vers 4 heures, on n'entend plus que quelques coups isolés... le feu cesse complètement... la bataille est finie.
Résumons en quelques mots les différentes périodes de cette journée sanglante :
Au point du jour, nos hommes, épuisés par la lutte acharnée du 80 novembre, glacés par deux froides nuits d*hiver, se laissent surprendre. . . Tout d'abord, sur plusieurs points, le succès de Tennemi est complet, mais le premier moment d*étonnement passé, la fermeté, la présence d'esprit de nos généraux, l'entrain de nos officiers, de nos soldats suppléent à tout; à 11 heures, les Prussiens sont arrêtés sur toute la ligne ; à 1 heure, leurs colonnes sont refoulées sur les hauteurs : à 4 heures, nous avons repris toutes les positions conquises dans la journée du 30 ; l'ennemi s'est retiré dans ses retranchements, et sur ses derrières les mesures sont prises en vue de préparer la retraite qui peut s'imposer d'un moment à l'autre (1).
Nos pertes étaient cruelles, mais les Allemands, venus, cette fois, nous attaquer dans nos positions avec des forces supérieures (2), avaient grandement souffert; bien
(1) Une grande inquiétude régnait en arrière du champ de bataille ; de nombreuses torches avaient été préparées pour indiquer la ligne de re* traite pendant la nuit. Ces torches étaient d'énormes bouchons de paille qu'on plaçait au haut des arbres ; un saucisson recouyert de résine pendait du bouchon de paille jusqu'à terre, de feçon qu'en cas de besoin, le feu pût être mis rapidement. (Maire de Chevry.)
(2) Les forces engagées de notre côté étaient les mêmes que le 80 novembre, savoir 92 balaiilons, dont 26 de mobiles, et 276 bouches à feu (12 avaient été mises hors de service).
des corps avaient perdu la majeure partie de leurs cadres.
Suivant l'expression du major Blume, nous avions laissé Tennemi c dans un grand état d'épuisement, conc séquence inévitable des luttes, des fatigues et des « privations des derniers jours. »
Le succès du 2 décembre était donc plus accentué, considéretiong
qui
plus réel, que celui du 30... Cependant il était aussi «termioent incomplet, aussi stérile!!! ^àw'maSîlenï?'
Nous couchions sur le champ de bataille, mais nous ges posiuons. n'avions ni Villiers ni Gœuiily, clefs de la position.
Pouvions-nous encore demander un nouvel effort à ces soldats, dont beaucoup marchaient et travaillaient depuis cinq jours et cinq nuits, du 27 novembre au 2 décembre, qui, depuis trois jours, bivouaquaient sur la terre glacée, sans couvertures, sans feu, qui, dans ces deux journées sanglantes, avaient perdu la plupart de leurs officiers, de leurs cadres?... Décimés, affaiblis, pourraient-ils emporter les positions que deux jours de combat n'avaient pu leur donner, alors qu'ils étaient pleins de vigueur et de confiance ?• • .
Ce que nous n'avions pu faire contre un ennemi relativement peu nombreux, encore mal préparé, était-il possible, alors que de toutes parts étaient accourues de fortes réserves, que sur chaque position un travail incessant avait accumulé les plus sérieuses défenses?... Et
Les forces allemandes comprenaient :
La division vrurtembergeoiae, 15 bataillons, 54 bouches à feu;
Le 12* corps saxon, 29 bataillons, 96 bouches à feu ;
Le 2* corps prussien, S5 bataillons, 84 bouches à feu;
La il* division du 6* corps, 13 bataillons, 40 bouches à feu.
Total 82 bataillons, 274 bouches à feu. Les effectifs de nos bataillons étant beaucoup plus faibles que ceux des Allemande ; ceux-ci avaient sur nous une supériorité numérique assez considérable, 10,000 environ (infanterie, 62.000 Français contre 72,000 Allemands).
Nous ne parlons pas de la cavalerie, qui n'a pas été engagée de part et d'autre.
ee DÉFENSE DE PARIS,
d*aiUeurs, eussions-nous triomphé de ces obstacles. ..« à quoi notre succès pouvait-il nous mener?. . . N'aurionsnous pas été épuisés par cette nouvelle lutte, par la froidy par là fatigue, par la faim... Sans vivres, sans munitions, sans aucun moyen de nous ravitailler, ren* contrant à chaque pas les nouvelles réserves de Tennemi.,. talonnés... pris en flanc, n'étions-nous pas fatalement condamnés à périr au premier passage do rivière, à la première rencontre d'un corps du prince Frédéric-Charles accouru pour nous barrer la route?. . .
Voici, dit M. Ghaper, comment l'état-major général de l'armée prussienne appréciait lui-même notre situation :
« ... Il n'y avait pas d'armée de secours assez proche € pour permettre à l'armée sortant de Paris de se réunir c immédiatement à elle. . . Si l'armée du général Ducrot « était parvenue à réussir dans sa tentative de percer, « elle eût été hors d'état de faire encore le même jour f une marche un peu forte, et elle aurait dû forcément € camper pendant la nuit suivante auprès de Villiers, € sous les yeux mêmes des troupes allemandes refou- « lées. Pendant ce temps, la garde et la majeure partie € au moins du 4* corps se seraient concentrées, et auc raient pu venir occuper dans la nuit une position bien € choisie de l'autre côté de la Marne. Le lendemain ma- « tin, les troupes allemandes qui se trouvaient entre « Seine et Marne, n'auraient pas permis à l'ennemi de f continuer son mouvement sans nouveaux combats, et € on aurait gagné ainsi les délais nécessaires pour être c en mesure de l'attaquer en rase campagne avec les € troupes fraîches de la Garde et du 4* corps.
€ Le blocus rigoureux de Paris eût pu, d'ailleurs, € être momentanément abandonné sur le front nord sans « grands inconvénients, jusqu'au moment où la 1" ar-
c mée, qui revenait précisément d*Amiens, fût venue c prendre les positions précédemment occupées par Far* t mée de la Meuse ; ce qui pouvait être exécuté quatre « jours après Tordre donné. »
Et M. Chaper ajoute : t L'écrivain prussien a raison ; € les conséquences ne sont pas difficiles à déduire, « Même victorieuse le 2 décembre, Tarmée sortie de t Paris aurait rencontré d'incessants combats où elle € était condamnée à vaincre chaque jour, sous peine c de périr en entier avant d'atteindre les armées de « province. *
Cependant un dernier espoir nous restait et nous déterminait à continuer la lu:te; les plus récentes dépêches de M. Gambetta annonçaient la marche en avant de l'armée de la Loire dans la direction de Fontainebleau, elle pouvait y arriver d'un moment à l'autre. . . . nous devions donc, jusqu'à la suprême limite de nos forces, lui prêter notre appui, notre concours. — Pour cela, le meilleur moyen était de retenir devant nous l'armée d'investissement. — En conséquence, nous résolûmes de nous maintenir à tout prix sur nos positions. — La , aua aéconibpo nuit du S au 3 fut employée a l'expédition des ordres, employée à à la réorganisation des troupes, à l'approvisionnement ^^'"^in'^éiaY™ * des vivres, des munitions, à la reconstitution des attelages de l'artillerie, etc.; une nouvelle batterie de 12 fut dirigée sur le 3" corps pour renforcer les six batteries déjà mises à sa disposition afin de bien appuyer notro gauche.
<c Quartier général de Poulangis, 3 décembre, 3 heures du matin.
c Général (TExea, commandant Je 8^ corps.
c Mon cher Général, < Nous devons nous atlcndro pour ce matin à un sérieux ef-
fort de la part de rennemi sur tout le front que nous occupons entre Bry et Champ igny. J'envoie, dès 5 heures et demie du matin, une batterie de 12 qui s'ajoutera aux six batteries dont vous disposez déjà ; il faut que ces sept batteries prennent position sur la rive droite de la Marne, en amont de Perreux, de manière à bien protéger notre flanc gauche, particulièrement en amont de la tôte du village de Bry.
c Vous n'aurez pas à vous préoccuper beaucoup de ce qui pourrait venir du côté de Neuilly-sur-Marne, attendu que vous ôtcs puissamment protégé par les batteries d'Avron ; d'ailleurs, il résulte des renseignements qui me parviennent de différents côtés, que les renforts de l'ennemi s'accumulent entre Villiers et Chennevières.
« Le Général en chef,
c DUGROT. •
Tout fut préparé pendant la nuit en vue d*une nouvelle bataille défensive à laquelle on s'attendait pour le lendemain. — C'était, pensons-nous encore aujourd'hui, le seul parti à prendre dans la situation qui nous était faite. . .
Il est vrai qu*au Louvre, où était resté Tétat-major général du Gouverneur, au ministère des affaires étrangères, où siégeaient presque en permanence les membres du Gouvernement de la Défense nationale, les donneurs de conseils, les faiseurs de projets ne manquaient pas. . . Ce qui paraissait très-simple à ces personnages dissertant après un bon repas, dans un cabinet bien chaufTé, les pieds sur des tapis moelleux, n'était pas d'une exécution aussi facile pour nos malheureux soldats éprouvés depuis cinq jours par des fatigues excessives, des combats continuels, par la faim, par le froid. . • — Aussi, rien de sérieux et de pratique ne pouvait sortir de ces conférences dans lesquelles chacun se préoccupait bien plus de critiquer que de donner des conseils vraiment utiles.
Nous aurions passé ces incidents sous silence si Fun
de ces plans n*avait eu un grand retentissement dans la population parisienne parce qu'il fut soumis au Gouverneur d'une façon presque officielle. . . Nous Tindiquorons donc en quelques mots :
Dans la soirée du 2,' le chef d*étal-major, général Schmitz, fut saisi d*un projet d'après lequel la 2* armée repassant rapidement la Marne dans la nuit même et déniant à travers Paris par toutes les voies parallèles, telles que les quais, les boulevards, la rue de Rivoli, venait passer la Seine sur Vunique pont de Neuilly et se portait ensuite contre les positions occupées par les Prussiens, à l'ouest du Mont-Valérien, avec Versailles pour objectif définitif. . .
Nous laissons à tout militaire sérieux le soin d'apprécier, la carte sous les yeux, ce que présentait de réalisable un pareil plan : transporter en une nuit, du plateau de Villiers au plateau de Garches, 35 kilomètres ! 200 bouches à feu, 60,000 hommes, par les voies étroites, encombrées dont nous disposions..., cela dans l'état de faiblesse morale et physique où se trouvait la 2^ armée après trois jours et trois nuits de combats acharnés ; évidemment c'était plus qu'impraticable. Aussi, c le général Trocbu répondit simplement par un refus, enveloppé de paroles aimables pour l'auteur de cet étrange pro^ jet. »
Nous pensons qu'il eut complètement raison, attendu que de toutes les opérations à tenter autour de Paris, une marche sur Versailles, en partant de Montretout et Buzenval, était certainement celle qui offrait le moins de chances de succès, d'abord par la nature même du terrain présentant des lignes successives de défense formidables, et aussi parce que, contrairement à ce que supposaient les donneurs de conseils, l'ennemi avait conservé à Versailles môme ou aux environs des forces
très-suflisantes pour meitre le grand quartier général du roi à Tabri de toute surprise (1).