ATTAQUE DE CHAMPIGNY PAR LES WURTEMBERGEOIS
Surprise A Taîle droite, la défense de Champigny était confiée
ampgny. ^ la division Faron, s*appuyant d'un côté à la Marne, et
se reliant de l'autre aux mobiles de la Côle-d'Or sur le
plateau du Signal (2).
Les grand'gardes étaient fournies par deux bataillons
(1) Une masse d'hommes, de chevaux, de voitures, se dirigeaient vers la rivière. Le commandant Lambert fait immédiatement barricader les ponts ; ses gendarmes ont l'ordre de ne laisser passer personne.
Après avoir un peu calmé tous ces hommes affolés, le commandant cherche à les réunir pour les ramener au combat : « Vous venez d avoir un moment de panique, leur dit-il ; cette terreur arrive aux plus vaillants ; vous voyez maintenant que vos camarades tiennent bon là-bas, il faut a 1er les soutenir. Que les braves gens sortent et viennent avec moi ; mais je ne veux que des hommes marchant de bon cœur. Il y a ici de la besogne pour ceux qui craignent d'aUcr. au feu... on leur donnera des pelles et des pioches et ils travailleront aux tronchées. » La plupart se déclarèrent pruls à marcher, et reconduits à Cimmpigny par le commandant Lambert, ils se battirent comme les autres.
(2) Voir croquis n® 2.
du 42* de ligne occupant les trois parcs de la tête du village et un bataillon du 113* barrant la plaine jusqu'à la rivière.
Malheureusement ces troupes d'avant-postes, arrivées sur leur emplacement à la tombée de la nuit, ne s'étaient pas rendu un compte exact du terrain qu'elles avaient à observer et à couvrir. Les bouquets de bois à Test et au nord du Parc-en-Pointe ainsi que le parc situé entre les deux routes de Chennevières ne furent pas suffisamment gardés.
Avant le jour, les sentinelles extrêmes du Paro-en- Pointe, les avant-postes de la Plâtrière entendent marcher dans les bois voisins... au milieu de la demi-obscurité ils aperçoivent même à quelque distance des groupes pénétrer successivement dans les taillis. Nos soldats, prévenus que de grand matin on doit mettre ces fourrés en état de défense, croient que ce sont les ouvriers annoncés.... Ces prétendus ouvriers sont les éclaireurs de l'ennemi arrivant sur nous en trois colonnes : Tune essayant de tourner notre droite le long de la Marne, l'autre abordant la tête de Ghampigny par les parcs, la troisième se portant dans la direction de la Plâtrière. Le 2* batailUon de chasseurs et le T régiment wurtembergeois se massent ainsi des deux côtés du Parc-en-Pointe dans les petits bois non occupés par nous et y prennent, sans être inquiétés, leurs dispositions d'attaque.
Cependant vers 6 h. 1/2 le relèvement de nos grand*gardes s'effectue : sur le plateau du Signal arrivent trois nouvelles compagnies de mobiles de la Côte-d'Or (3* bataillon); le 1" bataillon du 42* de ligne vient remplacer le 3* bataillon dans les deux parcs de la tête de Cham-
pîgny-
A peine le mouvement est-il achevé, qu'un coup de sifflet se fait entendre... des hurrahs éclatent, une vive
fusillade enveloppe nos hommes, des obus arrivent de toutes parts; depuis la Plàtrière jusqu'à la Marne une nuée de tirailleurs se jelte sur nous.
Au«aue de la Les graud'gardos de la Côte-d*Or, complètement suret du plateau prisos par rirruption soudaine de l'ennemi, se replient en désordre, bousculant les compagnies qui viennent les relever... Quelques incendies allumés par les projectiles au milieu du campement des mobiles augmentent le trouble, la confusion. .. Une partie des hommes de la Côte-d'Or, de rille-et- Vilaine se sauvent vers Champigny et se précipitent sur la route de Joinville. Les Allemands serrent de près les nôtres, pénètrent dans l'enclos de la Plàtrière, et envahissent le plateau du Signal.
Cependant le commandant d'Andelarre (1), vigoureusement aidé par les capitaines Lorenchet de Montjamont et de Guitaut, ramène une partie des 3"" et 4' bataillons et parvient à se maintenir dans les carrières du four à chaux de Champigny. En même temps, notre brave artillerie, malgré la plus vive fusillade, oppose au flot ennemi une indomptable résistance. Les batteries de 4 du commandant Briens, portées sur la ligne des fours à chaux, mitraillent les tirailleurs du T wurtembergeois : les Allemands sont arrêtés court et la brigade Martenot a le temps de se reconnaître...
Le colonel de Grancey, après avoir rallié plusieurs centaines d'hommes de son régiment de la Côte-d'Or, se
porte intrépidement du côté de la Plàtrière Dès les
premiers pas il tombe mortellement blessé.
A gauche, le colonel de Vigneral, avec la majeure partie de ses Bretons, se jette sur le plateau du Signal et enlève quelques carrières... Mais, dominés, complétemejit en
BrillantA conduite des
coloDels de Graooey et de Tigneral.
(i) Le commandant d'Andelarre était le chef du bataillon de grand'garde (3« de la Côte-d'Or).
vue, pris de flanc et à revers, nos mobiles, entassés les uns sur les autres, éprouvent des pertes considérables ; en un instant 600 hommes, une trentaine d'officiers tombent, entr'autres, les commandants Le Gonidec et Le Mintier de Saint- André ; peu de temps après, le colonel de Vigneral, grièvement blessé, se voit obligé de remettre le commandement à son dernier chef de bataillon, M. Du Dezerseul, qui, frappé à son tour, peut rester cependant à la tète de ses soldats...
Cet officier supérieur et le commandant d'Andelarre(l), avec deux ou trois cents hommes à peine, maintiennent tous les efforts d'un ennemi bien supérieur en nombre... puissamment aidés par Tartillerie du commandant Briens, nos braves mobiles finissent même par rejeter du plateau du Signal les Wurlembergeois, qui se réfugient derrière les murs de la Plàtriêre, dans le petit bois et les vergers voisins de la Maison rouge.
A droite du plateau du Signal, l'attaque n'est pas moins Attaque vive. Le Parc en-Pointe est cerné. . . la brèche D,la voûte G, Parc-en-pomto. la grille d'entrée sont assaillies à la fois. Le premier moment de surprise passé, nos hommes se défendent bravement... les compagnies relevées reviennent en toute hâte à la brèche... tout le long de la grille se livre un combat acharné... on se tire à bout portant, on s'aborde à la baïonnette : les nôtres tiennent partout et repoussent le premier choc, mais à la partie inférieure du parc les Allemands s'ouvrent un passage en brisant les barreaux des grilles; nos soldats, tournés, fusillés à revers, quittent la brèche... Le parc est envahi.
Le jour commence à poindre, on se voit à peine... A travers les haies, les massifs, les bouquets d'arbres,
(1) Le lieutenani^colonel des mobiles de la Côle-d'Or étant absent pour cause de maladie, le commandant d'Andularre avait le commandement du régiment.
Att^'.que
ce
la Grande-R..e
de GhttiJi{:igny.
Attaque par la plaine.
Français et Allemands se cherchent, s'abordent, se tirent à brûle-pourpoint, luttent corps à corps; les nôtres, enveloppés de tous côtés, à bout de forces, cèdent, reculent... quelques groupes, complètement cernés, mettent bas les armes... les uns, masqués par les allées, les maisons, parviennent à gagner la brèche E... les autres cherchent à résister à la barricade G...; insuffisamment protégés par cet abri, dominés à gauche par la haute maison M du Four à plâtre, qui vient d'être enlevée, ces derniers sont bientôt obligés de reculer encore, et tous nos hommes descendent les rues du village sous la fusillade des murs du parc... une quarantaine de soldats avec quatre officiers, s'enferment dans le jardin K, d'autres se jettent dans le pâté d'habitations A... De là, ces braves gens engagent le feu et arrêtent net l'ennemi qui cherche à déboucher par les rues de la Croix, des Roches, pour atteindre celle du Pont, de manière à tourner nos lignes de défense.
A côté du Parc-en-Pointe, par les deux routes de Chennevières, l'attaque est si vive que presque sans coup férir, les Allemands s'emparent des deux premières bar^ ricades et de leurs défenseurs; de là ils gagnent la grande barricade et poussent devant eux mobiles, soldats de la ligne, qui viennent se jeter sur les troupes de réserve en causant le plus grand désordre. Cependant à la barricade C, on résiste vigoureusement... une compagnie wurtembergeoisO; qui s'acharne à la lutte, est faite prisonnière ; mais les défenseurs du parc R, complètement enveloppés, tombent presque tous entre les mains des Allemands.
A notre extrême droite, l'ennemi débouchant à la fois par le chemin de Sucy, la route de Chennevières, s'empare de toutes les issues du parc S ; le 2* bataillon du 42*, presque entouré, parvient à se frayer passage; ga-
Aties Prussieiis
gnant l'église et la rue du Pont, il entraîne dans celle retraite une grande partie des hommes du 11 3* postés en arrière.
Maîtres de la barricade M, les Wurtembergeois se précipitent en avant. Le commandant Besson, posté avec quelques débris du 113*, à une autre barricade, les fusille presque à bout portant et les oblige à se replier; mais bientôt il est lui-même débordé du côlé de la Marne : la colonne ennemie chargée d'enlever le moulin do Champigny venait d'arriver à la tranchée, et prenait à revers les défenseurs de la barricade. Le commandant Besson est alors contraint de reculer jusqu'à l'avenue Breligny et les maisons isolées entre l'église et la Marne tombent au pouvoir des Allemands, qui y font quelques prisonniers.
Le village de Champigny offre le spectacle le plus navrant... la Grande-Rue est pleine de mobiles, de soldats de toutes armes, courant dans tous les sens; un convoi de vivres cherchant à s'avancer augmente encore le désordre, la confusion... Les paroles, les exhortations, les menaces ne font rien sur ce torrent do fuyards toujours grossissant... Depuis le Four à chaux jusqu'à la Marne, notre front se trouve presque absolument dégarni... heureusement un certain nombre do braves ofûciers, de vigoureux soldats, embusqués dans les enclos, dans les jardins, font tèle à l'ennemi, retardent sa marche et permettent au général Faron d'organiser la résistance.
Au début de la panique le général de la Marieuse s'est précipité à la sortie de Champigny, il rallie deux compagnies du 35* et s'avance, baïonnette croisée, à travers la Grande-Rue; refoulant tout devant lui, il pousse jusqu'au milieu du village; les fuyards contournent l'obstacle et s'échappent par les ruelles adjacentes... En vain
Aspect
do Champigny
à 7 heures.
Le général
de la Mariouse
dans
Champigny.
quelques compagnies du 114'' essaient d*intercepter le chemin derrière Ghampigny; hommes, chevaux, voitures descendent la grande route à toute vitesse vers la Marne.
L*artnieHe Dès la première fusillade, le général Frébault donne
accourt
à la déitnse de à toute Tartillerio l'ordre de se porter immédiatement en
nos positions. '^
avant. Les trois batteries divisionnaires du commandant Magdelaine sont placées par le général Blanchard à droite et à gauche de la route de Ghampigny, au delà de la Fourche, pour empêcher l'ennemi de déboucher du village.
L'artillerie de réserve, arrivant également en toute hâte, place deux batteries à droite dans la plaine, pour battre les crêtes de Ghampigny à Ghennevières, trois batteries à gauche de la route pour canonner le plateau de. Gœuilly.
Une balterie ennemie, établie sur le bord du plateau de Chennevières, est immédiatement prise pour objectif; et nos huit batteries, que soutiennent à gauche les batteries du four à chaux, à droite l'artillerie de la redoute de Saint-Maur, couvrent de projectiles les hauteurs de Ghampigny et de Ghennevières.
L'artillerie Quatre batteries de campagne, précédemment placées *' lîfniÎMlur**® par le général Favéà l'extrémité du parc de Saint-Maur <^'^ 2J.Tc?e* *° ®^ dans le bois des Moines, auraient produit un effet décisif en prenant à revers les colonnes qui descendaient sur Ghampigny ; mais dès le premier moment de panique le général avait cru devoir reporter ces batteries en arrière pour couvrir la retraite et défendre l'accès des ponts.
La batterie André seule était restée près de la redoute du réservoir ; la batterie Brasilier reprit son emplacement sur le bord de la Marne au nord de la redoute de Saint- Maur ; la batterie Donato ne put trouver place dans l'ou-
DÉFETNSE DE PARIS. i3
vrage ; pièces, voilures, entassées les unes sur les autres, ne servirent qu'à gêner, à embarrasser. Quant aux pièces de 12 de siège du capitaine Piron elles retournèrent à leur ancienne position derrière la redoute de. Saint-Maur (1).
Par suite de ces fausses manœuvres le point d'appui de notre extrême droite nous manqua au moment le plus critique.
Cependant la presqu*ile de Saint-Maur était sufOsamment couverte par le fossé de la Marne pour que rien ne pût motiver le mouvement rétrogade de ces batteries.
En résumé, Taile gauche de l'armée allemande, arrêtée , sunaiion
' ^ ^ dans Ch.irnpigny
par l'énei^ie de quelques vaillants groupes, n'avait pu ju^,„a1.n V.
prendre pied sur toutes nos positions... Jalonnant pour
ainsi dire la ligne de résistance, ces braves ne tardent
pas à être soutenus par quelques compagnies amenées en
toute hâte par le général de la Mariouse, puis peu de
temps après par tout le reste de la division Faron.
Le plateau du Signal était gardé par des fractions des régiments d'Ille-et-Vilaine et de la Gôte-d'Or. Entre ce plateau et la Marne nous occupions une ligne brisée suivant les rues du Pont, des Roches, du Four, de l'Église, l'avenue Brétigny et la chaussée du Pont. Au nord de la Grande-Rue, le pâté des maisons A et le jardin K formaient^ un saillant, flanqué d'un côté par la barricade G, de l'autre par les maisons X, longeant la
(1) Cuire les six pièces de sa batterie, le capilainu Piron avait quelques autres pièces de 12 de siège tirées de la redoute de Saint-Maur, où elles étaient trop éloignées pour rendre d'utiles services. De son emplacement à l'extrémité du parc, cette formidable batterie do siège voyait à petite dislance les flancs du coteau do Chennovières, les pontes qui do- '
minent Champigny, les routes qui conduisent à ce village; son feu eût rendu impossible l'arrivée des réserves ennemies et eût immédiatement dégagé la division Faron; derrière la redoute, au contraire, elle était trop loin pour être utilisée.
P) Voir croquis n^ 3.
il DÉFENSE DE PARIS.
partie nord-est do la rue du Pont (1); au sud nous conservions également, en avant de notre ligne, la maison verte, Téglise et le pâté inlermédiaire, ainsi que les maisons isolées voisines de l'avenue Bréligny.
Le petit mur et les maisons qui bordent la chaussée du Pont étaient garnis de tirailleurs (2); une barricade x^ construite sous une voûte à l'entrée du pont, fermait le chemin de halago.
L'ennemi, nous serrant de très-près, possédait Tenclos de la Plâtriôre dont la haute maison commande tout le terrain voisin; il occupait le mur ouest du Parc-en-P ointe ^ quelques maisons du pâté A, la rue de Champignolle, la tranchée et les maisons qui bordent le chemin de Sucy, près de la barricade o. Sur certains points, Français et Allemands se trouvaient à cinquante mètres à peine les uns des autres.
Au centre du village combattaient les 35* et 42* avec quelques compagnies du H 4*; le reste du 114* défendait les maisons X nous reliant aux mobiles, et le H3' était spécialement chargé de la garde de l'avenue Bréligny et de la chaussée du Pont.