‹ La défense de Paris, 1870-1871Chapitre 26 sur 52 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

Soldats,

Après deux journées de glorieux combats, je vous al fait repasser la Marne, parce que j*étais convaincu (pie de nouveaux efforts dans une direction où Tennemi avait eu le temps de concentrer toutes ses forces et de préparer de nouveaux moyens d'action seraient stériles.

En nous obstinant dans cette voie, je sacrifiais inutilement des milliers de braves et, loin de servir l'œuvre de la délivrance, je la compromettais sérieusement; je pouvais même vous conduire à un désastre irréparable.

Mais , vous l'avez compris, la lutte n'est suspendue que pour un instant; nous allons la reprendre avec résolution. Soyez donc prêts, complétez en toute hftte vos munitions, vos vivres, et surtout élevez vos cœurs à la hauteur des sacrifices qu'exige la sainte cause pour laquelle nous ne devons pas hésiter à donner notre vie.

Au grand qoartietr général, à Vincennes, le 4 décembre 1870.

Signé : A. Dugrot (!)•

Reeonstitation

de la i" armée.

Dans la nuit môme, le général Frébault, en confort mité des ordres du général en chef et du Gouverneur, s'entendait avec le général Guiod, et prenait toutes les dispositions nécessaires pour réorganiser et compléter son artillerie. — Des ordres étaient expédiés (toujours pendant la nuit) pour que trois bataillons de la garde mobile de TÂin et trois bataillons de la mobile de la

(1) Cet ordre du jour a été très-vivement critiqué par certains membres du Gouvernement de la Défense nationale... Pourquoi?... Eh! mon Dieul parce qu'il ne disait que trop rigoureusement U vérité... que ces Messieurs ne voulaient pas voir ni laisser voir à la population parisienne. — Lire aux pièces Justificatives n» XVI, les procès-verbaux des séances des 8, 4, 5 et 22 décembre.

Vienne, sous les ordres du capitaine de frégate d*Ândré» vinssent de Créteil relever , dans la matinée du 4 , la brigade de la Mariouse, laissée provisoirement sur la rive gauche de la Marne. — En un mot, toutes les mesures étaient prises avec la plus vive ardeur pour que la 2* armée fût mise immédiatement en état de continuer les opérations militaires.

Dans la matinée du 4 , à Theure prescrite , tous les conyocation chefs de service, les étals- majors des S* et 3* corps d*ar- vincenoes. mée se réunissaient au quartier général , dans le châ- « décembre au teau de Vincennes. — Le 1^ corps seul manquait à la convocation, parce que Tofficier d'état-mcgor , envoyé pendant la nuit pour porter les ordres du général en chef, n'avait pu trouver le général commandant le 1" corps d'armée, qui était rentré dans Paris.

Sans s'arrêter à cet incident, le général en chef expose aux officiers réunis les nécessités de la situation : c Les circonstances sont pressantes, dit-il ; suivant toutes probabilités, l'armée de la Loire est en marche dans la direction de Fontainebleau; pour favoriser ses efforts, il est urgent de reprendre la lutte dans le plus court délai possible... Il faut donc, tant bien que mal, réorganiser les corps, . fondre au besoin les divisions dans les divisions, les brigades dans les brigades, les bataillons dans les bataillons, laisser sur les derrières de l'armée les fractions de corps trop éprouvées , pourvoir immédiatement aux vacances faites dans les journées précédentes, par décès, entrées aux ambulances, ou par disparitions. >

Aux quelques observations faites sur l'impossibilité de reconstituer avec une pareille rapidité des troupes si rudement éprouvées, le général en chef répond avec uiie extrême énergie (qui fut même taxée de violence par quelques-uns) qu'il ne peut admettre d'observations ni

d*hésitations; que le moment est suprôme, qu*il commande un effort désespéré , et il termine en faisant un appel chaleureux au patriotisme, au dévouement de tous.

Ordre est donné aux chefs d'état-major de chaque division de se rendre le soir même à Tétat-major général avec les officiers de détail de chaque régiment, munis des états de vacances et des propositions des chefs de corps, afin que le travail des promotions puisse, se faire dans la nuit même.

La conférence terminée, de nouveaux ordres sont expédiés au général commandant le 1*' corps, pour lui prescrire de venir, dans Taprès-midi, au quartier général avec ses états-majors recevoir les mêmes instructions. — C'est ce qui eut lieu, en effet, vers trois ou quatre heures. — Dans cette réunion, mêmes explications, mêmes objections, mêmes instances pressantes du général en chef, plus véhémentes peut-être encore que le matin, et qui amenèrent une scène des plus vives (1), à la suite de laquelle des modifications durent être apportées dans Foi^anisation des commandements de corps d'armée et de divisions (2),

(1) Séance du 28 décambre 1870. — M. le général Trochu rappeUe la scène scandaleuse qui l'a déjà paralysé à Vincennes, lorsqu'il voulait procéder à de nouvelles opérations après avoir repassé la Marne.

(2) Par tout ce qui précède, 11 est facile de voir que le 4 décembre encore nous voulions agir énergiquemcnt et le plus promptement possible. M. Jules Favre a donc fait erreur lorsqu'il a afOrmé que , dans cette journée, nous avons laissé entrevoir certains sentiments de lassitude faisant pressentir que, dans notre pensée, le moment était venu de chercher à ouvrir des négociations avec l'unnemi.

Nous n'avons émis l'avis d'entrer en pourparlers qu'après avoir eu connaissance de la lettre de M. de Moltke en date du 5 décembre, et nous partagions en cela l'opinion de beaucoup de personnes sensées, notamment de MM. Jules Favre et Ernest Picard qui, comme nous, voyaient dans cette démarche du chef d'état-major de l'armée aliemaade un appel indirect à des négociations.

. Avant cet incident, nous avons toujours persisté à penser que notro

DÉPENSE DE PARia iil

Les batailles de la Marne ayant singulièrement réduit Reconstuaiion nos effectifs, la 2* armée fut reconstituée à deux corps seulement, avec une division de réserve.

Le 2* corps devint le 1" corps, composé des trois divisions de Susbielle, Berlhaut, Courty. Il avait pour chef le général de Maussion , qui avait remplacé le général Renault.

Le 3* corps devint le S*, et resta sous les ordres du général d*Ëxea; il comprenait les divisions de Belle mare et Mattat, avec la brigade des mobiles du colonel Reille.

Le 1" corpi^ fut dissous; la division de Maud'huy fut définitivement attachée à la 3* armée; la brigade Martenot, trop éprouvée physiquement et moralement à la suite de la journée du 2 décembre, rentra dans Paris ; il ne restait donc plus que la division Faron et la brigade Paturel, qui passa sous les ordres du colonel Lespieau. Ces trois brigades réunies formèrent im corps particulier dit corps de réserve, dont le commandement fut donné au général Faron.

devoir était de continuer énergiquement la lutte et de n'avoir d'autres rapports avec l'ennemi que les armes à la main.

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