CHAPITRE PREMIER
CONSÉQUENCES DE l'oPERATION DU 21 DÉCEMBRE AU POINT DE VUE DU GOUVERNEMENT ET DE L*OPINION PUBLIQUE.
Grandes étaient les anxiétés du Gouverneur à la suite de l'opération du 21 décembre; il craignait le fâcheux effet que le triste résultat de cette entreprise allait produire dans Paris et redoutait vivement une émotion populaire. ... * Nous avions espéré, dit M. J. Favre, un© t bataille décisive, nous n'eûmes qu'une escarmouche (1). « Le vaste périmètre qui lui servait de théâtre, le nomt bre considérable des combattants rassemblés pour y c prendre part, ne mirent que mieux en relief la triste € proportion de l'effort et du résultat. Aussi l'émoliou c de Paris fut profonde et les accusations déjà peu mé- « nagées au général Trochu redoublèrent de violence.
(1) Jules Favre. — Le Gouvernement de lé Défonso naiionaie, T. II, page 105
€ Par une fatalité cruelle , comme au 80 novembre, la € température, brumeuse pendant la matinée du 21 dé- € cembre, s'élait subitement abaissée jusqu'à 8 degrés € au-dessous do zéro. Le lendemain, le froid atteignit € 14 degrés, et Tàpreté d'un vent violent le rendait inc tolérable. Nos malheureux soldats avaient été saisis c brusquement par ce redoutable ennemi sur lequel ils € ne comptaient pas et qui devait faire dans leurs rangs € plus de ravages que le feu des Prussiens.
c Le général Trochu , qui s'était retiré au fort d'Au- € bervilliers, comprit fort bien les dangers auxquels € nous exposait l'échec qu'il venait de subir ; afin do c le conjurer, il faisait publier la note suivante, dans « Y Officiel dix 23, sous la date du 22 :
€ La journée dHiier ifest que le commencement d'une c série d'opérations. Elle n*a pas eu, elle ne pouvait € guère avoir de résultats définitifs. Mais elle peut € servir à établir deux points principaux et importants: € lexcellente tenue de nos bataillons de marche (1) c engagés pour la première fois, qui se sont montrés € dignes de leurs camarades de f armée et de la mobile, € et la supériorité de notre artillerie qui a complète- € ment éteint le feu de ï ennemi.
« Si nous n'avions pas été contrariés par F état de « l'atmosphère, il n'est pas douteux que le village du € Bourget serait resté entre nos mains. A Theure où € nous écrivons, le général gouverneur de Paris a réuni € les chefs do corps pour se concerter avec eux sur les « opérations ultérieures. > Conseil Le 22 décembre à midi, le Gouverneur avait en effet
de guerre
au fort d'Auber- : " "
vjlliers (S3 décembre). (1) La crainte de TopinioD publique entraînait à Oaltor la garde nationale alors même qu'elle n'avait pas été engagée. Les bataillons formaient en cfi'et une ligne extrême passant par Pantin et Âubcrviliiers, à 5 kiloinolres du vrai champ do bataille.
convoqué un grand conseil de guerre au tort d'Auber- • villiers, et là, après examen de la situation, il avait fait Texposé suivant:
c L'attaque sur le Bourget ayant échoué, nous n*avions c pu continuer noire marche en avant, puisque notre c point d'appui de gauche nous manquait; mais il n'était « pas possible de rester sur un deuxième échec du € Bourget.
c L'opinion publique s'était déjà trop émue pour la c première affaire ; cette fois, elle ne manquerait pas de c crier à la trahison. II fallait donc absolument lui donc ner une légitime satisfaction et pour cela s'emparer c de ce village. Mais comme l'expérience avait prouvé € qu'une attaque de vive force n'offrait aucune chance c de succès, qu'elle nous coûterait certainement des sac crilices considérables et inutiles, l'on devait procéder < dorénavant suivant les méthodes usitées dans les € sièges, c'est-à-dire par cheminements. >
Un des généraux présents fit bien observer que la gelée de la nuit précédente avait déjà rendu la terre si dure, que les outils se brisaient sans produire grande besogne, que par conséquent il y avait peu à compter sur un résultat satisfaisant ; le Gouverneur persista dans sa résolution et séance tenante donna les ordres d'exécution.
Toutefois il fut reconnu que l'on ne pouvait continuer à faire bivouaquer l'armée par ce froid de 15 à 16 degrés, sous peine de la voir disparaître en quelques jours; et il fut décidé que toutes les troupes seraient cantonnées dans les villages les plus voisins, chaque division fournissant des travailleurs, des gardes de tranchées, dans une proportion déterminée.
Selon les instructions du Gouverneur, le 1*' corps établi dans le village d'Aubervilliers et les maisons bor-
iW DÉFENSE DE PARIS.
dant la route de Lille fut spécialement chargé de l'exécution des travaux à faire entre La Courneuve et Drancy. Le corps de réserve Faron cantonné à Bobigny et Drancy dut mettre en état de défense ce dernier village ainsi que la ferme de Groslay, et exécuter les tranchées nécessaires pour relier ces deux positions.
Le 2* corps, cantonné dans les villages de Merlan et Noisy-le-Sec, eut à défendre tout l'intervalle entre Groslay et Rosny-sous-Bois.
Les 13* et 14* dragons furent envoyés à Clichy; les 1" et 9* chasseurs, à Vincennes, le régiment de gendarmerie, à Pantin.
Le grand quartier général de la deuxième armée resta à Âubervilliers. Les marins du vice-amiral Saisset et la division d'Hugues de la troisième armée continuèrent à occuper Bondy et le plateau d'Avron, vive émouon < Cependant, dit M. Chaper, la note publiée à 1*0/ «a populàuon. c lîciel ne suffisait pas pour conjurer les dangers dont « parle M. J. Favre. On doutait encore, après l'avoir f lue, des causes de l'échec du Bourget, du succès des c opérations ultérieures et même de l'importance des « combats livrés par la garde nationale* >
Les nouvelles particulières ne confirmaient pas sur tous les points le document officiel.
On doutait même dans le Conseil du Gouvernement, et M. J. Favre nous dit en effet : c De leur côté les < membres du Gouvernement délibéraient sur le parti à c prendre dans une si grave conjoncture.
€ A plusieurs reprises déjà, de sévères critiques c avaient été dirigées contre les mesures du Gouverc neur. Ces observations m'avaient ébranlé sans me c convaincre ; cette fois j'appuyai vivement sur la de- « mande d*un conseil de guerre appelé a se prononcer € sur la situation* Avant do s'arrêter a cette résolution.
il fut décidé que deux de nous se rendraient auprès de M. Trochu pour connaître son opinion et ses projets.
c M. J. Simon et moi, nous montâmes en voiture à mm. j. Favreet 4 heures et demie (22 décembre). La nuit tombait se rênd^t\» quand nous franchîmes l'enceinte. Je n'oublierai ja- ^ Goa?erneur mais le spectacle navrant qui s'offrit à nos regards. La grande rue et la route qui conduisent au fort d'Âubervilliers étaient couvertes de troupes débandées, cherchant un abri contre un vent du nord impétueux qui fouettait sur elles des nuages de grésil glacé. Ces pauvres gens arrachaient les pièces de bois qu'ils trouvaient sur leur chemin, quelques-uns en portaient tout enflammées sur leurs épaules. Ils grelottaient sous les couvertures qui les enveloppaient. C'était à fendre le cœur. — Voilà Moscou aux portes de Paris, me dit M. J. Simon d*un ton brisé ; qui de nous pou- * vait prévoir que nous serions les témoins d'une si lugubre scène ? — Le fort d'Aubervilliers était entouré de bivouacs où les hommes couchaient sur la terre gelée sans pouvoir se défendre contre les rafales qui balayaient la plaine. Hélas ! l'invasion de cette température avait été §i prompte, qu'il était impossible de s'en garantir. Nous trouvâmes cependant le général calme et ferme. Il nous expliqua comment l'attaque du Bourget avait échoué. Ce contre-temps avait paralysé l'action générale. On ne pouvait s'avancer en laissant derrière soi une forteresse ennemie. Il fallait doue s'en emparer ; des cheminements étaient ordonnés; poussés rapidement ils nous conduiraient jusqu'au pied des retranchements qu'il s'agissait d'enlever ; ce serait alors un jeu pour nos soldats ; ce n'était donc qu'un relard de quelques jours. Le Général nous demanda do faire prendre patience à la
« population et nous promit une nouvelle affaire plus € vigoureuse. Nous hasardâmes quelques objections sur € l'état de l'armée si cruellement éprouvée par la ri- « gueur du froid. Il nous fut répondu que e'était là un « des mille incidents inséparables des hasards de la « guerre. Nous nous retirâmes profondément attris- € tés. »
Ces Messieurs ne voulant pas voir les choses telles qu'elles étaient, ne voulant pas se rendre à la réalité, rejetaient sur le Gouverneur toute la responsabilité et ne parlaient de rien moins que de le remplacer.
« Revenus auprès de nos collègues, dit M. J. Favre, € nous n'eûmes pas de peine à leur faire partager notre « sentiment sur la nécessité de réunir un conseil milic taire. Nous en avions besoin pour décharger notre t responsabilité. Peut-être devions-nous aller plus loin € encore. A tort ou à raison les plaintes les plus vives c se faisaient partout entendre contre la direction du « Gouverneur de Paris. On lui reprochait de n'avoir pas < su se servir des ressources qu'il avait dans les mains € et d'avoir compromis la défense par une tactique mal- « heureuse qui consistait à engager ses troupes et à les € retirer, sans jamais occuper un des points attaqués, c La popularité immense dont il avait joui au commen- « cément et pendant les trois premiers mois du siège « avait fait place à une hostilité qui grandissait chaque « jour. Ce n'était pas seulement dans le sein de la « population civile ; c'était aussi dans les rangs de l'arc mée qu'elle se manifestait. Le langage d'un grand c nombre d'ofiiciers la laissait deviner; on respectait « ses qualités éminentes, on lui refusait celles qui « pouvaient conduire son armée à la victoire. Je l'avais « longtemps défendu ; confident de ses pensées, témoin c de son infatigable dévou<^ment, subissant l'ascendant
c de ses vertus, je voulais le croire aussi habile capi- € laine qu'il était généreux citoyen ; mais la journée du c Bourget me semblait fournir à ses adversaires des c armes si ipuis&Ginies que ma coDscience ne me permet- « tait pas de le laisser désormais, sans guide et sans « contrôle, décider souverainement des opérations qui € pouvaient encore être tentées. Le Conseil se rangea € à ravis de M. Picard ; il ordonna la convocation d'un € Conseil de guerre et me chargea de prier le Général € de venir en conférer avec nous. »
A partir de ce moment nous entrons dans la période Le moment
psychologique
la plus triste, la plus pénible de l'histoire que nous avons entrepris de raconter... C'est le commencement d^une longue et douloureuse agonie...
Désormais il est devenu aussi impossible de traiter honorablement avec l'ennemi que de le vaincre... Devant notre aveugle persistance à continuer la lutte, les Allemands qui ont fait de nouveaux et pénibles sacrifices sont bien résolus à nous les faire chèrement payer (1).
Le moment psychologique, suivant le mot de M. de Bismark (2) est arrivé... Les Krupp sont en batterie... à
(1) « Si rennemi, dit le roi Guillaume dans sa proclamation du 6 déc cembre 1870. . . persiste à prolonger la guerre, vous persévérerez aussi, « Je le sais, dans cette tension universelle de toutes les énergies nalioc nales qui nous a valu jusqu'ici de si grands résultats, jusqu'à ce que < nous arrivions à une paix glorieuse en rapport avec les grands sacric Ûces de sang et de vies humaines que nous avons faits. »
(2) De très-concluantes considérations psychologiques, dit la Gazette de Silésie, parlaient pour que le bombardement ne soit commencé qu'après que nos victoires en pleine campagne auraient détruit les espérances que les Parisiens fondaient sur les armées de secours.
Le moment psychologique devait surtout, d'après toutes les considérations, jouer un rôle saillant, car sans son concours, il y avait peu à espérer du travail de l'artillerie. — Un siégpe en règle ne pouvait être considéré comme opportun... Avec une résistance énergique, cela ne nous aurait conduits au but que dans un temps assurément plus éloigné
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l'extérieur nos années ont disparu ; il n'y a plus que des Landes incapables d'aucun effort sérieux...
Ce sont ces tristes jours que nous allons dépeindre... Tout en continuant à exposer les événements extérieurs où, sauf quelques défaillances, nos soldats furent admirables de sacrifice et de dévouement, nous parlerons des faits et gestes de nos gouvernants... Ne voulant pas les juger, nous nous bornerons à citer textuellement les procès- verbaux de la Défense nationale.
Les faits s'y déroulent successivement dans toute leur vérité... on y suit les impressions diverses des membres du Gouvernement, le désaccord et l'antogonisme même qui naissent entre eux et grandissent proportionnellement à leurs déceptions et à nos désastres. C'est en un mot l'histoire indéniable de chaque jour prise sur le vif.
La plupart des membres du Gouvernement, subissant malgré eux, sans s'en douter, l'influence excitante de la Délégation de Tours et des clubs de Paris, se faisaient dans les conseils les organes de l'ignorante impatience, des préjugés absurdes, des injustices criantes de l'opinion... c En ce moment même M. Gambetta, qui voyait c la politique et la guerre avec son esprit de parti et c son imagination, disait a la Province qu'il y avait eu € un carnage de 7,000 Prussiens à Avron, que Paris « régénéré, antique y tiendrait jusqu'à la fin de février; € — en même temps, il écrivait à ses amis de l'Hôtelc de-Ville que les Allemands étaient à bout, qu'ils < avaient perdu près d'un demi*million d'hommes depuis « leur entrée en France, que la défense de Paris de- « vait être plus audacieuse, plus active (1). »
quo celui où la faim promet d'ouvrir les portes. II ne pouvait donc s'ogir que d'opérations accôléronles.
(1) De Mozadc. La guerre de France.
Dans les clubs, où la violence de langage le disputait à rineptie, on ne cessait d'accuser le Gouvernement de mollesse, d'indécision, d'incapacité.
€ Le Gouvernement, disait-on, devrait adopter les me- € sures suivantes:
c l"" Révoquer les généraux qui n'ont pas suf&sam- € ment rempli leur devoir en se laissant battre. . . •
c 2" Considérant que nos ressources diminuent et que € le temps presse, voler, après la réussite, la somme de
< 10 millions et le grade de maréchal de la République € à celui qui débloquera Paris. . . . Trochu est honnête c et il a un plan, mais il est trop long. ... Il faudrait c en ce moment un homme comme Bonaparte P' qui était c un vrai grand homme. . • •
c Le Gouvernement est trop lent. . . il faut en finir et c se battre en plaine où nous devons être vainqueurs...» (17 décembre, salle des Mille et un jours, rue de Lyon.)
€ — Il faut abolir cette bande du Gouvernement de la € Démence nationale... le peuple a des armes, il peut € se révolter et agir. . .
< — Les maux que le peuple souffre aujourd'hui ont « pour cause le Gouvernement de la Paralysie nac tionale... >
€ 11 faut en finir avec tous ces avocats du Gouvernet ment de la Défiance nationale qui se disent républit cains et qui perdront la République. . . Nous n'avons € plus qu'un moyen de sauver le pays, c'est de choisir
< notre heure, de marcher sur l'Hôtel de Ville que nous € mettrons en pièces et de proclamer le Gouvernement « du Peuple. . . » (Salle Favier, rue de Bellevile, 20 décembre.)
c Lorsque les gardes nationaux se seront entendus c pour faire une sortie, on ira chercher des cartouches c où Ton sait qu*il y en a... Nous sortirons sans les c généraux de Trochu; nous n*avons pas besoin de c généraux.
c Arrivés au champ de bataille les généraux se révéc leront d'eux-mêmes. •• il faut que nous nous tirions c de la position dans laquelle nous laisse le « Gouverne- € ment de Trochu...» (Club, rue de la Maison-Dieu, 10.)
Nous avons ini que les clubs n'étaient pas seuls à battre en brèche l'autorité du général Trochu. Le livre de M. J. Favre nous a montré que le Gouverneur était en suspicion, qu'on ne le considérait plus comme l'homme de la situation, et que ses collègues du Gouvernement ne songeaient qu'à une chose, le renverser, ou lui imposer leurs idées.
Les procès-verbaux du Gouvernement de la Défense nationale en font foi et nous révèlent sur ce sujet de curieux détails :
ûuu^^w. * — M, Picard prie M. le général Le Flô d'entretenir • le conseil des opérations militaires.., M. le général c Le Flô répond qu'il n'est ni gouverneur, ni général en € chef, ni président du conseil.
c M. Picard déclare que le Ministre de la guerre est c le supérieur du général Trochu, et qu'il serait bien € temps que l'action militaire eût un contrôle sérieux...»
s*gç« Le 25, la question d'un grand conseil de guerre con-
trôlant l'action du Gouverneurfut longuement discutée...
€ — M. Arago ayant exprimé la volonté de quitter le c Gouvernement plutôt que de signer la Capitulation c dont il ne veut à aucun prix. . .
c M. Picard est d'avis qu'il ne s'agit pas de tout cola,
€ mais de raisonnements qui n'ont rien à voir avec les € sentiments.. ••
« M. Arago croit que si on paralyse ainsi Faction, on « se trouvera tripler la honte de Bazaine en capitulant c avec trois fois plus de troupes qu'il n'en avait à Metz.
€ M. J. Favre déclare que lui aussi ne veut pas de € cette issue qu'il entrevoit, et que c'est pour cela qu'il c demande une autre direction militaire.
c M. le général Le Flô croit que le moment viendra c où il faudra examiner entre officiers les mesures à c prendre, mais ce moment n'est pas encore venu ; quant c à présent il est évident que le froid arrête les opérac tiens.
c Après un exposé des opérations à entreprendre pour c la prise du Bourget, il est donné lecture du rapport c militaire rédigé par le général Schmitz.
€ M. J. Favre trouve ce rapport trop décourageant; il € croit impossible de le publier sans le faire accompa- € gner d'un palliatif. — Il s'élève à cet égard contre c l'abus qui consiste à livrer à la publicité des rapports c militaires qui n'ont point été préalablement soumis au c Conseil.
c Le Conseil est unanime sur ces deux points.
€ M. J. Simon rédige et fait approuver une note expli- € cative du retard apporté à la suite des opérations milic taires commencées.
€ M. J. Favre voudrait que cette note pût sembler un € acte de Surveillance de Faction militaire; il voudrait € que le Gouvernement reprît enfin sérieusement sa misc sien de défense et de contrôle. — Il ne voudrait pas
< cependant qu'on se méprît sur ses sentiments à l'égard
< du général Trochu, dont il reconnaît le grand cœur, c mais dont il n'est pas sûr à l'endroit des facultés mili-
< taires. . • il aime le général, il l'estime, mais enfin son
tOO DÉFENSE DE PARIS.
« système de temporisation lui semble mener à un désas- € tre.'Il faut donc une intervention amicale, mais ferme € du Gouvernement; il faut appeler le Gouverneur à une « réunion à laquelle assisteront les généraux. . .
€ M. Le Flô trouve cette solution fort grave ; avant € d'y recourir, il croit qu'il faudrait au moins avoir un € entretien avec le général Trochu.
« M. Ferry déclare avoir une confiance absolue dans c le général Trochu ; mais cependant il croit le moment € venu pour le Gouvernement d'exiger des explications c militaires. — Il a été frappé lui aussi de la façon dont c la journée du 21 a été manquée.
c II se demande pourquoi Ton n'aurait pas poussé une « pointe du côté de Versailles. . . Il constate que la sic tuation menace d'éclater dans ses mains en sa qualité c de Maire de Paris ; on en voudrait moins au oou- « vernbur de la perte de vingt mille hommes que de « l'inaction.
€ M. Garnier-Pagés croit, comme M. Ferry, qu'il faut « agir ; il est persuadé que le générai Trochu a besoin
< d'être encouragé et soutenu pour oontre-balancer les c embarras suscités autour de lui par certains généraux c dans lesquels il ne faut avoir que fort peu de confiance, c II approuve donc la convocation d'une conférence milic taire destinée à couvrir la responsabilité du général c lui-même.
c M. J. Favre n'accepte pas seulement une conférence c n'ayant pour but que d'obtenir de simples explications, € comme si le général Trochu était maître de tout, ainsi « qu'il en a, suivant lui, trop jusqu'ici manifesté la € prétention. . . Le moment est venu où le Gouverne-
< ment doit lui-môme conduire les opérations militaires. € M. Garnier-Pagès déclare à son tour qu'il n'accepte-
€ rait pas la conférence avec ces conditions, car a l'insu
c de M. J. Favre, celui-ci devrait logiquement arriver à c la révocation du général Trochu.
c M. J. Favre répond que telle est bien en effet son « INTENTION et qu'il espère que le général le compren- € dra.
c M. Gamier-Pagès affirme qu'une telle manière do c voir sème la division au sein du Gouvernement et doit c fatalement mener à des désastres.
t M. Ferry ne partage pas les craintes de M. Garnierc Pages; il est opposé à la convocation d'un conseil, c mais il est convaincu qu'une conférence militaire peut c se faire sans la moindre hostilité à l'égard du général c Trochu. U demande donc que cette conférence ait lieu c dès demain et vienne couper court à une situation in- < tolérable.
c M. J. Favre rappelle que la souveraineté appartient c au Gouvernement tout entier et qu'il semble l'avoir c jusqu'ici abusivement abdiquée dans les mains du « Gouverneur... S'il est vrai que les troupes no veuc lent pas marcher, il faut s'en informer près des gêné- « raux. Il rappelle que le général Ducrot lui-même a € pix)posé de céder la place au général qui présenterait c un plan meilleur que le sien.
c M. Ferry tient, dit-il, tous les autres généraux quo c les généraux Trochu et Ducrot en complète méfiance, c U n'admet pas un conseil de tutelle pour le général en c chef; ceci lui parait être l'anarchie et la dissolution c dans l'armée.
c MM. les généraux Le Flô et Schmitz protestent con- « tre les appréciations de M. Ferry. . •
€ M. Ferry demande que l'on sépare les deux ques- € lions de conférence et de conseil de guerre. Pour lui, il c est d'avis que les généraux peuvent être consultés, c mais non appelés à délibérer.
c M. Schmitz demande la permission de se retirer, sa c présence pouvant entraver la liberté de discussion a « l'égard du général Trochu.
c M. Picard déclare immédiatement après le départ du c général Schmitz, qu'il faudrait une solution pratique ; c suivant lui le général Trochu est investi d'une véritable c dictature militaire depuis trois mois, et maintenant c tout le monde dit que rien ne marche ; le Ministre de c la guerre le crie plus haut que personne. Il faut donc c retirer au général la dictature militaire et lui laisser la c présidence du Gouvernement. Il faudrait tout au c moins que le général Trochu consentît à laisser diri-
< ger les opérations militaires par un autre général qui c les soumettrait au Conseil.
c M. Picard igoute qu'il appellerait au conseil de c guerre les généraux Ducrot, de Bellemare, Vinoy, les
< amiraux, etc.
€ M. Ferry fait observer à M. Picard qu'il doit bien c savoir que ces généraux ne désirent qu'une chose, la c paix; ceci équivaut a la révocation du général Trochu c et à son remplacement par le général Vinoy et autres.
c M. Arago observe que la mesure proposée par € M. Picard est extrême et qu'il serait temps d'y recou-
< rir si le Conseil avait constaté son désaccord absolu c avec le général Trochu.
c M. Picard insiste en disant que depuis trois mois c on est encore à attendre une satisfaction militaire; c quel que soit le talent du général Trochu, il ne le croit
< pas l'homme de la situation. C'est un homme qui raic sonne et qui parle admirablement, mais auquel il manc que la rapidité d'action indispensable.
€ M. J. Favre, du consentement du Conseil, invite M. le « général Trochu à revenir à Paris demain à deux c heures pour présider la séance du Conseil, • « »
c M. le général Trochu lit un rapport militaire sur séance
^ '^^ dn M décembre
les opérations de l'armée depuis le 20 décembre. 11 j^rî^ès-midn constate que la mobile est surtout fort atteinte par les rigueurs de la saison. Les épreuves matérielles auxquelles on Ta soumise sont au-dessus de ses forces. Le général Ducrot n'a pas la moitié de son état-major debout. Seule, une partie du corps du général Vinoy a conservé un bon moral, parce qu'il y a là des gardes de Paris, des gendarmes et d'anciens militaires plus aguerris. La mobile est pour ainsi dire un corps à refaire; les officiers manquent, les bons se sont tous fait tuer. Dans cette situation un repos et des distributions de lainages sont indispensables. Il demande ce que peut la population de Paris, c M. Picard répond que la situation de Paris dépend de celle de Tarmée ; quand celle-ci est bonne, l'autre l'est également; quand elle est mauvaise, l'esprit de la population est détestable.
« M. Ferry appuie cette appréciation en émettant la fâcheuse impression causée par l'échec du Bourget. c M. le général Trochu reconnaît cette fâcheuse impression; il a dû céder aux généraux et à la température. Une chose le rassure, c'est de n'avoir reçu aucune mauvaise nouvelle depuis dix à douze jours. Mais si l'on suppose que par suite des incidents militaires, la durée du siège peut être abrégée, il est prêt à donner sa démission, si l'on croit qu'elle puisse empêcher ce grand malheur,
€ M. le général Le Flô : Vous ne pouvez pas faire cela; c'est impossible. . . .
c M. le général Trochu déclare que la destinée dépend du succès ; si l'on espère ce succès d'une autre direction militaire, il ne faut pas hésiter. 11 craignait un désastre, heureusement arrêté jusqu'ici, mais il corn'*
« prend très-bien que la population ne se contente pas « de ce simple résultat ; on doit du moins lui rendre cette c justice que s'il n*a pas fait de grandes choses il n'en c a jamais promis; il a toujours dit en se présentant: Je c n'entends pas vous offrir un grand homme, mais un « brave homme.
« La foule, elle, demande autre chose, il lui faut des « victoires: malheureusement il est évident pour lui c qu'on ne pourra plus percer les lignes comme elle le « désire.
c Après avoir exposé les faits militaires relatifs à la « dernière affaire du Bourget, le général Trochu censc taie qu'il n'y a pas là un échec militaire, comme le c croit l'opinion publique. Dans cette situation il engage « le Conseil à consulter les généraux. Toutefois il croit € de son devoir de prévenir le Conseil que les généraux « qui se sont préparés aux premiers rôles ne sont peut- < être pas les meilleurs.
< M. le général Le Flô répond qu'il ne peut être quesc tion de trouver un successeur au général Trochu; € pour son compte, il ne saurait l'admettre.
c M. Garnier- Pages appuie cette déclaration.
t M. le général Le Flô ajoute qu'il ne faut qu'étudier c à fond la situation ; il a dressé un formulaire d'études « sur les diverses questions, et il en donne connais- « sance au Conseil.
€ Ces diverses propositions se résument à ceci :
€ Le Gouvernement ne peut traiter que de la reddic tion de Paris et de la paix.
c Paris tombé, il n'est pas certain que la défense na- € tionale puisse continuer; la hitte jusqu'au dernier t moment, c'est donc un devoir.
c Le terme arrivé des vivres et des sacrifices, il faut c former trois groupes résolus a forcer les lignes par le
Nord, le Sud et l'Ouest ; chacun de ces points de sortie doit être étudié.
€ Il demande que le Gouvernement résolve, en principe, cette dernière question, avant le moment suprême.
€ Pour lui, il ne saurait admettre qu'une armée française, forte de 300,000 hommes et comptant 300 pièces attelées^ puisse défiler humblement en déposant ses armes aux pieds du roi Guillaume ; ce serait la honte et la démoralisation du pays tout entier, c II considère comme impossible, en présence du courage et de r influence du Gouverneur, de le remplacer, mais il croit que le Gouvernement doit prendre part désormais à l'action militaire.
€ M. Arago partage, en tous points, l'avis qui vient d'être émis par M. le général Le Flô.
€ M. Garnier-Pagès pense que, avant d'arriver à préparer ce dernier drame militaire, il faut se rendre compte de ce qui a été fait, de la situation actuelle, et de ce qui peut être encore entrepris, c II représente les efforts réalisés et ayant constitué une armée et un armement qui, en fusils et en artillerie, est au moins égal à celui de l'ennemi, c II s'agit donc, maintenant, d'utiliser ces résultats, de satisfaire la population, et d'amener le Conseil à l'action et à la responsabilité militaire.
€ Pour ce qui est des grandes batailles, ce qui a manqué, suivant M. Garnier-Pagès, c'est l'audace. On craint des pertes, on redoute un désastre et on s'arrête. Cependant les grands sacrifices d'hommes pro^ duisent le plus souvent un redoublement d'élan et d'enthousiasme que ne produisent pas les petites pertes et les actions restreintes.
« M. Garnier-Pages oxprirae la crainte que les inter-
c médiaires entre le général en chef et Tannée soient c faibles. Il la divise en deux classes, lui aussi : ceux € qui veulent combattre jusqu'à la mort, ceux qui se dec mandent pourquoi la République sauverait à leurs dé- € pens la France que leur Empire a compromise. J'ai c confiance absolue en vous, général, continue M. Gar- € nier-Pagès, vous êtes pour moi le seul général qui € puisse et qui veuille sauver la République.
€ M. le général Trochu : Oui, oui, vous ne vous c trompez pas, mais vous oubliez mon ami Le Flô.
4 M. Garnier-Pagôs répond qu'il connaît la résolution c et le cœur du général Le Flô, ministre de la Répuc blique, mais il n'a entendu parler que des généraux c commandant. Il termine en encourageant le général c Trochu à avoir confiance et à marcher en avant. S'il c se retirait, il se retirerait avec lui.
€ M. le général Trochu remercie M. Garnier-Pagès c de ses bonnes paroles; il reconnaît qu'il vient d'exc primer exactement les sentiments de l'opinion publi- € que, ardente et impatiente. La question est de savoir c si ce qu'il conseille est praticable avec les exécutants c dont on dispose ; pour lui, il répond absolument : non.
« L'armée n*a jamais été qu'une ombre d'armée, elle a ne sait ni ne peut marcher; la force, l'habitude lui € manquent. Le malheur de la situation, c*est qu'au € moment de l'investissement il n'y avait aucune force € organisée a Paris.
€ La bataille de Ghâtillon, audacieusement livrée par € un général audacieux, a prouvé que cette armée € n'existait pas; il a fallu s'appliquer à la constituer; « mais pendant, qu'on se livrait à ce soin, Tennemi a « entouré Paris de travaux considérables contre lesquels t vient maintenant se heurter cette jeune armée encore t peu aguerrie. Le dernier échec du Bourget ne vient
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que de ce qu*un régiment s'est débandé ; rartillerie a cru que Tennemi avait repris les positions, et a malheureusement tiré sur les points encore occupés par la marine, dont les officiers ont été tués. Voilà ce qui a fait échouer cette journée bien commencée, c Étant donné les forces militaires dont on dispose, on a, suivant lui, procédé sans cesse par des coups d'incroyable audace au point de vue militaire. € M. le général Trochu explique diverses autres opérations militaires entamées ; il montre la peine éprouvée pour le remplacement des officiers, dont les meilleurs se sont fait tuer, suivant l'expression familière du maréchal Bugeaud, qui disait : c Ce sont toujours les mêmes qui se font tuer. « < Enfin il constate l'épuisement de l'armée, et il en conclut que l'opinion publique a des exigences qu'il comprend sans pouvoir y obéir. Cependant sa conviction est qu'il faut prolonger le siège aussi longtemps qu'une armée agitera la province et qu'il restera un morceau de pain à Paris.
c M. le général Trochu signale ensuite le découragement ou l'irritation de beaucoup d'officiers, dont quelques-uns l'accusent de donner à la population des représentations militaires dont ils font tous les frais. 11 en conclut qu'il s'est usé a la tâche de dévouement qu'il a conscience d'avoir accomplie, et qu'il doit être remplacé.
€ Examinant le dernier et héroïque effort proposé par le général Le Flô, le général Trochu ne veut pas le déconseiller, mais il veut le bien examiner, car il s'agit, il faut le dire, de mourir. Il entre, à cet égard, dans de longs développements sur le système d'investissement prussien, comprenant trois et quelquefois cinq lignes non interrompues d'obstacles autour de
« Paris. Sa conviction est donc qu'on ne pourrait pasc ser qu*à la condition de se précipiter la nuit, sans ar- « tillerie et sans tirer un coup de feu, en laissant derc rière soi morts et blessés; il déclare que si son devoir c ne le retenait pas à Paris, il aurait pu déjà lui-même « franchir les lignes avec 300 cavaliers résolus.
c Un officier remet, à ce moment, au Gouverneur, t une lettre du prince de Saxe, qui, sous prétexte d'é- < change de prisonniers, annonce la défaite de Tarmée « du Nord, qu'on suppose être celle du général Faic dherbe, bien que la lettre, dont la signature est illic sible, ne précise rien.
€ M. Garnier-Pagès demande que l'on revienne à c examiner ce qu'il faut faire dès à présent.
c M. le général Le Flô demande que l'on se prononce € de suite sur sa proposition, sauf à fixer ensuite les c voies et moyens.
€ M. le général Trochu est d'avis d'appeler les géné- € raux à décider du nouveau commandement militaire à € donner.
€ M. Ârago s'oppose à cette solution, car son premier € soin serait de réclamer du général présente une proc fession de foi républicaine. Il demande seulement € au général Trochu de ne plus commander seulement « l'armée en chef militaire prudent, mais en citoyen réc solu à tenter des efforts extraordinaires, en dehors de « toutes les règles militaires. Il ne peut admettre que « Paris puisse succomber avec trois fois plus d'hommes c que n'en avait Bazaine à Metz.
t M. le général Trochu répond que, quant à présent, la « question est de durer, et que pour cela, il faut exac miner s'il faut risquer toute l'armée d'un coup, ou sim* « plement atermoyer. Il n'est pas de ceux qui disent ': « Voilà ce que vous voulez? Eh bien! je m'en vais, II
est, quant à lui, au-dessus de cela. Il demande dona que Ton appelle les généraux, qu'on les consulte et qu'on agisse en conséquence, car il est possible que Futilité du moment conseille sa retraite, c M. Jules Favre rappelle que le général Ducrot a toujours exprimé le désir qu'on traitât au plus tôt. Il ajoute que, si la population qui attendait tant du général Trochu, est toute prête maintenant à le haïr, c'est qu'elle ne lui demande pas des victoires, mais de l'action. Â son avis, l'heure est venue d'associer davantage le Gouvernement aux opérations militaires. Il faut rassembler un conseil de guerre, appelé à examiner la situation, et il ne serait même pas mauvais que le public le sût, afm qu'il jugeât lui-môme qu'un contrôle efficace s'exerce enfin de ce côté.
€ M. le général Le Flô ne peut admettre qu'on appelle ainsi des officiers pour traiter avec eux ; ce serait introduire l'anarchie dans l'armée et désorganiser la défense. Il n'y a que cinq ou six individus dans l'armée qui puissent être utilement consultés. Il faut éviter de manifester un sentiment de méfiance qui serait certainement fort mal interprété, c M. le général Trochu rappelle ses hésitations, lorsqu'il s'est agi pour lui d'accepter la position qui lui était offerte. Il a consenti à prendre le commandement Tdans la pensée d'établir un trait d'union entre le Gouvernement et l'armée ; jusqu'ici il s'est maintenu dans ce rôle, malgré quelques fâcheuses mesures révolutionnaires. Mais il constate que^ par une série d'événementS; l'opinion publique en est venue à trouver que l'armée manque d'audace, alors qu'elle a déjà perdu 30,000 hommes et presque tous ses officiers ; Tarmée est épuisée, écœurée ; la faire marcher danâ cet état pour satisfaire l'opiniott serait de la représeor
eiQ DÉFENSE DE PARIS.
i.tritioii politique. L'armée déclare celte représent')lion À. impossible, là population l'accuse de manquer d'aus, dace. Il ne lui reste (^onc plus qu*à se relirér. Du c reste la mobile est déjà furieuse contre la garde natjok nale.
* « M. le général Clément Thomas observe qu*on n'ose « pas assez avec- la garde nationale, qui ne demande « qu'à marcher; certains généraux la. laissent errer à « l'aventure sans lui donner d'ordres, d'autres l'ac- € cueillent avec des propos grossiers (1).
« M. le général Trochu persiste à croire qu'il n'est i plus l'homme de la situation. Cependant, comme il € doit s'expliquer en toute sincérité, il croit devoir pré- « venir le Conseil que le général Ducrot, homme con- € sidérable,* dont il fait le plus grand cas, n'a pas, visc &-vis de la République, les sentiments dont ' il est € animé lui-même.
. < M. Ji Favre constate qu'en effet le général Ducrot € n'était pas d'avis de la fière réponse faite à M. de € Moltke, il voulait qu'on traitât, et il se chargeait de c mamtenir la population de Paris si elle s'avisait de « bouger.
k M. le général Trochu examinant ensuite les apli- <[. tudes du général Vinoy, reconnaît que. le général a €. toujours un plan tout fait et certain de réussir quoi f qu'il ne réussisse jamais. S'il lui était permis de dési-
(1) L'opinion do M. le général Clément Thomas 8*6St singulièreroenl modifiée plus tard, ainsi que le constate le procès-verbal de la séance du 10 janvier 1871 :
« M. Ferry engage à employer la garde nationale.
: « Le général Clément Thomas déclare qu'il y a beaucoup de chariaCa- « nisme dans cet étalage de courage de la garde nationale. Déjà, depuis c qu'elle sait qu'on va l'employer, son enthousiasme a beaucoup baissé.' «. U ne faut donc rien s'exagérer de ce côté. »
c gner un général pour lui succéder, il déclare qu*il dé» « signerait le général Le Flô.
« MM. Arago et Garnier-Pagès pensent que la rc-» c traite du général Trochu serait funeste; on croirait à c une capitulation. Il leur semble impossible de faire « défendre la République par rex-^énateur Vinoy.
« M. le général Le Flô fait vivement observer qu'il c n y a pas que des républicains à défendre la Répu- € blique; M. de Charette vient de le prouver.
c M. Ferry n'accepterait la délibération des généraux c que s'il était bien entendu que le commandement en f chef ne serait pas en question ; ce serait une enquête € militaire suivie par le Gouvernement.
c MM, Ârago, Pelletan et Garnier-Pagès se refusent € même à cette dernière extension des attributions de c cette conférence militaire.
€ M. J. Simon constate que l'unanimité du Conseil se « montre contraire à la retraite du général Trochu, qui « n'a pas le droit de se retirer sans son autorisation y € cette même unanimité désire également entendre cer* c tains généraux pour se former une opinion militaire ; € voilà ce qui résulte, suivant lui, de ce long débat.
c Le général Trochu déclare que si on lui donnait un € successeur, il s'empresserait de se mettre sous ses € ordres pour combattre.
< M. le général Trochu lit ensuite son rapport sur les c opérations conçues ou exécutées depuis le comment cément du siège. Il en résulte que son plan sur la i basse Seine a dû être abandonné pour celui de la c Marne, suivant la demande instante de M. Gambetta.
€ M. J. Favre demande que ton rejette tout entière € sur la Délégation de Tours la responsabilité de ce « changen\ent de plan. M. le général Trochu se refuse € a décliner ainsi, en la rejetant sur un autre, une res«-
¥ ponsabilité dont il trouve juste de conserver sa part
c II demande quels sont les généraux qu'il devra ap € peler au Conseil.
« Il propose : MM. Ducrot, Vinoy, amiral La Ron- € cière.
c Les convocations seront envoyées au nom du gêné- € rai Trochu pour demain à 2 heures. »
Le bombardement, qui commença dès le 27 au matin sur les forts de TEst, fit suspendre cette convocation.
« Toutes ces délibérations montrent bien, dit M. Chac per, la lutte qui s'établissait dès lors dans le Gouver c nement entre ceux qui voulaient avant tout, pour c complaire à Topinion publique, renverser le général € Trochu, déclaré coupable d'insuffisance, et ceux qui c voulaient d'abord lui trouver un successeur, ce qui ne c leur semblait pas facile; lutte des préoccupations mi- € litaires, lutte contre les antipathies politiques, et de c laquelle ne devaient sortir, en résumé, que des con- € cessions de plus en plus nombreuses faites à la prèsc sion de la foule, des clubs et des journaux. >