SOUFFRANCES MORALES ET PHYSIQUES
Aogoinsef DO- ' De tous los fardcaux , de tous les maux endurés par Se la pormiatioQ la populatioH Parisienne, le moindre n*était pas de supp«r sieaaa. ^q^^q^ ^^Q administration sans précédents dans les fastes de la ville , et un gouvernement qui en temps ordmaire serait mort en quelques heures de son incapacité radicale. . . Néanmoins on obéissait, on se soumettait patiemment sans murmures, sans colère et dans la crainte même de diminuer le peu de prestige du pouvoir, on parlait, on agissait comme si l'on croyait à sa valeur, à son habileté...
Cependant les maladresses , les fautes , les insanités de ceux qui, se faisant un marche-pied du pays vaincu, meurtri , avaient si prestement escaladé le pouvoir, semblaient se multiplier et grandir chaque jour. .
DÉFENSE DE PAKIB. 519
'* Gomme si le cercle de fer et de feu de Tcmiemi ne paasseï noa-
-ft . \ ^ . . ï . 1 relief mises en
. Btifusait pa^» le Gouyernemeut avait cru devoir enlacer cîrcoiauoa. .les habitants dans un mortel réseau de mensonges ofQ* cids, officieux ou non démentis... réseau qui, par les ballons et les messagers ailés, s*étendit bientôt sur la France, entière. . . de telle sorte que t pour la Province, c c'était de Paris que devait venir la victoire > , que c pour € Parîs, c'était de la Province que la délivrance allait t arriver ».
Tantôt.on annonçait qu'on avait forcé le port de Jahde, que toute la flotte allemande était faite prisonnière : c Le fameux bélier cuirassé Wilbelm et tous les bâtic ments que la Prusse arme si péniblement depuis dix c années sont dans nos ports , voilà une digne réponse c aux prétentions de M. de Bismark... Il voulait la € flotte française, qu'il commence par aller chercher la € sienne... à Cherbourg. .. ». {Électeur libre,)
Tantôt Tarmée de la Loire ,. loin d'avoir été détruite par le prînce Frédéric-Charles, « opérait victorieusement c sa jonction avec celle de Bourhaki, à quelques kilomè- € très de Fontainebleau...» (Le Co/72Jba/.) Une autre fois le Siècle publiait une importante nouvelle extraite de la Kronika polska (chronique polonaise) ... c Un grand t complot a été découvert paririi les soldats polonais de c l'armée prussienne ; il avait pour but de déposer les € armes en masse et de se faire prisonniers de la France c contre laquelle ils ne veulent plus combattre , parce c que cela est évidemment contraire aussi bien à leurs t sentiments sympathiques envers elle qu'à leurs pro- » près intérêts nationaux ».
Puis, tout à coup, circulait cette nouvelle accablante r Tours, 8 décembre. Rédacteur Figaro ^ Paris : t Quels « désastres! Orléans repris. — Prussiens deux lieues t de Tours et de Bourges. — Gambetta parti à Bor-
no DÉFENSE DE PARIS.
c deaux. Rouen s'est donné. — Cherbourg menacé, c armée Loire n*estplus, fuyards, pillards. — Popula- • tion rurale partie, connivence Prussiens. — Tout le c monde en a assez. — Champs dévastés , brigandage « florissant, etc.. >.
Le Gouvernement, au lieu de couper court à tout cela m supprimant la presse, faisait comme un mélange de bonnes et mauvaises nouvelles ; on lisait à V Officiel : t D'après les renseignements de quatre officiers français prisonniers , rendus hier en échange d'un pareil nombre d'officiers prussiens , Tarmée de la Loire est fortement constituée. . . Dans la journée du 2 décembre, vers 2 heures, l'avantage était de notre côté, quand des renforts considérables arrivés aux Prussiens nous forcèrent à rentrer dans les positions de la veille. . . Nos troupes exécutèrent ce mouvement avec ordre, soutenues par l'arrivée de nos réserves, qui empêchèrent l'ennemi de les poursuivre. . . L'armée prussienne a payé cet avantage par des pertes considérables... D'après les renseignements fournis par les officiers , pris a cette affaire même , le chiffre des prisonniers restés aux mains de l'ennemi ne dépassait pas 1,500 hommes... Ils ajoutent que le moral des troupes est excellent, que les services administratifs sont bien faits , que les hommes ont du pain et des vivres en abondance , que les populations se montrent pleines de dévouement pour la cause nationale et que les habitants des campagnes s'empressaient autour de nos prisonniers pour leur témoigner leur ardente sympathie ».
« Par ordre :
t Le général, chef détat-nhyor général^
c SCHMITZ. »
DEFENSE DE PARIS. tti
Aussitôt les bonnes nouvelles recommencèrent à cir* culer. D'une part, c'était M. de Bismark se prêtant avec empressement à une combinaison de paix proposée par MM. Dam et de Talhouët, sous l'initiative de l'Angle* terre; de l'autre, Berlin se révoltait; Vienne demandait la guerre contre la Prusse. • .
Nouvelles par pigeons... Bruxelles, 8 décembre :
< Dans la soirée du 5, à Berlin, il y avait une grande « efTervescence par suite de la nouvelle connue des réc sultats des batailles des 30 novembre et 2 décembre... c Des cris : A bas Guillaume ! ont été même entendus; « — il y avait panique, et elle était augmentée par une c correspondance de Vienne du même jour annonçant c ces deux victoires et ajoutant qu'elles avaient été l'obc jet de grandes manifestations à la Bourse parmi l'ar*
< mée et la population au cri de : Vive la République € française ! la foule demandant l'alliance offensive et t défensive et l'entrée immédiate en Prusse de l'armée € autrichienne. > {Électeur libre.)
. Le 11 décembre la Liberté disait : c Le départ de f l'armée prussienne de Versailles, abandonné et incen- € dié, a trouvé, croyons-nous, quelques incrédules. — « Cependant, quoique nous n'ayons publié cette nou- « velle qu'avec la plus grande réserve, nous la croyons f tout aussi vraisemblable que les nouvelles publiées la c veille par nos confrères de la Presse, du Combat et f de V Électeur libre, nouvelles qui annonçaient la jonc-
< tion de nos deux armées du Nord et de la Loire et t leur arrivée à Corbeil. . . »
Ces espérances chaque jour renaissantes, chaque jour éteintes, ces joies détruites, ces attentes anxieuses conduisaient plus sûrement au désespoir que la vérité, si triste qu'elle pût être ; les esprits même les mieux équi-
Biques.
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libres tombaient dans un état violent, voisin d'une sorte de folie que Ton a appelé « folie obsidionale. » '. Toutes ces affreuses tortures morales n'étaient pas les seules. « • Les enfants, les vieux parents étaient réfugiés eûà province; on ignprait absolument leur sort. Comment vivaient-ils ?. . • la guerre lç§ avait-elle atteints? beaucpup de mères, de femmes avaient leurs fils, leurs ma* ris, leurs frères aux armées. .. depuis cent jours, pas une nouvelle, pas une lettre, pas le moindre renseignement. .. étaient-ils prisonniers, malades, blessés, vivants ou morts?. . . Certes, les cruelles angoisses de ces mères, de ces femmes, liul ne peut les peindre ... et pour elles, les souffrances physiques, si dures qu'elles fussent, semblaient peu de chose . • .
Souffrance phy- Los riches pouvaient encore à peu près vivre; en payant très-cher, ils avaient quelques aliments supportables.
Les pauvres, de leur côté, trouvaient aux cantines municipales, aux fourneaux économiques, des vivres préparés... La charité publique, à Paris, toujours si prévoyante, toujours si inépuisable, s'ingénia à multiplier les secours (1). Les bons de pain, de viande, de bois, de charbon, de riz, furent répandus à profusion. . . Ces malheureux furent donc, relativement, peut-être les ùioins malheureux du siège. . .
Les ouvriers, eux aussi, ne furent pas trop à plaindre. . . les soins multiples de la défense, les nombreuses industries de la fonte, du fer, de l'acier, du plomb, du boiî^, du cuir, du drap, du pain, toutes se rattachant à la guerre, demandaient beaucoup de bras. . . l'offre fut toujours supérieure à la demande, et l'ouvrier qui pré-
. (1) Dans uno . maison religieuse de la rue Notre-Dame-dos-Champs, é l'Asilû des Enfants délaissés, » on parvint à donner cent soupes par jour aux indigcnlB du quartier.
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fera Tatelier au corps de garde, . . eut toujours de Touvrage... Quant à ceux qui trouvaient plus patriotique € d* aller se promener sur le rempart, un fusil sur Tépaule, à 10 kilomètres des Prussiens (1), > ils recevaient 1 fr. 50 par jour, leur femme 75 centimes, et dans certains bataillons, 25 centimes par enfant. . . Avec cet argent, la nourriture, presque toujours prise aux fourneaux économiques, était assurée ; le bois, on s'en procurait avec des boas de distribution ; quant au loyer, on ne le payait pas... la vie, pour les familles ouvrières, était donc relativement facile... et certes, cette facilité d'existence ne contribua pas peu à faire la Commune.
La classe qui souffrit le plus cruellement fut celle des petits rentiers, des employés, des cbétifs industriels, des petits commerçants, de ceux, enfm, qui doivent à un travail de chaque jour, à des épargnes lentement accumulées, une modeste aisance.
Les provisions, même celles faites en vue du siège, furent vite épuisées, l'argent en réserve eut bientôt disparu. • : et cependant on ne pouvait demander l'aumône, on ne pouvait aller aux fourneaux économiques prendre la part du pauvre, du mendiant. • • on en était donc réduit à la ration réglementaire : c'est-à-dire 30 grammes de viande de cheval par jour. . . remplacés, deux fois par semaine, par du riz ou de la morue, et 300 grammes de pain de siège : voilà avec quoi a vécu, pendant de longs jours, une grande partie de la population Parisienne.
Ces braves gens, peu faits pour supporter de telles misères, endurèrent c ces cruelles privations, avec une
(1) C'étaient les alcliars nalioaaux de 1848 sous une autre forme : uno caricature du temps ropréscntuit un garde national embrassant son fusil et s'écriant : « Mon ami, mon ti-csor, mon bien, ma joie, ma consola» UoD, mon atelier national. » «
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résignation qui touche à l'héroïsme, et donnèrent l'exemple d'une inébranlable fermeté. »
Les femmes, dans ces cruels moments, se montrèrent plus déterminées, plus courageuses que les hommes... C'étaient elles qui avaient le plus lourd fardeau... leurs éternelles factions aux portes des boulangeries, des bou* chéries, par tous les temps, valaient bien celles des remparts...
Aux souffrances de la faim , vint s'ajouter celle du froid... plus de houille, plus de coke, plus de bois; on rationna la chaleur comme on avait rationné la nourriture.
Tant de privations et de souffrances accrurent la mortalité dans des proportions effrayantes... les enfants mouraient par milliers. . . de 12 à 1,300, chiffre normal des décès parisiens, la mortalité s'éleva à 4,500 ; t tout le c noir cortège des maladies, nées de ces longues dou* c leurs, s'était abattu sur celte malheureuse population, c on ne voyait que corbillards s' acheminant vers le ci- « metière. »
Rôle Qu'ont fait les hommes du Gouvernement de la Dé-
du (sOuverDom*.
«.Ferry. fcnso pour atténuer, soulager les souffrances de ceux dont ils s'étaient si vite déclarés les maîtres??... Il»' furent toujours surpris, surpris par la faim, surpris par le froid. . . ils n eurent pas plus de combustible ^à fournir à la population que de vêtements chauds aux troupes, pas plus qu'ils n'avaient songé à monter des meules dans Paris pour moudre le grain. . .
Dans le commencement du siège, le foin étant devenu très-rare et l'avoine introuvable, beaucoup de gens eurent la triste idée de nourrir leurs chevaux avec du pain. . . Quand le Gouvernement pensa à arrêter cet inqualifiable abus. . . il était déjà bien tard, et une grande quantité de farine fut ainsi perdue pour la consommation. On prodigua également la houille en persistant a
conserver pendant un certain temps aux Parisiens le luxe inutile d'un éclairage au gaz... on ne songea à abattre des arbres pour le cbaufFage qu'en présence de 12" de froid. . • ce bois vert fumait beaucoup et chauffait peu, mais il fallut bien s'en contenter. . . on ne rationna le pain (après avoir solennellement annoncé qu'il ne le serait jamais) que le jour où il n'y eut plus de farine... et à la fin du siège, ce pain n'eut plus du pain que le nom ; c'était un composé noirâtre, gluant où il entrait de tout excepté du blé... de telle sorte que l'on a pu dire : c Pendant la première phase du siège, le Gouvernement a nourri les chevaux avec le pain des hommes ; pendant la seconde, il a fait manger aux hommes l'avoine des chevaux. »
c M. Jules Ferry, disait le Figaro^ réquisitionne au c moment où toutes les réquisitions devraient être faic tes; — son administration a laissé pourrir un million « de kilogrammes de vivres par sa mauvaise sur-
< veillance... le malheur de M. Ferry est de n'avoir c jamais rien su de la vie courante, de ne rien en savoir c après trois mois d'exercice de gouvernement et de c croire qu'il sait tout. . • Nous supplions le général
< Trochu, en sa qualité de Président, de vouloir bien « user de son influence pour que la question des subc sistances ne soit plus gérée par un avocat. . . il faut le c remplacer par un administrateur, un directeur de € chemin de fer, un grand industriel, un homme habi- « tué à remuer des hommes et des intérêts, mais il ne « faut pas que l'on compromette plus longtemps nos int térêts, ceux de la France, en laissant ce jeune homme, € ce citoyen-maire, avocat-journaliste à la tête de Pa- € ris. . . à nous fait regretter M. Arag ) : au moins il ne c faisait rien, c'était dégà quelque chose ! >