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INFLUENCE DÉSASTREUSE DE LA PRESSE ET DES CLUBS

u Presse. Dans ce court exposé de la situation morale de Paris, manquerait un des côtés les plus saillants de la physionomie de la grande ville, si nous ne disions un mot des journaux et des clubs...

Le droit de parler, d'écrire, semble avoir paru au Gouvernement du 4 Septembre plus inattaquable; plus imprescriptible que le droit de vivre. . . on n'avait plus la liberté de circuler, la liberté d'acquérir, la liberté de vendre, la liberté de posséder, la liberté de manger, mais jamais la liberté de la presse et des clubs ne fut plus largement octroyée. . . les attaques les plus violentes, les appels à Tinsurrection, à la guerre civile, au pillage, toutes les infamies, toutes les ignominies, toutes les obscénités ont pu être publiés, affichés dans Paris ouvertement, au grand jour. . .

 la place de Tobéissance, de la discipline, la parole et la plume étaient les souveraines maîtresses de la grande ville assiégée (1).

€ Avouons-le sans détour, disait la Patrie en dan^ c ger... nous avons été trop naïfs, et cependant nous « connaissions la valeur des hommes que le hasard vec nait de porter au pinacle, Gambetta, Favre, Picard, « Trochu, et toute la séquelle bourgeoise qui chantait c l'avènement du régime nouveau, aurait dû nous rapc peler à la réalité. . . Nous avons je ne sais quel réc gime bâtard, hybride, destiné à consommer la honte c et la ruine de notre pays. . . jeunes et vieux lutteurs c de la Sociale, frappons-nous la poitrine avec amertume,

(1) César disait des Gaulois : « Pugnaces et loquaces ; » nous étioas devenus, hélas ! plus « loquaces » que « pugnaces. »

c le temps des grandes haines et des regrets poignants « est revenu. . . »

€ Imbéciles ou traîtres, il n'y a pas d'autres alternat tives, dit le Réveil^ et comme pour le peuple, le réc sultat est le même, le crime est le même devant le c peuple, devant l'humanité. . . Mais ce n'est pas le c moment des phrases, il faut des actes. .. Que faut- il € faire? Destitution de Trochu et de son état-major, leur « envoi devant une cour martiale; organisation de la € Commune révolutionnaire, Dorian â la guerre et au c gouvernement de Paris; la levée en masse, défense à c outrance, appel à tous les peuples; à bas les traîtres, « vive la République universelle, démocratique et soc ciale ...»

c Le Gouvernement de la désertioil nationale vient de « donner au grand soleil la mesure de sa bonne foi, « écrivait la Patrie en danger le 2 novembre. Incapa- « blés ou traîtres, peut-être l'un et l'autre, qu'ils dest cendent de ce pouvoir dont ils n'ont usé que pour « compromettre la patrie, pour faciliter le triomphe des

< Prussiens mieux que de Moltke et Bismark réunis... »

c Décembre est passé, Guillaume règne et les paigu- « res de l'Hôtel de Ville sont ses très-humbles laquais.

< Ils livrent la France en attendant l'heure d'ouvrir les « portes de Paris. » (Patrie en danger.)

« Pitoyable chef, admirable peuple! s'écriait Félix € Pyat, tout est brave dans ce peuple, moins ses chefs, « avocats et généraux, les avocats par nature, les géné- « raux par parti pris ! Ah ! si ce peuple avait des chefs ! c mais il y a un général en. chef, c'est le mal ! Plus de « général en chef. . . changeons-le, remplaçons-le, par-

< tageons son commandement ! la première condition

« de ioui bon travail, c'est la division. . . divisons Toeu-

« vre, il faut décréter, assurer la victoire. D faut le Co-

c mité de salut public et de succès ordonnant, subordon-

« nant l'action militaire . • . »

C'est ainsi que « les factions obéissant à un mot d'ordre venu du dehors (1) » semaient la défiance, fomentaient les divisions dans la population aussi bien que dans l'armée. . .

Espionnage. Ce n'était pas le seul danger qu'offrait cette liberté sans frein, sans contrôle de la presse. . . grâce à cette profusion de journaux de toutes nuances, se commentant, se discutant les uns les autres, l'ennemi trouvait moyen d'organiser un espionnage efûcace.

L'imagination des Parisiens fut longtemps hantée du spectre de l'espionnage. . . on voyait des espions partout; une lampe brûlait-elle à quelque fenêtre élevée, la foule aussitôt s'ameutait... l'imagination aidant, la lumière allait, venait en prenant des reflets de toutes couleurs... il n'y avait pas à en douter, ces tons différents, ces mouvements étaient autant de mots, autant de phrases... et l'on montait à l'assaut de l'observatoire pour le saccager, le brûler. . . les violences dont ces prétendus signaux ont été le prétexte sont innombrables. . . On arrêtait tout le monde ; les officiers, les généraux ne pouvaient plus franchir les portes de la ville, le Gouverneur de Paris, en uniforme, fut arrêté sur le rempart en plein jour par des gardes nationaux, sous prétexte qu'un espion prussien pourrait bien copier le costume et se faire le visage du général Trochu afin de passer pour lui. . . A côté de ces niaiseries, on laissait, soi-disant pour récolter des pommes de terre, un millier de gens sans aveu rôder près des avant-postes ennemis où ils passaient

(1) Général Trocbu.

des journaux, c Or un seul journal contenait une foule de renseignements. . . Que de travail pour un espion qui eût voulu apprendre, écrire tous les faits intéressants... connaître et exprimer les craintes, les espérances, les opinions des assiégés ! . . • Une feuille quelconque donnait tout cela, et tous les jours. . . > De plus, certains journaux publiaient quotidiennement des visites aux avant-postes, des promenades aux remparts, des descriptions de toute sorte, où, parmi d'innombrables passages insignifiants, on pouvait trouver assez de chiffres, assez d'indications précises, pour savoir à peu près tout ce que de l'extérieur on ne pouvait voir.

En vain l'opinion publique, les chefs militaires, quelques hommes du Gouvernement, quelques membres influents de la presse même, réclamèrent-ils la suppression de tous les journaux ou au moins la censure préalable, rien ne put décider le Gouvernement à sévir... (1).

« M. Pelletan s'opposa môme à la répression deman- « dée par M. Cresson contre les caricatures obscènes c qui s'étalaient sur les murs. . . il conjurait ses coUè- « gués de ne pas ternir par des rigueurs qui rappelle- « raient l'Empire, cette ère de liberté qui ferait la gloire « du Gouvernement de la Défense nationale.

c M. Arago se joignait à lui et menagait de donner sa < démission si les journaux étaient supprimés... » (Séance du 29 novembre.)

(1) c M. Picard se plaint du manque de nouyellea dont, souffre le Gou- « vernement. Il demande de remédier au mal en décrétant ce qu'il ap- « pelle la régularisation des nouvelles. Chaque journal serait invité à' « donner au Gouvernement la primeur de ses nouvelles, et les particu- « liera seraient priés de lui transmettre également tous les renseigne- « ments qui leur seraient donnés par correspondance. Enfin, il n'hésitea rait pas à supprimer absolument tous les journaux pendant le siège : « MM. Jules Favre, Rochefort, général Trochu combattent vivement cette « proposition. » (Séance du 10 novembre, 10 heures W soir.

Les siabf. Les clubs avaient tous les inconvénients de la presse, sans en avoir les quelques rares avantages. . . Car parmi les journaux, quelques-uns étaient sensés, raisonnables, tandis que tous les clubs, sans exception, étaient une véritable réunion d'aliénés... il y en avait un trèsgrand nombre : la Patrie en danger, le club de Belleville ou salle Favier, la Cour des Miracles, TÉlysée- Montmartre, les Folies-Bergère, Aiibervilliers, la Résistance, la Vengeance, etc.. etc.. Les motions les plus insensées, les plus burlesques y étaient acclamées par une foule d'énergumènes : c A la salle Favier un orateur se présente en vareuse de garde national et, déployant un grand papier, il lit la condamnation à mort, prononcée à l'unanimité par le club voisin, contre le traître Bazaine et ses complices Canrobert, Lebœuf et Coffinières. .. l'orateur invite tous les citoyens de Belleville à la confinner. .. toute la salle se lève, la condamnation a mort est confirmée par acclamation. . . les citoyens présents devront eux-mêmes exécilter la sentence... »

Au club de la rue d'Aubervilliers on vota à l'unanimité que le général Garibaldi devait être promu au commandement de la garde nationale de Paris, et une adresse sommait le Gouverneur d'avoir à procurer au général Garibaldi les moyens nécessaires pour venir â Paris prendre ses nouvelles fonctions. . .

c Chaque jour, dit M. Chaper, on demandait dans les clubs la destitution du Gouvernement ou de tel fonctionnaire militaire ou autre, les visites domiciliaires, la levée en masse, la sortie torrentielle, la Commune... Dans ces réunions se formaient des manifestations armées qui allaient aux mairies, à l'Hôtel de Ville, chez le Gouverneur, conseiller, ordonner ou défendre. Enfin dans ces réunions était donné le mot d'ordre pour la

tentative d*insurrection et s'organisaient les. sociétés, telles que le Comité central de la garde nationale ou TAssociation des délégués des vingt arrondissements» qui avaient la prétention et l'espérance de remplacer le Gouvernement, espérance que les événements de 1871 ont réalisée. . . »

Nos gouvernants d'alors, qui se glorifiaient de laisser tout dire et tout faire, auraient bien dû lire et méditer ces quelques lignes de Carnot, un républicain aussi, mais qui savait mettre la Patrie avant la République : « Ceux qui ont vu, disait le défenseur d'Anvers, quel est le pouvoir de l'opinion en toutes choses, avec quelle rapidité elle change et nous entraîne malgré nous, sentiront combien, dans une ville assiégée, isolée de toute communication, de tout secours, il importe à la sûreté de sévir rigoureusement contre les premiers auteurs de ces discours empoisonnés, trop souvent suggérés par l'ennemi, répandus par ses émissaires secrets et qui sont toujours les premières étincelles d'une sédition dont bientôt il n'est plus possible d'arrêter les effets...»

Quant à l'enthousiasme patriotique que pouvaient engendrer, attiser la presse et les orateurs des clubs.,, c'était un enthousiasme bien factice... c L'enthousiasme, dit le maréchal Bugeaud, est une vertu passagère, éphémère comme toutes les passions violentes, la moindre chose suffit pour le détruire. . . quelques jours de mauvais bivouac le font disparaître. . . » Si jamais nous devions passer par de nouvelles et semblables épreuves, rappelons-nous encore ces belles paroles de Carnot tirées de son Traité classique de la défense des places : t C'est c la discipline militaire qui fait la gloire du soldat et la « force des armées, car elle est le plus grand acte de « son dévouement et le gage le plus assuré de la vic- « toire. . . c'est par elle que toutes les volontés se réu-

m DÉFENSE DE PARIS.

<r nissent en une seule, que toutes les forces partielles < concourent vers un même but ; la défense des places ( fortes est peut-être la partie de l'art militaire qui exige c le plus de cette vertu militaire (la discipline), parce c qu'elle brille moins que sur le champ de bataille. »

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