CHAPITRE PREMIER
BOMBARDEMENT DES PORTS DE L*£ST ET DU PLATEAU D*AVRON. — ÉVACUATION DU PLATEAU d'aVRON.
Le 27 décembre, dés sept heures et demie du matin, Tennemi démasque des batteries sur les hauteurs du Raincy, de Gagny, de Ghelles, de Noisy-le-Grand, et ouvre le feu sur le plateau d'Avron et les forts de Rosny, Noisy, Nogent.
Le plateau d'Avron est l'objectif principal des Allemands ; sur cette position convergent à la fois les feux de quatre batteries placées sur les coteaux de Montfermeil, au-dessus de Gagny et du Raincy, deux batteries à Noisy-le-Grand et une sur la butte de Ghelles. Les premiers obus tombant de plein fouet dans le camp de l'infanterie de marine y jettent le désordre.... En proie à une véritable panique, un certain nombre de soldats courent s'abriter derrière le versant qui regarde les forts et entraînent avec eux des mobiles de la division d'Hugues. Cependant, le premier moment de trouble passé, le gros des troupes se rassemble et prend position
Les batteries de Bondy appuient l'artillerie d*ATron.
Le
^Déral Dttcroi
met le i* corps de
800 armée à la disposition
du général Vinoy.
dans les tranchées, prêt à repousser Tattaque. L'infanterie reste tout le jour immobile, par un froid glacial, sous une pluie de fer, sans pouvoir allumer de feu ni pour se chauffer ni pour cuire les aliments.
Les matelots canonniers ripostent énergiquement et rendent coup pour coup ; criblés de toutes parts, ils continuent la lutte avec un invincible acharnement.
 la vérité, ils sont puissamment secondés par Tartillerie de Bondy, aux ordres du commandant Nismes. Pendant que les pièces de campagne fouillent la forêt pour empêcher l'ennemi de s'y masser, les grosses pièces de la batterie des Gravats prennent de flanc les batteries du Raincy ; elles sont appuyées dans la journée par deux batteries de 7 en position à l'Ouest du village. Vivement conti*ebattue, l'artillerie du Raincy détourne son feu pour répondre à la batterie des Gravats ; des batteries de campagne se joignant à elles couvrent d'obus tout le village de Bondy.
En même temps les forts de l'Est ripostent vigoureusement.
Informé du bombardement d'Avron, le général Ducrot met son 2* corps à la disposition du général Vinoy (1). Ce dernier s'était rendu sur le plateau d'Âvron pour juger de la situation :
c L'artillerie, dit-il, luttait avec vigueur, mais nous f n'avions que 43 pièces pour répondre au feu de 60 ;
(1) Générûl Ducrot à géaéraï Vinoy.
Aubervilllers, 26 décembre 70, 10 heures 5 du matin.
J'ai donné Tordre au 2* corps d'être prêt à vous donner son concours. Si vous en avez besoin, la division Mattat est dans les baraques de Vincennes, la division de Bellemare à Noisy-le-Sec, où le général d'Exea se tient de sa personne. Vous pouvez leur donner vos ordres directement. Je vous prie seulement de me tenir au courant des mouvements que vous ordonnerez.
XXIÏI
elles occupaient le centre d'un cercle de feu qui convergeait sur elles de tous les points de Thorizon, et les batleries du saillant notamment étaient battues de tous les côtés, de front, d'écharpe, d'enfilade et à revers. Les calibres étaient inégaux ; nous n'avions que 5 pièces de canon de marine de 30 et 6 canons de 24 qui fussent de gros calibre, et le reste de notre artillerie sur le plateau se composait de pièces de campagne d'une portée insuffisante ; les pièces de 7 seules avaient une précision et une portée meilleures. Les mitrailleuses étaient absolument inutiles en raison de Féloignement des batteries ennemies. Il ne restait donc pour soutenir la lutte que 12 pièces de gros calibre, 12 pièces de 12 et 12 pièces de 7, soit en tout 36 pièces contre 60.
c Ainsi la batterie de 12 qui garnissait le saillant de l'Éperon ne pouvait atteindre les batteries de Chelles, qui l'attaquaient avec 14 pièces et à 5,000 mètres de distance ; seule la batterie de marine de 5 pièces, placée en arrière, avait une portée suffisante pour leur répondre. Cette batterie soutint la lutte avec persistance et courage, mais elle ne tarda pas à être écrasée. La position devenait donc mauvaise pour l'artillerie, qui, malgré sa vigueur, ripostait à peu près inutilement et perdait beaucoup de monde. Le même danger, sans résultat, se produisait pour l'infanterie ; le sol, durci par la gelée, favorisait l'éclatement des projectiles et les éclats de terre qu'ils soulevaient en tombant étaient eux-mêmes dangereux. Certaines tranchées étaient enfilées et même battues à revers, surtout au saillant du plateau, point où Tennemi concentrait particulièrement son feu... » Soldats, marins et mobiles font partout bonne contenance après le premier moment de surprise passé. Le brave général
d'Hugues circulant à découvert le long des tranchées ne cesse de soutenir le courage de ses hommes.
Dans l'après-midi, le général Vinoy usant de l'offre du général Ducrot, appelle à lui la brigade Fournès de là division de Bellemare (1). Elle prend position dans la soirée sur le versant qui domine le village de Rosnysous-Bois ; pendant la nuit deux bataillons du 4* zouaves (!•' et 3*) avec le colonel Méric, vont renforcer la division d'Hugues sur le plateau.
Nos pertes sont, dans cette journée, d'une centaine d'hommes et de 12 officiers tués ou blessés.
Les forts, dont le personnel est trôs-restreint, sont également éprouvés.
Le vice-amiral Saisset reçoit le soir même de Paris des détachements d'artillerie de la garde nationale qui renforcent les garnisons des forts de l'Est.
En même temps le vice-amiral retirait de Bondy les marins aux ordres du commandant Trôve pour combler les vides d'Âvron et armer de nouvelles pièces de 19 et de 16 à Noisy et Rosny.
6i9«auoD Cependant la situation ne laissait pas que d'être fort
Jiateiiu critique. Nos hommes, bien qu'ils se fussent solidement maintenus dans leurs tranchées, étaient épuisés par le froid, l'immobilité, le manque de nourriture chaude.
L'artillerie surtout avait beaucoup souffert ; les pièces étaient démontées, les plus forts des épaulements se trouvaient endommagés; le personnel avait fait des
(1) Gouverneur à général Vinoj.
Paris, 27 décembre 1870, 12 heures 66 da soir.
H reçois votre dépêche; elle est inquiétante pour la division d'Hugues. Vous avez des renforts à votre portée; servez-vous-en vigoureusement contre une attaque d'infanterie, mais abritez-les le plus possible contre les feux d'une artillerie qui paraît puissante et qui pourrait leur occasionner de grosses pv^rtes.
i'Ayron.
pertes sérieuses ; enfin, celles de nos pièces qui restaient étaient complètement insuffisantes contre les nombreuses pièces de gros calibre qui formaient le cercle autour de nous. . . Les batteries étaient prises de front, d'enfilade et de revers (1). Les tranchées étaient en partie enfilées (2). La situation devenait des plus inquiétantes.
Aussi, dans la nuit même, le général Vinoy crut-il devoir la faire connaître au Gouverneur :
c Je ne dois pas vous laisser ignorer, dit-il, dans une c lettre datée de Rosny, 28 décembre, 5 heures du
(1) Colonel Stoffel i général Trocha.
AvTon, 27 déoembre 1870, 7 heures du soir.
Combat d'artillerie a été très-vif; rennemi a armé de pièces de gros calibre les hauteurs du Raincy, de Gagny et de Noisy. Je ne puis répondre en gros calibre qu'avec trois canons de 16 et quatre canons de 24, deux ayant été mis hors de service, infériorité qui n'est pas rachetée par le nombre de mes autres pièces de petit calibre, le 4, le 7 et le 12.
L'artillerie a fait des pertes ; quelques hommes tués, plusieurs ofQciers et une vingtaine d'hommes blessés; épaulements et embrasures fortement endommagés, sans possibilité d'être réparés cette nuit à cause de la nature du terrain. Plusieurs de mes batteries, dont le tracé a été fait dans un but déterminé, sont aujourd'hui battues de troni et d'écharpe. Deux d'entre elles n'ont pu agir. Le semce des munitions est assuré en partie pour le moment, et il le sera complètement cette nuit. Je m'approvisionne au fort de Rosny.
(2) Général d'Hugues à général Vinoy, Neuilly-Plaisance, 27 décembre 1870, 10 heures 15 m. du soir.
Le colonel Guillemaut a reçu mille pioches, ce qui sufQt pour le moment. D'après l'avis du colonel Stoffel et du commandant Polhier, si la canonnade reprend demain, le plateau ne doit pas riposter, les batteries d'AvroD étant prises de front, d'enfilade et de revers par des batteries d'un calibre bien supérieur. Ne pourrait -on pas armer la redoute de la Boissière de canons de 7, capables par leur portée de prendre d'enfilade les batteries du Raincy et de Gagny?
L'infanterie s'abrite, mais imparfaitement, dans des tranchées trop faibles ou enfilées. Les réserves arrivées sont au sud du plateau.
c matin, que la position du plateau d'Âvron peut devec nir très-critique d'un moment à l'autre. Les travaux c d'établissement qui y ont été faits sont trés-incomc plets et ne l'ont été évidemment qu'un vue d'une occu- < pation passagère... Depuis que je suis ici j'ai dû c aller au plus pressé, faire établir des traverses pour « les batteries d'abord ; mais celles des défenseurs n'ont c pu l'être encore; un simple fossé les abrite... La t nature du sol est rocheuse, il est difficile de s'y en- « foncer. La gelée est venue apporter un nouvel obs- « tacle... Nous n'avons pour défendre ces positions « que de jeunes troupes dont le moral n'est pas (rès- « solide et notre artillerie me parait bien faible pour « répondre aux gros calibres de l'ennemi.
t Je vous fais cet exposé très-véridique et confidentiel « afin que vous avisiez aux mesures qu'il y aurait à « prendre si la nécessité de la défense de Paris exige c absolument de se maintenir dans cette position avan- « cée... Conformément à vos ordres, je n'avais gardé « que deux bataillons du 112* de ligne et deux batail- « Ions de gendarmerie ; j*ai donc accepté avec recon- « naissance les renforts qui m'ont été spontanément c offerts par le général Ducrot. J'ai demandé au général « d'Exea une de ses brigades établies à Noisy ; la divi- « sion Mattat a également été mise à ma disposition ; elle c sera de bonne heure à Fontenay et je compte m'en « servir au besoin.
« L'ennemi a dû s'approvisionner largement cette c nuit, car on n'a cessé d'entendre le roulement de ses « voitures.
« La nuit est calme, nous attendons le jour et veil- « Ions. »
I décembre. En préseuce d'une attaque possible sur Âvron les dis-
positions suivantes sont prises le 28 décembre au matin, dans la division Mattat, appartenant au 2* corps :
La 1** brigade avec les carabiniers parisiens et une batterie de 4 se rend à Nogent ;
La 2* brigade avec le bataillon des francs-tireurs de la division, les tirailleurs parisiens et les trois autres batteries en haut de Fontenay-sous-Bois.
Au point du jour le bombardement recommence ; il est moins meurtrier que la veille, mais Tinfanterie ennemie ne se montre pas. . • Tout en couvrant de projectiles le plateau d'Âvron, les Allemands tiraient également sur nos batteries de position, sur les forts de Noisy, Rosny, Nogent, et la route stratégique, faisant communiquer entre eux tous ces points, était labourée par les obus.
Bondy, qui gênait considérablement les Prussiens, en prenant de flanc leurs batteries du Raincy (avec la batterie des Gravats), est si vigoureusement canonnéque les batteries de 7 établies en arriére du village sont obligées de se retirer. La batterie de 8 installée au vieux château retraite également à la tombée de la nuit, dés que le feu s'est ralenti.
Vers midi, le Gouverneur se rend sur le plateau d'Âvron pour juger par lui-même de la situation.
Depuis deux jours la pointe orientale du plateau était balayée dans tous les sens. . . prises de face, d'écharpe, quelquefois môme presque par derrière, nos pièces de calibres inférieurs, répondant par un feu divergent à un feu convergent, étaient en peu d'instants réduites au silence (1). Les tranchées n'étaient pas sufQsantes pour
Reprise
Su
bombardement
sur Avron
et les Torts de
l*Est.
Bombardement de Bondy.
Visite da Gouverneur
au plateau d*Avron.
(1) La faute, dit M. Chaper, ne peut en retomber ni sur les officiers ni sur les généraux... On a dit que le plateau d*Âvron aurait dû êtro armé d'artillerie casematée ou blindée, de façon à se trouver à l'abri des canons Krupp, mais on n'a pas dit quand et comment, en combien de
abriter complètement les hommes ; quelques-unes même enfilées avaient dû être abandonnées. Le gros des troupes se tenait en arrière et sur les pentes.
Depuis 48 heures elles étaient exposées à plus d'un millier d'obus, dont les débris mêlés aux éclats de pierre, aux morceaux de terre gelée, balayaient en longueur et en travers tout le plateau^
Nos épaulements de batterie étaient fortement endommagés, les magasins à poudre, à moitié enfoncés, pou* vaient sauter d*un moment à l'autre.
Parcourant lentement les tranchées sous une grêle de projectiles, le général Trochu ne tairda pas à se con-vaincre de l'impossibilité de tenir plus longtemps une position aussi avancée et de toutes parts enveloppée de feux.
Conseil de Dès SOU retour, il tint un conseil au fort de Rosny
guerre
au fort de qû los colonols Stoffcl et GuiUomaut, commandant Tar-
Hosny.
tillerie et le génie du plateau d'Âvron, furent convoqués. La question de l'évacuation d'Âvron fut immédiatement agitée.
Cette position avait été occupée la veille des batailles de la Marne, pour donner un point d'appui efficace à Faile gauche de la deuxième armée. Pendant ces journées elle nous rendit les plus grands services, en gênant les communications de l'ennemi d'une rive à l'autre de la Marne, en prenant d'écharpe les batteries prussiennes sur les plateaux de Noisy et de Villiers. Le 21 décembre également lors de notre démonstration dans la vallée de
temps et avec quels moyens on aurait pu accomplir en face de rennemi de pareils travaux, qui n'allaient à rien moins qu'à la création d'une forteresse complète en état de résister à l'artillerie nouvelle, sur un plateau sans eau, éloigné de deux à trois kilomètres en avant de nos forts. — 8i de pareilles entreprises eussent été possibles, elles auraient été bien plus utiles sur d'autres parties de l'enceinte où elles ont été vainement réclamées.
DÉFENSE DE PARIS, t4|
la Marne, Avron nous avait été d'un grand secours; mais pour la défense passive cette position ne nous était pas indispensable ; tous nos forts de TEst étaient suffisamment organisés et armés pour recevoir Tattaque ; les nombreuses batteries intermédiaires nouvellement installées sur la voie stratégique augmentaient encore la résistance de tout ce front, entre Romainville et Nogent, déjà si formidable.
Rester sur ce terrain c'était donc étendre la défense sans profit et fatiguer considérablement nos troupes, toujours tenues en éveil par l'éventualité d'une attaque. De plus, il faudrait, au prix de nouveaux et cruels sacrifices, faire sous le feu croisé de l'ennemi des travaux longs, pénibles, pour réparer ou consolider les abris ; nous ne pourrions jamais répondre avec efficacité, nos calibres n'étant pas assez puissants, enfin notre situation sur la pointe étroite du plateau rendait notre tir divergent, pendant qu'au contraire toutes les pièces de l'ennemi convergeaient sur le même point. Inutile pour nous, Avron ne pouvait être utilisé par l'ennemi, caries feux croisés des forts de Nogent et de Rosny et les batteries disposées sur les crêtes du plateau de Montreuil en rendaient la position intenable (1).
Toutes ces raisons déterminèrent le Gouverneur à abandonner la position, et l'évacuation fut décidée pour la nuit.
Vers 6 heures du soir, le feu ayant à peu près cessé, [Évacuauon de nombreuses voitures, des camions, sont amenés sur piatoau d'Avroa. le plateau. En même temps arrivent des trois forts de att«9décembre.i l'Est des corvées de marins.
Enlever les grosses pièces et les diriger sur des routes
(1) Vainement Tennemî, à diverses reprises, tenta de prendre pied sur Avron; sous le bombardement continu de nos forts, les travaux fursat détruits, bouleversés, et jamais il ne put s'établir sérieusement.
défoncées, couvertes de glace, par une nuit des plus noires, charger sur les voitures des centaines de projectiles qu'il fallait extraire un à un des poudrières en partie écroulées, tout cela par un froid des plus intenses, élait un travail long, difficile et des plus pénibles.
Nos artilleurs, nos marins, montrant le plus énergique dévouement, parvinrent à terminer l'opération avant le jour ; on laissa un canon de 24 ayant un tourillon cassé et un canon de trente tombé dans un fossé à la descente d'Avron, plus une assez grande quantité de munitions... encore les deux pièces furent-elles enlevées quarantehuit heures après par les marins, sôus la protection des troupes de la deuxième armée. . . C'est donc à tort que les Prussiens ont dit avoir conquis des canons, ils ont pris tout au plus quelques munitions.
L'artillerie de position de Bondy reçut également l'ordre de rentrer ; on ne laissa dans ce village que 3 pièces de 24 à la batterie des Gravats, et 6 pièces de 12 de siège à la barricade de la route de Metz. Ces pièces, masquées avec soin, ne devaient ouvrir le feu que dansle cas d'une attaque sur le village (1).
99 décembre. Daus la matinée du 29, la division d'Hugues et les deux bataillons de zouaves qui avaient été chargés de . soutenir l'opération de l'enlèvement du matériel, abandonnent à leur tour les flancs du plateau d'Âvron ; la division d'Hugues s'installe à Charenton, la division de Bellemare à Noisy. Les deux bataillons du 112* retournent au moulin Saquet. Enfin les régiments de la garde nationale mis à la disposition du général Vinoy rentrent dans Paris et sont remplacés par les troupes du coros (i'Exea.
(1) Ordre donné par le général Ducrot à la suite de sa yisite dans la Journée du 28.
DÉFENSE DE PARIS. 2i3
La division de Bellemare occupe Monireuil et Bagnolet ; la division Mattal, Fontenay et Nogent ; la brigade Roille reste chargée de la garde de Bondy.
L'ennemi ne s'étant pas douté de notre mouvement de retraite, recommença son feu sur le plateau d*Avron comme les jours précédents, à huit heures du matin. Il canonnait en même temps Bondy et les forts de l'Est.
Rosny, son objectif principal, recevait de 7 à 8 coups par minute ; les escarpes furent promptement endommagées, des casemates crevées, un certain nombre d'hommes tués et blessés. Les forts voisins, Noisy, Nogent, étaient également bombardés , mais dans une moindre proportion ; il y avait cependant quelques pertes et des dégâts considérables aux parapets et maçonneries.
€ Vers deux heures de l'après-midi, dit le général t Vinoy, le général Ducrot vint au fort de Rosny con- « férer avec le chef de la troisième armée. Celui-ci mit « à sa disposition les 24 pièces de 7 retirées du plateau € d'Avron, en lui faisant connaître les ordres prescrits € pour leur établissement entre les forts. Il lui indiqua « en même temps les emplacements reconnus à cet « effet par le colonel Chanal, qui avait succédé au € général Favé dans le commandement de l'artillerie de « la troisième armée (1). »
(1) Général Vinoy à Gouverneur.
Rosny, 29 décembre 1870, 2 heures du solr«
Le général Ducrot est venu me voir; je me suis entendu avec lui pour les nouvelles dispositions à prendre en vue do nouvelles précautions de défense à organiser.
Il a réglé devant moi le service des troupes du corps d'Exea et a fixé leur cantonnement. J'ai mis à sa disposition les vingt-quatre pièces de 7 retirées d'Avron, qu'il s'est chargé d'utiliser lui-même.
L'emplacement que j'avais choisi, d'une batterie dans la courbe du fort de Rosny à Nogent, lui a été indiqué. Je pense que vous approuverez Ia9
2i4 DÉFENSE DE PARIS.
Conformément aux instructions du Gouverneur (1), les deux bataillons de garde républicaine quittent Bondy dans l'après-midi pour rentrer à Noisy, delà à Paris ; ils sont suivis dans la soirée par la compagnie des volontaires Darricau.
Dans le village même de Bondy il ne reste que le 1* bataillon du Tarn avec le 3* de la Seine-Inférieure et les éclaireurs de la Seine ; le lieutenant-colonel Faure prend le service de major de tranchée.
Les â* et 3"* bataillons du Tarn s'installent à Merlan.
Les Allemands» avertis que le plateau était évacué, envoyèrent en reconnaissance un bataillon qui, après avoir constaté notre départ, regagna les lignes ennemies.
 la tombée de la nuit le feu cesse sur tous les points ; on en profite pour réparer toutes les avaries dans les forts. Les escarpes et les bliïidages sont renforcés à l'aide de sacs à terre que remplissent et apportent de nombreuses corvées d'infanterie. Eu même temps, sur différents points de la voie stratégique, on élève des épaulements destinés à recevoir de grosses pièces retirées soit d'Avron, soit de Bondy, pour diviser le feu de l'ennemi et soulager les forts ; nos batteries ont l'ordre de cesser leur tir et d'attendre Tachèvement de ce^ épaulements.
80 décembre. N'ayant plus à s'occuper d'Avron, les Allemands dî-
mesures que nous avons prises ensemble, et il me reste à attendre vos ordres pour rejoindre mon quartier général à Paris.
(1) Gouverneur à général Vinoy, — Boaoy»
Paris, 29 décembre 1870, 2 heures du soir.
J'approuve naturellement toutes les dispositions de reparution que vous avez concertées avec le général Ducrot. Faites rentrer aujourd'hui même à Paris les gendarmes. Dites-moi où a été dirigé le gros de Fartai* lerie ramonée d*Avron. Je souhaite que les forts reprennent leurs pièces de Qmlô. Vous pourrez rallier aujourd'hui votre quartier général.
rigent leurs feux sur nos forts de TEst et les villnges voisins. Noisy-le-Sec est particulièrement bombardé; aussi la division de BoUemare reçoit-elle Tordre de Tévacuer pour se rendre, la brigade Golonieu à Bagnole t, la brigade Foumés à Montreuil.
Dans la nuit, vers 2 heures du matin, des marins, IM*otégés par les francs-tireurs Anquetil, se rendent sur le plateau d'Âvron et ramènent les deux pièces abandonnées au moment de Tévacuation.
Le bombardement redouble sur les forts de TEst et si décembre. sur Bondy ; nous continuons à ne pas répondre.
Deux pièces de 16 sont amenées à la redoute de la Boissière, et trois pièces de 24 à la redoute de Noisy.
L'ennemi ouvre le feu sur Drancy, Bobigny.
Le grand quartier général se transporte aux Lilas.
Le général Vinoy quitte le fort de Rosny et rentre dans Paris.
Le séjour dans les tranchées, sans abri, par les nuits d'hiver de 12 à 16 degrés, occasionne nombre de maladies et de cas de congélation.
Les hommes sont exténués au physique et au moral. Un tiers de l'effectif disparaît.
Le bombardement continue très-vif, particulièrement sur le fort de Rosny. Nos batteries ne tirent pas. Le Gouverneur vient dans la journée visiter cette position.
A partir du 2 janvier, Bondy ne fut plus occupé quo i^ janvier. comme poste de grand'garde relevée chaque jour ; celle garde se composait d'un bataillon de mobile, d'une compagnie et demie d'éclaireurs et quelquefois de détachements de la garde nationale.
Les troupes sont abritées le jour dans des caves blindées par les décombres qui les recouvraient, on ne laisse dehors que quelques factionnaires; la nuit toutes
les troupes occupent les tranchées et créneaux, sauf une réserve placée en arriére du village, t janTtor. Bombardement violent sur Rosny et Nogent ; quelques
obus tombent sur le village de Fontenay- sous -Bois. Même silence de nos pièces. On continue à accumuler des batteries sur la route stratégique.
Le feu continue sur Bondy, Drancy et la ferme de Groslay; mais nos hommes ont Thabitude de se défiler des obus, et nos pertes sont relativement minimes.
L'ennemi, allongeant son tir, envoie ses projectiles dans le village de Montreuil, à 7,000 mètres environ; il y a là toute une division cantonnée , la division de Bellemare, qui n'a heureusement que quelques blessés.
A Rosny, plusieurs casemates sont traversées , le fort souffre beaucoup ; mais on travaille activement la nuit à boucher les ouvertures, renforcer les points faibles, etc. Chaque régiment d'infanterie fournit à son tour des corvées pour remplir des sacs à terre et les porter dans les forts.
Dans le courant de la nuit .des corvées de marins se rendent sur le plateau d'Avron, protégées par le bataillon de francs-tireurs de la division Matlat , et en rapportent quelques munitions qui y avaient été laissées lors de l'évacuation.