‹ La défense de Paris, 1870-1871Chapitre 46 sur 52 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DISCUSSIONS AU SEIN DU GOUVERNEMENT DE LA DÉFENSE NA- TIONALE ; PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DU 27 DÉCEUDRE AU 17 JANVIER.

Comme on a pu le voir, pendant ces derniers jours , nos malheureux soldats avaient fait leur devoir dans la

mesure du possible. Autour du Bourget, à Drancy,* comme sur le plateau d'Avron , sauf de très-rares défaillances, Ton avait pu constater une résignation , un dévouement admirables de la part de ces hommes maté-,. riellement épuisés par les privations et les souffrances., de toutes sortes. • • Mais cela ne suffit pas à la popul(ji-> tion parisienne, qui juge de loin et avec Taveuglemont.. de la passion; il lui faut absolument un triomphe, et,-, comme nous sommes impuissants à lui accorder celte:^ suprême satisfaction, il n'est sorte d'injures etdeslupides. accusations qui ne soient portées contre l'armée el contre^ ses chefs ; la presse hostile au Gouvernement en profite, pour demander son renversement et l'installation do la. Commune.

« Dans une réunion des maires tenue le 29 décembre,: € dit M. Chaper, et qui donna lieu à des scènes presquQ. € violentes, le Gouverneur fut ardemment attaqué, fai-^ € bicment défendu, et non-seulement la population, mais;^ « les membres du Gouvernement se préoccupaient det « lui chercher un successeur. Nul doute que s'il se fût « trouvé un militaire à la fois suffisamment républicain « pour rassurer M. Arago et assez plein d'assurance pour « promettre le succès , il n'eût dès lors reçu le com-. t mandement en chef de l'armée. Mais à mesure que, « les membres civils du Gouvernement de la Défense « nationale s'occupaient davantage des affaires milit taires, ils s'apercevaient qu'aucun homme, parmi ceux « qui avaient quelques notions du métier des armes, ne « partageait leurs vues au sujet de la défense. Con* € vaincus, comme ils l'étaient, que des citoyens armés, € nombreux et animés de la foi républicaine doivent « toujours être vainqueurs des armées faites de soldats, « ils croyaient que dix généraux pour un viendraient t leur dire : « Vous avez raison, et nous nous chargeons

c de vous sauver ». n en fut autrement et pas un gênéc rai ne se rencontra pour garantir le salut.

c II ne manquait pas assurément , surtout parmi les c journalistes, d'entrepreneurs de délivrance qui pro- € mettaient la victoire pourvu qu'on voulût bien leur c obéir. Mais leurs antécédents inspiraient si peu de c confiance , et ils mettaient de telles conditions à leur c concours que les membres du Gouvernement n'osaient c pousser la logique de leurs opinions jusqu'à cet excès c manifeste. Us continuaient donc à chercher parmi les c hommes qui avaient fait la guerre, passant en revue c les plus audacieux , les plus ardents , des généraux c aux colonels, des colonels aux commandants, et, pro- € fondement surpris, ils trouvaient chez tous cette opic nion unanime, que les troupes ne s'improvisent pas, c et que la foule armée sans instruction , sans discipline c et sans cadres , quelle que soit sa foi politique , doit c être certainement vaincue, dispersée par une armée c régulière, fût-elle beaucoup moins nombreuse ».

Le Gouvernement de la Défense nationale lui-même subit l'impression de ce milieu dans lequel il vit et qui réagit sur lui. A partir du 27 décembre, les procès-verbaux portent de plus en plus la trace du trouble général qui envahit tous les esprits.

Mardi f 27 décembre (9 heures du soir).

« M. Ferry signale au Conseil la lettre presque menac gante qu'il a reçue dans la journée du maire du 2* arc rondissement ; cette lettre est une sorte de mise en c demeure qui lui est faite de convoquer les maires. Il c annonce qu'il a donné rendez- vous au maire du 2* ar- € rondissement à 10 heures, ce soir, à THôtel de Ville.

€ M. Gamier-Pagôs dit que le maire du 2* arrondis*

c sèment est un homme distingué et intelligent qui mérite c plus que tout autre une sévère leçon si , en effet, il se c laisse entraîner.

« M. J. Favre excuse Tirritation des maires aux prises c avec des diflicultés inconcevables. Il reconnaît les « grands services qu'ils ont rendus.

« M. le général Trochu voit dans cette lettre du maire € du 2* arrondissement, un nouveau symptôme de Fa- « gitalion des esprits^ qui, comme toujours^ coïncide € avec une nouvelle tentative prussienne. Il signale à € cet égard le bombardement commencé dans la matinée c par l'ennemi sur les forts de Noisy, Rosny et Nogent, « au moment même où, suivant la lettre d'hier, son € officier, M. Faivre, parlementait avec Tennemi pour c une suspension d'armes réclamée par lui*

€ M. Ferryjrevient de l'Hôtel de Ville, où il a vu le « maire du 2* arrondissement qu'il a trouvé dans les c meilleures dispositions, contrairement à ce que pouc vait faire craindre sa lettre.

€ M. Picard demande que l'on recueille les articles du € Réveil qui excitent au pillage. »

Mercredi, S8 décembre {10 heures du soir).

c M. le général Trochu rend compte de l'effet désasc treux du bombardement sur le plateau d'Âvron. Les € pièces de 7, excellentes par leur portée et leur pré- € cision, ne peuvent lutter contre celles de l'ennemi qui € envoient des projectiles de 24 kilogrammes.

€ D considère comme impossible de laisser l'infante- € rie plus longtemps exposée à ce feu meurtrier. Désorc mais toute sortie au dehors lui parait môme impossible, c si ce bombardement se généralise.

€ M. J. Favre exprime son élonnement qu'il en soit

ainsi; il supplie le général de ne pas rester dans rinac^ tien, car il s*agit de conjurer deux dangers à la fois, rémeute et la famine.

« M. le général Trochu reconnaît la justesse de ces observations, mais l'armée est épuisée ; il lui faut quelques jours de repos.

€ Il entre à cet égard dans l'exposé des souffrances de l'armée et il en conclut qu'il faut un nouveau général qui puisse continuer avec cœur Tœuvre commencée par lui.

€ M. Garnier-Pagôs est d'avis, si l'on croit devoir évacuer le plateau d'Avron, de faire immédiatement une action d'un autre côté.

c M. le général Trochu rappelle la scène scandaleuse qui l'a déjà paralysé à Vincennes, lorsqu'il voulait procéder à dé nouvelles opérations après avoir repassé la Marne.

c MM. J. Favre et Ârago, sans demander une action impossible, demandent que l'on essaie du moins quelque chose.

€ M. le général Trochu lit une lettre du général Vinoy, qui déclare le plateau d'Avron impossible à tenir. II signale lui-même le danger de perdre Tarlillerie du plateau si on ne l'évacué pas au plus tôt.

c M. le général Le Flô ne comprend pas l'importance qu'on attache a ce plateau d'Avron.

c M. Dorian reconnaît qu'il serait insensé de rester sur le plateau, alors qu'on ne peut répondre au feu de l'ennemi.

c M. Simon reconnaît également la nécessité d'évacuer Avron, mais il demande si l'on ne pourrait pas agir d'un autre côté pour satisfaire l'opinion inquiète. € M. le général Trochu est d'avis qu'une note prcc pare la population à cette cvacwKion nécessaire. »

Jeudi f 29 décembre {10 heures du soir).

€ M. J. Favre rend compte de la réunion des maires c qui vient d'avoir lieu sous sa présidence.

« M. Delescluze a déclaré qu'il voulait protéger le « Gouvernement et le fortifier par la permanence à ses « côlés de la réunion des maires et des adjoints.

« M. J. Favre apprend qu'il a repoussé celte proposition, € en disant que le Gouvernement ne pouvait déléguer « ses pouvoirs ; il a aussi essayé de justifier le général € Trochu, mais il constate qu'il règne contre le général « une animation extrême qui s'attaque, non à son carac- € tère, mais à ses procédés mililaires.

« L'un des maires, M. Tirard, a affirmé que le général « Courty avait déclaré que la défense de Paris serait i impossible tant que le général Trochu resterait uni â « M. J. Favre.

« M. le général Trochu entre et rend compte de « l'évacuation du plateau d'Avron.

« M. J. Favre renouvelle les réclamations formées paf « les maires, qui se plaignent qu'on ne fait rien.

« M. le général Trochu repousse vivement cette allô-' € gation injuste. »

Vendredi, 30 décembre {tO heures du soir).

€ M. le général Trochu signale le prétendu désaccord € allégué par les journaux, entre certains membres du « Gouvernement; il demande si ce bruit ne doit pas « être démenti.

« M. J. Favre insiste de nouveau sur la satisfaction à € donner à la population qui veut l'action. Il a reçu une « députiition des membres do TInslilut qui ont formulé € éncrgiqiwmcnt le môme vœu.

c M. le général Trochu constate qu*il s^agit évidemment de faire donner la garde nationale; or il est certain qu'elle ne peut donner seule et que Tarmce n'est point encore prête à marcher ; il ne veut pas risquer le tout pour le tout.

€ M. Picard déclare que si les efforts doivent être inutiles il est de ceux qui ne feraient rien pour les conseiller, mais il ne faut pas que la fin de la lutte arrive sans que la garde nationale ait été employée. La perspective d'une capitulation révolte tout le monde, ceuxlà même qui ont toujours désiré la paix ; à son avis il n'y a que deux moyens d'éviter cette calamité : combattre ou traiter. Le traité est devenu chose difficile ; il ne reste donc plus que le grand effort militaire à tenter dans les meilleures conditions possibles. Il demande si l'on croit que cet effort doive être forcément stérile ^ « M. le général Trochu répond, dit-il, nettement à cette question nette. L*effort en question n'est pas forcément condamné à rester inutile ; mais il est le plus considérable qu'aucune armée ait encore tenté. L'armée est arrivée à une fatigue extrême qui, s) Feffort échoue, peut entraîner la capitulation, c M. Picard fait remarquer qu'on n'a plus que vingt jours.

c M. Arago admettrait les raisonnements du général si l'on avait du temps et des vivres ; mais les subsistances commandent de se hâter et l'opinion publique, qui le sait, l'exige.

€ M. le général Trochu répond que Ton ne risque pas des coups de tête dans ces situations extrêmes, car alors on n'en peut tenter qu'un, après lequel il faut céder. Il a de nouveau interrogé les généraux Vinoy et de Beaufort, et ils ont répondu que leur« hommes ne pouvaient marcher.

c M. Picard : Mais Tennemi se repose aussi en même c temps que nous.

« M. le général Trochu fait observer que Tennemi c n'est point enfermé, qu'il est libre de ses mouvements c et bien nourri ; il a des lainages et des hommes d*und c constitution robuste. Il lit une lettre du général •••? « qui lui dit que sa division ne tient plus debout.

c MM. J. Favre et Picard demandent à voir euxc mêmes les généraux.

c M. le général Trochu répond que si des considérac tiens vulgaires pouvaient l'inspirer, il n'aurait qu'à c répondre : « Marchons », et à se donner ainsi le mé*

< rite d'une action qu'il serait prêt a entreprendre si les c officiers avaient la vigueur de résolution qu'il se sent, c Mais rien de semblable n'existe, et il se voit obligé de « subir la situation sans pouvoir l'avouer. Il appellera c d'ailleurs volontiers les généraux, et, s'ils ne sont point c encore réunis, c'est que les événements de guerre les c en ont empêchés . Il constate d'ailleurs que c'est lui

< qui a insisté pour les appeler, alors que le Conseil c s'était d'abord prononcé pour la négative.

c M. Garnier-Pagés déclare avoir, en efTet^ voté contre c cet appel des généraux, parce qu'il en connaît qui ne c lui inspirent aucune confiance et qui découragent en c arriére le général Trochu, tandis qu'en public ils blàc ment son inaction.

« M. le général Le Flô exprime la crainte qu'il ne c faille recourir à l'élection d'une Assemblée, mais il c assure qu'il faut cependant attendre la fin du siège « de Paris. »

Samedi, SI décembre {8 heures et demie du soir), c Sont présents : les membres du Gouvernement, leB

Ministres, M. le Préfet de police, les Secrétaires ; MM. vice-amiral La Roncière, contre-amiral Pothuau, général Ducrot, général Tripier, général Frébault, général Chabaud-Lalour, général Guiod, général Noël, général Vinoy, général Clément Thomas, général de Bellemare.

€ M. le général Trochu expose d'abord les motifs do la réunion. Il est de son devoir d'informer le Conseil de ce qui se passe au point de vue militaire ; il a donc proposé à ses collègues de recueillir par eux-mêmes les impressions des généraux qui vivent au milieu de ces faits militaires qu'il s'agit d'apprécier. « Il donne ensuite la parole à M. J. Favre, après avoir désigné par son grade chacun des chefs militaires présents.

« M. J. Favre énumère les diverses questions soulevées par le problème qui s'impose à Paris ; il rappelle les premières prévisions, l'insuffisance des préparatifs, la crainte d'une attaque immédiate, puis la préparation simullanée do la défensive et de l'offensive ; il a fallu à la fois créer un matériel de guerre et une armée qui . n'existaient pas. Mais l'ennemi n'ayant pas pris l'offensive, il a fallu la prendre contre lui et faire à notre tour le siège des positions préparées pendant notre organisation. De là une foule de combats dont la Patrie doit se montcer reconnaissante, c Cependant il fallait user d'un double moyen : fatiguer l'ennemi par des attaques incessantes, le démoraliser et le ruiner par de grandes batailles. Voilà ce que chacun des chefs présents a fait avec un talent et un courage au-dessus de tout éloge ; maigre tous ces efforts, l'ennemi a toujours augmenté ses moyens de défense, l'armée a subi des pertes sensibles, et ^ nous sommes enfin privés des seuls moyens de corn-

munication qui puissent nous permettre de combiner nos mouvements avec les armées du dehors. Un autre point capital dont il faut tenir compte, c'est que les généraux ne sont pas seulement les défenseurs d'une citadelle, ils sont aussi et surtout les défenseurs d'une grande cité, renfermant une population considérable, dont les passions, les mouvements politiques et 8o« ciaux exigent et s'imposent.

< S'il n'était question ici que de livrer des combats glorieux pour l'honneur, comme au Cirque olympique, certes il faudrait cesser au plus tôt ces luttes sans objet; mais il n'en est point ainsi, et bien que les dépèches fassent défaut, il est très-certain qu'une armée s'est formée en province, qu'elle déploie une trèsgrande vigueur, et que plusieurs fois déjà elle a remporté sur l'ennemi des avantages signalés, se repliant en bon ordre là où des forces supérieures la contraignaient à battre en retraite. Â l'intérieur de Paris, les mêmes chances militaires se poursuivent avec des mouvements quelquefois aveugles, passionnés, impétueux. La ville de Paris veut être défendue à outrance ; c'est là surtout un se^^itiment partagé par les classes moyennes. Il est donc impossible de ne. pas tenir compte de ces impressions qu'il faut seulement chercher à concilier avec la raison et Toppor-, tunité.

€ C'est précisément sur celte raison et sur cette opportunité que le Conseil désire être renseigné. Car le Gouvernement serait brisé s'il essayait d'entraver le mouvement de la population ; or, être brisé ce ne serait pas la ruine de certaines personnalités, ce serait l'honneur et la défense de Paris tout à fait compromis. Si l'armée a donné de grands exemples, il faut d'ailleurs reconnaître que la population s'est

montrée unie jusqu'ici dans un môme sentiment patriotique.

c Deux questions se dégagent donc de tout ce qui précède :

c Croyez-vous pouvoir obéir au désir d'action de la population à l'aide d'opérations militaires exécutées avec les divers éléments de la défense de Paris (armée, mobile, garde nationale, marine) séparés ou combinés; enfin quel genre d'action peut-on ainsi proposer à la ville de Paris et quelles espérances peut-on lui donner?

c En un mot, la défense peut-elle être continuée et comment peut-elle l'être?

c M. le général Trochu donne d'abord la parole au général Ducrot.

€ M. le général Ducrot demande tout d'abord qu'on reconnaisse qu'il n'a jamais cherché à bercer ses collègues d'illusions ; il a toujours déclaré qu'il comptait très-peu sur l'armée de la Loire, qu'il comptait trèspeu sur l'armée de Paris, qui ne lui paraissaient ni l'une ni l'autre en état de percer les lignes prussiennes. Il ne voit pour lui qu'une chese possible à Paris : faire son devoir aujourd'hui, demain, toujours ; lutter pour lasser l'ennemi et lui tuer du monde. Voilà ce qu*il a toujours dit. Ses prévisions se sont jusqu'ici réalisées; l'armée de la Loire n'a pu soutenir la lutte ; elle a commis, en outre, la grande faute de concentrer en une seule masse toutes les forces militaires de la France, tandis qu'elle aurait dû se diviser par groupes chargés de harceler l'ennemi. Cette armée improvisée n'a évidemment ni force, ni discipline, et ne peut surmonter les grands obstacles, c Le général Ducrot entre ensuite dans les détails c d'un siège en règle qui se divise en trois périodes:

investissement, établissement de batteries, approches. On a fait ce qu'il fallait faire, suivant lui, pour empêcher l'investissement. Il rappelle que, mis le 17 septembre à la tête d'une armée sans cohésion, sans discipline et sans cadres, il s'est jeté dés le 19 sur les flancs de l'ennemi, le long des bords de la Bièvre, mais il a échoué, abandonné par ses hommes. Le surlendemain il s'est porté cependant sur Neuilly et a fait établir les redoutes du rond-point de Courbevoie, de Charlebourg, de la Folie et des Gibets ; puis il a livré les combats de JFlueil et de la Malmaison. « Cependant les troupes se sont un peu aguerries, mais l'ennemi, de son côté, s'est livré à des travaux considérables ; il a entouré Paris de trois et quelquefois de cinq lignes de retranchements formidables, en utilisant les obstacles matériels et en accumulant les obstacles artificiels.

c Aujourd'hui, d'assiégé il faut se faire assiégeant aussitôt qu'on veut sortir des lignes, et il devient impossible d'enlever de vive force ces ouvrages redoutables qui contraignent ceux qui les attaquent à s'engager dans des goulots de bouteille où l'ennemi les écrase aisément... Les surprises étant impossibles, il faudrait se livrer à des travaux d'approche, mais pour cela il faut du temps, et le temps manque. Sa conviction est donc qu'il n'y a pas de plan ni de valeur individuelle qui puissent briser la ligne d'investissement. Il faut résister le plus longtemps possible ; mais il faut renoncer à faire cette trouée impraticable sans armée de secours ; cela ne se serait jamais vu. Le soldat, comme tout homme, a besoin d'espérance ; or, cette impossibilité de percer les lignes a gagné tous les cœurs et l'on ne pourrait désormais obtenir des troupes un de ces efibrts confiants qui seuls font le

succès. Â ces considérations il faut ajouter Tétat de fatigue et de souffrance qui ne permet plus d'opérer en rase campagne. Quant à Tidée de se porter en avant avec 200,000 hommes, c'est là, suivant M. le général Ducrot, une idée folle qu'il a toujours combattue ; il a rentière conviction que dès le premier obus qui tomberait dans ces masses, elles se livreraient à une débandade effroyable et honteuse. — Si l'on veut sauver une partie de l'armée, il faut, à son avis, faire appel à des hommes choisis, les diviser en trois colonnes et passer comme on le pourra. Il ajoute enfin qu'avant huit jours les obus prussiens pleuvront sur les quartiers de Belleville et qu^n n'aura aucun moyen de l'empêcher.

« M. J. Favre invite à parler ceux des généraux qui partagent un avis contraire à celui que vient d'exprimer le général Ducrot.

« Personne ne prenant la parole, M. J. Favre constate que la conclusion du discours qui vient d'être prononcé serait qu'il faut désormais s'enfermer dans Paris et dans les forts sans plus rien tenter.

c M. le général Trochu demande également aux opinions divergentes ou parallèles de se produire, car les esprits sont divers.

< M. le général Vinoy pense que, si au lieu de faire une seule armée agissante, on en avait fait deux, on aurait pu faire occuper l'ennemi par l'une pendant que l'autre aurait agi. Aujourd'hui il est bien tard pour mettre ce moyen à exécution; on a contre soi le froid, et les hommes mal nourris et fatigués sont démoralisés. Un avis lui semble donc bien difficile à donner. Cependant si l'on poussait des colonnes solides sur divers points, on pourrait peut-être trouver un passage ou du moins faire beaucoup de mal a l'ennemi.

« M. le général Ducrot demande vivement au général Vinoy d'indiquer ces points d'attaque, car il les a inutilement cherchés lui-môme et le général Vinoy a pu voir qu'il avait échoué de son côté à Montmesly.

c M. le général Vinoy répond qu'il ne faut pas dis* cuter les faits accomplis, car si on le faisait, il lui serait aisé de prouver que le général de Susbielle a reçu l'ordre d'attaquer sans qu'il en fût prévenu, tandis que s'il l'avait été, il serait venu à son secours ; et dans sa conviction il aurait conservé cette position.

« M. le général Ducrot réfute cette allégation en affirmant qu'après Montmesly on aurait vu se dresser les travaux d'Ormesson et des lignes fortifiées de trois lieues d'épaisseur, tout à fait infranchissables.

« M. le général Vinoy demande à son tour à M. le général Ducrot combien donc il croit avoir d'ennemis devant Paris.

c M. le général Trochu, répondant à cette question, estime à 240,000 hommes environ le chiffre actuel de l'armée d'investissement.

< Il entre ensuite dans tous les détails d'organisation de l'armée de Paris. Puis il indique qu'il a eu un plan complet et conforme au vœu tlu général Vinoy, plan consistant à tenter une trouée par la ligne de Rouen, dont il expose tous les avantages au point de vue des opérations militaires et du ravitaillement. Ce plan allait être exécuté lorsqu'il a été brusquement abandonné à la suite des dépèches et des objurgations de M. Gambetta, annonçant qu'une armée de la Loire, forte de 150,000 hommes, marchait sur Paris, qu'elle était à Montargis ; que de là elle irait à Fontainebleau, « et qu'il fallait absolument lui tendre la main de ce « côté. Voilà ce qui a motivé le passage de la Marne et

les combats du 30 novembre et du 2 décembre, qui ont tant et inutilement épuisé l'armée.

€ M. le général Trochu déclare qu'il se voit à regrel obligé de révéler ces choses ; mais enfin la situation nous en fait une nécessité, et il énumére les difficulles de la lutte sur les bords de la Marne et l'absence dc^ munitions qui l'ont empêché le 2 au soir de profiter du succès de la journée.

t Après cet exposé, M. le général Trochu demande aux chefs militaires présents de s'expliquer et il interroge le général Noél.

€ M. le général Noél déclare qu*il ne peut parler que de ce qui l'entoure au Mont-Valérien. Il lui semble impossible, de ce côté, de franchir les premières ligne.": d'investissement sans se heurter à des obstacles insur^ montables.

€ M. J. Favre déclare qu'il faut tirer de tout ceci une conclusion. Si vous étiez Gouverneur de Paris, dit-il au général Noël, que feriez-vous?

« M. le général Noél répond qu'il chercherait a gagner du terrain en s'avançant de poste en poste ; mais il avoue ne pas entrevoir la possibilité de s'établir au delà.

« M. J. Favrcf: Vous jugez donc toute opération agressive sérieuse, impossible ?

c M. le général Noël : Absolument, dans la zone qui m'entoure.

< M. J. Favre : Mais enfin si ces obstacles sont les mêmes partout ?

« M. le général Noél : On peut prolonger la défense sans sortir des lignes. D'ailleurs le côté qu'il connait est de tous le plus difficile.

< M. J. Favre interroge le général Noël sur les dispositions de ses troupes..

c M. le général Noël répond que ces dispositions c sont bonnes ; ses troupes n'ont pas souffert (1) ; elles

< sont animées d'un esprit militaire excellent. Le moral « de ces troupes est bon; il a été maintenu par de • petits succès, mais il ne commande que 5 à 6,000 c hommes.

c M. le général Trochu interroge M. le général de <i Bellemare.

c M. le général de Bellemare continue en indiquant « que la mobile contient de mauvais éléments, gâtés € encore par Téleclion des officiers et poussés à l'exc tréme par les souffrances. Ces troupes crient : c la

< paix > et les officiers supérieurs en tète. Il croit ce- « pendant qu'il pourrait refaire le moral des troupes c en les mélangeant avec les bataillons mobilisés de la « garde nationale ; les uns y gagneraient en énergie, les c autres en habitudes militaires.

« M. le général Vinoy s'oppose énergiquement à cette c opinion.

« M. de Bellemare avoue que l'armée a été surprise « et déconcertée le 21, à l'attaque du Bourget, de ne pas « voir la garde nationale derrière elle. Pour lui, si l'on « tente encore quelque chose, il demande le concours de « la garde nationale.

« Au point de vue des opérations militaires, il ne ff croit pas une trouée possible; le fût-elle, il expose « dans quelle situation se trouverait le corps d'armée « qui l'opérerait et qui entrerait sans vivres , sans muff nitions , dans une zone ravagée à plus de 40 lieues , c avec des ennemis au dos, aux flancs et peut-être en

(1) Ces troupes formaient la garnison du Mont-Valérien, et comme celles de tous les forts, elles étaient bien nourries, bien abritées, et après chaque affaire, retrouvaient leur gîte.

face. D'ailleurs, que peut-on tenter sans nouvelles, sans communications ? Pour lui , tout se résume à une question de temps , c'est-à-dire de subsistances. Il faut lutter jusqu'au bout , faire le plus de mal possible à l'ennemi , employer pour cela la pelle , la pioche et l'artillerie. Il importe surtout de procéder par surprises de nuit, et si, enfin, personne du dehors ne vient .tendre la main à Tannée de Paris , celle-ci aura fait son devoir, et l'on n'aura rien à lui reprocher. « M. le contre-amiral Pothuau constate que l'ennemi s'est fortifié pendant que se formait l'armée de Paris. Celle-ci pourrait tenter une trouée , mais seulement avec le secours d'une armée du dehors ; sans grande trouée , il se demande ce que l'on peut faire , et il trouve qu'on est alors placé entre Futilité et l'honneur militaire. Il faut , à son avis , chercher à tenir l'ennemi le plus loin possible et à l'empêcher de donner suite à ses projets de bombardement, t Quant à l'esprit des troupes , il dispose de mille marins prêts à tout , de mobiles de province animés d'un bon esprit, parmi lesquels il en est même qui n'ont point encore tiré un coup de fusil. Enfin, les bataillons mobilisés de la garde nationale sont admirablement disposés et prêts à marcher.

< M. le général Schmitz reconnaît avec le général Ducrot qu'il est impossible de songer à percer les lignes. Les difQcultés de s'approvisionner ensuite lui semblent redoutables. Quant aux travaux à faire , il faudrait du temps, et le bombardement du mont Âvron a surpris le général Ducrot.

< M. le général Ducrot : — Il ne m'a pas surpris ; j'avais prévenu qu'il aurait lieu dès le 29 novembre. On a dit avec raison que les travaux d'Âvron n'avaient pas été faits; sans doute, mais les ordres avaient été

donnés , et là , comme ailleurs , ils n'ont point été exécutés.

c M. le général Schmitz continue en disant qu*on n*a pas de temps à consacrer aux travaux d'approche, mais que , suivant lui , on ne se met pas assez à la place du Gouverneur qui ne peut rester inactif et succomber à la tète de 300,000 hommes. Les Prussiens souffrent d'ailleurs comme Tannée française ; il faut essayer d'abattre leur moral par un effort considérable sur un point de leur ligne.

« M. le général Ducrot, interrompant vivement. — Trouvez donc ce point ; on ne perce pas les lignes avec des phrases.

< M. le général Schmitz. — Ce point serait déterminé ultérieurement en conseil purement militaire ; mais il persiste à dire qu'il faut livrer une grande bataille sans s'éloigner de Paris. Il se déclare porté à cette conviction par des considérations qui ne sont pas seulement militaires , mais aussi politiques. Paris ne peut honorablement succomber vis-à-vis de la population , de la France et de l'Europe qui le regardent , sans avoir au moins tenté un grand et suprême effort.

« M. le général Ducrot. — Encore une fois, ce sont là des phrases, ce ne sont pas des actes.

« M. le général Le Flô déclare qu'en sa qualité de ministre de la guerre il tient de trop près au Gouvernement pour prendre une part active à la discussion, bien qu*il soit de l'avis du général Schmitz ; mais il engage le général Ducrot, qui a déjà plusieurs fois exprimé son opinion, de permettre aux autres d'exprimer librement la leur.

< M. le général Ducrot explique sa pensée en disant que, lui aussi, il veut employer la garde nationale; mais il ne voit pas autre chose à lui faire faire que le

service de tranchées, le champ de bataille ne lui paraissant propice nulle part.

« M. le général Schmitz répond que ce champ de bataille est a chercher, une fois le principe admis. « M. le général Trochu constate avec étonnement qu*il n'a point encore été parlé jusqu'ici du bombardement, qui est pourtant un fait assez considérable. Il explique rinuiilité des travaux qui auraient pu être faits au mont Âvron, en citant les effets produits par le bombardement sur les forts. Le bombardement doit donc désormais entrer en ligne de compte pour toute opération militaire à combiner, et, a cet égard, les positions de Créteil et de Drancy sont menacées, c M. le général Schmitz ajoute, pour compléter sa pensée, qu'on ne peut songer à cheminer tranquillement en face de ce bombardement, c M. le général Vinoy demande si M. le Gouverneur peut dire combien l'ennemi possède de ces pièces d'artillerie de gros calibre.

c M. le général Trochu répond en dtant des journaux allemands qui déclarent que ces pièces ont été préparées dès le début de l'investissement autour de Paris.

« M. le général Vinoy fait observer que l'ennemi se sert contre Bondy et Drancy de pièces de 24 roulantes traînées à douze chevaux, pièces qui seront immobilisées aussitôt la neige venue, c M. le général Trochu estime à 200 le nombre de pièces de siège dont dispose l'ennemi. Il croit pouvoir annoncer le bombardement prochain de Saint-Denis. « M. le vice-amiral La Roncière déclare qu'il croit une trouée impossible maintenant; il est trop tard. Quand cette trouée était possible, on n'avait pas de troupes capables de la faire; aujourd'hui on possède

des troupes, mais il est impossible de forcer les lignes fortifiées de l'ennemi : son sentiment est cependant entièrement opposé au rôle purement défensif ; il faut tenir compte de Topinion publique qui veut qu'on fasse quelque chose. Son opinion n'est pas qu'on puisse faire chose bien fructueuse, mais on peut du moins exécuter des entreprises rapides sur les batteries qui bombardent, les Prussiens sachant peu résister aux surprises. Ces opérations seront sans doute d'un mince résultat, mais il avoue qu'il lui serait horriblement pénible de voir Paris tomber petit à petit sans avoir tenté de grands efforts, c Le bombardement est certainement une gêne, mais il ne lui semble pas devoir rien empêcher. Si la dernière entreprise du Bourget a échoué, c'est que les Prussiens en avaient été prévenus, ainsi que Font avoué tous les prisonniers.

« M. le général Ducrot prétend faire ressortir la contradiction qui existe, suivant lui, entre l'opinion du vice-amiral et celle du général Schmitz, qui veut une grande bataille.

« L'amiral La Roncière fait observer qu'il faut avoir égard à l'état des troupes ; celles qui n'ont pas souffert sont animées d'un excellent esprit, mais certains bataillons de la mobile, et notamment ceux de la Seine, n'ont de discipline ni parmi les soldats ni parmi les officiers; et pourtant ces bataillons euxmêmes sont prêts à marcher à l'eimemi. Ils l'ont prouvé à StainSy le 21 .

« On peut se servir de ces éléments pour une entreprise, mais pour rien de durable, c Quant à la garde nationale, notamment quant au régiment commandé par M. Arthur de Fonvielle, l'ardeur et les bonnes dispositions sont remarquables.

mais il rogne une grande hostilité entre elle et la mobile,qui qualifie les gardes nationaux de c à outrance »; plusieurs rixes même ont déjà eu lieu.

« M. le général Tripier rappelle les opérations déjà faites ou tentées. Son avis est que désormais il faut marcher à couvert. Le bombardement lui semble moins redoutable qu'il ne le parait, les forts ne peuvent être attaqués que par des tranchées; il est facile de les mettre à même de résister. Son avis est qu'il faut recourir à une défensive active. Il repousse donc une grande sortie à découvert, telle que le conseille le général Schmitz. On ne sait pas ce qui peut arriver : l'ennemi peut être forcé de se retirer; il faut donc continuer à agir, mais à agir prudemment et en se couvrant.

< M. le général Guiod trouve que le bombardement n*a rien d'extraordinaire ; l'ennemi a des pièces de 24, nous en avons comme lui ; ses pièces frétées ont seulement plus de portée que les nôtres ; leur véritable supériorité, c'est qu'ils sont assaillants et que nous sommes assaillis. Les pièces de l'ennemi sont espacées et éloignées pour les soustraire au pointage; mais à distance normale, les forces en ai-tillerie sont équilibrées.

« Le bombardement ne pourra être dommageable* qu'aux forts, à moins qu'ils ne parviennent à en prendre un; et même, dans ce cas, la ville se défendrait sufBsamment pour que jamais la reddition ne pût être le fait du bombardement.

« M. le général Guiod ajoute qu'il ne comprendrait pas des cheminements destinés à prendre des points aussi insignifiants que le Bourget. Il critique cette action divisée et par petits paquets qui ébranle l'opinion publique quand elle échoue, et qui reste sans résultats

quand elle réussit. Mieux vaut un grand effort, fructueux si Ton obtient du succès, et toujours honorable si Ton succombe ; il partage donc l'avis des généraux Schmitz et Vinoy. Ce qu'il faut, c'est atteindre le moral de l'ennemi ; il déclare qu'il ne veut pas même entrevoir la possibilité de faire une troisième capitulation avec une armée de 300,000 hommes, avant que cette armée ait fait au moins un suprême effort.

« M. le général Frébault déclare qu'il n'est qu'un général d'artillerie et non un stratégiste; aussi s'excuset-il d'émettre un avis. Il constate que le corps auquel il appartient a toujours fait son devoir, qu'il le fera encore, mais qu'il marchera à l'ennemi sans aucun espoir et avec une énergie froide empreinte de l'esprit de sacrifice.

€ M. le général Ducrot interrompt vivement pour s'écrier que c'est l'artillerie qui a sauvé l'honneur de l'armée.

< Le général Frébault continue en affirmant que l'artillerie ira où on l'enverra; son avis est de ne pas exagérer les effets du bombardement ; à de grandes distances, on ne voit pas sur quoi l'on tire et l'on atteint quelquefois même ses troupes; les grosses pièces de l'ennemi ne l'erfrayent donc pas ; il n'en croit pas moins impossible de percer les lignes. A cet égard il pense qu'il ne faut tenir aucun compte de l'opinion publique; il faut faire son devoir sans se soucier de ce que pourront dire la France et l'Europe.

« M. le général Ducrot appuie énergiquement cette dernière opinion, qu'il affirme être celle de l'armée. « M. le général Clément-Thomas fait observer qu'il y a ici deux devoirs en présence, celui de l'armée et celui de la population. Paris se doit à lui-même d'agir

énergiquement pour son honneur, pour soù salut e. pout-ôtre aussi pour l'honneur et le salut de la France.

« M. le général Frébault reconnaît que Paris doit s'imposer des sacrifices comme Strasbourg et les autres villes assiégées.

« Le général Schmitz rappelle que la garde nationale n'a encore été appelée à faire aucun ejffort. « Le général Frébault veut cependant qu^on agisse» mais nulle part autour de Paris, il ne voit une position qui permette une grande bataille avec un déploiement do forces. Il persiste à croire qu'il faut se battre par devoir, mais* sans croire au résultat, c M. le général Clément-Thomas avoue que son opinion n'est peut-être pas militaire ; cependant il croit que Paris est tenu à faire plus de sacrifices que l'ar^ mée; il vivra à Jamais déshonoré s'il se rend sans combat. Il peut se faire que le résultat ne réponde pas aux efforts de la garde nationale ; mais enfin il faut la mettre a l'épreuve, et avec des généraux comme ceuk qu'il voit, sa conviction est qu^elle relèvera le moral de l'armée et qu'elle fera son devoir.

< M. le général Chabaud-Latour ne craint pas l'eCTet du bombardement, bien que les forts ne soient pas construits en vue de la nouvelle artillerie ; il explique à cet égard les travaux qu'on a dû faire pour protéger les poudres et les hommes. Paris sera donc protégé par les forts à l'exception des quartiers du Midi. Quant au plateau d'Avron, si l'ennemi veut l'occuper, on lui rendra les sévices qu'il nous y a fait éprouver. Les remparts lui paraissent ne pouvoir être attaqués que du côté du Sud ; encore l'ennemi ne pourrait-il le faire qu'en s'exposant à de grandes pertes.

< Le but doit êtro d'enlever ces batteries qui nous

canonnent; pour cela, le général croit qu'il faut employer de concert la mobile, l'armée et la garde nalionale. Une étincelle de patriotisme jaillira , suivant lui, de ce contact, et si les résultats matériels ob'enus sont peu de chose , les résultats moraux seront considérables.

c M. le général Le Flô appelle l'attention sur les armées extérieures; c'est là ce qui paraît avoir été négligé dans la discussion. Partisan de grands efforts, il ne veut pas les tenter avant d'être renseigné sur les armées qui ont déjà fait de grandes choses, et sur lesquelles il compte toigours. En attendant, son avis est de fortiOer les positions du Sud en hommes et en canons.

€ M. le général Trochu veut clore la discussion par une observation. Il a été très-frappé de l'insistance avec laquelle on s'est attaché à réduire l'importance du bombardement. Quant à lui , il considère que ce bombardement modifie d'une façon importante l'attitude de l'ennemi vis-à-vis de Paris. Il est évident qu'on ne prendra ni les forts de l'Est, ni le plateau de l'Épine; ce qui fait l'importance du bombardement, c'est qu'il entrave le mouvement des troupes, qui tiennent rare* ment quand le bombardement arrive de gauche ou de droite. Voilà pourquoi il a dû faire évacuer le plateau d'Avron. Aussi, quand le général Ducrot affirme qu'il tiendra à Bondy et à Drancy, il se trompe ; car aussitôt que les batteries ennemies seront terminées, la situation des troupes sera telle que lui , Gouverneur, sera encore obligé de se rendre sur les lieux pour prendre sur sa responsabilité l'évacuation des positions. « Le général Ducrot affirme qu'il prendra bien cette décision sur sa responsabiUté et même sans recevoir d'ordres

c Le général Trochu déclare qu*il est de l'avis du « général Le Flô en ce qui concerne les armées de pro- « vince. Il préfère voir ces armées coupées en deux, et « il considère comme très-remarquable la retraite du <f général Chanzy; il y a là les éléments d'un succès « provincial auquel il aime à croire, bien que rien ne l'y a autorise positivement. L'essentiel pour Paris est donc » de durer. Voilà la grande condition militaire. Mais tf la politique commande autre chose. Son avis est donc favorable à la défense active. Mais, Messieurs, ajoutet-il, quand nous approcherons de la crise fmalc, quand on m'aura peut-être jeté à bas , quand des désordres peut-être difficiles à réprimer auront apparu, alors , d'accord avec le général Clément-Thomas, nous exécuterons son plan... Assez de capitulations, assez de milliers de fusils livrés. Quant à moi, je ne jetterai pas dans les bras de l'ennemi la dernière armée française; j'ai dit que je ne capitulerais pas et je ne capitulerai pas. Cette dernière heure venue, le Gouver^ neur de Paris vous proposera une suprême entreprise qui pourra peut-être se transformer en déroute, mais qui peut-être aussi pourra produire des résultats inattendus.

t Le général Vinoy : Toute l'armée sera avec vous, c Le général Trochu : L'heure n'est pas venue de discuter les conditions de cette suprême tentative, car d'ici là si nous pouvons maintenir la population , nous aurons beaucoup à faire.

c M. Jules Favre clôt la discussion en faisant remarquer qu'un grand enseignement se sera du moins dégagé de cette réunion , c'est que personne n'y a fait triompher des pensées de découragement. D'un avis unanime, il a été reconnu que la défense devait être énergiquement active. Les peuples seuls peuvent se

DÉFENSE DE PARIS. m

« permettre les défenses à outrance ; rofTensive cens-

c tante et combinée peut être seule menée et tenue par

c une bonne armée, en entière communication . d'idées

t avec le Gouvernement de la Défense nationale.

< Après ce discours, les généraux se retirent et le « conseil reste seul en séance.

c Séance levée à 1 heure et demie du matin. »

Il appartient à ceux qui liront ces lignes d^apprécier jusqu'à quel point ces étranges conclusions sont conformes à la logique et à la vérité. . . Nous nous bornons à reproduire ces curieux documents qui , à vrai dire , sont l'histoire jour par jour de notre agonie... Plus nous avançons , plus apparaissent avec éclat l'irrésolution, la faiblesse et l'aveuglement qui doivent fatalement nous conduire à cette catastrophe tant redoutée... la Capitulation sans conditions 1 1

Séance du lundi 2 janvier (9 heures du soir).

c M. le général Trochu annonce qu'une enquête est

< commencée sur les désordres occasionnés a l'une des € portes par des mobiles voulant entrer dans Paris.

< M. Cresson rappelle que demain la Chambre des e mises en accusation devra rendre son arrêt dans i'af- « faire des accusés du 31 octobre ; il engage donc le « Conseil à prendre immédiatement une résolution, car,

< une fois cet arrêt rendu, il deviendrait légalement dif- « Ficile de dessaisir la juridiction de droit commun au « profit des conseils de guerre.

c M. Arago dit qu'il a été décidé que cette affaire a suivrait son cours devant la juridiction ordinaire.

« M. Cresson croit, au contraire, que la question n'a « été qu'ajournée.

c Lé Conseil; appelé à voter, décide que les accuses f seront renvoyés devant la juridiction ordinaire.

€ M. J. Favre demande que Ton prenne un parti « immédiat, en conséquence des avis émis dans le der- « nier conseil de guerre. II faut, suivant lui, envisager « le parti qu'on aurait à. prendre à la veille de manquer a de vivres. Il faut se supposer au 25 janvier et 'voir « ce qu'on ferait. Il reconnaît que le Gouvernement n*a <t pas le droit de traiter de la paix; mais, à son avis, « il a le devoir rigoureux de satisfaire jusqu'au bout à « la protection et à la sécurité des citoyens de Paris. Il « estime que les grands moments de crise ne pourront a être traversés sans le concours des représentants « légaux du pays.

« M. J. Favre ajoute que le Gouvernement a en- « tendu avec peine tomber de la bouche du général Du- « crot des paroles de découragement.

< Le général Trochu , après avoir résumé les avis « émis au conseil de guerre, et les opérations militaires « tentées jusqu'ici/ demande ce que de nouvelles élec- « tions pourraient ajouter de force à la défense , qui « n'a besoin que du concours heureux d'une armée € extérieure.

« M. Picard distingue entre la question militaire et « la question politique. Pour la première, il fait remar- « quer que le général Ducrot a dit, par le seul fait de « sa fameuse proclamation, tout le contraire de ce qu'il « a soutenu devant le Conseil (1). Quant au point de vue

(1) Au moment oh le général Ducrot avait lancé sa proclamation, l'on pouvait encore fonder quelque espoir sur les efforts combines de l'arme : de Paris et des armées de Province; au moment, au contraire, où il ovait parlé devant le Conseil, les défaites successives de nos armées, notre impuissance bien constatée à percer les lignes d'investissement no permettaient plus de conserver la moindre illusion sur le résultat final de la lutte... combattre utilement ou traiter honorablement était

politique, il considère que le moment est venu de constituer une Assemblée (?), pouvoir destiné à survivre à celui qui va sombrer au milieu des dernières crises du siège.

< M. Pelletan déclare qu'il ne s'agit pas d'élections en ce moment, mais de bataille. La population demande à se battre et non a voter : il supplie le Gouverneur d'aviser et .de satisfaire sur ce point l'opinion, « M. Garnier-Pagôs croit des élections inopportunes; il rappelle qu'à l'exception de MM. Ducrot et Frébault, tous les généraux se sont prononcés pour l'action.

c M. Picard insiste en disant que la France étant maintenant debout, on ne doit plus avoir à craindre de voir des élections nuire à la défense.

« M. J. Favre croit que Paris, du moins, pourrait élire ses représentants.

c M. Ârago verrait un danger à ce qu'il en fût ainsi, car ces représentants pourraient être considérés comme pouvant avoir le droit de traiter de la paix ; l'ennemi le leur demanderait, et c'est là un péril qu'il faut éviter. Une action militaire répond seule aux exigences de la situation.

t M. J. Simon croit que les élections doivent être faites avant tout engagement militaire. Il reconnaît que l'opinion pourra se montrer froissée à Paris de ces élections, mais il se demande ce qu'on fera lorsqu'il n'y aura plus que dix jours de vivres. Il faut donc sortir de cet embarras par l'élection de Paris , sauf à laisser la province juger de l'opportunité de

6«:^lement impossible. Celte affreuse situation était la conséquence de I incapacité, de l'imprÙToyance du Gouvernement de la Défense nationale!!! C'est ce que M. Picard et ses collègues refusent absolument de rcconnailre.

m. IS

«■ ces élections en ce qui la concerne. Quant aux opé- « rations militaires, M. Simon proclame son incompé- « tence; cependant il donne la préférence à un grand « effort bien combiné; mais en attendant, il demande « dé petits engagements qui fassent prendre patience.

€ M. le général Trochu rappelle Tépuisement des «• troupes y les engagements successifs , et les dangers « du bombardement , qui va s'étendre à une partie de «• Tenceinte et des quartiers du Sud. Cependant, il se € voit obligé de déclarer, sous le coup de la pression du tf Conseil , qu'une grande entreprise est préparée et le « secret, religieusement gardé jusqu'à ce moment, il se « voit contraint de le révéler...

€ Plusieurs membres du Conseil demandent au gêné- « rai Trochu de ne rien dire de ce plan de bataille (1). »

Séance du mardi 3 janvier (9 heures ï/4 du soii).

« Le Conseil décide la continuation de la question des tf élections.

« M. le général Trochu déclare que ces élections sou-

< lèvent de graves objections ; elles ne lui apparaissent « pour ce Gouvernement que comme une sorte de moyen <r in extremis de sauver la caisse. Il redoute que ces

< élections ne réveillent à Paris Fidée de la Commune. « Or, s'il est républicain, c'est à la condition qu'on le « laisse libre d'aller à la messe si cela lui plaît, et non « pas pour être soumis à quelques énergumènes insup- « portables. Les élections pourraient, en outre, désorga- « niser la défense, en même temps qu'elles seraient de

' (1) La révélation eût été, croyons-nous, sans grande importance et surtout sans danger, le général Trochu faisant allusion au projet de sortie dans la direction de Chatillon» dont parle le général Vinoy dans son ouvrage sur le siégo do Pans.

€ la part du Gouvernement Tavcu d'impuissance devant € Fennemi.

t M. Garnier-Pagcs voit que les élections sont con- « seillées en province par tous les ennemis de la Repu- € blique, par M. Thiers et autres, qui ne songent qu'à t entraver la défense. Des élections briseraient l'action c de Gambetta, en le plaçant dans la main de ses en- € nemis.

€ M. J. Ferry se montre également opposé aux c élections.

« M. J. Favre combat la crainte que montre le Gou- 1 verneur de voir la Commune sortir des élections € de Paris. Il indique que jamais ni les maires ni les «■ adjoints réunis au Ministère de l'Intérieur n'ont dcc mandé jusqu'ici qu'un exposé de la situation po- « litique.

€ M. le général Trochu considère ces réunions des € maires comme anormales et dangereuses.

« M. J. Favre persiste à les croire, au contraire ^ « excellentes. »

Séance du mercredi 4 Janvier {9 heures 1/4 du soir).

« M. Garnier-Pagès dit que la question à discuter est « celle-ci : « Faut-il faire des élections? Ces élections « doivent-elles être spéciales à la ville de Paris? doi- « vent-elles être générales? »

« Des élections au moment du combat lui paraissent < impossibles. Il rappelle qu'il a demandé des élections € immédiates en septembre ; maintenant il est trop tard « et trop tôt. Le vote de Paris du 3 novembre a donné « au Gouvernement une mission de défense qui n*est « pas accomplie. Les élections sont demandées par tous € les journaux prussiens dont il indique les noms et les

« articles; elles désorganiseraient la résistance, réduîc raient M. Gambetta a Timpuissance en paralysant « Télan belliqueux : en province, ce seraient les faibles c et les lâches restés chez eux qui feraient les élec- « lions; a Paris, ce seraient les partisans de la Gom- « mune qui l'emporteraient; enfin, ce n'est pas au «. moment où il faut se battre qu*il faut entamer des t discussions dans les clubs.

« M, Picard rappelle qu'il a demandé les élections « dès le 4 septembre. Aujourd'hui , Theure des élecc lions n'est pas passée, mais il ne se dissimule pas c qu'elle est devenue périlleuse ; il se demande ce que « deviendrait la France le jour où Je pouvoir improvisé c du 4 septembre viendrait à disparaître à la suite de c la prise de Paris- Il faut donc constituer un nouveau « pouvoir pour organiser la lutte ou pour traiter. Son € avis est de ne point laisser voter l'armée. Quant a « rétablissement de la Gommune, c'est là un fantôme € que feraient disparaître les élections de Paris, ville € assiégée qui a le droit d'être franchement consultée.

« M. Arago combat les élections. Il y a deux forces, « Tune matérielle, l'autre morale. Les élections désorc ganiseraient la première en troublant profondément <L la seconde. La Délégation ne peut être laissée libre c de faire ou de ne pas faire ces élections. A cet égard» 4 il faut éviter de faire naître l'antagonisme entre le « Gouvernement et la Délégation.

« En cas de capitulation, c'est une commission spéa claie qui devrait être élue par Paris dans le but de fc traiter; jusqre-là il ne faut pas recourir aux urnes.

< M. J. Favre insiste sur la situation du pays au len- « demain d'une catastrophe qu'il faut prévoir. M. Gam- <^ betta, malgré son énergie et son talent, serait impuis- <l sant a maintenir une autorité déjà contestée; il faut

€ donc constituer pour le pays un pouvoir assez fort « pour le représenler et pour le maintenir. Il expose ses € craintes à Tendroit des rigueurs et des prétentions « prussiennes ; il évoque le souvenir de la Pologne, et € le danger encore le moins grand , à ses yeux , dans € les extrémités qu'il entrevoit, serait la restauration € impériale dont la Prusse nous menace.

€ Il craint que la Prusse no règle les destinées de la t France par un simple ordre du jour. Pour lui , une t Assemblée est la seule force capable de s'opposer à € ces desastres.

€ M. J. Ferry craint que les élections, qui pouvaient t être désirables au 3 octobre, ne soient plus maintec nant qu'un expédient politique destiné à parer à des c difficultés militaires. Les élections désorganiseraient « la défense; si on les décide, qu'on abandonne la € lutte.

c Action ou démission! voilà déjà l'alternative qui se € pose à Paris et qui menace de troubler l'ordre main- € tenu par le Gouvernement.

€ M. Pelletan se montre partisan d'une assemblée c non nationale, mais parisienne.

€ M. J. Simon insiste pour que l'on fasse les élections c qui devront être faites dans de mauvaises conditions c au lendemain d'un désastre. Il y va pour lui du salut c de la France. La crainte de désorganiser la défense « le fait seule hésiter.

« M. Dorian partage l'avis de MM. Arago, G. Pages € et Ferry.

€ M. le général Le Flô avoue son embarras ; cepenc dant il croit que les élections, en ce moment, seraient c un aveu de faiblesse.

c M. J. Simon repousserait les élections s'il croyait V à la victoire ; mais il a été atterré par les déclarations

« désespérantes du général Ducrot, qui semble ne se « battre que par devoir et sans aucune confiance.

< M. le général Trochu semble lui-même partager « ce pessimisme.

« M. le général Trochu nie ces appréciations pessi- « mistes. Il dépeint les souffrances et les fatigues de » Tarmée, les phases de Torganisation de la garde « nationale.

€ Maintenant les bataillons de marche sont formés, € leur esprit est excellent, ils inspirent confiance. Le c moment est venu de les mettre en ligne. La situation € n'est donc pas empirée; elle dépend de la vigueur < des nouvelles forces à employer. Quant aux élections, c elles jetteraient un grand froid dans la population de c Paris et ne donneraient rien de ce qu'en attendent c ceux qui les demandent.

c Du reste, tout nouveau pouvoir constitué serait € emporté lui-même par la crise finale ; si elle se proc duit, nul point d'appui nouveau ne serait assez puis- « sant pour la conjurer.

c M.J.Favre demande qu'il soit constaté que le Gou- € vernement a le droit de réunir un conseil de guerre c pour s'éclairer, afin que la lutte ne soit pas continuée c seulement pour Thonneur.

c M. le général Trochu déclare qu'il n^a jamais songé € à nier ce droit. »

Séance du Jeudi S janvier (9 heures 45 du soir).

c M. J. Favre rend compte de la réunion des maires € qu'il a cru devoir provoquer. Les maires sont irrités « du bombardement ; ils demandent une sortie prompte € et l'adjonction au Gouverneur d'un conseil de guerre a où l'élément civil sera représenté. MM. Carnot,

« Vûutrain et Vacherol ont surtout insisté sur ce point*

€ M. le général Trochu ne veut pas s'arrêter à ces € prélenlions, vis-à-vis desquelles il ne cédera pas; il « ne veut pas de conseil de tutelle.

« M. Garnier-Pagôs conslate que le contrôle existe < déjà, et qu'en tous cas il ne saurait appartenir aux € maires.

€ M. J. Favre insiste sur ce qu'il appelle le droit des « représentants de la cité. Il ne peut admettre qu'on € n'ait rien à voir dans Tarmée; si cette idée prévalait, « il ne resterait pas une minute au ministère.

€ M. le général Trochu redoute l'influence trop grande c donnée aux maires ; il craint de voir ainsi fonder la € Commune qu'on voulait éviter, et qui déjà s'arroge le € droit de statuer sur le maintien ou le renvoi du gêné- « rai en chef.

€ M. J. Favre demande que le général reçoive les » maires; celui-ci accepte.

€ M. Simon fait adopter la convocation des maires € pour demain soir, dans une salle à part. »

Vendredi 6 janvier {10 heures du soir),

« M. le général Trochu se déclare très-satisfait de la « réunion qu'il vient d'avoir avec les maires. »

Samedi 7 janvier (10 heures du soii).

« M. J. Favre demande à être initié aux projets mit litaires du général Trochu. Celui-ci est arrêlé par ses € collègues, au moment où il va révéler les détails de c ses plans d'attaque.

€ M. J. Favre insiste sur la nécessité de bien connaî- € tre les préparatifs militaires.

« M. le général Trochu dépeint les embarras de la

f80 DÉFENSE DE PARIS.

c situation en présence d^ofliciers supérieurs peu con-

€ vaincus de reflîcacité des efforts. Il indique les sen-

c timents injustes et les récriminations évidentes aux-

c quels il sera en proie plus tard, mais dont il se soucie

c peu en songeant qu'il fait son devoir.»

Dimanche 8 janvier (5 heures du soir).

c M. le général Trochu expose, suivant la demande € de M. Jules Favre, le plan de la sortie sur Versailles.

« Le commandant Bibesco lit les dépêches arrivées c par pigeon; elles sont excellentes. Le Gouvernement c s'applaudit de ne point avoir encore livré la bataille

< projetée. >

Dimanche 8 ianvier {10 heures et demie du soii).

€ M. le général Trochu donne lecture d'une dépêche c du 4 janvier annonçant des victoires du général € Faidherbe sous Bapaume et à Pont-Noyelles.

€ Il signale Thabile manœuvre du général Bourbaki,

< se portant vers les Vosges ; c'est là la grande guerre.»

Lundi 9 janvier (li heures et demie du matin).

€ M. J. Favre lit une dépêche de M. de Chaudordy, c en date de Bordeaux, du 29 décembre ; elle constate € l'existence d'une armée de 600,000 hommes admirac blement armés, et de 240 pièces de canon de prove- € nance anglaise.

c M. de Chaudordy réclame la présence de M. J. Favre € à la conférence de Londres. L'Angleterre a demandé c des saufs-conduits à cet effet, mais M. de Bismark a € répondu qu'il ne les donnerait que si M. Jules Favre c les demandait directement par parlementaire.

c M. J. Favre résume ainsi les questions à débattre :

€ !• Faut-il demander des saufs-conduits?

c 2* Faut-il recourir à un tiers pour cela?

€ 3* Faut-il attendre la fin du siège ou non?

€ 4** Est-il possible, malgré la demande et l'indication t de la Délégation de Tours, qu'il aille lui-même à la € conférence?

€ M. Picard est d'avis que M, Jules Favre se rende € à la conférence.

< M. Garnier-Pagès hésite à compromettre une aussi « haute personnalité en présence du mauvais vouloir des « puissances. Il faut au moins qu'on fasse d'avance ses € condilions de présence.

€ M. le général Trochu voit là moins une question de € principe qu'une question de fait. M. J. Favre, ayant c été désigné et accepté, il serait désirable qu'il partit c s'il pouvait passer, mais il lui semble intolérable de c demander passage à la Prusse, alors qu'elle se livre € à un bombardement monslrueux de Paris. Donc il € lui paraît qu'il n'est pas l'heure de s'occuper de con- « férence ou de diplomatie ; il faut vivre et lutter, car € le mouvement de Bourbaki est d'une telle importance « que dans vingt jours, s'il réussit, il peut faire lever le € siège de Paris. Il faut répondre à M. de Bismark, que c tout pourparler est impossible .en face d'un bombarc dément qui tue nos femmes et nos enfants.

c M. J. Favre croit sa présence indispensable à la € conférence ; il est donc d'avis de s'adresser à M. Wash- € burn pour obtenir des saufs-conduits par son intermé- ( diaire, mais il est résolu à ne quitter Paris que si l'on c cesse cet abominable bombardement.

c MM. Picard et Simon partagent cette opinion.

c M. Emmanuel Arago la combat. On croira a Paris c que l'on va traiter la-bas. Il ne croit point à l'eflicacité

:€ do cette conférence. D'ailleurs, quand on pourra y « faire entendre la voix de la France, tout sera déjà « consommé ici , et on se trouvera en présence de faits € accomplis que Ton voudra peut-être faire couvrir d'une € délibération européenne sanctionnant les rigueurs du € vainqueur.

c M. Simon, constatant l'accord sur Timpossibilité de c de se rendre à la conférence pendant le bombarde- € ment, demande qu'il soit allcndu, avant de prendre c aucune résolution, que ce bombardement ait cessé. »

Lundi 9 janvier {10 heures du soir),

€ M. Cresson propose de transférer les prisonniers prussiens dans les prisons bombardées.

€ MM. Trochu et Simon C'Ombaltent vivement cette « idée. »

Mardi 10 janvier {10 heures du soir).

« M. le général Trochu lit une lettre de MM. Vermo- € rel, Vésinier et Ranvier, qui demandent leur mise en « liberté. Il déclare consentir à cette demande, à la c condition que ces Messieurs signeront une lettre dans « laquelle ils s'interdiront toute manifestation hostile au « Gouvernement.

< M. le général Trochu croit une attaque générale c imminente pour le 16. Les forts du Sud et de l'Est c sont trés-maltraités ; il faut se préparer.

€ M. J. Favre préférerait une attaque des forces asc siégées ; à son avis elle aurait déjà dû avoir lieu.

c M. le général Trochu déclare qu'il serait prêt à c quitter le commandement plutôt que d'agir ainsi. c D'après les dépêches dernières, il est heureux qu'on

n'ait pas fait le coup de tèle projeté, car, 8*il 6ût échoué, tout était fini.

€ M. Ferry demande si Paris aurait capitulé après cet échec.

€ M. le général Trochu répond qu'il le pense ; si 20 ou 25,000 hommes étaient restés sur le champ de bataille, Paris succombait*

€ Il dit que Farmée prussienne autour de Paris est augmentée de 60,000 hommes, mais que la qualité ne répond pas à la quantité.

€ M. J. Favre insislc pour l'action. Il rappelle au général Trochu qu'il n'a jamais cru aux armées de province, qui pourlaiil se sont faites à force de patriotisme ; il faut les imiter.

€ M. le général Trochu répond qu'il n'avait pas cru aux armées de province parce qu'il n'avait jamais espéré tenir aussi longtemps. C'est l'héroïsme de la population de Paris qui a permis à ces armées de se faire. Il déclare n'avoir confiance que dans le mouvement de Bourbaki. Les généraux Chanzy et Faidherbe lui paraissent dès à présent condamnés à l'impuissance. Il demande qu'on laisse les généraux traiter les questions militaires et que le Conseil s'occupe surtout do subsistances, qui sont en ce moment le premier et presque le seul élément de victoire. « M. Ferry ne veut pas discuter la question militaire, mais il ne croit le rationnement possible qu'en présence d'une action engagée.

t M. le général Trochu : Ajoutez, et réussie^ car c'est là le problème. Il rappelle qu'il a déjà livré 7 combats et 4 balailles, sans avoir plus réussi que Faidherbe et Chanzy. Il signale le mauvais équipement des troupes, épuisées de fatigue et de froid. Il frémît à la pensée d'un grand revers. Les bataillons de la garde

S84 DÉFENSE DE PAUIS.

c nationale sont seuls vigoureux et bien vêtus; mais « on ne sait encore militairement ce qu'ils pourront t donner, t M. Ferry engage à employer la garde nationale • € Le général Clément-Thomas déclare qu'il y a beau- € coup de charlatanisme dans cet étalage de courage de « la garde nationale. Déjà, depuis qu'elle sait qu'on va € remployer, son enlhousiasme a beaucoup baissé. Il ne € faut donc rien s'exagérer de ce côté.

t M. le général Trochu reconnaît qu'il a reçu des « rapporls déplorables sur certains bataillons ; il y a là c de bons et de mauvais éléments; il craint.que les mau-

< vais paralysent les bons.

« M. J. Favre revendique pour le Conseil le droit « d'imposer une action militaire qu'il croit nécessaire et c qu'on lui refuse.

€ M. le général Trochu proteste contre ce refus qui c lui est imputé. Il attend une attaque pour le jour de c la fête du roi Guillaume. Il explique que les sorlies c sont rendues excessivement difficiles par l'étendue et € l'éloignement des lignes ennemies.

€ M. le général Le Flô persiste à croire qu'il faut c tenter un grand effort ; mais il ne faut pas le comproc mettre par trop de précipitation. »

Mercredi, II janvier (10 heures du soir),

€ M. J. Favre rappelle ce qui s'est passé dans une « séance particulière tenue au Ministère des affaires t étrangères ; il annonce que M. Washburn lui a c remis la lettre de convocation à la conférence de € Londres, et il avertit le Conseil que déjà il a été décidé € dans la journée qu'il ne se rendrait pas à la confé-

< rence.

« M. Ferpy dit qu'il vient de lire les journaux et qu'il a réfléchi. Il lui parait que l'opinion n'est pas encore faite à l'endroit de cette conférence ; il ne faut donc rien précipiter. 11 importe de gagner du temps, car peut-être l'opinion publique viendra-t-elle à considérer moins défavorablement l'acte de présence de M. J. Favre à cette conférence.

« M. Garnier-Pagés critique cet avis ; il lit des passages de journaux qui désapprouvent vivement toute participation de la France à la conférence.

€ M. J. Simon demande comment il se fait que M. Washbum n'ait remis cette lettre de convocation que quinze jours après l'avoir reçue, t M. J. Favre reconnaît, sans pouvoir Texpliqucr, Texaclilude de ce fait extraordinaire ; il croit que la Prusse a voulu retarder ainsi la résolution à prendre par le Gouvernement de la défense nationale.

« M. Ferry voit là une nouvelle raison de ne pas prendre do parti avant d'avoir saisi de cet incident l'opinion publique, qui a toujours fait preuve jusqu'ici de sagesse, toutes les fois qu'on lui a dit franchement la vérité.

t M. J. Favre croit voir dans tout ceci une nouvelle preuve de la mauvaise foi de Bismark, qui n'a probablement occasionné ce retard et soulevé la querelle des parlementaires qu'afm de se procurer les délais nécessaires à sa politique. Cependant il craint que cette chicane sur les dates et les retards ne soit bien mesquine à côté des grands intérêts en jeu. t M. le général Trochu s'étonne que lord Grandville n'ait point envoyé de sauf-conduit avec sa lettre d'invitation.

« M. Simon considère qu'il importe de faire connaître à lord Grandville les causes d'un retard occasionné par

c les manœuvres de M. de Bismark, qui a atlendu le « bombardement et la pcriode du second délai accordé, « pour faire parvenir la letlre d'invitation à M. J. Favre.

« M. Ferry insiste pour que l'opinion publique soit c plus sérieusement pressentie a l'endroit de la conré- « reiice.

« M. E. Arago ne croit pas que l'opinion puisse être c saisie de cette question avant que le Gouvernement ait « une opinion faite.

€ M- J. Favre fait observer que celte opinion du Gou- « vernement est faite, puisqu'il a fait savoir à l'Angle- » le>re qu'il acceptait la conférence, en laissant même « entrevoir qu'il s'y rendrait lui-même. Il peut, vu les « circonstances, ne pas pouvoir quitter Paris en ce c. moment, mais il se verrait contraint d'abandonner son « ministère si personne n'était envoyé à la conférence. € Il y a urgence à ne point indisposer les puissances t qui ont promis de seconder la France en ce qui con- « cerne son unité territoriale ; il lui serait donc imposc sible d'abandonner ce secours précieux en face d'un « bombardement qui ne peut d'ailleurs rien changer à c nos intérêts européens.

« M. J. Simon croit qu'il faut cependant distinguer ; * car, si M. J. Favre était en province, le bombardec ment n'aurait point à modifier son action, tandis qu'il € change réellement ici pour lui la silualion.

€ M. J. Favre accepte cette distinction.

« M. Garnicr-Pagès redoute les dangers et les humi- « Hâtions pour l'envoyé de la France en cas de défaîte « finale. Les puissances ne voudraicnt-ellos pas le forcer « à reconnaître et à subir les faits accomplis, en faisant « ainsi sortir la conférence de ses véritables attributions c primitives?

€ M. J. Favre observe que peu lui importerait la victoire ou la défaite s'il faisait ici son devoir. € M. Garnier-Pagès lui répond qu'il se trouverait après la défaite en présence de puissances qui nous soutiennent encore un peu, parce qu'elles nous croient un reste de force, mais qui nous abandonneront comme elles l'ont déjà fait, quand elles verront la France tout à fait abattue. Tout autre serait la situation si la*présence à la conférence était précédée d*une alliance garantissant préalablement des appuis. Il fait, en outre, observer qu'un nouvel incident est venu aggraver la situation depuis l'acceptation de la conférence : c'est la dénonciation du traité de neutralité du Luxembourg.

€ M. Arago rappelle que la résolution de se faire représenter a la conférence n'a été prise qu'à une voix de majorité, à un moment où l'on pouvait encore conserver des espérances de paix. Aujourd'hui qu'il n'est plus question que de se défendre énergiquement, il craint que cette question de conférence n'énerve les courages en laissant croire à la paix. Il faut bien qu*on sache que désormais la voie diplomatique est fermée devant nous, et que la voie militaire s'ouvre seule, c M. Jules Favre lit des passages de dépêches dans lesquels MM. Gambetta et de Chaudordy se montrent trcs-favorables à la conférence, insistant vivement pour qu'il aille y représenter la France.

« M. Jules Simon reconnaît qu'on aurait en effet grand avantage à se rendre à la conférence, mais il ne croit plus cela possible en présence du bombardement de Paris.

€ L'Angleterre doit l'avoir déjà compris, et il n'est pas une nation civilisée qui puisse hériter à condamner avec indignation les procédés de la Prusse qui va

« jusqu'à relarder de quinze jours les dépêches coutrai- « rcs à ses desseins.

t M. Ferry insiste vivement sur la nécessité de faire « reconnaître la République par l'Europe.

€ M. Arago partage cet avis.

€ M. le général Trochu croit que M. Jules Favre pourt rait mettre à profit son absence même de la conférence, t en relalant les circonstances qui ne lui ont pas per- « mis d'assister à une conférence dans laquelle il avait € à cœur de faire reconnaître la République.

c M. Jules Favre comprend qu'il no puisse quitter € Paris ; mais il ne comprendrait pas qu'on n'envoyât t personne à sa place ; une telle manière d'agir pourrait « satisfaire le gros public, mais surprendrait fort tous « les gens sérieux.

€ M. Jules Simon fait observer que M. Jules Favre « n'a personne à envoyer à sa place ; M. de Ghaudordy « étant un homme spécial, il faut éviter d'avoir l'air € de l'envoyer pour discuter énergiquemenl la question € de la mer Noire.

€ M. Jules Favre déclare qu'il n'enverrait pas M. de « Ghaudordy, mais M. Louis Blanc.

« M. Jules Simon répond qu'autant vaudrait envoyer € M. Victor Hugo ou M. Ledru-RoUin.

« M. Picard soutient qu'il y aurait intérêt et opporlu- € nité à ce que M. Jules Favre se rendît à la confé- « rence. Son départ pourrait faire cesser le bombardet ment. Il faut voir l'issue pour sortir de cette guerre et € ne pas y persévérer en aveugle. Il ne voit intérêt a c renoncer à la conférence, que si l'on est sûr d'une € victoire.

€ M. Ferry juge indispensable qu'un représentant de € la République aille déconcerter, au sein de la conféc rence, les intrigues monarchiques. Il rend ses coUô-

gues responsables des conséquences d'une détermination contraire.

« M. Simon rappelle à M. Ferry qu'il a cependant voté contre l'acceptation de l'invitation à la conférence. « M. Ferry demande que l'on réponde au moins à lord Grandville ; il demande aussi pourquoi l'on retient la valise de M. Washburn.

€ M. le général Trochu déclare que les difficultés faiteis à nos parlementaires l'ont forcé à recourir à cettemesure. t M. Jules Favre annonce qu'il a répondu à lord Grandville, et qu'il a déclaré être prêt à partir si on lui remettait un sauf-conduit.

€ M. Arago proteste en faisant observer que la question ne serait pas entière.

« M. le général Trochu se prononce pour l'ajournement de la réponse, et pour la publication d'un exposé des faits ; il est d'ailleurs probable que les délais expirés rendraient toute acceptation désormais inutile, t M. Jules Favre propose d'écrire pour accepter, en déclarant que si le bombardement cesse, il se rendra à la conférence.

c MM. Trochu et Simon acceptent cette solution, que M. Arago persiste a croire dangereuse.

< M. Trochu formule ainsi la question en la mettant aux voix :

€ M. Jules Favre doit-il écrire à lord Grandville pour accepter en principe l'invitation à la conférence, en dépeignant les circonstances qui l'empêchent de se rendre pour le moment à cette conférence ? MM. Arago, Garnier-Pagès et Pelletan (par mandat spécial donné à l'un de ses collègues) se prononcent pour le refus de l'acceptation, t M. Arago demande qu'à l'avenir M. J. Favre no t prenne plus seul des engagements diplomatiques.

« M. J. Favre dit qu'il va répondre à lord Grandville « pour accepter Tinvitation en principe , mais* pour en < ajourner les suites, vu les circonstances. En même c temps, il rédigera une note diplomatique qui explic quera la situation.

« Cette acceptation, avec ajournement motivé sur les « circonstances, obtient Tunanimité du. Conseil. »

{Séance levée à i heure i/2 du matin,)

Jeudi 12 janvier {10 heures 1/2 du soir).

€ M. J. Favre lit sa réponse à lord Grandville, ainsi que la note diplomatique destinée à protester contre le bombardement et à affirmer les droits de la République en face de l'Europe.

c Le Conseil décide la publication de ces deux documents.

« M. le général Trochu supplie chacun de ses collègues de méditer la question suivante : Durer assez longtemps pour permettre à Bourbaki d'opérer son mouvement. Il croit donc que les circonstances exigent des mesures extrêmes ; il faut qu'une proclamation annonce en même temps des perquisitions pour saisir les vivres cachés , la suppression des réunions publiques et de la liberté de la presse.

« M. Picard déclare que ces mesures doivent dépendre de la voie militaire suivie, car elles ne peuvent être prises que si la voix du canon couvre les murmures de la population.

« M. le général Trochu objecte que les murmures ne peuvent être étouffés que par le bruit du canon victorieux.

c M. Garnier-Pagès croit que la population est tellement à la lutte extérieure, qu'une défaite, fût-elle complète, ne soulèverait aucun trouble dans la rue.

c M. le général Trochu signale les accusations de trahison qui circulent depuis deux jours contre certains généraux.

« M. Arago croit que ces accusations acquerraient d'autant plus de force que le silence imposé serait plus profond.

€ M. le général Trochu déclare n'avoir d'autre but que d'assurer le calme pour le combat et pour la prolongation de la résistance. Il annonce qu'on lui a trouvé 3,000 quintaux de seigle, ce qui l'a rendu bien heureux.

€ M. Magnin dit aussi qu'il a découvert dans la journée 8,000 quintaux d'orge. Il déclare que, dès demain, il n'y aura plus que 20 0/0 de blé dans les moutures.

c M. le général Trochu exprime l'espoir qu'il y a encore de grandes ressources dans Paris.

« M. Ferry fait remarquer que ces ressources ne sont point inépuisables.

c M. Arago demande combien de temps il faudra encore attendre Bourbaki.

« M. le général Trochu répond que Dieu seul pourrait le dire. Si l'on entend par là demander des batailles, eh bien ! on en fera. Mais, avant tout, il faut vivre. Il rappelle que si, dès le début, on avait fait du pain de siège , comme il le demandait , on aurait encore des vivres pour jusqu'au mois de mars ; il en a été de même pour le charbon et pour le bois, à l'égard desquels on peut s'accuser d'avoir manqué de prévision. « M. J. Favre répond que si l'on avait eu des succès militaires,on ne se trouverait pas réduit à cette situation. « M. le général Trochu fait observer qu'il faut bien tenir compte des armées de Faidherbe et de Bourbaki ; qu'elles aussi n'ont pu réussir.

29S DÉFENSE DE PAHiS.

€ M* J. Favre voudrait voir le général Trochu user € d'un élément militaire, la garde nationale, qu*il n'a « pas même essayé. »

Vendredi 18 janvier (10 heures 1/2 du soir),

< M. Cresson signale M. Dardenne de la Grangerie comme un homme des plus dangereux en sa qualité de sous-directeur de l'ambulance de la Presse. Grâce à ses fonctions, il entre en relations avec l'ennemi. M. Cresson lit une enquête à ce sujet. Il fait remarquer l'union de ce personnage avec l'abbé Bauèr; tous les deux gardent entre leurs mains le montant des souscriptions patriotiques. Il dépeint la vie de ces deux hommes, qui mènent grand train, vivent somptueusement, et ont à leur disposition des estafettes et des porte-fanion. Ce M. de la Grangerie adresse des articles au Gaulois, et signe Marcus des articles dans lesquels il se décerne des éloges (1). € M. le général Trochu fait observer que cet homme possède une brochette de décorations , qui démontre suffisamment qu'il n'est qu'un marchand de crayons. Il n'a qu'un mérite, c'est de s'être adjoint les Frères des écoles chrétiennes, qui sont les seuls et admirables enterreurs de morls. Ce sont eux qui, au 2 décembre, après la bataille de Villiers , ont enterré plus de mille morts en deux jours, ce qui a fourni à M. de la Grangerie l'occasion de se livrer à un énorme charlatanisme.

(1) La suite des événements a prouvé l'injustice de cas accusations... M. de la Grangerie a été l'un des agents les plus actifs des ambulances de la Presse.

Nous avons exposé dans notre premier volume les incontestables services rendus par ces ambulances aux armées de Paris et en particttlier à la deuxième armée. {Noie de Fêuttur.)

« M. Cresson ajoute que les médecins déclarent que « M. de la Orangerie s'arrange toujours de façon à se « rendre seul aux conférences nécessaires avec Tennemî.

€ M. Feri7 déclare également que M. de la Gran- « gerie se sert des papiers de la guerre, et s'ingère « partout en disant qu'il est le seul ambulancier de « la 2* armée.

« M. le général Le Flô dit ne connaître nullement ce

< monsieur; il le désavoue absolument.

< M. Cresson fait connaître les plaintes qui surgis c sent de tous côtés contre ces ambulances, et il croit

< qu'on devrait les soumettre à une surveillance impé- « rieuse. Ces ambulances ont, en outre, reçu des sous- € criptions dont elles doivent rendre compte.

c M. le général Trochu objecte que ce sont là des

< institutions privées sur lesquelles on ne peut avoir « d'action directe. »

Samedi 14 janvier {9 heures 45 du soir).

< M. Ârago déclare que les femmes sont les pre- « mières à crier aux hommes : « Vous êtes 400,000, c et vous nous laissez bombarder. »

« M. le général Trochu fait observer que c'est là par- « 1er avec patriotisme , mais il faut raisonner avec les € faits. Ainsi, il n'y a qu'un grand coup à tenter : aban-

< donner les pièces d'artillerie dans les avancées, réu- « nir 150,000 hommes, garnir les remparts à l'inté- « rieur, et se porter en avant.

« M. Ferry observe que le temps presse.

M. le général Trochu déclare que ce qui accable ce f sont les mauvaises nouvelles; cependant cette grande c action demandée aura lieu à six jours d'ici.

s M. Ferry reconnaît qu'il n'y a plus rien à dire.

Page 1