PIEGES JUSTIFICATIVES
Extrait de rhlBtoriqud dn régiment de mobiles de la Gôte-d'Or. (2 décembre 1870.)
La journée du 1^ décembre se passe à attendre des ordres. Le soir, des travailleurs sont envoyés aux grand'gardes pour établir des tranchées en avant des lignes ; en môme temps , le général Martenot fait savoir que la brigade La Marieuse doit sortir de Champigny sur notre droite et occuper des enclos boisés en avant des grand'gardes. Celles-ci sont prévenues, et on leur recommande de ne pas s'inquiéter du mouvement de troupes qu'elles pourront apercevoir.
Pourquoi ce mouvement ne fut-il pas exécuté ?
Dans tous les cas, c'est ce qui amena la surprise des grandegardes de la brigade Martenot, car vers 6 heures du matin, les ofliciers, entrevoyant au milieu des ténèbres une troupe en marche, pensent que c'est Texécution du mouvement annoncé, et sont attaqués à bout portant avant d'avoir pu donner l'alarme. A ce moment môme on relève les compagnies de grand'garde, et la confusion s'en accroît encore. Cependant les hommes tiennent assez longtemps pour permettre aux régiments d'I Ile-et-Vilaine et de la Côte -d'Or de prendre les armes. Le jour commence à poindre, les obus éclatent de tous côtés dans le camp ; la paille que les soldats y ont apportée pour se préserver du firoid, s'en-
flamme, et une fumée épaisse se répand dans Tair. Los grand*gardes, qui se replient, sont suivies de près par les Saxons. Le régiment d'IUe-et- Vilaine se retire en désordre.
À ce moment, le colonel de Grancey rallie le 4* bataillon (Semur), qui voit le feu pour la première fois et commence à plier; il s*élance au premier rang contre Tennemi; mais à peine a-t-il ramené ses hommes au combat, qu'il est frappé mortellement et tombe pour ne plus se relever.
En Tabsence du lieutenant-colonel Titard, atteint depuis plusieurs jours de rhumatisme et resté à Paris, M. d'Ândelarre, chef du 3« bataillon, prend le commandement. Vers 8 heures, le général Martenot quitte la position, et établit la brigade en arrière de Ghampigny d*abord; puis, dans la journée, vers le bois du Plant.
Pendant ce temps, la l'* compagnie du 3* bataillon, sous les ordres du capitaine Lorenchet de Montjamont, qui occupe depuis la veille des tranchées et carrières en avant de la Piûtrière» tient ferme et empêche Tennemi de déborder. Secondé par les efforts énergiques, tout spécialement, des capitaines Dumoulin, Cnicerey, Bizouard, Lambert, Euvrard, des lieutenants Sorlin, Baudin, Bargy, Desserteaux et Braillard, porte-drapeau, des sergents Moyne, Àrvet, Chantriaux et Bernard, le commandant du 3« bataillon entraîne ses hommes en avant de la Plûtrière, et rallie la l'* compagnie, qui soutient à elle seule le combat.
Quelques détachements du 122*, faisant partie de la brigade Paturel , à la gauche , se réunissent au 3* bataillon de la Côted'Or. Le commandant fait exécuter une charge à la baïonnette» refoule les Saxons embusqués dans les carrières, et les force à se replier vera les enclos boisés qui devaient être occupés par la brigade de la Marieuse. Malgré une mousqueterie violente qui part de ces enclos et des maisons, quelques fractions du 1S2«, des mobiles d'Ille-et-Vilaine, sous les ordres du capitaine Leroy, le 3« bataillon et deux compagnies des 2« et 4« bataillons de la Gôte-d'Or, se maintiennent sur le terrain conquis une partie de la journée. À deux reprises différentes, le lieutenant Bargy est envoyé pour demander au général Martenot des ordres et des renforts. Vers 2 heures, l'ennemi se montre en forces et paraît sur la hauteur en masses serrées. Ne voyant point de secoura arriver et les munitions commençant à s'épuiser, le commandant d'Andelarre ordonne la retraite, et va occuper les carrières et tranchées d'où il est parti au moment de l'attaque, en avant et contre les deux plâlrières. L'ennemi, profitant de tous les accidents de terrain, se rapproche, et on échange, sans grands résultats de part et d'autre, une fusillade bien nourrie jusqu'à la
chute du jour. Le clairon exécute alors la sonnerie : Cessez-le-feu, les Allemands y répondent. Le feu cesse, et les ambulanciers s'avancent pour ramasser les blessés.
Extrait de rhistoriqaa dn 35« de ligne. (2 décembre 1870.)
La nuit du 1^ au 2 fut pourtant assez calme encore ; mais le 2 au matin, sur les 6 heures, au moment où Ton relevait les grand'gardes, le canon de Coeuilly, qui depuis 8 heures du matin tirait avec intermittence, éclate tout à coup avec une violence extrême ; en môme temps, de fortes colonnes d'infanterie débouchent à rimproviste; les Prussiens veulent évidemment reprendre les positions qu'ils ont perdues Tavant-veille. Les mobiles de la C6te-d*0r et ceux d*llle-et- Vilaine, qui gardaient la gauche, se sauvent sans essayer de résister, laissant ainsi un large passage à l'ennemi de ce côté. Un détachement de 100 hommes du 35% protégeant des travailleurs, et un bataillon de grand'garde, est alors attaqué de front , tourné par sa gauche, enveloppé et pris en partie; le reste fuit vers le village, poursuivi par les Prussiens, qui arrivent presque en même temps que les fuyards sur les premières barricades dont ils s'emparent, et où ils font encore des prisonniers ; mais quelques soldats du 85* et du 42«, abrités derrière une barricade construite en avant de Téglise, les arrêtent et les empêchent d'aller plus loin.
Sur la gauche, également, ils sont maintenus par des compagnies de grand'garde du 85% et surtout par l'artillerie placée à l'entrée du village, qui ouvre sur eux un feu des mieux nourris. Les mobiles peuvent alors se remettre de leur surprise, se reformer et tenter des retours offensifs.
Dans le village, grâce à l'activitc des chefs, Tordre se rétablit rapidement, nos soldats se rallient, et la défense s'organise vigoureusement. Les l"' et d« bataillons du 35«, postés dans des maisons à hauteur de l'église, ouvrent un feu très-vif sur Tennemi, qui occupe un groupe de maisons en avant et à gauche du village, et s'acharne à vouloir gagner du terrain en perçant les murs pour cheminer à couvert de maison en maison jusqu'à nos barricades. À gauche, sur Bry, la manœuvre prussienne, qui avait eu un commencement de succès, était aussi arrêtée par la
résistance acharnée que les troupes du corps d'Exca opposent aux masses profondes des Saxons'; mais vers midi l'ennemi accentue son mouvement offensif sur Ghampigny. Le général do La Mariouse prescrit alors d'engager le 2« bataillon ; celui-ci arrive pour renforcer les deux autres, et bientôt des fenôlres, des lucirnes, des toits, part un feu terrible qui arrête net la marche des colonnes ennemies, et les Prussiens rétrogradent bientôt jusqu'aux dernières maisons* A partir de ce moment, la lutte se borne à un échange de coups de fusil sans résultat des deux côtés.
Vers deux heures, le général Ti'ochu arrive à Ghampigny et félicite le 35« de sa solidité. Enfîn, entre 3 et 4 heures, le régi* ment, qui combattait depuis le matin, est relevé dans ses positions par le i*?' de marche , et se retire dans le milieu du village, où il passe la nuit. Nos soldats, qui ont trouvé des greniers remplis de paille, en tirent parti pour se faire des couchettes confortables, sur lesquelles ils se reposent des fatigues du jour.
Extrait de rhistoriqae du 42« régiment d*infanterie.
BATAILLE DB GHAMPIGNY. (S décembre 1870.)
Le matin de ce jour, le 2^ bataillon était toujours dans la môme position; le !«' bataillon venait, entre 6 et 7 heures, relever le 3« dans le parc de gauche, ce qui doublait momentanément le nombre des défenseurs, mais était en môme temps une cause de désordre, lorsque, tout à coup, à un signal donné au sifflet, des coups de feu retentissent, et des têtes de Prussiens se montrent de tous côtés, au-dessus des murs et à toutes les brèches. Ge fut le signal d'un assez grand désordre dans le village, et la route se trouva encombrée de soldats courant en tous sens, criant et perdant la tôte. Petit à petit cependant, l'ordre se rétablit; on put réunir ensemble les hommes de môme corps et les ramener au combat, chose qu'ils firent du reste avec le plus grand entrain, une fois le premier moment de surprise passé.
Heureusement que la majeure partie des troupes enfermées dans les parcs, quoique entourées et surprises, ne se déconcertèrent pas, et organisèrent des défenses locales partout où elles purent se réunir sous les ordres d'un ofQcier ou d'un sous-oflQ-
oiér : c est co qui sauva le village dans le premier moment de trouble.
Voici ce qui s*était passé dans les deux parcs occupés par le régiment : TiOS Prussiens, descendant des hauteurs pour attaquer Champigny, s'étaient séparés en trois colonnes, la première attaquant de front les deux parcs, après les avoir entourés pendant la nuit, et les deux autres destinées à tourner le village par la droite et par la gauche. Dans cette journée, le régiment eut à combattre une grande partie de la colonne qui nous attaquait de front, et toute la portion qui cherchait à se glisser entre la Marne et notre droite pour nous tourner.
L'attaque ayant surtout commencé par le parc de gauche, le 2« bataillon, qui gardait celui de droite, fut prévenu qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire par les cris et les coups de fusil que l'on entendait ; il put se réunir en grande hftte presque complètement, et son chef, le commandant Caheti, voyant que le parc n'était pas défendable, le fit évacuer rapidement, et répartit son monde dans les maisons situées en arrière, dans l'église, et sur le pont conduisant dans la boucle de la Marne ; de ce côté, nous eûmes peu de soldats faits prisonniers, puisque le combat put commencer presque de suite dans d'assez bonnes conditions.
11 n'en fut pas de môme à gauche , où les i*' et 3* bataillons eurent à supporter le premier choc au moment où les postes se relevaient; plusieurs compagnies s'apprêtaient môme à rentrer dans le village. La surprise fut grande, et la majeure partie de ceux qui couraient dans le parc furent faits prisonniers avant même d'avoir pu tirer un seul coup de fusil; mais nos soldats ne se découragèrent pas, et tout ce qui n'était pas prisonnier se groupa instinctivement autour du premier officier rencontré ; la défense s'organisa de la sorte par petites fractions agissant isolément;* le résultat fut tel cependant qu'il rompit le premier élan des Prussiens. Le parc n'étant pas tenable, on l'évacua pour se rérugier dans toutes les maisons et les jardins situés en arrière, mais nos deux bataillons laissaient beaucoup de morts, de blessés, et surtout de prisonniers, derrière eux. MM. Combes, capitaine, blessé; Fabre, lieutenant, Randoing, sous-lieutenant, furent pris ; M. le lieutenant Godard fut blessé mortellement ; M. le commandant Landry, grièvement blessé, fut fait prisonnier (1).
(i) Ce brave officier supérieur avait déjà été blessé à l'épaule dans la journée du SO novembre; il se ût panser légèrement le soir et refusa d'entrer à l'ambulance pour rester à la tête de son bataillon. Le commandant Landry est revenu de captivité avec une santé entièrement délabrée, et il est mort à l'hôpilal du Val-de-Grâce un an, jour pour jour.
m DÉFENSE DE PARIS.
Cependant, et grftce à cette résistance, ainsi que nous l'aTons dit plus haut, la défense s'organisait en arrière ; des soldats garnissaient toutes les maisons, défendaient les barricades existantes ou celles que le génie élevait à la hAte de tous côtés ; à partir do ce moment et de toute la journée, les Prussiens ne firent plus un pas en avant dans le village, et les deux parcs, avec quelques maisons y attenantes', furent leur seule conquête pendant toute la bataille.
Maintenus en échec de front, les Prussiens étaient encore plus maltraités dans leur tentative sur les flancs du village ; à notre gauche, des forces imposantes, accourues au premier signal, et une puissante artillerie, leur infligeaient des perles cruelles; à notre droite, nos tirailleurs les contenaient, tandis qu'une batterie de mitrailleuses, placée dans la boucle de la -Marne, décimait leurs colonnes qui s*obstinaient à vouloir tenter le passage de la rivière.
Le combat, commencé vers six heures et demie, continua, acharné, jusque vers quatre heures, sans que nos soldats eussent reculé d'un pas; au contraire, on avait reconquis plusieurs maisons, en pénétrant à la sape de l'une dans l'autre. Mais cette défense obstinée nous avait coûté encore plus d'une perte cruelle : à droite, le lieutenant Dorizon avait été blessé; le commandant Cahen, contusionné à la poitrine par un éclat d'obus, ne voulut pas quitter son poste ; à gauche, deux bons et braves officiers, MM. Giroin et Saingt, tous deux adjudants-majors, se faisaient tuer raide , le premier, dans une maison dont il dirigeait la défense , le deuxième, sur une barricade barrant le haut de la grande rue ; M. le lieutenant Leca était entouré et fait prisonnier dans une maison voisine de cette barricade. Le combat était tellement vif et nos hommes tellement animés, qu'il fallut renouveler plusieurs fois la provision de cartouches , et des hommes dévoués allaient en porter aux combattants sous le feu même de l'ennemi; l'adjudant Baylet, jeune homme destiné à devenir officier, fut tué en accomplissant cette périlleuse mission ; le sergent-major Petit, nommé officier plus tard, fut blessé en allant approvisionner les défenseurs d'une maison. Un jeune soldat, le nommé Fines, engagé pour la durée de la guerre, et qui avait déjà montré de l'entrain dans la journée du 30 novembre, traversa plusieurs fois une rue enfilée par les projectiles, avec un grand sac rempli de cartouches sur ses épaules , pour aller en
après avoir été blessé. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1863, il fut renommé chevalier, par erreur, après Champigny. On ne put revenir sur cette erreur, et il est mort à la Un de 1871 simple chevalier.
DÉFENSE DE PARIS. a^i
distribuer aux défenseurs du pont. Les deux soldats Ârrighi et Marchand méritent une mention toute particulière : Arrighi se trouvait dans la maison où fut tué le capitaine Giroin, et pendant tout le combat, il se tint dans un jardin (1), la moitié du corps dépassant le mur de clôture, pour indiquer aux défenseurs les mouvements de l'ennemi, et les endroits où il fallait tirer de préférence; Arrighi fut cité à Tordre de l'armée et médaillé au commencement de 1871. Le soldat Marchand, n'ayant qu*un an de service, combattait en tirailleur sur le bord de la Marne; blessé deux fois, il refuse de se retirer, et ne se laisse enlever du champ de bataille qu'après un troisième coup de feu qui lui casse la jambe. Marchand fut également cité à l'ordre de l'armée, et nommé chevalier de la Légion d'honneur en février 1811 •
Vers 3 heures de l'après-midi , le général Trochu, gouverneur de Paris, vint visiter le champ de bataille, et chargea le commandant de Parades ;de féliciter vivement le 42% ajoutant que c'était grâce au 35^ et au 42* que l'on était resté maître do Ghampigny.
A partir de 4 hecres du soir, soit que la lassitude se fût emparée des Prussiens, soit qu'ils vissent que tous leurs erforts étaient désormais inutiles, le combat devint plus traînant, la fusillade moins nourrie, et vers 5 heures du soir, on n'entendait plus que de rares coups de fusil.
En ce moment , nous étions relevés dans les postes que nous occupions par un régiment frais (17* de marche), et le conmiaudant de Parades, réunissant les débris du 42*, alla camper en arrière du village, où nos hommes, harassés, purent enûn manger un morceau et se reposer (2).
Rapport dn général commandant rartillerle du i*' corps de la 2* armée, sur les opérations de l'artillerie les 2 et 3 décembre 1870.
La journée du 2 décembre commence par une vigoureuse at-
(i) Jardin K; voir croquis n* 2, page 83.
(2) Cest dans celte journée que le soldat Paillard, alors gardien du parc de Vincennes, vint combattre eu volontaire dans les rangs de son ancien régiment*
taque de rennemi sur notre front. Ses principaux objectifs sont le Four à Chaux et Champigny.
Le 1^ décembre et dans la nuit du 1* au 2, Tartillerie de la l*" division avait fait établir une ligne de retranchements pour abriter ses pièces. Les dernières venaient d être mises en batterie quand a eu .lieu la soudaine attaque de l'ennemi qui fit ployer nos troupes établies à droite du Four à Chaux.
La 1*^ et la 2* batterie d'artillerie de la marine tirent d'abord à balles, puis à mitraille sur les troupes qui s'avancent sur leur droite. L'ennemi parvient jusqu'à cent mètres des retranchements, où il est reçu par un feu violent de mitraille qui le force à se replier en désordre. Une grêle de balles que les tirailleurs ennemis font pleuvoir sur les batteries ne peut réussir à arrêter leur feu.
Pendant ce temps la batterie de canons à balles tirant à balles multiples fait refluer dans le plus grand désordre vers Villiers les colonnes compactes qui en descendent.
L'attaque de vive force de l'ennemi du côté du Four à Chaux est donc venue se briser contre la résistance énergique de l'artillerie de la l*** division.
Elle a alors à soutenir le feu des batteries prussiennes établies en avant de Gœuilly et de Villiers. Un grand nombre de sos pièces ont perdu presque tous leurs servants, quatre sont complètement désemparées. Elles sont ramenées en arrière près du cimetière de Champigny. Le reste de la division se retire en bon ordre par demi-batterie et vient se mettre en batterie à droite du bois de Plant, d'où son tir combiné avec celui des bat> teries de la 3* division et de la réserve sur les crêtes du ptatenu« empêche Tennemi de descendre les pentes et de reprendre l'offensive.
Dès le début de l'action, deux batteries de la réserve, la 15* de la marine et la 16* du 9* ont été établies à droite de la route de Champigny, en avant de la bifurcation. Elles gardent cette position jusqu'au soir; leur tir acquiert une grande précision et une efficacité réelle. Elles battent les crêtes de Champigny à Ghennevières. Ces batteries sont l'objet d'un feu asses soutenu de la part de l'ennemi, surtout dans la matinée.
La 8* batterie du 6« s'est mise en batterie à l'emplacement même de son bivouac à gauche de la route de Champigny, battant les crêtes à gauche de ce village. Elle s'est avancée dans la journée pour se placer à gauche du cimetière de Champigny, d'où elle battait mieux les approches.
La 4* du 6* s'établit à la gauche de la batterie précédente, puis elle est envoyée dans les ouvrages du Four à Chaux rempla-
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cer l'artillerie de la l** division. Elle n'est rentrée qu'à la nuit.
La 4« du 12« est dirigée par ordre da général en chef sur les ponts de Nogent pour y passer la Marne et s'établir sur la rive droite. Mais quand elle y arrive, les hauteurs de la rive droite sont déjà occupées par une nombreuse artillerie. Elle revient sur la rive gauche ; une de ses pièces établie sur le remblai du chemin de fer entretient un feu très-vif sur Villiers. Les autres gravissent les pentes et dirigent leurs feux sur Cœuilly.
A la suite de la journée du 30 novembre, les batteries de la 3* division ne pouvaient plus servir chacune que 4 pièces. Elles avaient été ramenées sur la route de Champigny, en arrière de la bifurcation, pour se reconstituer. Le 2 au matin, les deux batteries de 4 s'établissent en arrière du bois Lhuilier, à gauche de la route de Ghampigny. Elles n'ont tiré que 30 coups de canon.
La batterie de mitrailleuses est établie à la droite des deux batteries de la réserve (15^ batterie de la marine et 16« du 9«) et tire 36 coups dans la journée.
En résumé, le rôle de l'artillerie du 1^ corps dans cette journée a été des plus importants. L'artillerie de la l'* division, déjà très-éprouvée le 30 novembre, a eu à soutenir presque tout le poids de Tattaque du matin sur le Four à Chaux; elle a réussi par son sang-froid, son tir parfaitement dirigé, à repousser l'ennemi venu jusqu'à 100 mètres des retranchements.
Les 'batteries de la réserve et celles de la S* division, en concentrant leurs feux sur les crêtes, ont arrêté la marche des colonnes ennemies sur Ghampigny et ont éteint le feu des batteries qu*il a essayé d'y établir.
Dans la nuit du 2 au 3 la 16« batterie du 9* régiment est dissoute pour combler les vides que le feu de l'ennemi a faits dans les batteries du 1*' corps. A trois heures du matin, les différente détachements sont dirigés sur leui*s nouvelles batteries.
Le général commandant f artillerie du i** corps, D'Udbxi,
Extrait de l*historiq[ae du i21« de ligne (2 décembre 1870). Le 2 décembre au . point du jour, tandis qu'on relevait les
grand'gardes, Tonnemi attaqua vivement sur toute la ligue. Le 121* couvrait Tespace compris entre Champigny et le chemin de fer de Paris à Mulhouse, la ligne de défense passant à 500 mètres environ en avant du Four à Plâtre.
La droite, découverte par la retraite des gardes mobiles et Tenlèvement de leurs grand'gardes, fût un moment sur le point d*ôtre tournée ; les Prussiens arrivant sur les hauteurs abandonnées criblèrent de balles remplacement môme du bivouac. Le premier bataillon s'élança aussitôt, se déploya tout entier en tirailleurs et repoussa l'ennemi des positions un moment perdues.
Au centre, les abords du terrain découverts et commandés par . la Plfttrière, mise en état de défense, empêchèrent les assaillants d'aborder sur ce point. A gauche, où le 2« bataillon avait relevé le 122*, les trois dernières compagnies de ce bataillon avaient été placées dans un parc situé à gauche et en avant du Four à Plâtre, presque contre le chemin de fer, et dans lequel coule le petit ruisseau de la Lande; attaquées furieusement, un moment refoulées, elles reprirent dans une lutte corps è corps le terrain perdu, puis en très-peu de temps repoussèrent complètement la tentative faite sur ce point, gardant trente â quarante prisonniers dont un officier. A ce moment M. le général Paturel arrivant, fit sonner la charge et porter en avant tout ce qu'il avait sous la main d'hommes du 121* et du 122* qui un peu plus tard, formés en un cordon de tirailleurs, couvrirent le terrain dont on* venait de s'emparer.
Vers les neuf heures eut lieu un retour offensif de l'ennemi. Sur la gauche, après une résistance poussée aussi loin que possible, nos tirailleurs sans réserves, trop avancés et trop â découvert pour continuer utilement la lutte sur ce terrain, durent regagner leurs tranchées, contre lesquelles, malgré ses efforts et son acharnement, l'ennemi vint encore se heurter sans succès ; il se borne dès lors â tii*er â distance jusqu'à la nuit. Au centre, le S* bataillon qui était resté en soutien avait dû faire déployer une compagnie à gauche et une autre â droite de la Plâtrière pour soutenir les compagnies engagées en avant de ces points. Sur la droite les progrès de l'ennemi devenant inquiétants, deux nouvelles compagnies avaient été envoyées dans cette direction ; protégées par le feu des mitrailleuses de la division Berthaut, elles se portent en avant, arrêtent le mouvement de retraite commencé sur ce point et concourent â chasser de nouveau l'ennemi. Ce résultat obtenu, une autre compagnie est établie, partie en avant de Champigny, partie dans une maison â deux étages surmontée d'une terrasse* placée au peu «o avant
de la Plfttrière, tandis que celle qui avait été maintenue jusque-là sur la gauche de ce bfttiment et qui y devenait inutile, allait prendre position dans un chemin creux à 60 ou 60 mètres de la ligne, prête à la renforcer au besoin.
Repoussé dans ses deux tentatives, qui lui avaient causé des pertes sensibles, Fennemi borna là ses efforts, se contentant de tirailler et de lancer des obus sur nos positions jusqu'à 5 heures du soir. Il lui fut répondu vigoureusement par nos tirailleurs, dont les feux le décidèrent à se replier complètement.
Deux heures plus tard, le régiment relevé par le 115«, vint reprendre l'emplacement qu'il occupait depuis le 30 novembre en aiTière de la Plàtrière.
Extrait du récit du capitaine Bapst du 122* de ligne (2 décembre 1870).
Nous fûmes debout immédiatement, et en quelques instants le bataillon était sous les ainnes. Aussitôt une vive fusillade se fit eptcndre aux avànt-postes. Le général Paturel ne tarda pas à se plrésenter devant nous, avec notre lieutenant-colonel M. de la Monneraye.
IjO général me dit de me porter en avant avec les trois compagnies de gauche de mon bataillon, afin de soutenir les grand gardes et repousser l'ennemi^ si je le pouvais, ou tout au moins de le contenir le plus longtemps possible, car nos postes paraissaient avoir été surpris, à en juger par la rapidité avec laquelle ils se reployaient sur nous.
Je me dirigeai sur le petit bois de la Lande que j'avais Tordre de traverser; à mon arrivée, j'y rencontre nos grand'gardes qui se repliaient précipitamment, poursuivies par les tirailleurs prussiens qui déjà franchissaient l'enceinte du parc ; je les repoussai, et aussitôt sorties du petit bois, les compagnies se déployèrent de manière à nous relier aux tirailleurs du l*' bataillon sur la droite ; M. Flamin dirigea le mouvement de ce côté.
Je marchai alors vers la gauche, dans l'intention de déborder les tirailleurs ennemis, et de manière à m'étendre jusqu'au-dessus de la hauteur qui se trouve à gauche du chemin de fer, et d'où j'espérais me relier avec les troupes que je croyais trouver déployées sur ma gauche et sur le revers opposé.
Arrivé au sommet, je n*y trouvai pas de troupes; elles étaient à environ 15 à 1,800 mètres plus à gauche et en face de Villîers. 4e dus donc prendre mes dispositions pour maintenir ma ligne jusqu^à un point qui me permettait d'observer à droite notre ligne et de voir également à gauche, où, n'étant pas relié, je pouvais craindre à chaque instant d*ôtre tourné.
J'avais trop peu de monde pour me permettre de pousser en avant contre le parc de Villiers ; je fis abriter mes tirailleurs, afin de contenir Tennemi le plus longtemps possible, ainsi que j*en avais reçu Tordre.
Le feu que nous recevions des créneaux était très-vif et bien dirigé, et avant que mes tirailleurs eussent pris position, beaucoup avaient été mis hors de combat.
Dans cette position critique, j'attendis des renforts. Bientôt un capitaine d'artillerie vint vers moi, me disant qu'il était en position en arrière de ma ligne et à cheval sur la route n? 45 qui conduit à Villiers. Il se tenait prêt, pour le cas où, obligés de battre en retraite, nous eussions démasqué sa batterie. Tl était environ 9 heures 1/2. Le capitaine d'artillerie resta quelque temps près de moi; tout à coup les Prussiens, quittant leurs créneaux, reprirent l'offensive en grand nombre ; d'autres, venant de Villiers. nous prenaient en flanc. Je fis alors rétrograder ma gauche jusqu'au pont du chemin de fer. Cette position me paraissait bonne pour résister longtemps encore ; car la voie, fortement encaissée en cet endroit, nous offrait un abri sûr derrière le talus. Mais mes hommes, fortement décimés, commençaient à faiblir; bientét les Prussiens se ruèrent sur notre position, qu'ils escaladèrent facilement en tombant au milieu des quelques hommes qui étaient restés avec moi.
Le capitaine d'artillerie, qui était à mes côtés, fut tué ; deux officiers prussiens me dégagèrent des mains de leurs soldats, qui voulaient tout simplement me fusiller.
Extrait du récit du capitaine Qaôval du 122* (2 décemlnm).
Le 2 décembre, les premiers coups de feu suivis du cri c Aux armes ! > nous trouvèrent debout ; car n'ayant pas dressé les tentes, sans feu, sans couvertures, par un froid de 8% on ne pensait guère à dormir.
DÉFENSE DE PAIUS. 8?.7
Les trois compagnies qui occupaient les bfttiments restèrent comme soutien; le reste du régiment se porta rapidement en avant, en tirailleur, à droite et à gauche du Four à Chaux et des caiTières. Les trois compagnies citées plus haut (4«, 5«, 6« du «• bataillon), se portèrent sur le petit bois, où le général Paturel vint bientôt nous prendre pour nous porter en avant. La 4* compagnie appuya à gauche jusqu'au chemin de fer, la 5« eut la droite au ruisseau, la 6« sa gauche audit ruisseau, se reliant è droite à d'autres troupes, qui devaient être les compagnies de gi*and*garde du petit bois pendant la nuit du l«au2, et qui, après avoir repoussé la première attaque des Prussiens, avaient appuyé à droite. Nos compagnies marchèrent sans hésitation ; voyant un général, M. Paturel, marchant à leur tète comme un simple soldat, les hommes montrèrent un élan remarquable, malgré un feu effroyable qui nous venait de face, de gauche (parc de Villiers), et les balles qui sifflaient de droite^ balles perdues et passant trop haut, mais qui me faisaient supposer que, do ce côté, on avait faibli un instant.
Rapport du général Berthant, commandant la 2« dlTision dq 2* corps, BUT la jonmée dn 2 décembre 1870.
Saint-Mandé, le 5 décembre 1870« f MonGénéraly
I J'ai l'honneur de vous adresser le rapport succinct que vous m'avez demandé sur la part prise par la 2« division au combat du 2 décembre devant Villiers.
« La i^ brigade (Bocher) occupait les tranchées entre le chemin de fer et la Maison-Blanche, à gauche de la route : deux bataillons du 119*, entre le chemin de fer et la route, le troisième en réserve derrière les tranchées-abris, en arrière de la tranchée principale ; un bataillon du 120* dans la tranchée de gauche, deux bataillons en réserve derrière des tranchées-abrîs.
c La 2* brigade (Miribel) avait un bataillon de réserve entre le chemin de fer et le ruisseau de la Lande; quelques compagnies de tirailleurs à la ferme de la Lande, et dans la tranchée^ près dô la maison du garde du chemin de fer ; les autres bataillons en réserve dans le bois du Plant et entre la route et le chemin de fer, près de la route.
t L'artillerie de la division était derrière la ronte de Villiers.
c Vers 6 heures 1/2 du matin, l'ennemi a attaqué Tarméo sur tout son front. Ses tirailleurs ont ouvert sur les troupes de la l'* brigade, placées dans les tranchées, une fusillade très-vive soutenue par le feu des batteries de position de Gœuilly, et des batteries de campagne placées sur les hauteurs à droite de ce village. J'ai fait répondi*e à ce feu par une batterie de 12 établie dans la batterie fixe construite au sommet du plateau et par une section plaoée près du chemin de fer, entre les tranchées et la maison du garde
« L'artillerie divisionnaire est bientôt arrivée.
c I^es batteries de 4 se sont mises en batterie à côté de la batterie de 12 et une section de mitrailleuses derrière l'épaulement construit sur le chemin de fer, près de la maison du garde.
c L'ennemi, mettant alors en batterie un grand nombre de pièces sur les crêtes de Champigny, ouvrit sur nos batteries an feu extrêmement violent, qui leur fit subir en quelques instants • des pertes considérables (2 officiers, 25 hommes et 41 chevaux). Je fis alors retirer ces batteries, gardant seulement les deux mitrailleuses, mais sans avant-trains.
c Ces deux pièces, dont le feu était dirigé par M. le comman* dant Ladvocat, ont fait beaucoup de mal à l'ennemi ; elles ont fait rétrograder une. forte colonne d'infanterie qui s'avançait sur la pente du plateou de Gœuilly, et nous Favons vue fuir en désordre.
« Malgré le feu violent de l'artillerie ennemie qui a continué après le départ de nos pièces, les troupes d'infanterie ont généralement peu souffert, parce qu'elles étaient abritées derrière les tranchées que j'avais fait creuser pendant la nuit et la journée précédente, et elles ont tiré très-lentement sans se laisser troubler par le feu de l'artillerie ennemie.
• Vers 10 heures 1/2, je n'avais plus une seule pièce de canon à ma disposition : l'engagement me paraissant très-vif sur la hauteur de gauche au-dessus de Bry, je me portai de ce côté, et m'aperoevant que les tirailleurs qui commandaient cette hauteur commençaient à rétrograder, et craignant que ma gauche ne fût découverte, je dirigeai sur ce point le 116* de ligne, qui venait d'être mis à ma disposition. — Un peu plus tard, M. le général commandant en chef le 2* corps voulut bien m'envoyer» sur ma demande, la division Bellemare; à partir de ce moment» toutes les tentatives de l'ennemi restèrent infructueuses : le fea a duré jusqu'à la nuit.
c L'altitude des troupes a été très-bonne; mais je dois signaler
à votre attention le remarquable sang-froid de Tartillerie, qui, sous une grêle d'obus, a continué son feu jusqu'au moment où je lui ai donné Tordre de se retirer.
« Lu général commandent la division c Berthaut. •
Extrait de lldstGrlqae de i25« de ligne (i'^ et 2 décembre
iS70).
Le l*r décembre, le régiment va reprendre dans la matinée les positions sur lesquelles il a combattu la veille.
Il y bivouaque. Pendant la nuit, plusieurs alertes de nos avantpostes signalent des mouvements de Tennemi, dont les lignes s'aperçoivent distinctement et permettent de oonclnre que nos soldats ne se laisseront pas surprendre.
En effet, le 2, dés la pointe du jour, l'ennemi; avec ane forte artillerie et de grandes masses, déboucbe de Vîlliers sur le plateau pour nous en chasser et nous jeter à la Marne. Accueiili par une vive fusillade, il essaie toute la journée de renouveler les mômes tentatives, mais il échoue contre la solidité de nos bataillons, appuyés à gauche par le 126*, à droite par une ligne de tranchées-abris gardée par le 119* et le 120*. — Cependant, le régiment souffre beaucoup d'un feu très-vif d'artillerie, dont il n'est pourtant pas ébranlé. Le général en chef, et, plus tard, le gouverneur de Paris, viennent eux-mêmes, au milieu du feu, le féliciter pour cette résistance si vigoureuse et si résolue de huit heures consécutives, qui nous assure enfin la possession définitive des pentes de Villiers et du plateau jusqu'au parc, mais ce n'était pas sans de grandes pertes. Vers trois heures de l'aprèsmidi, le régiment est relevé par des troupes de la division Bellemare et vient reprendre son bivouac en arrière du remblai du chemin de fer.
Le matin, le bataillon du 126*, qui, sur la gauche, gardait Petit- Bry ayant été surpris à la pointe du jour, et refoulé par l'ennemi, le colonel Jourdain s'était porté de ce côté avec une compagnie du l*' bataillon et avait concouru à chasser l'ennemi du village en môme temps que la brigade Daudel y pénétrait. Une cinquantaine de prisonniers faits par cette compagnie avait été envoyée
au quartier général. Mais elle-même avait failli être enlevée par un retour offensif de Tennemi, et n'avait dû son salut qtiV; Téncrgic des chefs et à la vigueur des hommes. Vers la droite, le régiment étant par inversion, on avait pris dans le 3« bataillon les compagnies de droite pour les placer en soutien derrière une batterie de 12 couverte par un épaulement élevé à la hûte.
Les compagnies avaient été pendant plusieurs heures, sans en étro ébranlées, exposées à un feu très-vif, qui leur avait fait éprouver dos pertes sensibles; c*est là que M. le capitaine de B3on avait été tué en maintenant par son énergie ses hommes sous un feu écrasant.
Extrait da Journal des marchei et opérations dn i26« régiment d'iniànterie pendant le siège de Paris (2 dècemlire 1870).
COMBAT DB BRT-S/-1IA1IMS.
A sept heures du matin, deux bataillons saxons, au dire des prisonniers, appartenant au 108«; pénètrent dans le village de Bry-s/'-Marne, venant de Noisy-le-Grand. Ils enlèvent une escouade de la compagnie de grand'garde du 107« de ligne, char» gée de veiller à rentrée du village. Cette escouade était occupée à réparer les créneaux d'une barricade. Un sergent parvient à s'échapper et à donner l'alarme, mais pas assez vite pour empêcher la compagnie tout entière du 107* d'être prise.
Les Saxons occupent cette barricade ainsi que les maisons en avant, jusqu'à la moitié du village ; l'autre moitié était occupée par un bataillon du 108* de ligne. Une partie des Saxons traverse les jardins donnant sur les pentes qui montent à Villiers et s'embusquent derrière les haies ou clôtures de ces jardins ; l'autre s'empare des maisons et occupe les fenêtres qu£ donnent sur ces jardins. Alors commence une fusillade terrible accompagnée des cris de hurrah I hurrah f qui portent la mort et le désordre dans les rangs de la gauche du l*' bataillon (!■* et t«) pincée à 400 mètres de ces jardins. Le commandant Cillant arrive aussitôt sur ce point, mais une balle l'atteint en pleine poitrine, an moment où il allait donner des ordres.
Les hommes occupés à faire le café ou à moitié endormis autour des feux, surpris par cette brusque attaque, s*élanceut aux faisceaux et font face à rennemi. Ils tuent quelques Saxons qui ont dépassé les haies des jardins et sont au milieu d*eux. Mais un grand nombre de nos soldats, n'écoutant pas la voix de leurs officiers, se replient en désordre.
La 1** compagnie , capitaine Montarsolo , se déploie en tirailleurs derrière les arbres fruitiers, les sillons de vigne et empêche les Saxons de franchir les haies. Un feu meurtrier de tirailleurs s'engage pendant près de trois heures; on se fusille à bout portant jusqu'au moment où deux pièces d'artillerie viennent chasser Fennemi d'une grosse maison, des fenêtres de laquelle il nous faisait beaucoup de mal. Quelques instants auparavant, le lieutenant Thévenin , de la môme compagnie , prenant quelques hommes avec lui, avait pénétré dans une maison située sur le bord du village et y avait fait trois prisonniers. Par cette maison on pouvait pénétrer dans Bry.
Cependant Tordre se rétablissait, les hommes étaient ramenés en avant par leurs officiers sous un feu des plus meurtriers. Le capitaine -adjudant-major Fellens tombe mortellement blessé à la cuisse en ramenant des fuyards. Le sous-lieutenant Dénié, de la 8* compagnie, est aussi mortellement blessé et succombe quelques instants après. Il amenait une section de sa compagnie pour renforcer la 1'* compagnie.
Le capitaine Gâté, de la 6* compagnie, est blessé légèrement en se portant sur le point menacé avec des hommes de toutes les compagnies qu'il a pu recueillir.
En arrière et sur la droite, les fractions des 8*, 4% 5* et 6* compagnies appuient la défense. Le sous- lieutenant Favié, de la 5* compagnie, est tué par une balle dans la tête au moment où il venait de porter sa section en ligne ; le capitaine de la compagnie, M. Foussadier, reçoit au môme instant une légère contusion au moment où il réorganisait ses hommes.
Le commandement du bataillon revenait alors au plus ancien capitaine, M. Gathelain; mais la dispersion complète des compagnies rendait ce commandement très-difiicile, sinon impossible.
La â« compagnie, dispersée aussi dès le début, est ramenée peu de temps après avec des hommes de différentes compagnies et môme des 107* et 108* de ligne. Le lieutenant Clément de cette compagnie se porte en avant avec une portion afin d'arriver à l'entrée du village, mais il se heurte contre une compagnie saxonne embusquée dans un fossé. Au môme instant il reçoit deux blessures, dont Tune assez grave. Il est obligé de se replier avec ses hommes et lui-même est forcé de quitter le combat. Le
capitaine Broailhet de cette compagnie avait, pendant ce temps, pénétré dans le village avec une quinzaine d'hommes environ, s'était emparé de plusieurs maisons dans lesquelles quelqueB Saxons furent surpris, et enfm, sous le feu de la barricade, avait forcé un poste de 10 Saxons à mettre bas les armes. De ce poste où il s'établit solidement, il cherche à prendre la barricade à revers. Déjà quelques maisons sont occupées et quelques prisonniers sont encore faits ; mais on arrive à une habitation aux murs épais qu'on ne peut franchir, faute d'outils. La barricade ne put être tournée, mais ses défenseurs, inquiétés par le feu des maisons à leur droite, ralentissent le leur.
Ainsi, par leur ténacité, les officiers du l*' bataillon empêchent l'ennemi de s'emparer de Bry, par où il aurait pu nous tourner, et l'obligent à porter ses efforts vers la partie qui s'étend entre Bry et Villiers, combinant ses attaques avec les troupes prussiennes placées dans le paro de ce dernier village. I^ ils rencontraient la première ligne et les deux autres bataillons du régiment.
Vers 3 heures et demie, le feu ayant complètement cessé du côté de Bry, le bataillon se rallie de son mieux, et, après un court arrêt dans le village où il y a quelques hommes blessés par des obus, il est ramené au campement de la veille par le commandant Méda du 2* bataillon, blessé légèrement dès le matin.
Les pertes du bataillon dans cette journée s'élèvent à 8 officiers tués, 8 blessés, dont un; M. Fellens, ne survécut que quelques jours à ses blessures, ^es pertes de la troupe : 1 hommes tués, 50 blessés, 19 disparus. Sur ce chiffre, 5 tués, 27 blessés appartiennent à la l'* compagnie.
Le 2« bataillon, aux cris répétés de hurrah I hurrah ! se jette sur les faisceaux et exécute un changement de front à gauche, de manière à faire face au cimetière de Bry. M. Méda, chef de ce bataillon, reçoit dès ce moment une légère blessure à la main et il laisse le commandement du bataillon au plus ancien capitaine, M. Rouillet.
Les 4«, 6* et 6* compagnies entrent de suite, conduites par le lieutenant-colonel Neltner, dans l'intérieur du parc de Bry, et occupent tous les créneaux du mur d'enceinte.
Pendant ce temps, sur l'ordre du général Courty, la i*^ compagnie se porte, par un changement de direction à droite, face à Villiers et à 800 mètres en arrière de la crête du plateau, pour servir de soutien à la première ligne déjà engagée. Tout à coup cette ligne faiblit; la l** compagnie se porte alors en avant et se place derrière un talus à 150 mètres environ des tirailleurs saxons. Le feu s'engage avec une grande violence.
Le parc de Bry ne semblant pas devoir être attaqné, les 5« et 6* compagnies sortent de l'enclos pour se placer contre le mur du cimetière.
Après les premiers coups des deux pièces de canon qui venaient d'arriver, les 2«, 8«, 5« et 6« compagnies reçoivent Tordre du lieutenant-colonel de monter sur le plateau et de se tenir en soutien derrière la première ligne à la gauche de la l*" compagnie. C'est à ce moment que le lieutenant-colonel Neltner reçut au bras droit la blessure qui a nécessité l'amputation et occasionné sa mort. Bientôt le mouvement de retraite un peu désordonné de la première ligne entraîne un certain nombre d'hommes sourds à la voix de leurs officiers. Le capitaine Rouillet est alors blessé grièvement à la hanche, par un éclat d'obus, au moment où il cherchait è rallier les fuyards.
Des fractions de compagnies restées à leur poste, gravissent alors les dernières pentes du plateau, dans la direction do Villiers et ouvrent leur feu en s'abritani dans la cavité du sentier parallèle à la Marne, qui était déjà occupé en partie par la 1" compagnie. Le capitaine Ribor de la 6* compagnie eut à ce moment le cou traversé par une balle, pendant qu'il s'efforçait de rétablir l'ordre dans ses rangs.
Bientôt on entend fa sonnerie Cessez le feu et on aperçoit le peloton saxon déployé en tirailleurs devant notre ligne, sortir de ses abris, lever la crosse en l'air et déposer les armes à terre, semblant ainsi vouloir se rendre. Trompé par cette ruse déloyale, le lieutenant Orange de la 1" compagnie s'avance avec quelques hommes pour parlementer, mais il est aussitôt entouré et fait prisonnier. Le feu recommence. Le sous-lieutenant Ciavaldini de la môme compagnie, ignorant la disparition de M. Orange qu'il croit avoir regagné la tranchée, fait abriter de nouveau ses hommes qui continuent à tirer.
Vingt minutes après, on entend de nouveau la sonnerie Cessez le feu; la même scène se renouvelle, et, arrivés à vingt pas, les Saxons font feu sur nos troupes, qui oublient trop facilement que chez nos ennemis actuels l'observation des lois de la guerre est toujours subordonnée à la certitude du succès.
Des colonnes profondes accouraient en effet à leur secours, venant du bas du coteau dans la direction de Noisy-le-Grand, e* arrivaient déjà à leur hauteur. Une balle atteint alors le souslieutenant Ciavaldini et le blesse à l'épaule. Tout le monde aussitôt se hâte de reprendre son poste de combat et la fusillade devient plus furieuse que jamais. L'officier supérieur saxon, qui s'avançait à la tête de ces colonnes, est renversé de cheval et ce fou acharné de mousqueterie force Tennemi à se replier. La 2«
compagnie, cm momeinf snrpriBe par la reprise de la fusillade, revient aa poste qu'elle avait abandonné un instant.
Vers 8 heures, la 4* compagnie qui ne s'était pas aperçne de la sortie des 5« et '6* compagnies, vient aussi prendre place à la gauche du d« bataillon; par ordre du lieutenant- colonel elle s'était déployée en tirailleurs sur les dernières pentes de la colline, une fraction de la 5* compagnie se plaçant en potence sur sa gauche. Mais après les premiers coups de feu une attaque très-violente se déclara sur la gauche; prenant ainsi de flanc les tirailleurs, qui sont aussitôt dirigés face à la nouvelle direction d'attaque. A l'arrivée des deux pièces d'artillerie qui viennent s'établir derrière elle, la compagnie tourne le cimetière et traverse Bry du nord au sud. Dans ce mouvement quelques fractions détachées de la compagnie font 16 prisonniers. La compagnie rejoint ainsi le reste du bataillon sur le plateau.
Là le feu continuait avec intensité. Les 2* et 3^ bataillons soutenaient l'effort de la lutte sans être appuyés par Tartillerie qui n'aiTiva que dans l'après-midi. Les compagnies du bataillon rentrèrent isolément au campement de l'avant-veille après avoir été relevées par les troupes de la division Bellemare.
Le 2* bataillon eut 4 officiers blessés, 7 hommes tués, 83 blessés, 36 disparus et un officier prisonnier.
Après avoir, sur les ordres du général Gourty, laissé les 5* et 6* compagnies dans le chemin creux, comme soutien de la première ligne^ le 3* bataillon se porte en avant et se rapproche aussi du point d'attaque. Le bataillon placé la veille par inversion profite de ce mouvement pour se replacer dans Tordre direct.
Arrivé à quelques distances du 2* bataillon qui venait d'exécuter son changement de front à gauche, le 3* bataillon s'arrête, sauf la 4* compagnie, qui, entraînée par le capitaine Perrin, se précipite au secours de la première ligne et se déploie ensuite en tirailleurs. Cette compagnie, toujours maintenue par ses officiers et entre autres par M. Perrin qui ramène lui-môme au combat une quantité de fuyai*ds, resta engagée toute la journée, entretenant toujours un feu nourri contre l'ennemi. Ce n'est que vers 4 heures, quand elle eut perdu son brave capitaine frappé d'une balle en pleine poitrine, qu'elle battit en retraile.
Le régiment venait à ce moment d'ôtre relevé par la division Bellemare.
Les 5* et 6* compagnies, sous les ordres du capitaine Vaganay, restèrent dans le chemin creux jusqu'à 9 heures du matin, y recevant quelques balles ; M. Vaganay y fut môme blés légèrement à l'épaule.
Vers 9 heures, les compagnies de la première ligne venant à
faiblir, ces deux compagnies se portent en avant et les i au combat. A partir de ce moment ces con^Mignies sont engagées jusqu'à 4 heures du soir el parviennent, grâce à leur feu, à repousser Tennemi et k conserver leurs positions. Pendant la journée une légère conversion à droite avait placé les 5* et 6« compagnies face à Villiers et à peu de distance du village. C'est alors que, placée dans cette position, la 6< compagnie dut envoyer un caporal chercher des munitions dont ou commençait à manquer.
Vers S heures, ces compagnies auraient dû être relevées, mais aucune troupe ne vint ; aussi vers 4 heures, le capitaine Vaganay voyant la position devenir très-dangereuse, par suite de l'établissement d'une batterie française à peu de distance, se trouvant du reste réduit à Tinaction, fit porter ses deux compagnies en arrière. Il rencontra à peu de distance le capitaine adjudantmajor Delisle à la recherche des débris du régiment.
Les 1'*, 2* et 3* compagnies du 3* bataillon restèrent environ 3 heures et demie dans la position indiquée ci-dessus, recevant de nombreux projectiles qui leur blessèrent plusieurs hommes.
Ce n'est que vers il heures que ces trois compagnies se portèrent au secours de la première ligne qui faiblissait. Les compagnies sont déployées en tirailleurs ; elles exécutent bientôt un changement de front à droite pour faire face à Villiers et restent ainsi placées jusqu'à 3 heures. C'est alors que ces compagnies sont relevées isolément et se rendent aussi isolément sur remplacement occupé déjà par quelques compagnies du 2« bataillon.
Les compagnies du 3* bataillon avaient été ainsi presque toute la journée engagées séparément; c'est oe qui explique les difficultés d'un rassemblement général. Quelques compagnies ne rentrèrent même que très-tard au camp : ainsi la 3* compagnie, sur de fausses indications, avait passé la Marne à Bry et dut aller reprendre le pont de bateaux à Nogent pour rejoindre le corps.
Le 3* bataillon avait perdu : 1 officier tué, 2 blessés ; 7 hommes tués, 56 blessés et 4 disparus.
Le régiment avait perdu en tout : 5 officiers tués, 9 blessés, dont un, M. Neltner, mourut des suites de sa blessure un moi^ après; 21 hommes tués, 189 blessés et 69 disparus.
Extrait de lliistoriqae de l'artillerie dn 3* corps et de la 2« armée (i^ et 2 décembre 1870).
Le matin du 1* décembre, la division de Bellemare ayant reçu l'ordre de reprendre sur la rive droite de la Marne les positions qu*elle y avait occupées la veille, Tartillerie, qui Tavait accompagnée, suivit son mouvement en se tenant prête à la protéger, s*il était nécessaire, et repassa les ponts ; ses trois batteries et sa réserve divisionnaire se placèrent à gaucbe de la route de Neuilly.
La 3« batterie du 10« alla relever à Neuilly la section de la 8« batterie du 22«; la 4« batterie du !(>• prit position pour protéger le pont de Petit-Bry et tirer sur les maisons du village.
Toutes les autres batteries établies sur la rive droite de la Marne conservèrent les positions qu'elles avaient la veille, complétant les épaulements déjà commencés de façon à mettre à l'abri du feu les servants et les pièces.
Les deux travées des ponts, du côté de la rive gaucbe, avaient été repliées après le passage des troupes du 3* corps.
La partie attelée du parc était venue dans la matinée s'établir au rond-point de Plaisance où les batteries et les réserves complétèrent leurs approvisiionnements.
La disposition des lieux, les mouvements des troupes qui avaient été observés, l'intérêt qu'avait Tennemi à rompre les ponts, tout faisait prévoir que dans la journée du 2 décembre les Prussiens chercberaient à se rendre màttres des positions de la rive gaucbe de la Marne d'où ils pourraient inquiéter les passages et menacer en même temps le flanc gauche du i^' et du 2« corps engagés sur la crête du plateau.
Pour s'opposer à ce double projet de l'ennemi, et l'obliger à détourner son feu, toutes les batteries furent établies sur les hauteurs qui dominent la rive droite de la Marne : chaque pièce futlégèrement enterrée et couverte par un petit épaulement qui protégeait aussi les servants; les avant-trains et les caissons étaient généralement masqués aux vues de l'ennemi.
Les huit batteries de IS étaient disposées de la manière suivante : A l'extrême droite, dans le village du Perreux, la 6« batterie du 21 «, puis la 2« du !• et la 10* du 22* sous les ordres du commandant David ; venaient ensuite, à la sortie du village, la S* batterie du22«, la 12* du 3« et la 8« du 22*, sous les ordres da
commandant Foncin ; enfin, un peu en amont des ponts la 11« batterie de Tartillerie de marine, et sur la route de Neuilly la 1 1< batterie du 21 «, sous les ordres du comnMndant Babinet.
De ces huit batteries, les six premières occupaient des positions dominantes qui leur permettaient de battre toute la plaine qui s'étend de la Marne au pied des hauteurs, et tout le versant par lequel Tennemi devait nécessairement s'avancer pour chercher à tourner la gauche des l*' et S« corps.
La 20« batterie du 14«, du calibre 4, restait en réserve au rondpoint de Plaisance.
À trois reprises Tennemi, débouchant de Noisy-le-6rand, essaya de s'emparer du versant dont nous avons parlé, et de venir s'établir dans le village de Bry pour inquiéter les approches du pont, mais chaque fois qu'il tenta une attaque sérieuse, nos batteries qui tiraient à des distances bien connues, variant de 1,200 à 2,800 mètres, couvraient de projectiles ses colonnes qui ne tardaient pas à se disperser.
Une forte batterie prussienne avait été établie à l'extrémité du parc de Noisy, pour s'opposer à notre feu et tirer sur nos ponts ; mais chaqpie fois qu'elle a ouvert son feu, elle a été couverte par nos projectiles et combattue très-eHicacement par les batteries du commandant Babinet qui prenaient les Faussions d'écharpe.
Les batteries des capitaines Lesage, Vaucheret, Vabre et Mignon surveillaient en môme temps les hauteurs de Villiers et prêtaient un appui très-efficace à nos troupes, qui agissaient de ce côté.
En résumé, l'action des batteries de 12 du 3* corps a paralysé toutes les tentatives que les Pimssiens ont faites et a certainement empoché le désastre qui aurait pu résulter de la rupture des ponts, si l'ennemi était parvenu à se rendre maître de la rive gauche de la Marne.
Ces batteries, établies dans de très-bonnes conditions, et n'ayant pas réussi d'ailleurs à attirer sérieusement sur elles le feu de l'ennemi, n'ont éprouvé que des pertes minimes ; deux hommes seulement ont été blessés par des éclats d'obus.
La batterie de canons à balles de la 2« division, S* du 11« occupait sur les hauteurs du Perreux la même position que l'avant-veille à la droite des batteries de réserve ; elle a par son feu bien ménagé et bien dirigé, puissamment contribué à arrêter la marche des colonnes prussiennes.
La 3« batterie du 10* était restée à la disposition de M. le colonel Reille chargé d'occuper et de défendre, avec un groupe do mobiles, le village de Neuilly, et de surveiller l'écluse et le canal.
La 4* batterie du 10* a franchi la Marne au pont de Bry, et elle a soutenu très-efficacement la brigade Daudel qui, attaquée dans ses retranchements près de Bry, a pu reprendre ses positions, un instant abandonnées, en faisant éprouver à Tennemi des pertes sensibles. M. Baudoin, capitaine en second de la 4* batte- ^rie du 10*, eut son cheval tué sous lui dans cet engagement.
L'artillerie aux ordres du commandant Tardif de Moidrey partit de Plaisance vers huit heures du matin, pour appuyer le mouvement de la division de Bellemare, qui avait reçu Tordre d'aller soutenir la gauche du 2« corps en passant par Nogent et les ponts de Jolnville ; elle suivit la route n^ 46, passa sous le viaduc du chemin de fer de Mulhouse, se forma en batterie avec sa division à midi en arrière du chemin qui conduit de Champigny à Bry ; la batterie de mitrailleuses, 15« du 11« au centre; la i6« batterie du 2« à droite avec la l'« brigade ; à gauche la 16* du 10« avec la 2* brigade. La réserve divisionnaire de munitions d'infanterie avait été laissée un peu en arrière au centre de la ligne.
A une heure, le commandant Tardif reçut Tordre de se porter en avant au trot, et de se mettre en batterie sur les hauteurs entre Bry et Villiers. Des batteries de la réserve générale occu- .paient déjà une partie des crêtes.
Le commandant Tardif établit ses trois batteries à la gauche de celles-ci, un peu en arrière des crêtes, de manière à les couvrir des feux des batteries que les Prussiens avaient en position à 800 mètres de là environ, et un peu en avant de Villiers.
Un peu plus tard, Tennemi ayant démasqué d'autres batteries du côté de Cœuilly, vers le point marqué i06 sur la carte de Tétat-major, et près de la station du chemin de fer de Mulhouse, les batteries exposées aux feux croisés de ces différentes pièces modifièrent un peu leur position, de manière à pouvoir résister convenablement en se couvrant le mieux possible.
Vers 8 heures et demie. Tordre leur fut donné de cesser le feu, et les batteries des Allemands se turent aussitôt.
Dans cet engagement, 2 officiers furent grièvement blessés : le capitaine en l*' Malfroy de la 16* du 2«, et le sous-lieutenant Delporte de la 16* du 10*; les sous -lieutenants de Roujoux de la 15* du 11*, et Brongniardde la 16* du 10* furent contusionnés; il y eut en outre 1 homme tué, 23 blessés et 26 chevaux tués ; le matériel eut un peu è souffrir, mais aucune partie n'en fut laissée sur le champ de bataille.
En moins de deux heures, les batteries avaient tiré 1,311 coups; elles se retirèrent d'abord près de la fourche de Ghampigny, où M. le général Ducrotleur donna directement Tordre de se rendre
au campement qu'elles occupaient la veille près de Plaisance» bien que l'infanterie de la division de Bellemare restât sur la rive gauche de la Mai*ne.
Pendant toute la journée, le parc s'est tenu au rond-point de Plaisance, où les batteries sont venues se réapprovisionner.
Tous les servants des batteries en position passèrent la nuit près de leurs pièces.
D'après les ordres du général en chef, les troupes de la 2« armée qui avaient eu généralement beaucoup à souffrir du feu de l'ennemi, de l'abaissement de la température, des fatigues de tout genre, durent abandonner les positions conquises, et reprendre leurs cantonnements.
Les batteries du B* corps conservèrent pendant la journée les positions qu'elles occupaient la veille sur les hauteurs du Perreux et entre ce village et Neuilly, et d'où elles pouvaient très-bien suivre le mouvement de retraite de nos troupes et les protéger en couvrant de projectiles les colonnes ennemies qui auraient essayé de s*y opposer.
Aux huit batteries de 12» qui étaient à la disposition du général commandant l'artillerie du 8* corps, vint s'ajouter, d'après les ordres du général en chef de l'armée, une batterie de 8 appartenant à la réserve générale, la 6* du 22*, commandée par le capitaine Bajau, qui prit position dans un jardin, à la gauche de la 2* batterie du 1:
La 4« batterie du 10« repassa la Marne et se plaça à côté de la 8« batterie du 4*.
Cependant le village de Noisy-le-Grand était fortement occupé par les Allemands, qui s'y étaient barricadés, et y avaient établi plusieurs batteries ; mais ces batteries n'ont pas fait feu.
Dès qu'un rassemblement de troupes était signalé dans le village, le tir de quelques obus sufQsait pour le disperser.
Les deux ponts de bateaux qui avaient été jetés sur la Marne dans le coude formé par cette rivière, entre le Perreux et Neuilly, étaient repliés et le matériel placé sur les baquets, à 2 heures de l'après-midi; le capitaine Saint-Rémy, commandant l'équipage, reçut l'ordre de rentrer à Vincennes pour attendre de nouvelle^ instructions du général en chef; il cessait d'être à la disposition du 3* corps.
Le groupe de gardes mobiles qui occupait Neuilly quitta cette position, ainsi que la 3* batterie du iO*; leur retraite se fit sans coup férir; elle aurait été protégée, s'il avait été nécessaire, par la 11* batterie du 21* établie sur la route de Strasbourg, par la 20» batterie du 11*, laissée en réserve au rond-point de Plai-
sance, par les trois batteries da commandant Tardif placées près de la raffinerie.
La division Mattat vint prendre position sur les hauteurs perpendiculaires à la route de Strasbourg, eu avant du village du Ferreux; les batteries qui avaient été disposées près de ces ponts suivirent son mouvement.
Lorsque la division de Bellemare eut opéré sa retraite, les quatre batteries de la réserve générale de Farmée, 6«, 8« et IOf du 22«, et 11* de Tartillerie de marine, qui avaient été mises à la disposition du 8« corps, rentrèrent au fort de Vincennes; elles cessèrent d'Ôtre sous les ordres du général Princeteau.
Les six batteries composant la réserve normale du 8* corps établirent leurs cantonnements derrière le fort de Nogent.
Le parc alla au camp de Saint-Maur; les batteries et réserves divisionnaires s'installèrent avec leurs divisions respectives dans les villages de Plaisance et du Perreux.
Extrait de l'historiée du I07« de ligne.
COMBAT DU 2 DiCBlIBRB.
Le 2 décembre, à la pointe du jour, Tennemi, arrivant par la route de Noisy-le-Grand à Bry, attaque vivement la gauche; d'uu premier élan, il enlève un poste du 108*' placé dans la pépinière, et, presque en entier, la 5* et la 6* compagnie du S* bataillon du 107«; il gravit les pentes du plateau à travers les vignes et gagne rapidement du terrain; mais les trois compagnies de ce bataillon restées en réserve, conduites avec vigueur par le commandant Du Hanlay, arrêtent ses progrès : un violent combat de mousqpieterie s'engage; pendant deux heures, Tennemi arrêté ne veut pas reculer; enfin, son mouvement de retraite est décidé par l'arrivée de deux pièces d'artillerie que le lieutenant-colonel met lui-même en position, et qui envoient des obus sur les premières maisons de Bry et sur la route de Noisy-le-Grand, où sa tr< uvent les réserves. Pendant ce temps le 2* bataillon, laissant le 3« accomplir seul sa rude tâche , est resté en position faisant face à Villiers; quoique un assez grand nombre d'hommes et plu-
sieurs officiers aient été blessés par le feu de Tennemi qui les prend à revers, chacun est resté à son poste, soit dans les tranchées préparées de la veille, soit dans le pli de terrain dont nous avons parlé plus haut. C'est que Villiere est le point à surveiller» c*csl do là que doit venir le danger le plus grand.
I /attaque de gauche a cessé seulement depuis quelques minutes, lorsque l'attaque de front commence : ici l'ennemi est plus nombreux ; mais nous sommes prêts à le recevoir : c'est d'abord une ligne de tirailleurs, puis une ligne de bataillons déployés, et enfin des réserves également déployées. Tout vient se briser contre la grêle de balles parties de nos tranchées* Cependant par ' un dernier effort, les Prussiens sont arrivés à quinze pas de notre ligne, et là, ils lèvent la crosse en l'air, mais nous ne sommes pas dupes celte fois de cette manœuvre déloyale qu'ils ont déjà employée à l'attaque du matin; son seul effet est de faire redoubler de notre côté l'intensité du feu. L'ennemi, décidément rompu, se retire précipitamment et en désordre sur Villiers.
A midi, tout est terminé; l'ennemi envoie seulement de loin quelques obus.
Extrait de rhlatorique du I08« de ligne.
COMBAT DU 2 DÉGEUBRB 1870.
Le 2 au matin, à l'aube, les Allemands attaquèrent vigoureusement nos positions. La 5« (compagnie Musset) fut débordée dès le début du combat par des masses sortant de toutes les issues du grand parc Devinck, que l'on n'avait pu occuper faute de monde, et dont on avait seulement barricadé les sorties principales.
Cette compagnie se défendit énergiqpiement; mais malheureusement le capitaine Musset et son lieutenant M. Garost, le sergent-major et une trentaine d'hommes furent enlevés.
Le fourrier Girardot et un cei*tain nombre d'hommes furent fués. Le sergent Decker de cette compagnie continua la défense dt.'S premières maisons envahies, et le caporal Choisnet, à qui était confiée la défense d'une deuxième barricade située plus en
arrière dans la grande rue, contribua efficAcement par son attitude ferme et son sang-froid, à arrêter les progrès de Tennemi.
La résistance du caporal Ghoisnet est appuyée par les compagnies de gauche du 2* bataillon (commandant Rouillé) ; la 4« (compagnie Bonetti), placée dans la petite rue, accueille l'ennemi au moment où il débouche dans cette voie par un feu bien dirigé qui blessa le chef de la colonne, tua son aide de camp et fit reculer les assaillants.
Néanmoins, grâce à cette pointe audacieuse, les Allemands piK rent s'emparer des maisons de la rue située au nord du village. Sur le plateau le combat ne fut pas moins vif dès le début de l'action. Le bataillon du 41« qui avait été renforcé dès ce moment par la 2« compagnie du 3* bataillon ( compagnie de Peretti de la Rocca), et qui eut à supporter le principal choc, soutint vaillamment la lutte. Vers 11 heures sa situation devint très-difficile et il était à craindre qu'il ne pût se maintenir sur la hauteur grâce au désordre que jetaient dans ses rangs de nombreux obus tirés par une batterie ennemie établie du côté de Noisy-le-6rand. Un seul de ces projectiles, en éclatant au milieu de la 3* compagnie (compagnie Mauriès), blessa mortellement le capitaine Mauriès, et très-grièvement le sous -lieutenant Romary, ainsi qu'une dixaine d'hommes. Mais la ligne se reforma peu de temps après, et le feu reprit avec beaucoup de vigueur.
Vers une heure le feu cessa des deux côtés. Un bataillon de chasseurs wurtembergeois s'était avancé vers nous en levant la crosse en l'air; on le laissa approcher jusqu'à environ 150 mètres» supposant qu'il venait se rendre ; après avoir échangé quelques pourparlers à la suite desquels on put se convaincre que î'enBemi comptait au contraire nous faire mettre bas les armes, la fusillade recommença plus terrible que jamais, et il y eut un instant de confusion difficile à décrire. Le bataillon recula d'abord, mais il reprit bientôt l'offensive et s'avança à plus de 200 mètres, ayant à gravir une pente assez roide et sous un feu plongeant très-meurtrier. Un court engagement à la baïonnette s'ensuivit i|U sommet de la crôte dont l'ennemi fut entièrement délogé. Ce fut dans cette lutte pour ainsi dire corps à corps que M. le capitaine ad^judant-migor Lesaulnier et le lieutenant Labayle, furent tués à bout portant
DEFENSE DE PARIS. 3i3
Extrait du Journal d'un soldat du I08*.
Quel réveil !
A Taube , des hurrahs et les crépitations de la iùsillade. Le ▼illfige est envahi. Notre compagnie de grand*garde est entièrement détruite.
L'ennemi occupe nos maisons , retourne contre nous nos barricades; il parvient jusqu'à cent mètres de la place centrale. Chacun court aux armes et descend dans la rue sous une grêle de balles.
Comment avons-nous pu nous laisser surprendre ? Les Prussiens sont descendus de Noisy-le-Grand, en masse, par la grande route. M. Du Uanlay, commandant un des bataillons du lOl*, de grand*garde sur le plateau, les a aperçus, déjà tout près de B17, aux premières lueurs du jour. Il voyait en môme temps notre sentinelle se promener sur la barricade, ne donnant pas le sigual d*alarme.
Quelques instants après la fusillade éclatait. L'attaque commençait à la fois sur tous les points. De Noisy et de Villiers sortaient des colonnes prussiennes. Nous entendions leurs hurrahs sur le plateau pendant que nous combattions dans les rues du village.
C'est une question de vie ou de mort ; il faut tenir. Les maisons occupées par les envahisseurs sont reprises l'une après l'autre. De l'autre côté de la Marne, l'artillerie couvre de mitraille tous les renforts qui essaient de descendre de Noisy.
Après deux heures de lutte, nous n'avons plus rien à craindre sur notre gauche.
Mais l'ennemi est mettre du plateau dont nous conservons à grand'peine les crêtes . Le général Daudel y envoie deux pièces d'artillerie mises à la disposition de sa brigade. Au bout d'une demi-heure, ces pièces sont démontées et sont forcées de chercher une position moins dangereuse. L'infanterie commence à faiblir. Des fuyards descendent par le chemin creux qui passe devant l'église.
A deux reprises, je demande au colonel l'autorisation de quitter la terrasse où j'étais placé et de monter là-haut. Après un premier refus , « Allez 1 > finit-il par me dire. Nous partons, MM. Sauzède, Georges Potier, Le Barbier de Tinan, Claude Jattiot, Rosey et moi. Nous gravissons le chemin creux qui
conduit aa plateaa de Villiers, nous traversons an grand parc crénelé, puis nous voilà dans les vignes. *
Grand Dieu 1 quelle fusillade I Les balles viennent surtout en écharpe, de la direction de Noisy. Notre première ligne est au bout du plateau, à demi masquée par le talus d*un chemin et par de gros arbres On a travaillé la nuit à creuser quelques fossés.
Devant nous s'étend le plateau de Yilliers. Le chemin au sommet duquel nous nous tenons continue tout droit jusqu'au parc du terrible château placé en avant du village.
Au bout de quelques instants, deux de mes compagnons sont blessés ; M. Sauzède a le bras et le côté traversés par une balle, M. Georges Potier est frappé au genou.
Des chasseurs saxons ou wurtembergeois, au costume sombre, — shako droit, verni , avec une plume noire — nous abordent, couronnent même notre talus ; ils sont repoussés.
Le reste de la journée se passe à entendre siffler des balles et à tirer des coups de fusil. Mon chassepot se trouva bientôt hors de service : la graisse, la fumée et les débris brûlés des cartouches avaient rétréci l'entrée du canon qui réclamait un nettoyage complet. Le moment n'était pas convenable pour cette opération : je trouvai heureusement à peu de distance un fusil abandonné; ce n'est pas ce qui manque sur un champ de bataille.
Les assaillants se masquaient, un peu vers notre gauche, & moins de 150 mètres, derrière un verger d'où ils essayaient de déboucher. Leurs officiers se mettaient à leur tête et chen^aient à les entraîner. Mais ils ne réussissaient pas à les emmener bien loin sous notre feu.
J'étais d'abord tombé dans un groupe de soldats appartenant à plusieurs corps, le 126^ le 107«, le 108«. C'étaient des hommes de bonne volonté , ramassés un peu partout derrière les murs crénelés qui formaient notre seconde ligne, chaque fois qu*à un moment critique on avait dû sonner la charge. Je finis par rallier une compagnie du 108*, la 4« du S* bataillon, gardant la crête à droite du chemin. Elle était commandée par M. le capitaine Tinès et par M. le lieutenant Voirhaye.
Tout à coup un groupe de cavaliers arrive à nous ; il s*arrôte devant notre compagnie. Il y a deux généraux, deux officiers d'ordonnance, deux simples cavaliers. < Bravo le 108* I s'écrie le « général qui est à la tête de ce petit groupe , ils croyaient nous « surprendre ; c'est nous qui les avons battus. J'arrive de Cham- ■ P^S^Yf j'a^ trouvé là deux vieux régiments (So*, 42*). Ils tenaient » comme des teignes, nom de D. . . ! >
Et chacun de nous de crier de toute la force de nos poumons : c Vive la France ! Vive le général I >
Oui, vive le général, dont nous ne savions môme pas le nom ; vive un. général quelconque, portant l'uniforme français, immobile sous les balles, trouvant le temps de s'arrêter avec nous pour nous parler de victoire, et pour nous encourager dans notre résistance. Nous avons su depuis que c'était le général Trochu; il nous Ta appris lui-même dans une dépêche officielle datée du pla* teau entre Champigny et Villiers, à une heure un quart de l'aprèsmidi.
c Parcourant nos lignes de tirailleurs, disait-il, de Champigny « jusqu'à Bry, j'ai recueilli l'honneur et l'indicible joie des acolac mations des troupes soumises au feu le plus violent. »
Deux heures après, la fusillade se ralentit ; elle cessa bientôt tout à fait. Je redescendis au village : il était près de quatre heures de l'après-midi ; je ne pouvais le croire : j'aurais juré qu'il était à peine onze heures du matin.
Les batteries de Yilliera nous envoyèrent comme dernier adieu une pluie d'obus. Jusque-là, leurs projectiles étaient tombés dans la Marne ou sur la rive droite. Cette fois, les maisons de Bry furent elles-mêmes criblées.
J'accompagnai un des capitaines adjudants-majors du 108«, M. Bouffe, dans une curieuse tournée. Lors de Tinvasion du village , le matin , les ennemis s'étaient logés dans les maisons. Quelques-unes, situées sur la route de Noisy, n'avaient pas encore été fouillées. Elles étaient pleines de soldats saxons, qui ne pouvaient, en plein jour, sous le feu de nos mitrailleuses en batterie sur l'autre rive, remonter les pentes qu'ils avaient descendues. Ils attendaient la nuit pour s'enfuir. A la première sommation ils remettaient leurs armes et se constituaient prisonniers. Le 108* en récolta ainsi plus de trois cents. L'un d'eux me tendit sa carte, sur laquelle il avait écrit, en français, avant le combat, quelques mots destinés à sa famille; il annonçait la prise prochaine de Paris, et il ajoutait : « Surtout, à mon retour, « ne me traitez pas en Prussien. »
Tous les prisonniers que je vis étaient Saxons et portaient le numéro du 10> régiment.
J'ai également assisté à un incident qui a été, je crois, dénaturé par les journaux allemands, aussi bien que par les journaux français.
Dans la matinée, sur le plateau, j'ai vu arriver au pas de course, vers notre ligne, des tirailleurs ennemis précédés par un officier qui agitait son shako. En même temps la sonnerie de Cessez le feu s'est fait entendre. Sur des ordres formels la fusillade s'est arrêtée : f On ne tire pas, disait un officier à côté de moi, sur des f gens qui se rendent. » Je n'ai pas cru un seul instant à ce:to
explication, mais il a fallu obéir. Des poui*parler8 se sont engagés. Les prétendus prisonniers ont refusé de livrer leurs armes et ont prétendu prendre les nôtres. La fusillade a recommencé à bout portant, et elle a fait beaucoup de victimes.
Les Prussiens et les Français se sont accusés réciproquement de trahison. Je crois que de part et d'autre on a été de bonne foi. En ce qui nous concerne, il n'y avait certainement qu'une confiance exagérée et aucune intention perfide.
J'ai cherché à savoir, sans y parvenir, qui avait donné Tordre de sonner Cessez Je feu. Si cela a été un stratagème prussien pour franchir sans encombre l'espace découvert qui s'étendait devant nos lignes, ce serait sans aucun doute un acte de déloyauté. Mais je n'en ai pas eu la preuve, et il n'y a pas eu, comme on Ta dit à tort, soit promesse de se rendre, soit un signe quelconque annonçant cette intention. Les troupes qui nous ont ainsi abordés étaient commandées par leurs officiers; elles avaient leurs armes à la main, et elles n'ont pas mis la crosse en l'air.
Le soir nos grand' gardes furent établies à 1 ,600 mètres du village, sur la route de Noisy-le-Grand; le plateau était occupé comme la veille.
Nos pertes étaient sensibles, mais l'ardeur des troupes était extrême. Le défilé des prisonniers conduits à Paris avait mis le comble à leur enthousiasme.
ROBINBT DE GlArT,
Soldat au i08» de lignes ex-procurear dm gouvernemeDi à Alger, procureur gé néral à Lille , à Dijon, à Lyon*
Incident de la preicpille de Saint-Manr (2 décembre 1870).
Comme on a pu le voir au cours du récit, nous attachions une très-grande importance à l'armement de la presqu'île de Sainte Maur et du plateau d'Avron ; ces deux points étant destinés à appuyer les extrémités de notre ligne de bataille, nous avions voulu qu'ils fussent placés sous la direction spéciale d'hommes choisis par nous et relevant directement de notre commandement, au moins pendant l'action. Pour le plateau d'Avron, nous avions proposé au Gouverneur le contre-amiral Saissei, et pour la presqu'île Saint-Maur, le général Favé.
En ce qui concerne le premier» la mesure ne soulevait auoune difficulté, l'amiral étant déjà en possession du commandement des forts de Rosny et de Noisy ; mais il en fut autrement pour le général Favé, dont le commandement dut être constitué aux dépens de celui du général Pélissier qui commandait toute Tartillerie de la rive droite. Le général Guiod fit de sérieuses objections à la proposition du général Ducrot ; il affirma au Gouverneur que le général Pélissier serait froissé de cette combinaison, que le général commandant la 2« armée aurait bien assez de moyens d'action sans qu'il fût nécessaire de lui donner encore ceux qui se rattachaient à la défense proprement dite de l'enceinte, qu'il avait assez à faire avec ce qui était devant lui sans se préoccuper de ce qu'il laissait demère. .. Vainement le général Ducrot fit observer qu'il importait, pour assurer le succès de sa difficile entreprise, qu'il y eût unité absolue de vues et ensemble parfait dans l'emploi des moyens d'action ; que l'armement des forts de cette zone avait été augmenté, les batteries et les ouvrages de la presqu'île en partie créés ou perfectionnés en vue do l'opération; qu'il importait, en conséquence, que tous ces ouvrages fussent au moins momentanément placés sous la direction du commandant de la 2* armée, le général Guiod ne se rendit pas à ces raisons. Il en résulta une altercation des plus vives dans le cabinet du Gouveineur, qui y mit fin en déclarant que le général Favé serait chargé sous sa propre direction du commandement de la presqu'île de Saint-Maur.
Le général Ducrot ne fit aucune objection à cette solution qui lui sembla présenter toutes les garanties nécessaires pour assu« rer le concours complet et absolu du général Favé.
Un incident antérieur lui donnait le droit de compter, en effet, sur la coopération dévouée de cet officier général. Pendant que nous nous occupions encore du plan de sortie dans la direction d'Argenteuil, c'est-à-dire dans le courant du mois de novembre, le général Favé était venu trouver le général Ducrot à son quartier général de la Porte-Maillot; il lui avait exposé qu'il souffrait cruellement de l'inaction à laquelle il était condamné par suite de la suspicion où il était tenu en raison de sa situation antérieure dans la maison de TEmpereur.
Il priait le général de vouloir bien utiliser ses connaissances spéciales et sa bonne volonté.
Naturellement ces généreuses sollicitations furent accueillies comme elles méritaient de l'être, et le général Ducrot répondit au général Favé qu'il ne tarderait pas à lui confier un commandement important dans les opérations qui se préparaient.
Son intention était de le faire nommer chef d'état-migor géné-
ral de rartillerie de la 2« armée en remplacement du colonel de Miribel appelé à commander une brigade d*infanterie. Mais certaines considérations qu*il est inutile d'indiquer firent renoncer à ce dernier projet, et lorsque plus tard Topération du passage de la Marne fut décidée, le général Ducrot proposa au Gouverneur de confier au général Favé le commandement de la presqu'île de Saint-Maur.
Étant données Tentente parfaite qui existait entre le Gouverneur et son lieutenant commandant la 2« armée, et la situation particulière du général Favé vis-à-vis du général Ducrot, il était difficile de prévoir que pendant l'action même un conflit se produirait au sujet des attributions du commandant de la presqu'île de Saint-Maur, et qu'au moment le plus critique, ce dernier élè* verait la prétention d'être absolument indépendant et de n'avoir à tenir aucun compte des ordres du général commandant la 2* armée, non plus que de ceux du général Frébault, commandant rartillerie de celte armée.
C'est cependant ce qui eut lieu très-mal h eureusementi comme nous l'avons indiqué dans le courant du récit^ et comme le constatent les déclarations suivantes :
Général Frébault, commandant rartillerie de la É* armée.
Le général Favé n'était pas sous mes ordres. Il avait été nommé au commandement des ouvrages de la presqu'île de Saint- Maur et il était dans la position de ceux qui commandaient des forts ou des secteurs; il relevait donc directement du général Trochu.
Mais comme ce commandement spécial avait été créé précisément en vue des opérations de la Marne, que la presqu'île était considérée comme une position, le général Trochu ne pensait évidemment pas que si le général Ducrot ou moi nous donnions des ordres au général Favé, ces ordres ne seraient pas exécutés.
La veille de la bataille, le général Favé m'avait été adressé pour recevoir mes instructions, à titre d* explications, sur les opérations qui allaient se faire et l'appui que pourraient nous prêter les batteries de la presqu'île. Je parcourus tout le terrain avec lui et lui montrai les divers objectifs.
Lieutenant-colonel Warnst, sous^chef d^état-major général de la
2^ armée.
Le 2 décembre nous avons été attaqués. Nous avions repris nos positions à peu près, et comme les Prussiens voulaient nous
en déloger, ils avaient amené sur le plateau de Gœuilly une grande batterie qui tirait sur le 2« corps. Le général Ducrot faisait diriger sur elle le feu de ses pièces de 12 placées sur la rive gauche de la Marne, en arrière de Champigny, lorsqu'il me dit : fl Mais comment se fnit-il que les batteries de Saiut-Maur ne tirent pas ? Allez donc voir cela. >
Je paiHis de suite; je fus à la redoute Saint-Maur, demandant le général Favé; il n'y était pas. On me dit que l'ordre était de ne pas tirer.
L'adjoint de M. Ducros s'offrit à me conduire aux batteries de l'intérieur de la presqu'île ; j'acceptai et nous partîmes.
A la batterie du Réservoir ou ne tirait pas parce que les embrasures étaient dirigées sur des portions de terrain occupées par nos troupes; les pièces étaient en batterie. Quant aux batteries plus en avant, les pièces en avaient été retirées et ramenées à Saint-Maur.
Nous revînmes à la redoute de Saint-Maur et je trouvai le général Favé. Devant tous les officiers qui se trouvaient là je lui expliquai les ordres du général en chef. Le général me dit « qu'il avait ramené ses pièces en arrière pour couvrir une retraite et ne pas exposer son matériel. • Je répliquai (jue le général en chef lui demandait de soutenir de son feu les efforts qu'il faisait du côté de Champigny, et que pour cela il fallait reporter ses batteries mobiles à leur ancien emplacement, d'où elles pourraient tirer à bonne portée et d'enfilade sur la batterie de Gœuilly. Le général Favé me répondit que tel n'était pas son avis. — • L'or* dre formel du général en chef est de tirer, et j'ai l'honneur de vous le transmettre. »
Je revins au galop rendre compte de ce que j'avais vu.
Le général Favé fit faire feu de quelques pièces de la redoute Snint-Maur et ce fut tout. Ce que voyant le général Ducrot me dicta une lettre, me chargeant de la porter au général Favé et de veiller à l'exécution de ses ordres.
Après avoir remis au général Favé la lettre en question» je i*etournai à la batterie du Réservoir, qui, outre un certain nombre de pièces de 12 avait deux pièces de 24 court. La direction des embrasures nous gêna un peu, mais une des pièces pouvant être tournée, je lui fis ouvrir le feu sur la grande batterie que je pouvais prendre d'enfilade, et qui fut, au bout de quelques coups, forcée de se retirer.
Tendant ce temps, le feu avait repris de la redoute de Saint- Maur, mais une partie des obus éclatait au-dessus de Champigny, et quand je revins, j'en fis l'observation au général Favé.
Ce fut dans la nuit qui suivit cette journée que le général Du-
crot me fit appeler et me donna une lettre de service m'investissant du commandement de tonteB les troupes d'infanterie et d'artillerie de la presqu'île.
Commandant db Gossignt, 8ou&-chef détai-mtQor de FarUllene de la 2* armée.
Le 2 décembre au soir, le général Frébault m'envoya auprès du général Favé pour lui donner l'ordre d'établir plusieurs emplacements de batteries vers le pont de Champigny ; là, défilées des hauteurs de Ghennevières par des maisons et des bouquets d'arbres, ces batteries pourraient prendre en flanc l'ennemi s'il renouvelait son attaque le lendemain.
Je prévins de suite M. l'ingénieur Ducros de préparer les travailleurs, et je me rendis chez le général Favé ; il était couché.
Il me dit que les pièces de la boucle devaient plutôt ôtre reportées en arrière , qu'elles seraient mieux placées pour protéger la retraite.... Bref il ne voulait pas les porter à l'endroit indiqué. — c Mon général, c'est un ordre que je vous porte, et e général Frébault désire que tout soit prêt demain matin avant le jour. » — c Je ne suis pas aux ordres du général Frébault, • me répondit-il.
c Le général vous considère comme étant sous ses ordres, » repris-je. — c Allez alors me chercher un ordre écrit, i — c Mon général, je viens de me battre pendant douze heures ; il me faut deux heuras pour aller parler au général Frébault et revenir; nous perdrions un temps précieux, et l'ordre verbal que je vous apporte doit suffire; du reste, M. l'ingénieur Ducros a déjà rassemblé ses travailleurs, et avec ou sans votre approbation, la batterie sera construite. > — < Mais pas ai*mée, » dit le général. — « Et armée, » repris-je. Je saluai et sortis.
La batterie fut immédiatement commencée, et, au point du jour, nous avions 24 bouches à feu qui auraient balayé le terrain en avant de Ghampigny, prenant en flanc les colonnes ennemies qui auraient voulu s'avancer.
Les Prussiens n'ayant pas attaqué, cette batterie fut inutile.
En rentrant auprès du général Frébault, je lui rendis compte de ma mission, et dans le courant de la nuit, le général Favé était remplacé dans son commandement.
Capitaine Dbguarmb, commandant V artillerie de la redoute de Saint'Maur.
Le 2 décembre au matin, le général Fa /é envoya aux batteries
établies à Textrémité du parc de Saint-Maar Tordre de se retirer pour venir se placer du côté de la redoute, de manière à protéger une retraite. Ces batteries étaient cependant admirablement situées; elles voyaient le coteau de Chennevières à moins de 2,000 mètres ; elles étaient abritées par des épaulements, et certoinement devant elles aucune batterie ennemie n'eût pu rester en position. La batterie André fut envoyée près du Réservoir; c'est la seule qui put rendre quelques services en tirant sur les hauteurs de Ghampigny.
La batterie Brasilier amena quelques pièces dans la redoute de Saint-Maur, les autres s'établissant à la môme hauteur sur le bord de la Marne.
La batterie de Donato ne put trouver de place nulle part : si à ce moment les Prussiens avaient tiré sur nous vigoureusement, ils eussent pu nous faire beaucoup de mal ; car il y avait un entassement dangereux de pièces ne pouvant servir à rien dans la redoute Saint-Maur.
La batterie Piron reprit son emplacement en arrière de la redoute , mais elle était trop éloignée (4,000 mètres du coteau de Ciiennevières) pour pouvoir rendre des services.
M. PiGHOT, capitaine auxiliaire commandant les batteries du
Réservoir,
Mes deux batteries étaient armées de deux pièces de f4 court et de huit pièces de 12, pouvant tirer sur Ghampigny, Villiers, les flancs du plateau de Cœuilly.
Le 29 novembre au matin, nous étions prêts à ouvrir le feu, mais je n'avais reçu aucun ordre. J'entendais parler vaguement d'une attaque sur Ghampigny par les officiers de mobiles de Seine-et-Oise, mais rien de plus; vers huit heures, un de ces officiers me communiqua officieusement l'ordre du général Trochu dans lequel je lus qu'un signal devait pariir le 29 à six heures du matin du fort de Nogent. Le silence qui régnait autour de moi me fit comprendre que l'attaque était remise.
Le 30, vers 6 heures et demie, j'entendis enfin gronder le canon de Nogent. En face de l'action qui se dessinait sur la rive gauche de la Marne, j'ai cru pouvoir, quoique je n'eusse reçu aucun ordre, me servir des pièces qui m'avaient été confiées, et me conformant d'ailleurs à l'ordre du Gouverneur que j'avais lu la veille par hasard, nous avons fouillé avec nos obus de 12 le bois du Plant et le village de Ghampigny. Nous avions déjà envoyé une centaine de projectiles quand nous avons dû cesser le feu, les colonnes françaises gagnant incessamment du terrain, et oou-
vrant déjà les points que nous étions chargés de battre. Alors, avec les pièces de la batterie supérieure, j'ai envoyé encoi*e de 180 à 200 obus de 24 ou de 12 sur la route de Provins, et du côté de Gœuilly et de Villiers. Vers 1 heure, notre batterie est rentrée dans Tinaction, nos troupes étant complètement mattresses des points qui nous servaient d'objectif.
Le l*' décembre, M. le général Favé est venu visiter ma petite redoute, mais sans laisser d'ordres précis.
Le 2, nous avons recommencé le feu; malheureusement nos deux pièces de 24 devenaient seules efficaces, les nouveaux objectifs étant trop éloignés pour des pièces de 12. Dans Taprèsmidi, je ne tirai pas, parce que toutes mes embrasures étaient dirigées sur des portions de terrain occupées par nos troupes. M. le lieutenant-colonel Warnet fit modifier l'une de mes embrasures de 24, afin de pouvoir tirer sur la batterie du plateau de Gœuilly. J'évalue à 150 le nombre des coups tirés.
Le 2 au soir, j'ai causé longuement avec M. le général Favé, qui m'a donné pour le lendemain des instructions détaillées.
Procès-Terbaiix du GoaTenament de la Défense nationale.
jBuni, 8 SEPTEMBRE (9 bâures et demie du soir).
Examen des bases swr lesquelles on pourrait traiter avee la Prusse :
Pourrait-on abandonner la flotte?
M. Jules Simon dit qu'une petite France, riche encore, mais navires, serait un pays perdu.
M. le général Trochu distingue entre la flotte de guerre et la flotte de commerce.
M. Garnier-Paoès observe qu'il ne s'agit que d'une questioi d'honneur, car la Qotte vaut peu de chose.
M. Picard croit qu'il vaudrait mieux céder les bords du Hhin et appeler la France à s'occuper de la Constitution, afin d'enlever tout prétexte aux hésitations étrangères.
M. Jules Favre appuie cette dernièra opinion ; il faut une As-
semblée avec laquelle Tennemi puisse traiter II déclare que daus les coQversations qu'il a eues avant le 4 septembre avec son ami M. Garnier-Pagès, ils étaient convenus ensemble d'en appeler immédiatement au pays en lut faisant élire une Assemblée.
Le Conseil examine cette question de convocation d*une Assemblée constituante.
MM. Gambettta, J. Simon, Grkicikux, Rochbfort et Glais-Bizoin craignent que cette convocation ne paraisse une abdication du Gouvernement de la Défense nationale ; elle leur paraît un danger dans l'état où est la France.
MM. Picard. Ferry, J. Favre, Troghu et Garnier-Pages pensent, au contraire, que cette convocation donnera au Gouvernement une force morale et une attitude sincère et digne.
M. Garnibr-Pagès fait observer que c'est toujours la question de savoir si les élections seront républicaines ; si fan en étalé sûr, on n* hésiterait plus; or, sa conviction est que ces élections seront d'autant plus républicaines qu'elles seront faites plus vite. Kilos le seront bien moins si l'on vient à Télection avec l'affaiblissement d'une capitulation. Donc, suivant lui, les élections, la levée en naasso et une revue générale, voilà ce qa*il faut.
M. Crémieux croit que, le territoire étant occupé, il est dangereux de susciter les passions poliliques qui feraient une détestable Assemblée.
M. J. Favre voit dans la convocation de l'Assemblée le salut de la République ; c'est tout le pays qui traitera et qui endossera la responsabilité ; il rappelle à M. Gambetta qu'il voulait avec lui la permanence du Corps Législatif et que, pour ôtre conséquent, il devrait vouloir, à plus forte raison, TAssemblée,
M, Gambetta observe que le Gouvernement n'est point un Gouvernement politique, mais un pouvoir chargé de la défense ; ce n'est pas un Gouvernement républicain, c'est un chargé de mandat pour une défense qui ne peut ôtre désertée.
M. Simon serait d'avis de convoquer une Assemblée, si ce n'était la présence de l'ennemi ; elle affaiblirait le Gouvernement ; elle traiterait, pendant que l'on combattrait à Paris, et ne profiterait qu'à YOrléanisme.
La question de convocation à bref délai d'une Assemblée constituante mise aux voix, 6 membres se prononcent contre, 1 pour (MM. Magnin et Dorian favorables à cette proposition, n'ayant pas été admis à prendre part au vote, il n'y a plus que 5 pour et 6 contre). — M. Pelletan était absent.
La mesure est repoussée et on décide que les élections auront lieu le 16 octobre et non pas à bref délai.
vKNDREDi, 23 SEPTEMBRE (9 lieuros 45 da soir).
M. le général Trochu indique que pour satisfaire M. Flourens il Ta nommé major des barricades.
SAMEDI, 24 SEPTEMBRE {9 boures 45 da soir).
M. Picard demande Tenvoi dans les départements de commissaires, avec pleins pouvoirs militaires.
M. RoGHEFORT appuie cette proposition.
' Le Condeil se prononce, en principe, pour Tenvoi de ces commissaires dans les départements.
M. le général Trochu manifestant la crainte de conflits entre ces commissaires et les généraux, le Conseil déclare que ces commissaires ne seront que des auxiliaires civils de la Défense nationale.
DIMANCHE, 2 OCTOBRE (3 beures du soir),
M. Gambetta propose et fait approuver un décret qui ordonne que la statue de la ville de Strasbourg sera coulée en bronze. Ko Conseil pense que Ton pourrait employer le bronze de la statue de la colonne Vendôme.
' DIMANCHE, 2 octobre ( iO bouros et demie du soir),
. M. le général Trochu donnant de nouveaux détails sur le combat de Chevilly, dit qu'il y avait de notre côté 22,000 hommes. Nos soldats valent mieux que les soldats prussiens; mais ceuxci ont plus d'artillerie et s'en servent mieux.
M. Jules Fa VRB exprime la pensée de mettre à l'épreuve le zèle impatient de la garde nationale. 11 craint qu'on n'arrive à la famine sans avoir tenté rien de sérieux.
M. le général Trochu s'élève contre cette pensée de lancer en avant une garde nationale qui, peu aguerrie, pourrait compromettre la situation militaire; le général Trochu déclare (pi'il faut savoir attendre, se préparer à user les Prussiens, sur lesquels la mauvaise saison exerce des ravages. Quant à espérer d'une sortie de grands résultats, c'est là une folie.
M. Rochefort appuie vivement l'opinion du général Trochu.
M. DoRiAN convient que nos forces d'infanterie ne sont pas suffisantes, puisqu'on ne peut fabriquer des fusils. Il croit donc
Il a eu 1 Honneur ae proposer la aispariiion ae la preieciure ao police, il aura également celui de préparer ce qui doit la remplacer.
M. DE KÉRATRY déclarc qu'il consent à garder sa situation, mais il craint que sou départ ne devienne nécessaire avant peu de jours.
UERCREDi, 5 OCTOBRE {9 heuros 45 du soir),
M. RocHEFORT déclare qu'en présence des circonstances et de l'agitation, il faut que le Gouvernement agisse et qu'il avise à ne pas assumer sur lui toute la responsabilité.
M. Ferry croit que M. Rochefort se trompe sur la nature et la portée de l'agitation. Les élections municipales n'étaient qu'un point très-secondaire dans la manifestation des bataillons de M. Flourens ; l'armement et les sorties y formaient la base des réclamations.
M. Rochefort n'atlache aucune importance à la manifestatiou de ce matin ; il signale une pensée générale et inquiétante.
M. le général Trochu, entrant en séance, est mis au fait de ce qui s'est passé ce matin à l'Hôtel de Ville après son départ.
M. J. Favre considère comme urgent qu'une proclamation indique nettement la résolution du Gouvernement à l'endroit des élections municipales, et qu'elle apprenne en môme temps que de nouvelles manifestations en armes ne seront plus tolérées.
M. Ferry constate un revirement évident dans l'opinion publique : Paris s'agite, Paris s'ennuie, il faut l'occuper. Mais le remède n'est pas dans les élections municipales, dont la majorité ne se soucie pas. Il suffirait, d'ailleurs, du seul nom de Blanqui dans cette Assemblée communale, pour effrayer à tort les départements et les arrêter dans leur élan indispensable à la défense.
M. le général Trochu indique comment, tout en étant d'abord partisan des élections, il a dû en ajourner la réalisation en présence des événements. 11 ne croit pas que le Gouvernement puisse céder à l'injonction à main ai*mée de M, Flourens qui rêve évidemment de se faire général en chef.
M. Rochefort reconnaît ces velléités subies par M. Flourens, mais il faut donner une satisfaction à l'opinion publique, il faut la chercher immédiatement.
M. J. Favre croit qu'on pourrait consulter la population sur la question d'opportunité des élections municipales.
à ses plans militaires une liberté d'action destinée à en garantir le succès.
. Jbudi, 27 OCTOBRE {iO heures i/4 du soir).
M. Jules Favrb lit et fait approuver une note par laquelle il réfute et dément la nouvelle calomnieuse donnée par le Combat à regard de la reddition projetée par le maréchal Bazaine. M. Ferry déclare que ces bruits viennent de Versailles, car des membres de la Société de secours aux blessés y ont entendu dire que Bazaine avait consenti à rendre Metz, à la condition qu'on le laissât passer en Algérie avec toute son armée. C'est là, dit-il, un bruit absurde qui se réfute de lui-môme.
M. le général Troghu fait observer que Paris peut avoir maintenant confiance dans sa force; ce n'est pas la France qui sauvera Paris, c'est Pai*is qui sauvera la France.
VsaiDRKDi, 28 OGTOBRK (iO heiwes da soir),
M. le général Trochu annonce qu'on a pris le Bourget^ et que bien qu'il ne tienne pas à cette position, puisqu'elle est occupée on la gardera.
M. le général Troghu signale Tenthousiasme que provoque encore la décoration, même chez les plus dangereusement blessés. Il constate avec regret ce phénomène qui ne semble plus de notre temps.
M. RocHEFORT exprime l'idée de ne pas accorder la décoration en cachette ; il suffit de déclarer seulement, par décret, que désormais la décoration de la Légion d'honneur est exclusivement militaire. Cette opinion est approuvée.
Jeudi, S novembre {iO heures 1/2 du soir ches le Gouveraeur),
M. Cresson fournit des renseignements sur l'état de désorganisation absolue dans lequel il a trouvé la Préfecture de police. 11 demande s*il ne faut pas reconstituer le service politique en lui enlevant son odieux et ses abus.
M. Garnier-Paoès émet l'avis que la police de surveillance soit rétablie, mais que la police de provocation soit à jamais abandonnée.
M. Cresson signale le mauvais emploi des fonds secrets, dont 50,000 francs continuent à disparaître chaque mois entre les mains de personnes suspectes qui ne fournissent que des renseignencnts douteux.
Il est décidé qu'un extrait du procès-vorbal sera envoyé dana les départements.
M. le général Dugrot déclare que M. Thiers a été le premier à considérer les conditions de la Prusse comme inacceptables.
Le Conseil émet le désir que M. Thiers retourne à Tours sans nouvelle mission et sans ordre du Gouvernement. , M. Jules Favre répond qu'il a déjà donné ordre à M. Thiers de retourner à Tours, mais que M. Thiers n*y prendra aucune i^ésolution sans avoir référé à l'avance au Gouvernement.
{Séance levée à 6 heures et demie du soir),
' uARni, 8 NOVEMBRE {9 heuFes 45 du sùir),
M. le général Troghu propose et fait adopter une modification des insignes de la Légion d'honneur et de la médaille militaire, lesquels ne doivent plus être empreints des traditions impériales.
M. Ferry soumet un décret qui nomme une commission municipale pour administrer le XX« arrondissement.
M. Cresson signale les fâcheuses dispositions de la population dans plusieurs secteurs. Il demande que ceux des membres du Conseil qui ont approuvé les arrestations, en prennent hautement la responsabilité, afin qu'on cesse de les attribuer à son initiative.
. M. le général Trochu répond que ces résolutions ont été prises à l'unanimité, et qu'il faut le dire.
M. Cresson fait observer que M. Gamier-Pagès a voté contre.
Il n'en persiste pas moins à demander qu'une note annonce que ces arrestations ont été ordonnées par la majorité du Conseil.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Jules Favre, Ârago et Cresson, il est décidé qu^on attendra le résultat de l'instruction.
M. Jules Simon se demande si, en présence de l'état de Paris et de la France, il ne serait pas sage de procéder aux élections même sans armistice. — M. Picard approuve cette idéo.
M. Jules Favre rappelle les conditions restrictives imposées par M. de Bismark pour le vote de la Lorraine et de l'Alsace. 11 lui paraît impossible, d'ailleurs, d'appeler la population au scrutin, quand on doit l'appeler à se battre.
^ M. Ferry fait observer qu'on ne peut se jouer impunément de l'esprit public, que l'on ne doit pas ainsi exciter ou calmer.
qui concerne une appréciation qui ne peut ôtre contrôlée.
M. le général Tbochu trouve que, s'il importe de sauvegarder l'honneur militaire, il ne faudrait pas endosser la défense du maréchal Bazaine.
M. le général Le Flô paiiage cette opinion ; cependant, il croit que Ghangarnier, ou son fils lui-même, aurait plutôt brûlé la cervelle de Bazaine que de le laisser trahir.
MM. Jules Favre et Picard craignent que la publication de ces documents contribue à affaiblir encore les courages ébranlés.
M. Jules Favre lit les nouvelles données par la Patrie du soir, d'après le journal la Tribune. M. Cresson signale Témolion croissante, suivant lui; les femmes de Belleville demandent la paix.
M. Simon est d'avis de tout publier; car Tordre du jour de Bazaine est bien plus dangereux pour les Idches, auxquels il fournit un prétexte, que ne le sont pour l'armée les violences d'appréciation de M. Gambetta.
Renseignements pris sur la nature do ces traductions, apportées toutes faites des avant-postes, le Conseil décrète que ces documents n'offrent pas assez de garanties d'exactitude pour qu'on puisse les livrer à la publicité.
^eudi, 10 NOVEMBRE {10 houres du soir).
M. le général Trocho lit une lettre du général Clément Thomas, dans laquelle celui-ci demande oubli et pardon à l'égard des citoyens coupables qui vont ôtre appelés à se trouver on face de l'ennemi.
M. Jules Favre combat cette demande, qui fera dire que le Gouvernement interrompt, comme l'Empire, une instruction commencée, et qu'il ne peut mener à fin faute de preuves.
Le Conseil n'étant plus au complet, par suite de l'absence de M. Pelletan, ajourne celte question.
M. Cresson rappelle qu'il y a encore 9 arrestations à faire. Ni M. Blanqui ni M. Flourens n'ont été arrêtés ; il continue à se plaindre de la désorganisation de la Préfecture de police.
M. Ferry fait observer que pendant que MM. les chefs de bataillon Ranvier et Tibaldi ont pu être arrêtés sans encombre, il s'étonne qu'on n'ait pu en faire autant pour les autres.
M. Garnier-Paoès ne voit pas ce qu'il y a de si urgent à opérer ces arrefstations. Que veut-on? Empêcher, ces hommes de
K30 uaiftintiisi uj!i rAni:».
VENDREDI, 11 NOVBMBRB (/O beUFOS du SOir)»
M. le général Trochu donne connaissance d'une pétition signée du maire du II« arrondissement, demandant la mise en Ubert' des détenus politiques.
M. le Préfet de Pouce signale, en outre, une protestation contre les arrestations publiée par le Réveil^ et suivie de quarante-quatre signatures -, il indique qu'un mouvement semble préparé pour lundi dans le XX« arrondissement , où fonctionne un comité de surveillance.
11 dépeint de nouveau la triste situation où il a trouvé la préfecture de police. Cinq arrondissements seulement consentent à recevoir des gardiens de la paix.
Plusieurs quartiers refusent de laisser stationner dans leurs rues ces gardiens. Il indique en outre la reconstitution inquiétante de la société F Internationale, M. Ferry dit que cette société n'a jamais été un centre d'action.
M. J. Favrb appelle particulièrement l'attention sur le mouvement marqué d'opinion qui se manifeste à l'endroit d'élections sans armistice. 11 sent lui-môme que le Gouvernement court à ce grand danger d'une lutte suprême dans l'ignorance absolue de ce qui se passe en province. On dit que le Gouvernement est déjà dans la situation du maréchal Dazaine, et c'est là un trouble pour sa conscience. Il considère, en outre, qu'en cas d'échec, les périls sont énormes, car ils placent la France à la merci du vainqueur. On nous somme, dit-il; de faire les élections; dans celte situation, nous devons au moins faire connaître les motifs de notre refus.
M. Aràgo déclare être, après y avoir réfléchi, complètement opposé à des élections sans armistice. Les élections seraient sans liberté sous le coup de l'invasion dans une foule de provinces; elles produiraient une assemblée sans autorité et sans crédit.
M. J. Favre fait observer que M. de Bismark a toujours désiré de^ élections.
M. Araoo trouve que c'est précisément à cause de ce désir d'un ennemi qu'il est amené à penser que cette mesure serait désastreuse pour la France et pour la République. Les élections seraient, pour lui, un aveu déguisé d^impuissance, un subterfuge pour arriver hypocritement à la paix.
M. Garnier-Pasès appuie l'avis de M. Arago. Examinant la situation militaire, loin de la trouver empirée, elle lui semble
figurent c6te à c6te MM. de Bismark, Thiers, Gochcry et Blanqui. Ces révélations, sans intérêt, seraient blessantes pour les diplomates mis en scène et les feraient môme, peut-être, renoncer, pour Ta venir, à d'autres négociations.
M. le général Troghu déclare être prêt à dire que son allégation est toute personnelle et n'entend contredire en rien celle de M. J. Favre.
M. J. Favrb, vivement sollicité par tous ses collègues, de renoncer à son projet, consent enfin seulement à en ajourner l'exécution.
M. PiGARu est chargé de rédiger la note qui doit accompagner à rOfSoiel l'annonce de la reprise d'Orléans.
MARDI 15 ifOvsMBRB (9 bmres 25 du aoir).
M. FsRRT annonce que M. Etienne . Arago , maire de Paris, placé dans une situation embarrassante par suite de l'élection des maires, demande à se retirer. Accepté avec des regrets.
M. FvRRT déclare que la démission de M. Arago doit être la suppression de la mairie centrale de Paris; il propose que les attributions de cette mairie centrale soient confiées à un délégué spécial, membre du Gouvernement.
M. Picard voit des inconvénients dans cette centralisation d'attributions; il pense qu'il serait difficile d'avoir action sur les maires autrement que par l'intermédiaire d'un homme choisi par eux.
M. Arago fait observer que c'est alors la oommone qu'on ins* titue.
M. Fkrrt dit qu'un maire central élu au suffrage universel, c'est donner un mettre au Gouvernement; faire élire ce maire par les autres maires, c'est leur faire instituer un défenseur obligé de leurs usurpations signalées.
M. Cresson , préfet de police, se plaint que les clubs sont plus violents que jamais.
M. Ferrt proteste contre cette allégation. De ce côté les choses se sont bien améliorées, suivant lui. La liberté des clubs lui parait indispensable, et il s'en fonde chaque jour de très- puissants pour défendre le Gouvernement.
M. Cresson réplique vivement que puisqu'on se refuse à appliquer les lois, et puisque les renseignements de M. Ferry sur les clubs sont meilleurs que les siens, il n'a plus qu'à donner sa dé-
Vendredi 18 novbubrs (/O heures du aoir).
M. le général Trochu annonce que de bonnes nouvelles lui sont parvenues; on aurait fait 2,500 prisonniers prussiens à Orléans.
M. Mngnin appelle l'attention sur la fabrication de la farine, qui n'est point encore parvenue à marcher aussi vite que la consommation. En attendant Tinstallation de nouveaux moulins, il demande à la Guerre de lui avancer 50,000 quintaux de farine sur les 100,000 qu'elle possède encore. Moyennant cet arrangement, il est sûr de donner du pain jusqu'aux premiers jours de janvier.
M. le général Le Fl6 se plaint d'être obligé d'avancer ainsi des farines à l'administration civile, qui ne devrait pas tant critiquer la Guerre, plus prévoyante qu'elle.
M. Maonin répond qu'il a cédé 10,000 kilogrammes de fromage à la Guerre, qu'il ne lui a demandé jusqu'ici que 70,000 kilogrammes de farine, et qu'elle lui en a pris 50,000 sous forme de pain livré par les boulangers.
M. Trochu propose le rationnement immédiat du pain.
M. Picard observe que c'est là une mesure qui occasionnera une véritable panique sans aucune économie sérieuse.
M. Maonin dit qn*il a 84,000 quintaux de riz, et qu'avec ce qui existe dans le commerce, on peut affirmer qu il y en a plus de 100,000 quintaux dans Paris.
M. le général Troghxj donne des renseignements sur la position militaire de l'armée de la Loire ; celte position lui semble bonne. Il a fait savoir à M. Gambette que Paris avait des vivres jusqu'au 1* janvier.
M. Picard, ne pouvant connaître les conditions de l'emprunt fait à Londres par la Délégation de Tours, demande que sa responsabilité soit dégagée.
M. le général Trochu trouve cette demande légitime.
DiMANCHB 20 NOVEMBRE {iO hcures du aoir)»
M. J. Favrb annonce que le général Clément Thomas vient de passer la revue des artilleurs de la garde nationale, et il déclare que cette légion a une tenue admirable. 11 émet le vœu, à cette occusion, qu'il soit passé d'autres revues par le général Trochu.
M. le général Trochu considère que les revues sont une perte
M. J. Favrb lit l'ordre du jour adressé par le général Ducrot à ses troupes.
M. le général Troghu lit Tordre du jour qu*il adresse aux citoyens et à Tarmée.
M. J. Favre demande quelles mesures il devra prendre, comme ministre de Tintérieur, quand toutes les forces militaires seront sorties de Paris.
M. le général Troghu répond que Paris sera entre les mains de la garde nationale. Il ne restera plus qu'un régiment de gen« daimes et un bataillon de mobiles. Il engage M. le général Le Flô à ne pas quitter Paris le lendemain, pendant que lui-même aura franchi l'enceinte.
M. Cresson signale deux tentatives de pillage des marchands depuis hier. Enfin, la Ligue républicaine à outrance déclare que Paris doit être brûlé ou appartenir aux prolétaires.
M. le général Troghu engage le Conseil à ne pas se laisser ef^ frayer par ces bruits évidemment exagérés par les rapports de police.
M. Cresson demande à être autorisé à saisir 8»000 bombes de pétrole dont il connaît le dépôt.
M. le général I^b Fl6 fournit des renseignements sur ces bom> bes non encore chargées et qui auraient été commandées par de& bataillons de la garde nationale.
M. le général Troghu pense, en effet, qu'avant de saisir, il faut s'assurer de l'exactitude du fait énoncé par le général Le Flô, car il était à sa connaissance personnelle que la garde nationale n'a reculé devant aucun sacrifice dans un but de défense nationale énergique.
Le Conseil décide, sur la proposition de M. Gamier-Pagés, que les bombes seront réquisitionnées par la Guerre.
MARDI, 29 NOVEMBRE {9 bsures et demie du soir).
M. le général Sghmitz apprend au Conseil que des dépèches viennent d'annoncer que Tennemi passe dans la presqu'île de Gennevilliers an pont de Bezons. 11 ne dissimule pas le péril qui, suivant lui, résulte de cette nouvelle.
M. le général Le Flô approuve les mesures prescrites ; il part avec M. Ferry pour prendre le commandement de la presqu'île de Gennevilliers.
Au bout d'une heure, de nouvelles dépêches annoncent qu'il n'y a eu de ce côté qu'une alerte sans fondement.
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