‹ La défense des états et les camps retranchésChapitre 10 sur 44 · Voir le tome III des Oisivetes de Vauban · texte numérisé non relu

Voir le tome III des Oisivetes de Vauban

2. Gassendi veut dire que les places « trop nombreuses » sont nuisibles et non toutes les places, puisque lui-m6me reconnait I'utilite des a bonnes places » .

38 LA D^FBNSE DBS tiXATS

Apres la chute de Napoleon il y avail en France 97 places et 56 posies militaires. C'6tait ^yidemment trop. Les inconvinieats de cette multipUcite de points fortifies avaient frapp^ lemarechal Gouvion Saint-Cyr, qui engagea, dit-on, son ami le g^n^ral du g^nie Sainte- Suzannc^ publier un memoire, dont il lui avait soumis le plan, et qui parut en 1819 sous le titre de : Projet de changements a operer dans le systeme des places forteSy pour les rendre veritablemeut utiles a la defense de la France,

L'auteur de ce remarquable 6crit £tait d'avis que la defense du royaume, pour etre bien assuree, n'exigeait en tout que 13 grandes places et 10 petites places ou postes fortifies.

Les places frontieres devaient fetre petites, a Texception d'une ou de deux par frontiere, destinees k servir de depots en cas de guerre oflFensive.

Sur les frontieres du nord, de Test et du sud, il conservait Li7fe, MiziereSy Metz^ Strasbourg^ BesanQOUy Mdcmiy GrenoblCy Perpignan^ le fort de Belle-garde et Bayonne; et sur la frontiere maritime, Bochefort, La BochellCy Lorienty Brest ^ Cherbourg et Calais.

Enseconde ligne, il 6tablissait quatre places i grand d^veloppement pouvant contenir « des garnisons sem- € blables i des corps d'armee. » G'etaient Laon, pour la frontiere du nord, LangreSy pour celle du nordest, Clermonty pour celle du sud-est,* et Auchy pour celle du midi.

Au centre du pays il cr^ait, « comme dernier

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^ point d'appui des armees actives, une grande posi- « tion fortifi^e : OrUans. »

Sainte-Suzanne supposait que la France aurait eu sousles armes, en temps de guerre, 500,000 hommes; 300,000 seraient entr6s en campagne et les 200,000 restants, « composes des bataillons et escadrons de a depot, des v6t6rans etdes nouveaux appels de jeunes c< soldats, auraient ete dissemines dans les places « fortes.

« Si Tarm^e du nord, disait-il, est obligee de se retire rer entre les places de Lille et de Mezieres, ou entre « Mezieres et Metz, elle viendra s'appuyer sur la posi- « tion retranchee de Laon^ laissant sur ses flancs a deux grandes places qui, renfermant deux corps « d'armee del6a 20,000 hommes chacun, imposeront a i Tennemi Tobligation de detacher 80,000 hommes « au moins pour en faire I'investissement.

« En faisant une semblable supposition pour Tar- « mee qui s'est formee sur la frontiere du Rhin, cette « arm^e executerait sa retraite soit entre Metz et « Strasbourg, soit entre Strasbourg et Be'sanpon : (( dans les deux cas elle vieiidrait s'appuyer sur la « position retranchie de Langres^ et elle aurait laiss6 « derriere elle les places fortes ci-dessus mentionnees, « lesquelles obligeraient Tennemi a laisser sur ses « derrieres des forces considerables, s'il nevoulait pas « compromettre ses communications.

« Si c'est Farm^e fran^aise du midi qui doit ex6- < cuter une semblable manoeuvre, elle se retirera soit

a entre Besanfon et Macon, soil entre Macon el Grea noble, soil entre cette derniere . place et Toulon. « Elle aura alors pour point d'appui la place de Clertt mont, qui doit lui fournir toutes les ressources dont « elle aura besoin, tandis que Tennemi devra se divi- « ser pour assi^ger, investir ou contenir les corps a d'armie que renferment les places qu'il aura laisa sees derriere lui.

« Enfln Orleans est destinee k etre un grand depot « d'armes et de machines de guerre, et i devenir c le deniier point (Tappui des trois armees actives, t^

Ge systeme de defense 6tait trop radical pour qu'on Tacceptat k T^poque ou il fut propos6.

Moins absolues, mais se rapprochant n^anmoins beaucoup de celles de Sainte-Suzanne, sont les id6es qu'^mirent sur la defense des Etats le general Rogniat en 1823 et le marechal Marmont en 1846-

Le premier, dans sa Repo7ise aux critiques de Napoleony pr^conisa la formule suivante :

« Organiser une ligne defensive sur la frontiere, en « profitant habilement des obstacles naturels et en fora tifiant les principaux defil6s; disposer autour de « quelques grandes places un petit nombre de camps « retranch^s propres a donner asile a Tarmee defen« « sive; s' assurer des passages les plus importants des « fleuves transversaux , par des places a t^tes de « pont assises sur Tune ou Tautre rive ; envelopper « d'une enceinte bastionnee, capable de resister a des

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« moyens de campagne, la capitale et les autres gran- « des villes les plus exposees. »

Le marechal Marraont, dans son Esprit des institulions militaireSy s'exprime comme suit :

« Les principes reconnus consacrent deux especes « de places : les places de depot et les places de ma- <t noduvres,

€ Les premieres doivent 6tre grandes, tres-fortes et « rares : une par frontiere suffit.

« EUes doivent renfermer un materiel suffisant « pour les besoins d'une grande armee (en Equipages « d'artillerie, en armes portatives de rechange et en « approvisionnements de toutes especes) . Elles doivent « avoir des ateliers nombreux, un arsenal de cons- « truction, et, en tout temps, le materiel d'un grand « hdpital et des approvisionnements de vivres. 11 faut a enfin que les regiments diriges sur cette place, en « sortent organises et armfe, et puissent immediaiec< ment entrer en campagne et comballre.

« Plus tard s'organisent dans les places les renforts « et les remplacements dont Tarmee a besoin ; et si le « debut de la guerre a ete malheureux ou que Tar- « mee, inKrieure i cellede Tennemi, soit r6duite, des « Tabord, a la defensive, elle double ses forces en « venant s'appuyer k sa place de depot, situ6e de pre- « ference sur une riviere navigable, pour faciliter Tar- « rivee des approvisionnements. Une place de depot « favorise done les manoeuvres d'une arm6e qui opere « dans son voisinage, et elle donne en mSme temps

« une grande consistance k sa base d'op^ration.

€ Nous avons en France trois places de cette espece « merveilleusement situ^es : Strasbourg, Metz et Lille « pour les frontieres de TAUemagne, des Ardennes et « dela Flandre...

4 Apres les places de d^pot viennent les 'plaots de « manoeuvres. Celles-ci servent k faciliter les mouve- « ments des armees et k contrarier ou emp^cher ceux t< de I'ennemi.

« EUes doivent etre exclusivement situees ou sur <( des rivieres dont elles occupent les deux rives, ou « dans les montagnes dont elles ferment les valines. »

Ces preceptes sont moins precis et moins coraplets que ceux du g^n^ral Sainte-Suzanne, en ce sens qu'ils ne donnent aucune indication sur la nature des places de seconde ligne, dont quelques-unes au moins doivent avoir un camp retranchS , et qu'ils ne font pas mention d'un r^duit central, servant de pivot k la defense.

La formule du general Jomini est pr6f6rable sous ce rapport, mais elle a le defaut d'exiger autant de places en 2® ligne qu'en premiere ligne, et une place d'armes en 3® ligne, pour chaque partie des frontieres d'un Elat.

On verra plus loin que ces grands pivots en 3"^ ligne peuvent etre remplaces avantageusement par une seule place k camp retranche (la capitale fortifi6e) servant de pivot central k la defense, de quelque cdtS que Tassaillant sc prdsente.

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Parmi les systemes qui meritent d'etre signal^s k cause de leur originalite ou de la notori^te de leurs auteurs, nous citerons celui du general Paixhans. Ce c61ebre artilleur, apres avoir d6montre qu'i la guerre, « ce qui est decisif, c'est de ne pas diss^miner ses « forces, » et apres avoir proclame ^ que si la force <c qui attaque a besoin de rester unie, la faiblesse qui ci defend en a plus besoin encore, » resume dans les termes suivants, ledispositif qu'il propose d'appliquer a la France.

ti Pour Tensemble du systeme de defense d'un lerri- « toire, on aurait au bord des frontieres une ligne c( de forteresses ; puis en de<?a des frontieres et sur « chaque ligne d'invasion de Tennemi, une ou deux « grandes positions fortifiees ^; puis , pour lier ces « positions les unes aux autres, ainsi qn'k la frontiSre <i elk rintirieur du pays, on aurait des chaines de <( postes, des tStes de pont, des places, chaines k larges a mailles, qui favoriseraient les mouvements de Tar- « mee defensive...

tf Le but que Tennemi se propose d'atteindre et qui € est toujours une de nos villes principales, serait lui-

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