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CHAPITRE IV

Nos observations sur les dispositifs de defense decrits plas haut conduisent aux maximes et aux pr£ceptes suivants :

Pour defendre un Etal , on fortifiera en premiere ligne :

a. Les ncettds des routes et des chemins de fer qui ont une grande importance strategiqvs,

Ces places n'auront que T^tendue et les garnisons strictement necessaires pour disputer 6nergiquement le point qu'elles occupent. On affaiblirait trop rarmde en campagne si on leur donnait des garnisons assez fortes pour operer sur les lignes de communication de Tennemi; et cet affaiblissement ne serait compense par aucun avantage serieux, puisque, alors mfime que les detachements des deux ou trois places les plus rapprochees d'une ligne d*op6ration, pourraient forilier une armee mobile de

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20 k 30 mille homines, Tenvahisseur n'aurait pas besola de laisser en arriere un detacbement de force ^ale, pour assurer ses communications , il lui suffi* Fait d'ocGuper une position interm^diaire , qui lui permit d'empecher la reunion des sorties, en les^ ecrasant separement.

Comme les routes et les voies ferrees abondent dans les pafs Fiches et peupl^s, on pourrait conclure du precepts' formula ci'dessus que ces pays doivent avoir un grand nombre de points fortifies. II n'en est rien. Plus, smr une frontiere, les voies de communication sont faciles et rapprochees, moins il y a de points strat^giques k d^fendre. Selon nous, on ne doit intercepter, avec des places on des forts d'arret, que les cheminB de fer conduisant directement au point decisif du thedfnre de la guerre, et dont I'ennemi est oblige de se servir pour amener sur ce point ses munitions, ses vivres et son materiel- Les places de Toul, de Verdun et de Soissons se trouverent dans ces conditions pendant la guerre franco-allemande. Sur la frontiere sud de la Belgique, il n'existe pas un seul noeud de communication dont la defense soit vraiment utile. Sur la frontiere de I'Est, il y a Namur et Liege, et encore ces points ne doivent-ils Stre fortifies , que parce qu'ils se trottveut k cheval sur un fleuve important, et qu ils commandent plusieurs valines.

Le but des places en premiere ligne etant d'obliger I'ennemi h perdre du temps soit pour les assieger soit pour les eviter en faisant un grand detour, il

n'est pas n^cessaire qu'on les etablisse d'apres I'ancien principe^ qui exigeait qu'en sortant de la sphere d'action d'une place, Tennemi tombdt dans celle de la place voisine >. Ce principe a fait son temps etil ne pent plus 6lre question de Tappliquer.

b. a Les points de passage principaux des fleuves et tt des rivieres, de preference ceux qui se trouvent au con- « fluenl de deuxcoursd'eau^ comme Ulm{Iller et Danube) « Mayeiice{Mein etRhin) Coblentz {Rhin et Moselle), »

«( Nulle part, dit Van Glausewitz, une place ne pent « remplir autant de destinations que lorsqu'elle est tt situee sur un grand fleuve. EUe y assure, en tout « temps, notre passage d'une rive i Tautre, en Tin- « terdisant k I'ennemi, jusqu'i plusieurs lieues en « amont et en aval. EUe est maitresse du commerce (L par la navigation, re^oit les bateaux dans son sein, (( ferme les ponts et les routes et procure la possibi*- « lite de s'opposer par voie indirecte, au passage du « fleuve, c'est-a-dire par une position occupee sur la « rive ennemie. II est evident qu'au moyen de cette « influence multiple, la place facilite i un haut degr6 « la defense du fleuve et constitue, par consequent, < un element essential de cette defense. »

Le general Jomini est du meme avis. « 11 Taut peu

1. a Dans les grandes places occupees par de fortes garni sons le diametre du cercle d'action de ces garnisons depasse rarement une couple d etapes ; dans les petites places il est restreint en general aux villages les plus rapproches. »

Yon Clausewitz.

(( de places, dil-il, il les faut grandes, autant quepos- « sible a cheval sur des rivieres et sur des points stra- € tegiques ^ »

Lorsqu'un cours d'eau est depourvu de t^tes de pont et de points d*appui permanents, on ne pent pas en disputer le passage avec succes. « Rien n'est plus a difficile, pour ne pas dire impossible, disait Fre- « deric II (art. 20 de ses Instructions), que de d6fen- <( dre (dans ce cas) le passage d'une riviere. »

II disait 6galement(art. 15) :« Detoutes lesmanoeu- « vres la plus difficile est de passer en retraite une « riviere (non fortifiee) en presence de Tennemi. »

Ce sont ces considerations qui ont engage les Allemands, non-seulement a conserver toutes leurs places sur le Rhin, la Moselle, le Mein, TElbe et TOJer, mais encore k etendre et irenforcer la plupart de ces places.

Von Clausewitz 2 et le general Jomini leur donnent raison, et le feld-marechal comte de Moltke ^ confirme indirectement Topinion de ces auteurs sur les places

1. Commentaires sur les Principes de strategic du prince Charles.

2. « Une defense fluviale directe pent, contre des masses « considerables de troupes, sur les grands fleuves et dans des « circonstances favorables, constituer un moyen defensif ex- « cellent, et donner des resultats qu'on a trop dedaignes dans « ces derniers temps, parce que Ton n*a voulu se rappeler que c les defenses fiuviales tent^es sans succes, faute de moyens « suffisants. Car, si, d'apres les donnees exposees plus haut, c on pent efficacement defendre un trongon de 30 lieues de a deveioppement avec 60,000 hommes, centre une force tresc superieure, c'est certainement la un resultat qui merite < d'etre pris en consideration. »

(De la guerre^ t. II, liv. VI.)

3. Voir la !'• livraison de la relation de la guerre francoallemande par le grand etat-major prussien.

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fluviales, en indiquant, dans sa relation de la guerre francoallemande, le role que les places du Rhin auraient joue, si les Franc? ais avaient envahi la Belgique ou le grand -ducb^ de Luxembourg.

On ne pourrait pas citer du reste un seul strategiste ni un seul g^6ral de quelque reputation, qui ait jamais conteste la grande utility des places fortes eta* blies sur des cours d'eau importants, que <^ux-ci aient une direction parallele ou ^perpendiculaire a la frontiere envahie«

L' unique preoccupation de ringSnieur charge de fortifier unpays, sera done de limiter autant que possible le nombre des points k occuper, et de ne donner aux travaux de defense que le d^veloppemenl strictement necess'aire.

c. cc Les cols de montagnes traverses par des v&ies « carrossables. »

Ici encore, il faut eviter Texces. Vouloir fermer toutes les issues serait aussi absurde que de n'en vouloir fermer aucune. Frederic II dit, dans ses Instructions (art. 18) que les passages des montagnes sont presque tons praticables, et (art. 27) : « Ne vous fiez jamais ^ aux montagnes ; partout ou passe une cb^vre, un « soldat passera. » Imbu des memes id6es, Napoleon faisait ecrire k Macdonald : « Une arm6e passe tou- « jours et en toutes saisons partout oil deux hommes « peuvent mettre le pied *.

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