Mathieu Dumas, t. V, p
On se bornera done k fortifier les passages importants (ceux qne devront prendre les cheiyaux et les voilures); une petite place, souvent un petit fort, les fermeront k pen pres hermetiquement.
Un adversaire de toutes les places frontieres, le lieutenant-colonel Vandeyekle, a ete oblige de convenir « que si, en 4800, le col du Grand Saint-Bernard avait « &i& fortifie , Bonaparte n'y aurait point passe , et <( que si le fort de Bard avait eu plus de d^veloppe- « ment, son armfie se serait trouvee arretee dans la € vall&e d'Aoste. »
L'on a souvent commis la faute de d^&ndre les montagnes en engageant Tarmee dans les passages qui les traversent. Cette faute avait dkjk £te signal^e par le prince de Rohan, apres la memorable campagne de la Valteline^ au commencement du xvii^ si^cle. On lit, en effet, dans son Parfait capitaine : « Un sage « commandant d'armSe ne se h^tera jamais a garder € des passages, mais bien se resoudra-t-il plutot k 4 attendre son ennemi en campagne pour le com« « battre^ ce qui semble Strange a qui n'en a pas vu « le succes par Texperience. »
Bonaparte appliqua ce precepte avec un rare succes dons sa campagne de 1796, et, depuis lors, tons les strat^gistes Tont recommand^, notamment Jomini, le prince Charles et Von Clausewitz ^
4 . < Nous pr^tendons, dit Von Clausewitz, et nous croyons c Tavoir demontre, qu'aussi bien en tactique qu'en strategte, K les montagnes sont en general defavorables k la defense, c mais en disant cela nous parlous de la defense decisive, dont le
80 LA DEFENSE DBS l^TATS
En consequence, on construira sur chaque \h&&ire (le guerre, bord^ d'une chaine de montagnes, un grand pivot slrategique, occupant une position centrale k laquelle aboutissent les principales routes de la fronti^re. Turin, Plaisance et Y6rone se trouvent dans ces conditions par rapport aux frontieres du nord-ouest, du nord, et du nord-est de Tltalie; Burgos, Sarragosse et Barcelone, par rapport a la frontiere du nord de TEspagne.
d. « Les grandes rades ou les flottes peuvent trouver « un abri sur, pour se refaire^ apres un grand desas- « ire, ou pour attendre le moment de prendre le large. »
e. « Les digues et les routes importantes qui traver- « sent de grands marais ou une inondation conside-
« resultat implique la conservation ou la perte du pays. Les « montagnes bornent la vue et entravent les mouvements en € tous sens; elles conduisent k une attitude passive, et enga- « gent k boucher chaque troupe, d'ou derive plus ou moins c la guerre de cordon. On doit done, autant que possible, a ^viter les montagnes avec le gros de ses forces, et les
« laisser a cote, en avant ou en arriere
« Nous ne disons pas que I'Espagne serait plus forte sans a ses Pyrenees; mais nous pretendons qu'une armee espa- « gnole qui se sent assez forte pour tenter une bataille deci- « sive, fera mieux de se concentrer dans une position der- « riere I'Ebre, que de se repartir entre les quinze defiles des a Pyrenees. Or cette assertion n'implique nuUement la nega-
« lion de I'influence des Pyrenees sur la guerre D'ail-
« leurs la resolution d' accepter la bataille decisive en plaine, « n'exclut nullement une defense prealable des montagnes au a moyen de forces subordonn^es, defense qui est mSme tres « k conseiller, lorsque ces montagnes constituent des masses « comme les Pyrenees et les Alpes. »
{De la guerre, t. II, liv. VI.)
^ ruble, lorsqu'on a des raisons sirategiques pour ne <( pas deiruire ces routes et ces digues. »
Parmi les places d^sign^es sous les rubriques a et i) se trouvent ies places de depot, construites dans un but offensif, et servant de bases secondaires. II est utile d'en cr6er une par frontiere, lorsqu'on peut faire choix d'une ville possedant toutes les ressources et tous les avantages locaux necessaires pour un ^tablissementde Tespece. Au cas contraire, ralimentalion incessante de Tarmee offensive en vivres, munitions, charrois, objels d'habillement, etc., doit fitre pr^par6e dans une place situee iTinterieur ou meme en arriere du theatre de guerre, ce qui presente peu d*inconvinrents, lorsque plusieurs voies ferrees se dirigent de Vinterieur vers la frontiere.
11 convient que les places de depot soient mises k I'abri du bombardement et qu'elles offrent assez de resistance pour que Tennemi ne puisse pas s'en emparer de vive force. Cela est surtout necessaire •quand elles sont a proximile de la frontiere, comme relaienl, en 4870, Metz et Strasbourg.
2** En seconde ligne on creera des places a camps retranches (une par frontiere attaquable), destinees a servir de pivots de manoeuvres,
Ces places occuperont les points les plus importants des lignes d'op^rations principales.
BRFALMONT. 6
Les places, sans camps retranches, situ^es en premiere ligne ont rinconv^nient, signal^ par Yauban, de nHnterdire a Vennemi que le point qu^elles occupetit. Elles doivent, pour ce motif, se trouver sur le chemin de Tennemi. U n'en est pas de mSme des places i grand d^veloppement, servant de pivots d'operations a Tarm^e active. Celles-li ne peuvent pas etre tourndes impunement, et, pour les masquer, il faut une sup6riorite de forces qui existe rarement dans les luttes entre grandes puissances. Leur action s'exerce k une distance considerable et Tattaque du reduit central (dont il sera question plus loin), est impossible aussi longtemps qu'elles sont au pouvoir de la defense. On n est done pas oblige de les construire sur ud noeud de routes ou sur un point de passage important. S'il se trouve k quelque distance d'un de ces points une position forte par la nature du site, avantageusement situee par rapport a la ligne de retraite de i'arm^e defensive, facile a ravitailler ou k secourir, et possedant de grandes ressources en approvisionnements de toute espece, il ne faudra pas h^siter a la choisir, de preference au point strat6gique g6ographique.
Tres-favorables aussi seront les plateaux auxquels aboutissent plusieurs vallees (comme par exemple, celui de Langres, qui commande les vallees de laSeine, de la Marne, de TAube, de la Saone et de la Meuse).
3^ EnfiUy an cceur du pays on erigera une grande
place a camp retranche servant de pivot central a la defense et de dernier refuge a ses armees.
Gette grande place occupera le point strategique decisifdu pays, c'est-a-dire le point dont rennemi doit n6cessaireraent s'emparer, pour atteindre son but.
Dans plusieurs Etats, et notamment dans ceux qui ont une longue existence et une forte centralisation, ce point strategique decisifest la capitale. Centre de toutes les forces vivesdu pays etde touies les influences politiques, sa perte marque generalement la fin de la guerre.
Paris est dans ce cas. Sa prise a toujours eu pour r^sultat de d^sorganiser la defense et de livrer le pays tout entier a Tenvahisseur. II est a supposer que Toccupation de Londres exerceraitla mtoe influence sur le sort de TAngleterre. Vienne n'a pas cette importance politique ; aussi FAutriche ne renon^a-t-elle point k la lutte, en 1805 et en 1809^ apres la reddition de sa capitale ; elle coopera a la bataille d'Austerlitz et livra la bataille de Wagram.
Berlin et Madrid se trouvent dans les memos conditions. En 1760, le grand Fr6d6ric ne fut point arrete dans ses operations par T entree des Russes a Berlin; et. en 1809, TEspagne continua a se defendre bien que Joseph eut pris possession de Madrid.
On pent supposer ^galement que la prise de Saint- Petersbourg n'obligerait pas le tzar k conclure la paix, et que la perte de Rome ne marquerait pas \^ fin de la resistance de I'ltalie.
Ces fails et ces considerations prouvent que la capitate ne doit etre fortifi^e que dans deux cas :
1"^ Lorsqu'il est k craindre que sa reddition desorganise la defense nalionale;
^ Lorsqu'il n y a pas dans le pays une autre position ayant plus d'importance strat^gique, ofiTrant plus de ressources et occupant un point mieux situe par rapport aux fronlieres menac6es.
II r^suUe de \h. qu'on a eu raison de fortifier Paris et de ne pas fortiQer Bruxelles.
Comme £tat independant, la Belgique ne date que de 4830. Formee sous Tinfluence du regime communal^ qui exclut toute centralisation, elle n'accorde au pouvoir central qu'une influence limit^e, tandis que les nations qui, depuis des siecles, considerent le gouvernement comme leur principal moteur, vivent, prosperent, tombent et meurent avec lui. II est a remarquer, du reste, que Bruxelles n'a pas jou6, k beaucoup pres, dans I'histoire nalionale un role aussi important qu'Anvers, dont la chute marqua la fin de la resistance des Provinces beiges contre Philippe II, el qui, pendant toute la guerre de Tindependance , fut le pivot central de rinsurrection , la derniere ancre de salut des Pays-Bas insurges. Cette importante ville de commerce a, de plus, au point de vue mililaire et politique, Tavantage d'etre en communication avec la mer et de poss6der en tout temps de tres-grands approvisionnements de vivres, de spirilueux, de tissus et de matieres premieres, lelles que