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sieurs places des ouvrages detaches, pour augmenter leur resistance et leurs propri^t^s offensives. Mais €es ouvrages ne constituaient pas , k proprement parler, des camps retranch6s. Temoin les forts et les lunettes qui furent etablis sous les murs de quel* ques forteresses, du temps de Gustave-Adolphe, de Louis XIV et de Fr^d6ric II. G'6taient des ouvrages avanceSy formant systime avec Tenceinte et ne servant qu'a procurer & celle-ci le binfifice d'une defense iloignee. II suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les plans de Magdebourg, Donawert, Waif, Oppenheim, Usedom, etc., assi^g6s sous Gustave- Adolphe; — Philipsbourg, Nordlingen et Fribourg, assieges sous Turenne; — Luxembourg, Kehl, Mayence, Namur et Gharleroy, assi^gis sous le mar6chal de Luxembourg ; — Colberg, Breslau, Glatz, Prague et Schweidnitz, assi6g6s sous Frederic II.
Les camps retranch6s de Kehl et de Dusseldorf, qui ont rendu de si grands services dans la campagne de i796, n'6taient que des t6tes de ponts permanentes.
Quant k la proposition de Montalembert, de construire une ligne enveloppante de forts k 2,000 ou 3,000 metres de certaines places maritimes (par exemple, Cherbourg), elle n'avait d'autre but que de preserver ces places du bombardement, de renforcer leur enceinte et de mettre Tassi^geant dans Tobligation de donner un grand d^veloppement k ses travaux d'attaque. Loin de regarder le concours d'une armee comme necessaire a la defense de ces places^ il soute-
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nail que la ligne des forts permet de diminuer la force de la garnison.
L'idee de mettre une ville maritime k Tabri du bombardement, au moyen de forts detaches, appartient du reste a Pierre-le-Grand, qui Tappliqua a Cronstadt.
Les seuls camps retranch^s qui aient et^ construits ant^rieurement k la piublication des idees de Rogniat, et qui r^alisent en partie les combinaisons adoptees aujourd'hui pour la fortification des grands pivots strat^giques, sont le camp retranchfe d'Ulm, qui permit au general Kray d'arreter pendant cinq semaines Tarmee de Moreau sur le Danube ^, et le camp retranche de Genes, dans lequel Mass^na put, avec 15,000 hommes, non-seulement tenir tete pendant deux mois k des forces quadruples, mais encore les harceler sans cesse, les poursuivre au loin et remporter sur elles de brillants succes 2.
Ces camps, surtoul le dernier, se rapprochent plus du type actuel, que le camp de Buntzelwitz, qui fut construit par ordre de Frederic II, sur une hauteur, situee k 2 lieues de la forteresse de Schweidnilz, et dont voici la description :
11 se composait d'une ligne de retranchements pro-
i. Kray avait 80,000 soldats demoralises, et Moreau un pareil norabre de soldats, animes du meilleur esprit.
2. Les forts de GSnes avaient et6 construits en 1747 pour empScher que la place ne fiit serree de Irop pres. Massena» dans ses differentes sorties, tua et fit prisonniers 18,000 Autrichiens.
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visoires bordant la crele du plateau sur lequel Tarmee prussienne avait pris position. Ge plateau formait un rectangle d'environ 3,000 metres de base et de 5,000 metres de hauteur. De grands intervalles €taient menages dans la ligne de defense pour favoriser la sortie et la rentree des troupes. En avant et sur les points culminants du terrain, il y avait des lunettes et des redoutes, destinees h prendre des revers sur les acces praticables.
Ce camp, defend u par 460 bouches i feu, permit a Frederic d'arreter avec 60,000 hommes, 130,000 Autrichiens et de les mettre ensuite dans la necessite de battre en retraite (1761).
G'elait plulot un camp retranch^ de passage, k la fagon de ceux des Romains, qu'un grand pivot strategique, dans Tacception moderne du mot.
Le camp retranche de Torres-Vedras se rapproche plus de ce dernier type par la disposition des ouvrages etpar le role qu'il a joue.
II etait compose de deux lignes de redoutes. La premiere avait 9 1/2 lieues de longueur, et la seconde, situee i 12 kilometres en arriere , avait 8 lieues. A 25 kilometres de cette derniere ligne se trouvait un retranchement enveloppant le fort St-Julien, destin6 i proteger au besoin le rembarquement des troupes.
Quand Massena se presenta devant ce camp retranche, en 1810, il comprenait 126 ouvrages fermes, defendus par 29,751 hommes et 247 canons. En 1812 les deux lignes, entierement achev6es, comptaient
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152 ouvrages, arm^ de 534 pieces et difendas par 34,425 bommes. Les ouvrages de St-Julien avaient un armement de 94 canons et uue gamison de 5,350 bommes.
Nous avons cru devoir donner un aper$u de ces camps, tous antirieurs au projet du general Rogniat^ pour montrer que cet iogenieur n'a fait faire aucoa progrds k Tart de la fortification^ et que son principal mirite est d'avoir clairement expose les proprietes tactiques des camps retranchis. Le memoire de Vaubansurla defense de Paris a contribue, plusqu'aucun autre ^crit, k etablir les principes qui ont et6 suivis dans la construction des camps retrancb^s modernes. II a fallu de longues discussions pour faire triompber ces principes, qu'un grand nombre de ge*neraux et d'ing^nieurs ont critiques ou meconnus jusque dans les demiers temps , temoin le gin^ral Gathcart qui, en 1803, proposa d'entourer Londres, sur la rive gauche de la Tamise, d'une enceinte continue de 30 kilometres de diveloppement ; le general Prevost de Vemois qui, en 1818, preconisa pour Paris une enceinte de mSme espece ; le general Haxo qui, deux ans apres, publia un projet analogue, que Valaze reproduisiten 1840*; le general Richemont, qui disait^ a la mftme 6poque (voir Paris fortifisy p. 44) : « Le systeme des forts detaches ne rem-
1. Les enceintes proposees par ces deux ingenieurs, enveloppaient les grandes agglomeratioas des faubourgs et comportaient environ 80 fronts bastionnes. (L'enceinte actuelle en a 94).
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tt plit pas lee conditions d'un bon camp retranche; » enfin Ghoumara , qui qualifia la ligne des forts^ pro^ po^e en 4840, de € mauvaise enceinte avec des bre- ^ ches de 1500 metres, capables de prolonger de 1^-15 jours seulement la dur^e de la defense de « Paris * . :>
Une discussion approfondie k laquelle prirent part les gtoiraux les plus distingues de I'Europe, d6montra que les arguments produits en faveur da systems d'une enceinte unique^ n'ont aucune valeur.
Parmi les raisons qui firent rejeter ce systerae, Bous citerons les suivantes :
1<* Toute armee qui se retire dans une place ^ans^ camp retranche est paralys^e et r^uite k une defense passive. En vain Ton multiplierait les portes et les^ rampes> pour faciliter les sorties, Farm^e assi^gee, si elle devait se porter en avant, n'en serait pas moins dans la situation f^cheuse d'une troupe debouchant par d^etroits defiles sur le front d'un ennemi prSt k la combattre. U suffit de rappeler les d^sastres d'lsma'il, d'Ulm et de Valence, pour montrer k quel triste rdle aoDit condamnSes les meilleures troupes, lorsqu'on leur ote la possibility d'agir offensivement.
9« L'armie qui, aprds un desastre, se retire (dans une *enceinte, s'y trouve en contact joumalier avec
1. Gboumara ^tait partisan d'un dispositif h deux enceinte3» II conseiUait de construire en avant de la premiere, quel* ques forts solides destines a servir d'appui aux ouvrages de campagne « dont se couvrira, disait-iU Tarmee dans ses camp& lorsqa*eUe se sera repli^e tout entiere sur Paris. »
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une population irrit^e ou d^courag^e, qui iinit par
exercer sur son moral une influence pernicieuse.
3"^ L'enceinte continue ne met pas la ville k I'abri du bombardement , ce qui est tres-grave, puisqae Vauban considerait c la bombarderie comme un « moyen Ires-sur de reduire Paris k tout ce que « voudrait Tennemi «. »
On pourrait, a la verite, att^nuer et rofime faire disparaitre en partie ces inconv6nients, si Ton 61oignait assez Tenceinte pour preserver la ville du bombardement, si Ton praliquait dans celte enceinte des passages assez nombreux et assez larges pour faciliter les grandes sorties, et si Ton separait I'armee des habitants, en confinant ceux-ci dans une enceinte de surete, et en logeant la troupe dans les endroits les moins exposes de la zone comprise entre les deux enceintes; mais alors on rentrerait dans la combinaison de Vauban, qui avaitd^j^, du temps de cet ing6nieur, le defaut d'exiger une enorme depense et d'obliger Tarm^e active a d6boucher ou k battre en retraite par des defiles.
II ne peut plus etre question de cette combinaison depuis que les armees ont pris un developpement tel que tes grands camps rebranches doiventetre disposes, nonpour abriter 50,000 hommes, comme le supp6sait
!. Le bombardement de 1871 n'ayant ele que partiel et de ■courte duree, on ne peut pas s'en prevaloir pour combattre Topinion de Vauban. Tout le monde sail que les Allf>mands n'ont jet^ qnelques obus dans Paris que pour t4ter la population -et donner une satisfaction a Topiiuon publique en AUemagne, •qui se plaignait de la longue inaction de I'armee assiegeante.
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Vauban, mais bien 3 ou 4 fois ce nombre, et depuis surtout que les morliers iisses, dont la plus grande portee 6tait de 2600 k 3000 metres, ont et6 remplaces, comme engins de bombardetnent , par des canons rayes ayant une port6e de 8000 metres.
BRIALMONT.