SATISFAIRE
Les camps relrancWs doivent secomposerd'ouvrages d6tach6s , etablis assez loin de la ville qui leur sert de noyau, pour que celle-ci soit i Tabri du bombardement.
(( Des ouvrages d^tach^s k larges intervalles, dit le « general Rogniat *, peuventseuls empecher leblocus^ « favoriser les retours offensifs, obliger enfm Ten- (( nemi k abandonner la position. »
II n'y a plus de discussion sur ce point; mais il existe encore de grandes divergences de vues sur les autres conditions a remplir.
Les questions controversees sont les suivantes :
1® Les camps retranch^s permanents doivent-ils comprendre une ligne de forts seulement ou une ligne de forts et une enceinte?
1. Reponse a Vauteur de Vovvrage intitule : Du projet dk FORTIFIER Paris. 1840.
2** Comment doit 6tre constitute Tenceinle?
3*" Comment doit Stre constituee la ligne des forts ou le camp retranche?
Nous examinerons successivement ces questions, qui se subdivisent en plusieurs autres.
i® Les camps retrancMs doivent-ils comprendre une ligne de forts et une enceinte, ou une ligne de forts seulement ?
Depuis Vauban jusqu'i nos jours les generaux et les ing^nieurs les plus distingu^s se sont prononces, k de rares exceptions pres, en faveur de la combinaison d'une ligne de forts detaches et d'une enceinte continue. Toutefois, depuis les blocus de Melz et de Paris, il s*est fait un mouvement assez prononce dans le sens de la suppression de Fenceinte. II y a done lieu de discuter cette question au point de vue des principes.
Lorsque le camp se compose d*une ligne de forts ou d'une enceinte, la bataille decive , apres la prise de quelques forts ou Tassaut de Tenceinte, sera livree k rinterieur de la ville, presque toujours dans de mauvaises conditions pour la defense. G'est ce que Vauban voulait fiviter en donnant k sa grande enceinte un noyau fortifi6, qui permit k Tarmee occupante de livrer bataille en avant de la ville^ sur un terrain propre k Taction des trois armes.
II semblait evident k ce grand ingenieur, quejes troupes defendraient avec plus de confiance et d'opi-
132 LES CAMPS KETRANCHES
nidlret^ son enceinte exl6rieure, si elles avaient ea arriere d'elles un reduit inattaquable de vive force. Pour les m^mes raisons nous croyons que Tarmee, surtout apr^s un grand desastre, d^fendra mieux les forts d'un camp relranche et les positions en arriere, lorsqu'il y aura une enceinte qui la metlra, en cas de rovers, ^Tabri de toutepoursuite.
Cette grande utility des enceintes s'est manifest^e clairement, en 1870, a Metz et k Paris. II a 6i& reconnu, en effet, que si ces deux places k camps relranchSs n'avaient pas eu de noyau fortifi^, les Prussiens auraient pu, apres la bataille de Gravelotte et le combat de Chdtillon, forcer les armees battues k capituler ou a evacuer leurs positions.
Un ing^nieur allemand, le capitaine Goetze, rapporte, dans sa relation des travaux executes par le genie, durant la campagne de 1870-1871, que le 17 aout, apres que Tartillerie du premier corps eut bombard^ les forts de Queuleu et des Bottes (encore inachev6s), ces forts se trouvaient dans un etat tel a qu'un coup de main entrepris centre eux avec des forces suffisantes aurait tres-probablement r^ussi. xMais, ajoute-il, il est douteux qu'on s'y fut maintenu les jours suivants, parce que Tarm^e du Rhin, rejetee dans Metz, aurait tout mis en oeuvre pour reprendre les forts, dont la conservation eut k\A extremement difficile a cause du manque de communications en arriere ^ »
i. Tome I", p. 13-14.
CONDITIONS A llEMPLIR 433
II resulte de \k que si Tenceinte cle Melz n' avail pas existe, Tarm^e frangaise aiirait 6te poursuivie au-dela des forts, et vraisemblabiement detruite.
Le camp retranch^ de Lintz (aujourd'hui condamne et partiellement demoli) est le seul qui n'ait pas de noyau fortifi6.
Le marechal Marraont approuve celte disposition et condamne Tenceinte de Paris dans les termes sui- Yants * : « II ne fallait pas fortifier Paris par une en- « ceinte continue, car imes yeux, et aux yeux de tous <( les hommes instruits et d' experience , cette ville <3c n'est pas dans des conditions k pouvoir soutenir un « si6ge : il suffisait d'adopter un systeme de defense, .« tel qu'elle ne puisse jamais etre assieg^e ; et dans « ce but, le seul qui aurait du pr6occuper, Tenceinte « continue est superflue et, quoi qu'il puisse arriver, « elle n* aura jamais une utile application. »
Sur ce point Vauban, Rogniat, Bernard, Paixhans, Gouvion-Saint-Gyr , Jomini et un grand nombre de gen^raux distinguds, sont d'un avis oppos6.
Dans son Precis de Vart de la guerre, le general Jomini soutient que le camp de Lintz aurait du etre complete par un noyau fortifie. « On objectera peut- « 6tre, dit-il, qu'aucune armee ne pourra pen6trer a: au milieu de ces tours, mfime apres avoir 6teint le « feu de quelques-unes ; cela n'est pas sans replique, « car, en pareil cas, il ne sera pas aise aux tours voi-
\, Esprit des institutionfi militaires.
134 LBS CAMPS RBTRANCH^S
« sines de tirer sur deux arrases, aux prises dans un € espace si ^troit, sans faire autant de mal k Tassi^g^ « qu'ii I'assi^geant. »
Ces arguments ont plus de valeur aujourd'hui qu'ils n'en avaient k Tipoque ou le g6n6ral Jomini les produisit, parce que les ouvrages detaches sont portes i une plus grande distance des villes, et s^par^ par de plus larges intervalles.
Nous disions en 1863, dans nos Etudes sur la defense des l^tatSy etc. ^ : « Aux raisons du general Jomini, « j'ajouterai une consideration puissante qui sufiirait « k elle seule pour faire adopter le systeme de Paris <( de preference k celui de Lintz.
(( Apres un dSsastre complet, tel par exemple que « ceux de I6na, de Leipzig et de Waterloo, il pent (( arriver que I'armee defensive se replie avec precipi- « tation et en desordre, sur une de ses places de re- <( fuge ou sur la capitale fortifiee. Dans ce cas, il n'est <( pas impossible qu'une vive poursuite ne fournisse « au vainqueur Toccasion de p^n^trer dans le camp <( relranche avant que Farmee battue ne soit en me- <i sure de lui faire face. Plus les intervalles qui sepa- « rent les forts seront larges, plus ce danger sera a « craindre. Une nouvelle bataille s'engagera des lors « en arriere de la ligne forc6e, et comme Tarmee Ah- « fensive, sous Timpression de Techec qu'elle vient 4( d'^prouver , sera physiquement et moralement