‹ La défense des états et les camps retranchésChapitre 31 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

RBOUITS : LEUR UTILITE^ LEUR ORQANISATION.

La question de savoir si les forts doivent avoir des reduits, a donn6 lieu k de longues controverses. Apres i815,la plupart des inginieurs r^solurent cette question affirmativement. On a construit des forts avec reduits^ Coblentz, k Ulm, a V6rone(l" ligne de forts), k Rastadt et plus r^cemment k Cracovie, Cologne, Verone {2e ligne de forts), Pastrengo, Borgoforte, Ancone, Alexandrie, Portsmouth, Plymouth, Anvers, etc.

Seuls les ing6nieurs fran(;ais se sont prononc6s, en majorite, contre les reduits. Sur ce point ils ont repudi6 leurs anciens raaitres et les principes de leur ^cole. Les forts de Paris, commences en 4840, ceuxdu Havre, construits apres cette date (1860-1864), et ceux de Metz, entames en 4868, n'ont pas de reduits. En revanche les forts de Lyon et I'un des nouveaux forts de Langres en sont pourvus, ce qui r6vele une car-

R^DUITS : UTILITii, ORGANISATION 177

taine hesitation de la part du Coniit6 du g6nie, charge de Texamen des projets.

Cette hesitation se ne comprend guere. Vauban a insist^^ en effet^ dans plusieurs de ses m^moires sur la necessite , pour obtenir une defense 6nergique des breches, de donner des reduits aux demi-lunes , des retranchements aux ba&tions, et des citadelles aux places fortes : comment croire des lors qu'un fort n'ait pas besom d'un point d'appui du meme genre? Sans aucun doute^ si Tillustre ing6nieur avait eu i construire les forts de Paris, il les eiit pourvus de reduits. Les gfin^raux d' Argon, Bousmard et Chasseloup avaient & cet dgard les memes id6es i. Quant i Napoleon il se montra si convaincu de la n6cessit6 des reduits, qu'il voulait en donner aux plus petits forts et i toutes les batteries de cote. Le tome XVII de sa correspondance renferme un 6crit qu'il adressa, en 4808, au vice-roi d'ltalie, et qui, a pour titre : Deuxieme note sur un prqjet de fort en terre avec reduit. Ce fort devait servir k la defense de la Piave, dont Tempereur voulait faire une barriere contre I'Autriche. Le riduit 6tait central, de forme carr6e, avec des b^timents vout6s tout autour, et surmont6 d'une plate-forme, armSe de dix a douze bouches a feu. « S'il 6tait possible, disait-il, « que le canon du r6duit put, par-dessus Touvrage en

1. Le premier a donn^ k la lunette qui porte son nom , un reduit de surete; le second, dans son Essai general, a propose des lunettes detachees avec reduits magonnes et casemates, et le troisi^me, dans ses Memoires sur la fortification, a preconise un ouvrage detache analogue, mais plus grand et plus complet.

BRIALMONT. 12

178 LBS GAMPS RETRANCHJ^S

« terre, labourer les glacis de son chemin couvert, on a sent que ce serait un grand avantage. »

Dans r opinion de Napoleon le reduit ^tait nicessaire pour mettre le fort k Tabri d'un coup de main et pour decider la garnison k se d^fendre jusqu'ii la derniSre extr^mit6. II itait nicessaire encore pour justifier la suppression des revStements en ma^onnerie. « Un des avantages de I'escarpe et de la con- « trescarpe, faisait observer Tempereur, est de per- « mettre qu'on reduise la garnison du fort; or cet « avantage est rempli par le r6duit (qui pr&erve Tou- « vrage de I'attaque de vive force). »

C'est en vertu de ce mfime principe que Napoleoa prit, en 1810, la resolution d'assurer la defense ext^rieure d'Anvers et de mettre cette ville k I'abri du bombardement , au moyen de forts pentagonaux on Carres (c construits a la mani^re de ceux de Boulogne, y> c'est-&-dire ayant des fosses pleins d'eau^ des r6duits avec escarpes et contrescarpes en magonnerie et des abris vout^s pour 240 k 300 bommes.

Faute de reduits, un grand nombre de forts detaches ont ete pris d'emblSe et leurs gamisons pass^es au fil de r^pee : t^moin. les forts de Mahon (1756), les ouvrages detaches de Cassel (1761), ceux de Schv^reidnitz, forces par le raarechal Laudon, pendant la guerre de Sept ans, les fortius et les lunettes de Varsovie (1831), et les ouvrages detaches de S6bastopol (1854- 1855).

Les reduits sont utiles non-seulement parce qu'iis

RfiDUITS : UTILITY, ORGANISATION 179

doublent la force morale de la garnison, mais encore parce qu'ils permettent de prendre moins de precautions contre Tattaqued'einblte, et, par consequent, de reduire notablement les frais de construction du fort. Us permettent ^galement de diminuer, sans danger, Teflfectif de la garnison, avantage auquel Napoleon attachait une tres-grande importance. On lit, en effet, dans sa note cit6e plus haut : « Bien qu'exigeant « pour leur defense 900 hommes, les forts n'auraient <i rien k craindre s'ils n'avaient que 300 hommes, « dont 200 dans le fort et 400 en reserve dans le a reduit, et ils n'auraient rien a craindre encore, s'il « n'y avail personne dans le fort et que le r6duit eut « seulement 25 hommes et quelques pieces de canon, a mais a condition que le reduit fut situe sur un a mamelon et put labourer le glacis du fort avec de « la mitraille. »

Les reduits ont encore Tavantage de fournir aux defenseurs, des logements ou ils sont moins incommodes par le bruit du tir et moins deranges par le service^ que dans les abris construits sous les remparts du fort. Ils permettent ainsi d' assurer quelques nuits de repos aux troupes harassees de fatigue et de conserver « fraiches » celles que Ton tient en reserve pour un coup de vigueur. En general cependant, il sera preferable d'6tablir ces dernieres, et meme toute Tinfanterie ^ i portee du fort, dans des abris sp^ciaux ou dans des baraques soustraites au feu de Tennemi par des obstacles naturels ou artificiels.

180 LES CAMPS RETRANCH^S

Les r^duits ont, enfin^ one propri6t6 6minemment utile pour les forts d'un camp retranch^, dont la defense repose principalement sur des operations actives, c'est de rendre possibles les retours offensifs contre Tassaillaat au moment oil celui-ci vient de pen6trer dans le fort. Nous croyons avoir le premier signale cette propriety et indiqu^ le moyen d'en tirer parti ^ Dans un ouvrage sans r^duit, aussitdt que Tassaillant a force la garnison k se retirer ou k d^poser les armes, il s'empresse de d6truire le pont du front de gorge et de garnir de pieces ligeres le rempart de ce front. Des lors toute tentative pour reprendre le fort doit n^cessairement ^chouer. II n'en est plus de mSme lorsque le fort a un reduit inattaquable de vive force, dont Tartillerie pent eniBiler le terre-plein, battre les abords et flanquer les fosses du front de gorge ; alors I'assaillant est oblig^ de se loger dans les talus exterieurs ou dans les terre-pleins du front de tSte et des fronts lat^raux, pour echapper aux feux du reduit, et il ne pent plus songer k garnir de fusiliers et de pieces 16geres le parapet de la gorge- Ce front devenant ainsi inoflfensif ou inerte, les troupes de sortie en approcheront sans difficult^, r6tabliront, sous la protection du reduit, les communications detruites, p6n6treront dansle fort et attaqueront vigoureusement I'ennemi, dont la situation sera d'autant plus critique qu'il ne se trouvera plus en ordre

Page 1