II
34 JOSEPH LE BOx\
Paris, ce 2 venlôse an III.
Joseph Le Bon à son collègue Coudoie, membre de la Convention Nulionale.
Je n'ai point cru devoir des réj)onses aux libelles et aux journaux aristocratiques destinés à caloinnier la révolution et les patriotes. Mais un rapporteur qui en impose à la tribune de lu Convention nationale et dont les iniposlures vont être envoyées, par décret, aux départements et aux armées, mérite un démenti.
Ton rapport du IG nivôse. Courtois, vient en (in de paraître ; je lis les pafjes G'A et 64 qui me concernent.
Si jamais inculpations ont dû être appuyées de preuves, certes,. ce sont les atrocités (jue tu me prêtes dans cet endroit de ton ouvrage, et cependant tu te contentes de tes assertions odieuses !...
Que doivent penser tes lecteurs ? Pour moi, je ne suis point surpris de te trouver au dépourvu sur cet article, je te défie même, en épluchant toute ma conduite, d'y saisir aucune circonstance- (jui rende seulement Araisemblables les fureurs lubriques, lesembrassemens homicides, les orgies avec des courtisanes, lescaresses à la Caligula, dont tu m'accuses, et que tu décris avec tant de complaisance.
Invoqueras-tu comme pièces juslificalives le KJe numéro du Frcron de 1794 (1) (vieux style) ? Je sais bien que dans ce numéro entre autres scélératesses que l'auteur m'attribue sans fondement, je promets à une femme la liberté de son mari, à condition de jouir préalablement de cette femme, que j'en jouis en efïet, mais pour- •l'y livres, au lieu de la liberté promise ; que le jour même dansl'après-midi je fais guillotiner la fernme et le mari. Je sais tout cela : mais je sais aussi que tout cela est absolument faux et dénuéde vraisemblance. Demandes donc à Fréron quelle est cette femme qui, libre le matin, a été guillotinée le soir avec son mari ; dansquel lieu, à quelle époque la scène s'est passée ; et tu verras que cette histoire n'est qu'une fable inventée pour me noircir.
Apprends, Courtois, que Joseph Le Bon a bien pu démériter des fripons et des ennemis du peuple poursuivis par la loi, mais que les pamphlets, les prisons et les supplices ne sauraient lui ravir l'estime des patriotes et des hommes probes, et (jue si tes mains sont vierges du sang des aristocrates, ses lèvres sont vierges de calomnies.
yue signilie encore ce mot d'ordre : PiUiKje ({ue tu dis, page lu, être le mien ? Relis de bonne foi la pièce sur laquelle tu te fondes et tu conviendras que tu en as tiré la conséquence la plus fausse et la plus perfide.
N'oilà ce mot d'ordre, que je ne donne pas, mais qui m'est transiriis [)ar le commandant temporaire Francaslel (2) :
iiéiiublicains, pillage, horreur.
(1) L'Orclcnr du Peuple, journal de Fréron, n° 10. Bibliothèque nationale L<^ ^392 A. Fréron rei>ril ce journal édile jadis par Martel, le 25 frucdor an II.
(2) Fn.vNCASTiii-, coniniandiinl de la idaco forte d'.Vrras en 1793-1794.-
Tournes-le, retournes-le dans tous les sens, tu n'y trouveras jamais que ces résultats :
Républicains, le pillage est une horreur ;
Républicains, ayez le pillage en horreur ;
Le pillage est une horreur pour des républicains.
Au surplus, Francastel existe, je crois. Qu'on l'interroge. Si les administrateurs du Pas-de-Calais se sont indignés en trouvant ce mot d'ordre, c'est qu'ils cherchaient des prétextes de s'indigner^ et malheureusement ils ne sont pas les seuls de leur trempe.
Joseph Le Bon.
Paris, ce 8 ventôse an IIL
Joseph Le Bon à son collègue Courtois, membre de la Convenlion nationale.
Parmi les pièces justiUcatives de ton rapport, je vois, à la page 292, une déclaration non signée que tu dis avoir été faite à la Conventionnationale par André Dumont (1) le 14 frimaire dernier. Elle ne se trouvait donc pas dans les papiers de Robespierre et autres, sur lesquels seuls tu devais baser ton travail. Dans ce cas, pourquoi en faire usage ? Cela n'est pas d'un homme juste, et impartial ; avouons-le : tu as servi la haine contre-révolutionnaire qui me poursuit.
Mais voyons ce que cette déclaration contient. Il y est parlé d'un ordre exécrable d'arrêter tous les ci-devant nobles, tous les riches, tous les négocians. Si cet ordre existe, il eût été plus simple, me semble, d'en produire la copie. Il convenait au moins d'en bien indiquer les auteurs et c'est ce que l'on n'a point fait.
Je le déclare donc : jamais je n'ai donné aucun ordre semblable. La seule arrestation générale des ci-devant nobles dans les quatre départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l'Aisne a été ordonnée par Saint- Just et Lebas, et il s'en faut qu'on lesait blâmés dans le moment du péril et à l'approche des ennemis.
Quelle est cette fureur de vouloir aujourd'hui tout noircir, tout empoisonner ? Ju^^-ez, dit-on encore, jugez de ce qu'on méditait, puisqu'on avait demandé aux agens nationaux de district, l'état dps personnes qui payaient au delà de 30 livres. Je vais le dire franchement ce que l'on méditait. A une certaine époque, vers le 1 lois de ventôse, je crois, j'avais résolu d'établir, comme dans ] lusieurs autres départements, une taxe révolutionnaire, et, pour < viter des injustices, je me proposais d'en faire moi-même la répariition. Cette résolution n'eut point son effet à cause de diverses tirconstances. Mais voilà quel fut le motif de la demande faite
(1) André Dumont, né à Oisemont (Somme), le 24 mai 1765, mort à Abbeville, le 21 octobre 1836. Il avait été chargé d'une mission dans la Son\mc, département dont il était député, en compagnie de Le Bon (août 1793).
aux agens nationaux, dcniandiMjui ne ine paraît pas même exactement raiti)ortée.
Car, si j'ai bonne mémoire, il ne s'abaissait pas des individus jiayant au-dessus de 30 livres, mais bien d'un certain nombre des plus hauts contribuables, eu éi^ard à la population.
Au surplus, je suis resté encore quatre mois en mission après cette demande et mes ennemis sont convaincus, à leur j^rand déjilaisir, que je n'ai fait aucun autre usage des états (jui m'ont été envoyés.
Mais je suis en prison... il faut bien que j'aye tort, et que tous mes anciens confrères, mes maîtres même en terrorisme se déchargent sur moi. A en croire la déclaration, j'ai été si terrible, que Dumont, jtour soustraire les hommes à ma fcrocitc, s'est vu contraint de mentir à tout le peuple français, d'annoncer une grande conspiration par lui découverte et de faire arrêter jusqu'aux femmes et aux enfans. Certes l'exitédient est neuf.
Quoi qu'il en soit, toute la férocité qu'on me prête, se borne, dans le département de la Somme, à une douzaine de mandats d'arrêt contre des individus à la charge desquels il existait des pièces, et je ne conçois i)as comment Dumont peut m'imputer maintenant tout l'odieux des mesures de salut public dont il se faisait gloire autrefois. Que n'ai-je sous les yeux la collection des lettres à la Convention nationale, lettres qu'on regarderait peutêtre aujourd'hui comme les œuvres d'un cannibale et d'un homme de sang, mais qu'alors on insérait avec éloge au bulletin comme les expressions d'un patriotisme brûlant, destinées à allumer, à entretenir dans toutes les âmes la haine des ennemis de l'égalité !
Je t'en adresserais incessamment, Courtois, quelques extraits, si je ne craignais de te fatiguer par ma correspondance. Mais si je m'abstiens de t'écrire davantage, j'écrirai à mes concitoyens par la voye des journaux patriotes, et je rappellerai à une multitude d'hommes qui paraissent l'avoir oublié, surtout au chef de mes persécuteurs (1), que jadis ils ont provoqué contre les aristocrates des mesures plus rigoureuses que celles dont ils font un crime à ceux qu'ils veulent perdre.
Joseph Le Bon.
Paris, ce 8 ventôse de l'an III.
Joseph Le Bon à ses Concitoyens.
J'ai appris que vous étiez étonnés de mon silence au milieu des mille et une inculpations dirigées contre moi. Peut-être ce silence a-t-il nui à la chose liublique, en ce qu'il a rendu % rai.semblables les horreurs dont on accusait un des amis les plus sincères de la révolution. Cessez d'être surpris, ô mes concitoyens !
L'homme opprimé ne parle point, quand il veut ; et la tyrannie
(1) GUFFUOY.
qui le poursuit n'aurait rien gagné en le faisant jetter dans les fers si elle ne lui ôtait en même tems tous ses moyens de justification.
Tel est l'état où je me trouve depuis sept mois. La Convention nationale dans un moment de crise a prononcé mon arrestation provisoire, mais qu'elle est loin de savoir sans doute tout ce que la haine ajoute à cette mesure, pour assurer^et ma ruine et son coupable triomphe !
Je ne parlerai pas de l'incarcération de presque toute ma famille de la mort de ma mère, de l'accouchement de ma femme dans les prisons d'Arras (1), de l'état de misère où mon père et mes frères sont réduits, des outrages dont tous mes parens et amis ont été abreuvés. Serais-je digne de défendre les droits du peuple si je me plaignais des persécutions particulières soufTertes pour sa cause ?...
Mais on ne s'est point borné là. Des milliers de voix pouvaient s'élever du Pas-de-Calais et de Cambrai, comme avant le 9 thermidor, pour confondre mes calomniateurs. On a sur-le-champ arrêté une centaine des plus chauds patriotes et menacé les autres de la même destinée ; de telle sorte que la parole restât uniquement aux fripons et aux aristocrates qui n'ont pas manqué d'en faire usage.
Trois énormes paniers remplis de papiers que j'avais recueillis pendant ma mission et propres à démasquer bien des traîtres, auraient grandement servi à me justifier. Tout a été enlevé sans inventaire et en mon absence. Mes lettres et les assignats dont ma femme se trouvait dépositaire ont été également emportés sans procès-verbal et sans aucune forme.
Qui a conduit toutes ces manœuvres? Un seul homme:GufTroy(2)!
C'est lui qui, depuis un an environ, a cherché successivement à me perdre comme éloigné des principes de Robespierre et comme robespierriste.
C'est lui qui m'a noirci à vos yeux et à ceux de mes collègues par des adresses maudies et les libelles où il a dénaturé toutes mes actions.
C'est lui qui ne pouvant souffrir que la vérité perçât enfin le nuage a excité difïérentes autorités subalternes à réarrêler plusieurs patriotes que le Comité de sûreté générale avait élargis.
Ce n'était pas encore assez. Accusateur acharné et sans pudeur, il a voulu être l'examinateur de mes papiers, de ces papiers intéresçans dont j'ai parlé plus haut. Il s'est fait nommer adroitement r^.embre et président de la commission créée à cet effet. Que dis-jc ? Il est devenu un de mes jurés dans la réunion des comités de Salut public, de législation et de sûreté générale.
Aussi à peine fut-il chargé de cette dernière fonction que je fus appelé le 9 nivôse pour être entendu. Déjà il souriait d'avance à l'immolation prochaine de sa victime. Il ne savait pas que, malgré ses intrigues, je n'étais point entièrement désarmé. Il ignorait ce que pouvait la force et la vérité sur l'esprit de ses collègues. D'après leur conseil, j'écrivis le lendemain à la Convention et je lui deman-
(1) Son fils Emile est né en effet en prison, et jamais Le Bon ne l'a vu.
(2) GuFFROY, l3 plus grand ennemi de Le Bon, député du Pas-de-Calais à la Convention. Auteur d'un journal très violent Le Roii'jijff.
■dai la reniipe de mo? papiers afin de travailler à une justification quelconque, avant laquelle j'avais conjuré les trois C.on ités de ne point proposer mon élargissement, lors même qu'ils reconnaîtraient mon innocence. Cette lettre fut renvoyée au Comité de Sûreté ■générale, mais Guffroy, au lieu de me rendre loyalement mes armes, s'est occupé à provoquer quelques nouvelles diatribes sur mon compte.
Eh bien ! En attendant qu'il lui plaise d'être du moins un ennemi courageux, je vais tirer parti de mes moyens de défense qui ne sont pas entre ses mains. .J'ai commencé par deux épîtres publiques à mon collègue Courtois sur son ra[tport du 16 nivôse. .Je m'atta- •clierai désormais à peindre par ses propres écrits le tartuffe politique qui, après avoir contribué à enflammer mon zèle révolutionnaire, abuse des mots d'humanité pour satisfaire ses vengeances.
Joseph Le Bon.
Paris, ce 1) ventôse l'an III de la République. Joseph Le Bon à ses Concitoyens.
Si j'étais accusé franchement, au nom de l'aristocratie, pour les mesures rigoureuses dont j'ai assuré l'exécution, je ne déshonorerais point la cause de la Liberté par de lâches excuses. Je •dirais aux agcns de la tyrannie qui se déclareraient tels : le crime a triomphé, je dois mourir.
Mais quoi ! La Convention existe encore, cette même Convention qui, pour sauver le i)euple, a lancé la foudre de toutes parts sur les ■ennemis de l'Égalité. Que me veut donc Guffroy ?
D'ailleurs si quelqu'un doit soutenir les hommes révolutionnaires Ti'est-ce pas lui ? Son aciiarnement à me poursuivre est inconcevable, à moins qu'il n'ait promis de me sacrifier aux aristocrates pour ol)tenir d'eux un indigne pardon.
Car enfin, citoyens, ce Guffroy qui affecte aujourd'hui une si grande fureur contre le terrorisme, a été {)eut-être le plus violent de tous les terroristes, puisque terroristes il y a. Ne croyez pas qu'il se contentât d'un seul tribunal extraordinaire dans la Républitjue. II n'eut pas même sulfi d'en établir sur les frontières. II iallait — tant le mal lui i)araissait urgent — un bataillon révolutionnaire dans chaque département, des canons à la tête, plus un tribunal (jui jugeât et fit guillotiner incontinent tous les aristocrates ennemis déclares de la Patrie. Le modérantisme ne devait i)as être <5pargné, et quinze jours seulement étaient destinés à cette occasion générale. Lisez ses numéros 20 et 27 de Rougyfï (1) où il s'exprime en ces termes :
N° 26. — Convention Nationale, attention au commandement. ■\'ite, vite, comme le veut Elie Lacoste, un bataillon révolution-
(I) Journal de Guffroy. Bibliothèque nationale, L» » 795.
îiaire dans chaque département. \'ite, le mal presse, il faut que tout aille ensemble, forces à l'extérieur, armées révolutionnaires dans l'intérieur. Mais ce n'est pas encore assez pour réduire nos ennemis. Il faut suivre l'avis de la société républicaine de Béziers «t de plusieurs autres. Drelin, foutre, drelin. Vite, que ces bataillons révolutionnaires soient formés. Outre les canons qu'il y ait à la suite un tribunal qui, marchant simultanément, juge et fasse guillotiner incontinent tous les aristocrates ennemis déclarés de la Patrie, amis, c'est le seul moyen de raser de près tous les schnapans, tous les hypocrites plus dangereux encore. AUerte, allerte, que le -savon républicain parcoure tous les lieux où le puant modérantismeafait plus de ravages que l'armée deCobourg ne pourrait faire. Le tems des faiblesses est passé. Comité de Salut public, tribunal, faites votre devoir. Que tous les conspirateurs périssent à la fois et que la même quinzaine qui verra terminer les jours des scélérats incarcérés voye exterminer les rebelles de la Vendée.
Elirait du N° 27.
« Ce sont les ennemis intérieurs qu'il nous faut écraser. Allons, allons vite, une pression de guillotine pour raccourcir tous les mâtins de contre-révolutionnaires »...
Voulez-vous connaître ses moyens de faire cesser la guerre de la N^endée ? Consultez le N*» 6 : « Nous devons être en mesure, dit-il, pour réparer les échecs de la \'endée et, dans huit jours, toute cette race de prêtraille, cette vile engeance de courtisans, cette troupe de valets et d'esclaves soudoyés, ces infâmes suppôts de la tyrannie vct de la superstition seront anéantis. Oui, foutre, anéantis. Il ne faut pas qu'il en reste plus que dans mon œil. Anéantis, vous dis-je, •sans pitié. Tu as raison, brave adjudant, ami de la Montagne, tu .as raison. On ne fait point de prisonniers de celte sorte d'hommes, on les embarque tous dans la barque à Caron ; on les envoyé tout bonnement de l'autre côté du Stix. On leur donne Lucifer comme ;geôlier et la Corday pour compagne avec la femme du diable ».
Le même numéro contient des avis sur la manière de se conduire .avec les gens suspects avant et pendant leur incarcération, des •conseils à la Convention nationale, une prophétie sur les G(t députés rappelés dernièrement à leur poste. \'oici le tout, inot pour mot :
« Nous sommes en mesure partout, si nous surveillons les nobles, les calotins et les traîtres. Marchons à l'ennemi extérieur, enchaînons les cafîards de l'intérieur, tenons-les bien serrés, et, s'ils remuent, qu'ils cessent d'exister. A bas les traîtres, à bas les nobles, à bas tous les ennemis du bonheur général. ^
« Bravo, bravo, Convention nationale, sois toujours ferme. Ne te contentes pas d'accuser, mais dis aux juges de faire tomber la guillotine par de sévères et prompts jugemens. A bas, à bas tous les nobles, tant pis pour les bons s'il y en a. S'ils sont bons, ils -diront les premiers allons-nous-en. Holà, hé ! Samson ! Prépares vite encore 60 guillotines. J'aperçois d'ici s'avancer 60 traîtres à la Patrie. O gens de mon pays ! O Providence ! Tu veux consolider la liberté. Tu as permis qu'un traître conservât dans ses papiers les preuves de la conspiration affreuse contre la liberté. Mais elle sera durable. Car elle sera cimentée par le sang des tyrans, qu'aura fait couler le glaive de la loi ».
Je finis celle lellce. Puisse-t-elle dessiller (jueUiues yeux el exciter la juste défiance que doit naturellement inspirer tout homme qui souffle le froid et le chaud.
Joseith Li: Bon.
Paris, ce 10 ventôse an III.
Joseph Le Bon à ses Concitoyens, 3® lettre.
En reproduisant sous vos yeux les écrits de Guffroy à l'époque qu'il soutenait les fureurs du peupde, je ne prétends pas approuver les écarts dans lesquels il peut être tombé, encore moins blâmer le zèle dont il paraissait dévoré pour le triomphe de la cause populaire. S'il s'est trompé sur les moyens, il a cela de commun avec bien d'autres. Mais de deux choses l'une : il s'est trompé ou il ne s'est pas trompé. S'il s'est trompé, lui, provocateur de tant de mesures terribles, comment peut-il les imputer à crime à ceux qui les ont décrétées, exécutées ou fait exécuter en partie. Homme égaré, de quel droit veut-il traîner à l'échafaud ceux qui se sont égarés avec lui, ou plutôt qu'il a induits lui-même en erreur, puisque ses journaux les plus foudroyants sont antérieurs à la législation révolutionnaire. Si, au contraire il ne s'est point trompé comme il le dit dans plus d'une de ses feuilles — voyez N» 8 — si la santé du corps jjolitique ne peut revenir qu'après avoir purgé tout le virus. Si le seul remède à lui apporter est de faire couler le fluide vicié (voyez No 8) si une seule pustule restée peut occasionner une rechute pire que la maladie (N» 8). Si les nobles et les riches n'ont fait les sans-culottes que pour nous trahir (N» 11), si l'indulgence pour les traîtres est une conspiration contre la liberté (N° 14),. s'il faut de l'émétique à un corps vicié par les humeurs (N» 22),. si nos plus cruels ennemis sont ceux de l'intérieur connus sous le.* noms à jamais détestables de royalistes et de fédéralistes, de modérés, d'aristocrates de toutes les couleurs (N» 24), s'il fallait guillotiner tous les traîtres, chasser et déporter tous les adhérens de la trahison (N» 24), si jamais un antagoniste de l'égalité ne devient le partisan du républicanisme (N» 24)...
Paris, ce 15 ventôse.
Josep'i Le Bon à Guffroy.
J'ai reçu avant-hier un volume in-S» sous le cacliet du Comité de sûreté générale. Ce volume intitule « Secrets de Jo.seph Le Bon » (1) est ton ouvrage, on t'y reconnaîtrait aux calomnies qu'il renferme,
(1) « Les secrets de Joxeph Le Bon el de ses complices, deuxième censurerépublicaine, ou IcUre (IM. B. J. Gnffroij, représentant du peuple, député
quand même tu te serais abstenu d'y mettre ton nom. Je présume que l'envoi m'en a été fait par toi-même, afin de m'obliger enlln à rompre le silence. Mais crois-tu donc, infatigable persécuteur, que je me serais tu jusqu'à ce moment, si, content de me faire arrêter par des collègues trompés et de m'appeler à grands cris au supplice, tu eusses laissé à ma disposition les pièces justificatives de ma conduite que tes intrigues ont fait enlever en mon absence et sans inventaire. Crois-tu que je n'aurais point opposé le flambeau de la vérité à tous ces pamphlets dégoùtans de fiel qui ont engraissé ta fortune si j'eusse pu lutter avec toi pour les frais d'impression, ou si la Convention nationale en me jettant provisoirement dans les fers, m'eût autorisé à imprimer aux frais de la république. Ah ! Tu le savais bien ; la tyrannie en incarcérant l'homme qu'elle veut perdre n'a rien gagné, si elle ne lui ôte en même tems tous les moyens de démontrer son innocence.
Aujourd'hui que tes fureurs redoublent pour consommer ma ruine, aujourd'hui que tu viens de dédier en quelque sorte tes élaborations meurtrières à la Convention Nationale qui aurait dû frémir à cette horrible dédicace, je ne suis pas plus en état de défense contre tes perfides attaques. Mes armes sont toujours entre tes mains, et il ne dépend pas de moi de rendre le public spectateur et juge de ce combat inégal.
N'importe, en attendant la fin de l'oppression dont je suis la victime, je vais confier au papier solitaire les premières réponses qui se présentent aux mille calomnies et inductions affreuses disséminées dans tes censures, dites républicaines. Si un jour ces réponses sont rendues publiques, on sera à même d'apprécier ton âme et la mienne.
La Convention nationale pouvait-elle à chaque instant les leur retirer ? Oui et qui plus est, ces pouvoirs cessaient d'eux-mêmes tous les mois. S'ils n'eussent été continués, la Convention nationale les a-t-elle souvent continués ? Toujours, et au milieu de vifs applaudissements. Une seule fois, je pense, il se leva, en nivôse, des débats sur ce sujet. Les républicains amis des principes attendaient la décision de la Convention nationale. Que fit l'assemblée des représentans du peuple ? Elle oublie tout autre principe pour ne s'attacher qu'à celui-ci, le salut du peuple est la suprême loi et elle confirme dans ses fonctions le Comité de Salut public et ceux qui, avec de bonnes intentions peut-être, demandaient son renouvellement furent indistinctement signalés comme des conspirateurs. Que pensas-tu toi-même, O Guffroi, de ceux qui réclamaient à c';tte époque contre les membres de ce comité. Relis le N** 28 de t jn Rougyff : « Honneur à la Convention nationale pour avoir déconfi erté le coup monté par l'hydre du royalisme le jour où le Comité |ie Salut public attaqué de toutes parts fut obligé de se défendre. 'Haro, Haro extermination pour ceux qui attaquent personnellement es défenseurs de la Patrie, les arcs-boutans de la Révolution, alors qu'ils sont les plus occupés des grandes mesures de salut public.
à la Convention, par le département du Pas-de-Calais, ) ii.-8<» de 474 pages, suivies de Pièces justificatives, 133 p. Paris, chez le citoyen Gufïroy, rue Honoré, n" 35, an troisième de la République française.
C'est un violent réquisitoire contre Le Bon et Duquesnoy autre député du Pas-de-Calais à la Convenlion.
Haro, foutre drelin sur tous ces mâtins conjurés pour faire user en débats individuels l'attention, les forces et les talens des fondateurs de la République. Eh ! qui les attaque aujourd'hui dans toute la France ? Des grcdins sans pudeur, des casse-cols politiques sans talens, des bougres de fripons avérés qui cachent leur brigandage et leur scélératesse sous une croûte patriotique. »
Et tu veux que, seul à 5(1 lieues, je me défiasse d'un comité dont lu faisais l'éloge étant jirès de lui ; d'un comité proclamé à diverses reprises sauveur de la France, d'un comité investi de la confiance générale de la Convention, certes c'est par trop exiger. Me diras-tu. comme on cherche à le répandre, que la Convention n'était pas libre. Je pourrais répondre (jue, m'avertissant, elle se compromettait. Mais à Dieu ne j)laise que je fasse jamais cette injure à la première Assemblée de l'Univers, de la comparer à un amas d'esclaves et de lâches. Si la Convention prononçait cet aveu, de quel droit resterait-elle à son poste ? Pour me faire un crime d'avoir secondé les mesures du gouvernement, il me semble que lu devrais commencer par établir et jirouver...
Paris, en la Maison d'Arrêt de La Bourbe, ce IG germinal, 5 avril 1795 (vieux style).
Joseph Le Bon à la poslérilé.
Il m'est donc enfin connu le sinistre projet de mes ennemis, et la nuit du 12 (l)-ler germinal a trahi le secret de leurs infâmes manœuvres. En vain, depuis huit mois de détention, j'attendais de la rage active de Guffroy qu'il me fasse appeler à un tribunal quelconque. Dussé-je dans ces tems de faction et d'orage y trouver infailliblement la mort qu'il m'avait si souvent promise, cet.te manière de se débarrasser de moi entraînait de trop graves inconvéniens pour mes persécuteurs. Les juges les plus éhontés ne m'auraient point condamné sur parole ; il eut fallu des preuves et des témoins capables de soutenir les regards et la confrontation de l'innocence accusée ; et, si une exécrable politique plus forte que la justice parvenait à m'arracher la vie, tes arrêts irrévocables étaient là pour venger ma mémoire.
Aussi l'incomparable Gufïroy vient-il d'imaginer un expédient qui tout à la fois le dispense de prouver ses assertions calomnieuses et me laisse à tes yeux sous le poids des inculpations les plus atroces. Mais si, comme il le désire, je suis déporté sans être entendu, suspends tes jugemens sur mon compte. Lis ces pages sur ma vie écrites du fond de ma prison, examine combien j'ai fait d'cfTorts inutiles pour obtenir justice et les moyens de justifier mes travaux civiques, tandis que des provocateurs de guerre civile, des hommes
(1) La proposition de le déporter sans jugement avait été faite par Boudin, ■député de l'Indre, à la suite des événements de germinal (Mo/u/cizr, réimpression, t. XXiV, p. 124).
qui s'étaient armés contre leur Patrie étaient non seulement pardonnés, mais couverts de gloire, compare enfin mon isolement à la toute puissance de mon oppresseur et des agens depuis le 9 thermidor, et dis pourquoi si j'étais réellement coupable des forfaits qu'il m'a imputés ou fait imputer, il n'a point osé m'en convaincre judiciairement à la face de mes concitoyens.
Paris, Maison d'Arrêt de Port-Libre, 17 germinal an III.
Joseph Le Bon à la Conveniion Nalionale.
Citoyens représentans,
Huit mois d'arrestation provisoire (1) me semblent un titre sufTisant pour obtenir justice. Vous ne voulez pas sans doute me la refuser. Plus les crimes que l'on m'impute sont graves, plus il est nécessaire de m'en convaincre aux yeux de toute la France avant de me condamner. Je ne vous demande point de consacrer à la discussion de ma conduite un tems qui peut être employé plus utilement pour la Patrie. Mais accordez-moi du moins, comme à un simple citoyen, un renvoi pur et simple devant un tribunal quelconque. Je vous en conjure de me décréter d'accusation dans cette séance môme. Dussent les mesures révolutionnaires dont j'ai assuré l'exécution me conduire à l'échafaud, je désire me purger des crimes qui sont étrangers à ces mesures. Non, vous ne me refuserez point cette faculté. Mve la République.
Joseph Le Bon.
Adressé ce matin au président de la Convention : à Saladin (2) et à Isnard. Pour Abraham (3).
Paris, ce 17 germinal an III.
Joseph Le Bon à la Convention Nationale, Citoyens représentans.
Je vous ai écrit ce matin une première lettre pour vous conjurer de me décréter d'accusation si des raisons de politique s'opposent
(1) Il était en arrestation provisoire depuis le 15 thernddor an II. ,
(2) Saladin (Jean-Baplisle-Michel), député de la Somme, né à Amiens le iO octobre 1752, mort à Conflans-Charenton (Seine), le 30 juin 1812. Il fut le rapporteur de la commission des 21 chargée d'examiner la conduite des anciens membres des comités.
(3) Abraham, beau-frère de Le Bon. Il suivit ce dernier pendant toute sa détention.
à ce que vous m'accordiez cette demande, veuillez m'en accorderune autre.
Je proteste de nouveau contre toutes les inculpations étrangères aux mesures révolutionnai'-es et dont on s'est plu à m'accabler sans me laisser les moyens de me défendre. La vérité percera un jour, mal!,'ré les intrigues du seul homme dont je suis la victime. Mais puisque ma i)résence devient inquiétante, je consens à faire à ma Patrie un sacrifice plus cruel (lue celui de la vie. Permettezmoi seulement de sortir librement du territoire français dans un délai fixé, et de me retirer où je voudrai, qu'il soit Loisible à ma femme et à mes enfans de me suivre, ainsi qu'à mon jeune beaufrère qui m'a jusqu'ici servi de secrétaire. Puisse l'époque de mon départ être celle du bonlieur de la France.
Joseph Lk Bon.
P. S. — N'ayez d'égard à la i)résente lettre qu'autant que vous n'aurez point jugé à propos de m'accorder le décret d'accusation.
Des latrines de la prison de Meaux, ce 3 floréal, l'an III .-épublicain
Citoyen représentant.
Nous fûmes transférés (1) à Meaux le '25 germinal. Depuis cette époque nous sommes enfermés dans un cachot tellement infect que la plupart de nous sont déjà attaqués de maux de gorge et de tète violens. Nous sommes onze dans un cachot long de dix pas et large de trois. Nous y sommes au plus rigoureux secret et jusqu'aux journaux nous sont interdits.
(Cependant l'arrêté du Comité de sûreté générale n'ordonne pas ces mesures tyranniques. Il ne dit pas qu'on nous fera périr dans des latrines, qu'on nous ôtera toute communication et jusqu'à l'air si nécessaire à la vie.
Notre position actuelle est un bien grand contraste avec cette humanité et cette justice qu'on dit être à l'ordre du jour. On peut prendre toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de nos personnes sans nous étouffer tous vivans. Nous réclamons auprès de toi, citoyen représentant, ce qu'on doit à des hommes qui ne sont détenus que par des mesures de sûreté générale. Les aristocrates étaient mieux traités par les terroristes.
Signé : Vanda.mme, Lk Bo.n, etc. .etc..
Au citoyen Soulignac, représentant du peupii' à .Meaux.
(1) Le Bon y fut emprisonné avec un certain nombre de ses anciens collaborateurs du Pas-de-Calais, en parliculior Darthé, le futur camarade de Babeuf.
Des prisons de Meaux, ce l^r prairial, l'an III républicain.
Joseph Le Bon à la Commission des Vingi-et-Un.
Citoyens représentans,
Le sort aurait-il dérangé les combinaisons de Guffroy ?
Seriez-vous trop probes et trop impartiaux au gré de ce calomniateur déhonté ?
J'ai lieu de le croire quand je me trouve encore à dix lieues de Paris, quatorze jours après votre nomination (1).
Cet homme en qui l'avidité de boire mon sang ne le cède qu'au désir plus grand encore de ternir mon honneur, ne saurait voir approcher sans frémir l'instant où il doit être confondu, et je ne serais pas surpris qu'il réintriguât de plus belle pour empêcher que l'on ne m'entende. Peut-être même s'occupe-t-il à faire escamoter comme il l'a déjà tenté deux fois, un décret qui me déporte sans dire gare et ce, par une grâce 1res insigne.
J'ai cru devoir, citoyens représentans, vous donner l'éveil sur cette manœuvre. Ce n'est point la mort que je redoute, c'est l'infamie. Qu'on m'envoye à l'échafaud pour avoir poursuivi les fanatiques contre-révolutionnaires, les royalistes et les fripons qui m'ont été dénoncés, je suis prêt. Mais qu'il me soit permis préalablement de justifier ma probité compromise et de montrer que toute ma monstruosité se réduit à avoir assuré l'exécution des lois.
Paris, de la Maison d'Arrêt du Plessis, ce 7 prairial. Joseph Le Bon à la Commission des Vingt-et-Un.
Citoyens représentans,
Vous n'ignorez pas la proposition faite à la Convention nationale de me traduire sans avoir été entendu, à la Commission Militaire (2), moi prisonnier de dix mois, sans appui, sans protecteurs, étranger à toutes les scènes qui se sont passées depuis ma détention. Heureusement l'ordre du jour a écarté cette demande comme il a
(1) La commission de 21 membres de la Convention chargée d'examiner la conduite de Le Bon fut formée dans la séance du 18 floréal an III. Quirot en fut le rapporteur {Moniieur, réimpression, t. XXIV, p. 408).
Les membres étaient : Siblot, Chritiani, Garcher, Kuscinski l'orthographie Karcher, Lambert, Jaurand (d'après Kuscinski : .lorrand), Quirot, Claveri, Thabaud, Marin, Dordas (il s'agit de Bordas, député de la Haute-Vienne), Regnis, il s'agit de Regiiis, député des Basses-Alpes, Lhéman (qui orthographiait son nom Lémane), Dubusc, Thirion, Roux (de l'Aveyron), Finot, Arrighi, Girard (de l'Aude), Moreau (de Saônc-et-Loire), Michaud, Le Tourneur (de la Sarthe).
Moniieur, réimpression, t, XXIV, p. 410.
(2) La commission militaire qui fut chargée de juger les compromis dans l'émeute de prairial.
écarté en germinal celle de nie déporter. Mais, citoyens représentans, ces propositions dont l'auteur véritable est derrière la toile, ne vous inspirent-elles aucun soupçon ? Ah ! vous tenez peut-être entre vos mains la plus belle des causes, vous êtes appelés par le sort à venger l'innocence des calomnies dont on l'a couverte. Ne tardez donc plus, je vous en conjure, de m'interroger. Que je meure ensuite pour avoir exécuté loyalement les mesures révolutionnaires, je n'en serai pas moins reconnaissant jusqu'au dernier soupir envers vous et envers la C;onvention, de m'avoir fourni les moyens de confondre l'imposture.
Joseph Le Bon.
Paris, de la Maison d'Arrêt du Plessis, ce 9 jtrairial an III
Joseph Le Bon au Comité de Sûrelé Générale.
Je n'ai jamais provoqué de lois qui favorisassent l'arbitraire ; jamais je n'ai demandé directement ou indirectement le maintien des décrets de cette espèce, rendus par la Convention nationale. Tout mon crime est de les avoir fait exécuter lorsqu'ils étaient en vigueur, lorsciue leur non exécution entraînait la peine de mort, Iors(|ue les dangers de la Patrie, le nombre de ses ennemis étaient représentés chaque jour croissans et surtout par mon accusateur acharné dont le journal était vendu au gouvernement de ce tems-là. Quel est donc le motif des persécutions qu'on me fait essuyer depuis dix mois ? Si je suis coupable de faits étrangers aux mesures révolutionnaires, comme d'avoir abusé pour 25 livres d'une femme qui sollicitait la liberté de son époux et de l'avoir fait guillotiner ensuite, pourquoi tant de lois ? Ce seul acte suffit pour m'envoyer à l'échaffaud. Si, au contraire, ce trait est une calomnie atroce ainsi que bien d'autres, pourquoi ne pas me rendre justice ? Je ne réclame pas la vie, mais l'iionneur. Qu'on m'examine, qu'on m'interroge, qu'on déclare la vérité. Criminel, je me condamne moi-même ; innocent, je m'exile. Que devenir sur cette terre où, sans être entendu, j'ai été livré à la proscription.
Ah ! connaissez-moi du moins dans ces derniers momens. Si mon impitoyable persécuteur ne peut vous fournir des motifs sufiisan's pour se débarrasser de ma présence, si, de tous les révolutionnaires j'ai été peut-être le plus sage, si je ne suis entré dans aucune faction, si toutes m'ont également abandonné, poursuivi ; si, fidèle aux intentions de la majorité conventionnelle, je n'ai fait peser les mesures de rigueur (juc sur les ennemis naturels de la liberté, les fanatiques contre-révolutionnaires, les royalistes et les fripons ; rendez-moi ma femme et mes enfans, rendez-moi ceux de ma famille qui voudront me suivre, et ordonnez que je sorte de la Ré- {lubliquc dans un délai fixé, avec cette honorable escorte. Rendus dans un pays lilire et j)aisible, nous montrerons notre véritable caractère, ce que nous aurions été en France sans les conjectures et les crises de la [{évolution. Que si le gouvernement actuel a des
inquiétudes sur une multitude de patriotes que j'ai employés, qu'il leur permette aussi de se retirer. Je connais assez leur zèle et le désintéressement avec lequel ils ont servi la Patrie, pour croire qu'ils lui sacrifieront jusqu'au plaisir de vivre dans son sein, plutôt que de la voir troublée, déchirée par les fureurs de la guerre civile. Je me suis déterminé à vous écrire cette lettre quand j'ai appris par les papiers publics l'arrestation de Thirion (1), l'un des membres de la commission des 21.
Joseph Le Bon.
Des prisons de la Conciergerie, ce 14 prairial an III.
Joseph Le Bon à la Commission des Vingt-ei-Un.
Citoyens représentans,
Les démarches que vous avez faites hier pour me rapprocher de vous n'ont pas été inutiles. On m'a transféré du Plessis ; mais où ? A la Conciergerie, dans une chambre assez malsaine, habitée déjà par quatre personnes, de manière qu'il m'est impossible de travailler, étant distrait à chaque minute, je vous en conjure, citoyens représentans,'Cdemandez au Comité de sûreté générale qu'il me fasse reconduire au Plessis ou qu'il me place aux Orties {2). On m'assure que je trouverais dans cette dernière maison une petite chambre fort propre à ma situation, observez encore qu'à la Conciergerie,[on n'a même pas la liberté de se promener dans les cours. J'attends impatiemment et avec confiance le succès de cette lettre.
Joseph Le Bon.
(1) Thirion (Didier), né à Thionville, le 17 février 1763, mort a Paris le 28 décembre 1815 ; député de la Moselle à la Convention, arrêté après rinsurrection de prairial. Il ne fut pas cependant condamné, et remplit ensuite plusieurs missions et charges.
(3) Prison de Paris.