CHAPITRE Vni
Le 4 Septembre. — rEmpennr.
MdXa Yop "COI 'sà W wTSiaç TioJJroç 'Axopurrov T£(2{iLa • voco; yàp rôÎTOiV ô(jl6xoixo; êpe{Gei.
Agam. Choeur.)
Après tant de catastrophes^ tant de ruines, les esprits sont-ils enfin devenus assez calmes pour écouter un honnête homme qui, sans acception de parti, ne veut juger les événements qu'au point de vue de la philosophie? A-t-on assez dénigré f homme de Sedan j a-t-on assez éclaboussé une noble dame, illustre par sa charité sans bornes^ et qui n'a encouru d'autre r^roche que celui de n'avoir écouté que son bon cœur dans un moment suprême ? •
Qu'on ne me prenne pas, je le répète, pour un homme de parti. Je n'envisage les faits qui appartiennent désormais à Thistoire que comme un jeu de dames , dont je me donne la mission de juger les coups, sans m'occijrper de la personnalité des joueurs*
Le .3 septembre 1870 un empereur a perdu une bataille à Sedan. Or, de quelque manière que j'examine la question^ je ne vois pas que pour cek il -ait dû légalement perdre un ,tr6ne.
D'abord, suivaasit le princijpye de la .souveraineté nâJbionale, ce trône lui ayant été conféré par un plébiscite, il ne pouvait lui être ôté que par le même moyen.
I5' autre part, d'après la maxime proclamée par la Constitution républicaine de 1848 , aucun individu, au-
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cwne fraction du peuple ne peut s'attribuer i'exercice de la souveraineté.
Or, Napoléon III a perdu le trône par le fait d'une fraction infime républieaùie du peuple.
Voîlà, ce me semble, une inconséquence assez flagrante. Décidément, le droit a été violé de toutes les feçons.
« C'est possible x> me répondront les plus modérés, « maïs avouez qu'il a commis un véritable crime en lançant la France dans une guerre colossale , sans qu'elle y fût préparée. Or, ce «crime méritait la déchéance. »
Ici encore, permettez-moi de vous le dire, vous avez complètement tort au point de vue légal. Qu'avez- vous réclamé à cor et à cris pendant des années? Le gouvernement parlementaire. Eh bieni l'Empereur vous Ta donné, et avec une telle largeur, qu'il en a, lui , ressenti tous les inconvénients , sans en retirer le moindre avantage. Or, quel est le principe parlementaire? « ^e te rot règne et ne gourme pas^ » et que par conséquent les ministres seuls sont responsables. Donc, légalement, l'Empereur ne devait pas être puni pour le fait de ses ministres.
Vous me répondrez h votre tour que ses ministres n'étaient que ses créatures, et qu'il se mêlait de tout. C'est, de votre part, une supposition qui ne repo^ sur aucune donnée : car, d'un côté, si elle était vraie, les ministres auraient dû immédiatement donner leur démission, et, ne l'ayant pas fait, ils nous donnent le droit de les considérer comme ayant agi selon leur libre arbitre; d'un «tre coté, il était notoire que M. OiUvier désorganisait à son gré tous les services contre la volonté de T Empereur,
<^aant au fait matériel de la perte d'une campagne , il n'y a pas de doctrine connue qui ait jamais proclamé la déchéance pour cela. Si Louis XIV eût perdu la bataille de Sedan, il n'en fût pas moins resté roi. L'Empereur
d'Autriche a perdu la bataille de Sadowa, et il est encore sur le trône.
J'arrive maintenant au grand cheval de bataille des exaltés : Louis-Napoléon, ayant violé son serment en renversant la République, n'a jamais pu, de droit, occuper le trône de France.
C'est peut-être pour cela, pourrais-je leur répondre, que vous avez cru pouvoir violer le vôtre.
Mais j'aime mieux aller au fond des choses. La République de i 848 , de quel droit existait-elle? N'est-ce pas du droit d'un coup d'État qu'on est convenu d'appeler révolution? Les deux expressions sont synonymes.
Droit pour droit, franchement, j'aime mieux celui de Napoléon IlL
Car, jamais, entendez-le bien, JAMAIS, dis-je, à aucune époque de son histoire , la France n'a voulu accepter la République.
Au siècle dernier, celle-ci s'imposa par la Terreur : la nation protesta par la guerre civile , et finit par se donner au premier Napoléon.
En 1830, la France change de dynastie, mais refuse net de renoncer au régime monarchique.
En 1848, elle proteste, d'abord en élisant une Constituante centre-gauche, puis par son vote du Dix-Décembre, dont le sens monarchique n'échappa à personne.
En 1871 enfin, à l'heure où j'écris, une Assemblée nationale monarchique décide des destinées du pays.
Bref, jusqu'ici la République n'a jamais été sanctionnée par le pays. En 1851 elle était un gouvernement illégal au premier chef, dont tous les actes étaient de plein droit et moralement NULS. Quod inilio vitiosum estj non polest tractu temporis convalescere (1).
(1) Dige$t. lib. L. tii. xyj, 29.
l'empereur. lii
Le pouvoir légal était vacant en France ; à défaut des prétendants légitimes qui ne bougeaient pas, le premier venu pouvait le prendre. Quod enim nullius e^t , id ratione naturali occupanti concediiur (i). La République usurpatrice n'avait pas le droit de s'en plaindre.
« Pourtant, direz-vous, Louis-Napoléon avait prêté serment à la constitution, donc il devait la respecter.»
Permettez : Louis-Napoléon avait prêté serment à une constitution , répudiée d'ailleurs par la nation, qui par son vote avait créé une Législative aux trois-quarts monarchique.
Mais la constitution qu'il déchira n'était plus celle qu! il avait juré de maintenir! On en avait tellement faussé l'esprit par les lois organiques, qu'elle n'était plus devenue qu'un chijïbn. Entre autres, on avait eu soin d'escamoter le sujSfrage universel, dont il ne restait plus que l'ombre.
Je ne puis pas ici développer davantage cette thèse qui n'est au fond qu'un incident : je me borne à faire observer que, si vous me faites prêter serment à un pacte dont vous faussez ensuite les clauses principales, je ne suis plus tenu à rien. C'est élémentaire.
Maintenant Louis-Napoléon, aussitôt la République renversée, consulta la Nation, qui ratifia son acte par une immense majorité, en repoussant ainsi la République encore plus catégoriquement qu'auparavant.
Dès lors le gouvernement de Louis-Napoléon acquit incontestablement le caractère de la légalité.
Si la République vaut mieux que la Monarchie, la France n'en opta pas moins pour cette dernière, et elle en avait le droit.
C'est depuis ce temps-là que le parti vaincu n'a cessé
(1) DigesU lib. XLT, tit. j, 3.
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de témoigaer poQT Napoléon III v&e haine implacal)Ie.
Or, c'est précisément cette haine qm. semble démontrer que le règne de Nap<rféon III n'était pas dépourvu de grandeur.
Quand je vois un grasd poëte, qui avait acquis une certaine renommée avant d'avoir émt les Misérables^ V Homme qui n7, et la lettre du 26 mai 1871, descendre de son Olympe pour jouer le rôle de pamphlétaire, en déversant sa bile , qui ressemble beaucoup à de la bave, sur la tête de TEmpereur des Français , et en lui octroyant le surnom de Petite je suis bien forcé de me dire, ou que le poëte était perché moins haut qu'on ne le pensait, ou que l'objet de ses injures n'était pas si petit qu'il voulait bien l'insinuer,
Lorsqu'enfin j 'ai vu que , non content de vomir des calomnies contre l'homme du présent, on allait déterrer avec avidité tout ce qui pouvait nuire à la mémoire du premier Empereur, c'est-à-dire au fondateur de la France nouvelle, à celui qui la fit sortir du chaos, et la dota d'une gloire militaire qui n'a pu jusqu'ici être éclipsée que (malheureusement!) tout récemment à nos dépens par celle de la Prusse, oh! alors il m'a bien fallu m'avouer à moi-même que la dynastie des Bonaparte était bien raracinée dans le cœur des Français, puisque la haine , pour l'attaquer, ne respectait pas même plus ce demi- dieu dont elle avait fait Tapothéose lorsqu'il s'est agi pour elle de i^nverser les Bourbons !
Oui ! il y a eu de la grandeur dans le règne de Napoléon III.
. Il a an^té, d'accord avec l'Angieteire, l'ambition de la Kussie ;
Il a vaincu T Autriche en tant qu'elle pouvait être menaçante pour nous ;
11 a annexé trois départements à la France ;
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Enfin il nous a doimé douze aimées d'une prospérité sans égale (1).
Xe produit des ccmtrîfentions indirectes n'était en 1851 que de 7S8 millions, et en 1867 il s'éleva à 1^52 millions !
On peut dire qu'en moyenne il y avait chaque année orne augmentation de 50 millions sur ce chapitre, ce qui donne en vingt ans une augmentation totale de pkis de dioo milliards sur l'année \ 851 .
Sans compter ce qui, par le travail et le commerce, florissant soas la tranquillité publique, entrait dans les caisses des particuliers. C'était dix fois plus!
L'expédition du Mexique, dont on a voulu faire à la charge du chef de l'Etat une faute capitale , eût été au contraire pour la France, par les résultats commerciaux qu'elle aurait pu produire, une excellente affaire , si elle avait été autrement conduite.
Vous en conviendrez, Sire, si jamais par impossible ces pages passaient sous vos jeux, j'ai résumé votre actif avec la plus grande loyauté, et dans un moment où l'on risque beaucoup à le faire, sans y rien gagnei\ Mais, hélas ! voici votre passif, et il est bien lourd !
Sire, grâce à la sage Constitution de 1852, laPrance jouissait en 1864 d'une tranquillité profonde, d'une prospérité sans égale. Les pays voisins nous enviaient notre bonheur : il n'y avait de mécontents que les entrepreneurs de révolutions, car leur commerce n'allait pas.
Les campagnes, ce vrai nerf de la nation, vous appartenaient corps et âme; la bourgeoisie bénissait votre fermeté, en frissonnant à la seule pensée de votre mort.
^ue vous fallait41 de pSns? La prudence la plus vul-
Ci)
On verra -plos loin peurquoî je n''©» -compte que douze.
44 LA DlÉFËl^SE DU PAYS.
gaire ne conseillait-elle pas de ne pas toucher à ce qui allait tout seul et bien ?
Voyons, ce fameux couronnement de C édifice était-il bien nécessaire ? Il n'y pleuvait pourtant pas !
(( Ah 1 disiez-vous, mais il faut couronner ! »
Et comment vous y êtes-vous pris ?
En arrachant à la base ses meilleures pierres pour les mettre en haut !
Le centre de gravité ainsi déplacé, l'équilibre de l'édifice, trop lourd par en haut, devenait instable. C'est une simple loi de statique.
Voilà, Sire, un petit échantillon de la PHILOSOPHIE ABSOLUE. Elle prend les lois physiques, et cherche à les appliquer à Tordre social. Elle n'est pas un vain mot. Si j'avais pu vous en donner un peu, vous seriez encore sur le trône, car elle vous aurait appris à ne pas briser rinertie du bien-être.
En 1864 vous avez semé les premiers germes du 18 mars, en abrogeant la loi sur les coalitions.
C'est de là. Sire, que datent vos malheurs. Douze ans de prospérité vous ont paru suffisants. Vous vous êtes dit : < On est trop heureux, il faut du malaise. »
Comme ce malaise ne venait pas assez vite, vous avez écrit la trop célèbre lettre du 19 janvier 1867.
Ce jour-là, Sire, j'ai dit à mes amis : ce L'Empire est perdu. »
J'eus, bien entendu, le sort de Cassandre.
Ce couronnement de l'édifice vous a-t-il valu un seul remerciment?
Voyez vous-même.
Le bourgeois s'en est effrayé, et pour se consoler il a acheté la Lanterne ;
Les lanterniers se sont servis des. libertés octroyées
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pour vous démolir, en vous disant au nez qu'ils ne vous en savaient aucun gré ;
Enfin l'Internationale , si débonnairement afiVanchie par vous^ a fait le 4 septembre.
Cela, par exemple, c'était en effet vous remercier. Ainsi à l'intérieur, une situation excellente créée par vous, et défaite par vos propres mains.
Au dehors les choses ne vont guère mieux. Vous laissez faire Sadowa, au moment où il aurait suffi d'un mot de vous pour l'empêcher.
Reconnaissant votre faute , vous vous préparez à une guerre devenue inévitable. Et votre premier pas dans cette voie — c'est la lettre du 19 janvier! pour concentrer vos forces, sans doute?
Et puis vous vous étonnez des mauvaises élections de Paris? C'est vous-même qui les avez faites!
Vous avez enfin une gauche qui compte quarante membres. Et c'est cette gauche qui, à la barbe d'une droite récalcitrante de deux cents membres, vous impose M. Emile Ollivier!
C'était faire du gouvernement parlementaire à rebours, en donnant le pouvoir à la minorité.
Et les insultes, et les calomnies qui pleuvaient sur vous (îe tous côtés, sous l'égide d'une prétendue loi de répression ?
Que devait penser la France de tout cela?
La France, éminemment conservatrice , perdait chaque jour une parcelle de la seule ancre de salut qui lui restât, sa confiance en la sagesse de celui qu'elle avait appelé son sauveur. Vos ennemis, en attendant, préparaient sous vos yeux un Quatre-Septembre quelconque, qu'un accident favorable pouvait faire éclore d'un moment à l'autre.
Ce fut la guerre qui l'amena.
Sire, l'histoire Ta enregistré avec stupéfaction : a^rës avoir de gaîté de cœur sapé les bases de Tordre pxiblic fondé paar vous, vous vous êtes, de gsdté de cœur encore, lancé dans une guerre colossale sans y être préparé.
Sire, c'est là une accusation terrible qui pèse sur tous. Avec trois cent mille hommes vous avez engagé la lutte contre douze cent mille. Nos arsenaux étaient vides, nos boulevards des frontières peu ou point approvisionnés, et îl n'existait pas d'armée de réserve.
Ce fait est unique dans Thistoire.
Je ne me sens pas compétent pouT juger la conduite militaire de la campagn-e, mais voici ce que je puis dire : c'est que les tiraillements révélés parle général Trochu (i) dans la haute direction de la guerre, et à la dernière heure, étaient, dans des circonstances pareilles, ce qu'il pouvait y avoir de plus désastreux pour la France.
Sire, il ne saurait y avoir sur ce point-là deux opinions. Ou vous aviez confiance dans le comte de Palikao, ou bien vous l'aviez dans le général Trochu. Il fallait faire son choix, et donner ou à l'un ou à l'autre la direction seule et entière de la défense de Paris. Mais nommer le général Trochu en dépit du comte de Palikao , et ensuite permetti^e à celui-ci de diriger les choses, comme dit le général, ce par dessus sa tête, » c'était. Sire, se livrer pieds et poings liés à l'ennemi.
Point de commandement divisé ! c'est-là l'A B C de l'art militaire.
Bref, Sedan est arrivé : la France était à moilié perdue.
A moitié seulement , car le reste est à la charge de Paris, et de ceux qui y tenaient alors les rênes du gouvernement.
(I) Séance de TAssemblée naitonale da 13 juin 1971.
Ab! Sire, la moitié seule de fautes pareilles est déjà terrible. Hélas! si la France vous en veut, elfe n'a pas tort.