‹ La défense du paysChapitre 30 sur 78 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le lendemain du 3 Septembre.

A la suite de ces dialogues, voici maintenant Thistoire supposée du lendemain.

Le 4 septembre, dès six heures du matin, le Parisien aurait trouvé placardé un décret de Tlmpératrice, déclarant que, vu la possibilité d'un investissement de la Capitale par Tennemi , les séances du Sénat et du Corps législatif sont closes. Celles du Sénat se rouvriront le 15 septembre courant à Angers; le Corps législatif se réunira le même jour à Tours, et rimpératrice-Eégente fixe son séjour pendant la guerre à Rennes.

Une autre affiche aurait défendu tout attroupement ou défilé tumultueux, toute démonstration politique, même pacifique, souspeined'arrestation. Tout auteur de troubles serait déféré au conseil de guerre. Ordre formel à la troupe de faire feu à la moindre agression ou résistance.

On aurait vu les rues sillonnées de nombreuses patrouilles, composées chacune de troupe et de garde nationale. De forts détachements munis d'artillerie auraient occupé tous les points stratégiques de la capitale.

De nombreuses dépêches télégraphiques, envoyées la veille aux points les plus rapprochés, auraient demandé le départ instantané de toute troupe disponible, ne fûtelle que de vingt hommes. Aussi, grâce à cette mesure, la force publique se serait-elle trouvée accrue de plusieurs milliers d'hommes dès dix heures du matin. Le soir il aurait pu Y en avoir plus de trente-mille.

Une autre dépêche lancée dans toutes les directions^ et transmise à tous les pays voisins, aurait promis une prime

de vingt-cinq pour cent sur le prix de tout approvisionnement livré à Paris avant rinvestissement.

Une affiche analogue aurait indiqué, dans un tableau annexé, les principales denrées demandées, avec la quantité présumée suffisante pour la consommation d'une année, par exemple :

Beurre salé 6,000,000 k.

Blé 200,000,000 k

Bois 1,000,000 st.

Café 3,000,000 k-

Charbon de bois 4,500,000 h.

Charbon de ieae 800,000,000 h.

Chocolat 1,000,000 k-

EaH-de-vie IÔOf,000 h.

Esprit-de-vin 50,000 h.

Farine 200,000,000 k.

Fourrage de toute esp. . 300,000,000 k.

Fromage 3,000,00 J k.

Fruits secs 4,000,000 i.

Huile d'oHves...:... lô,00ah.

Huile à brCder 300,000 h.

Salaisons de toute espèce 10,000,000 k.

Sucre

Thé

Viandes conservées..

Vin

Vinaigre..

Armes, objets d'habillements, tissus, soufre, provisions de guerre de toute espèce, ad libitum.

Cette affiche aurait annoncé que le Gouvernement prenait à son compte toutes les denrées et matières indiquées, et les livrerait aux détaillants au prix de revient , en fixant celui auquel elles seraient vendues au public.

Il est fort probable qu^on aurait eu de la peine à trouver où caser toutes les marchandises qu'une pareille mesure aurait fait affluer à Paris; et il est plus que probable QUE les Prussiens, en apprenant cet approvisioî^nement colossal, n'auraient pas osé assiéger Paris.

Mille raisons de prudence, les chances de Pinconnu avant tout, le leur auraient déconseillé.

Ils auraient alors écouté toute proposition raisonnable

EMANANT d'UN GOUVERNEMENT RÉGULIER POUVANT TRAITER,

et, la célèbre formule : — Ni un pouce de noire territoire^ ni une pierre de nos forteresses — n'ayant pas été encore lancée, on se serait entendu.

L'Empire, qui avait commis la faute, aurait pu la réparer infiniment mieux que tout autre pouvoir, d'autant

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