LE LENDEMAIN
plus, qu'ayant entre les mams tous les fils administratifs, il aurait pu organiser dans la province une défense bien autrement sérieuse que celle de M. Gambetta.
Metï était debout, et nous serait certainement resté. Nous aurions cédé Strasbourg, et peut-être, à cette époque-là, la Prusse n'aurait-elle pas insisté stir Tindemnité, ou bien, elle se serait contentée d'un milliard.
Bref, la chute de TEmpire à ce moment-là nous coûte, au moinic^ la Lorraine, cinq milliards d'iademnîté, et cinq antres milliards en frais de guerre^ gaspillage, lucro cessemte et damna émergente.
Ah! mais nous avons puni V homme de Sedan^ que diable ! Vous trouver ça trop cher?
C'est pour rien, pourtant. Vous êtes bien difficile ! Mais j'oufbHe mon sujet. II reste fort peu il dire : le comte de Palikao déménage avec son ministère et tous les autres, en laissant le général Trochu à Paris, en qualité ée Gouverneur et d'autocrate, et eu pleine liberté d'exécuter so® plan.
Eh bien, ce plan, dont on s*est tant moqué, je le trouve bon, moi. 11 va sans dire que j'ai tort.
Mais voici pourquoi je l'approuve :
C'est que, dès le ft CKîtobre 1870, j'avais communiqué à la Commission scientifique, nommée pour étudier les moyens de défense, un système de ravîtaillem^t basé sur la situation géographique du Havre, de Eouen et de la Seine. Ce système supposait naturellement que la presqu'ik de Gennevilliers fôt à nous, et Ton voit que le plan da général Trochu avait précisément en vue des opérations militaires de ce même côté.
On conçoit que je ressente un peu d'orgueil de m'être reneoiïtré sur le même terrain avec l'illustre général.
Mon système, aujourd'hui beaucoup mieux môri qu'il ne rétait alors, puisque j'en ai fait des croquis pendant le
64 LA D]ÉFENSE DU PATS.
siège, consistait à faire partir de Kouen, supposé bien fortifié, des flottilles de bateaux sur le modèle des chalands ordinaires, mais mus par la vapeur, blindés de blocs de charbon de terre retenus en place par des toiles métalliques, et armés en guerre, chacun pouvant porter deux canons et deux mitrailleuses. Ces flottilles auraient pu passer sous le feu de l'ennemi avec fort peu d'avaries, à l'aide surtout des sorties de la ville. Elles auraient été soutenues le long du parcours si bouclé de la Seine par des détachements de troupes et des fortins établis sur les points les plus favorables. Chaque bateau aurait pu transporter du bétail vivant, des fourrages et quantité de vivres. Les arrivages auraient sans doute amené des combats, mais dans ces luttes, les flottilles auraient donné par leur armement un grand avantage à nos troupes. Toute la guerre se serait portée de ce côté-là, ce qui aurait rendu rinvestissement du côté opposé beaucoup plus difficile.
Tel était mon projet, auquel je consacrerai plusieurs chapitres avec planches quand je parlerai de la défense DU PAYS au point de vue matériel.
Aujourd'hui je n'en suis encore qu'aux moyens movaux. Il est évident, pour tout homme de bon sens, que tous nos malheurs, toutes nos révolutions dérivent d'une seule source : de la profonde démoralisation des esprits. Des hommes éminents par le savoir et par Tintelligence se sont depuis de longues années attachés à saper chez nous tout sentiment religieux, à supprimer Dieu. Ils voient ce qui en est résulté : les églises pillées, les consciences violentées, des innocents fusillés, Paris en flammes! Et ils se croisent les bras en se disant : « Ce n'est pas nous qui avons fait cela. » Oh! niaiserie humaine, quand comprendras-tu la complicité morale ? Quand reconnaîtras- tu que SANS Dieu il n'y a pas de Patrie ?