‹ La défense du paysChapitre 36 sur 78 · DEUX FORCES SOCIALES · texte numérisé non relu

DEUX FORCES SOCIALES

Donc, voici un homme laborieux, un autre sera paresseux, un troisième aimera les boissons, et ainsi de suite.

Dans rétat que je suppose, il arrivera tout d'abord ceci : qu'il n'y aura plus de métiers. Chacun sera son propre maçon, charpentier, tailleur, bottier ; car nul ne sera assez riche pour payer le travail d'un autre , d'autant plus que cet autre lui répondrait : « Va te promener, je suis aussi riche que toi. »

Quand cela aura duré quelque temps , tout le monde, à peu près, en sera ennuyé.

Le paresseux se dira le premier : t C'est assommant d'avoir à se faire tout soi-même ; allons voir le voisin A, qui a travaillé comme un nègre, et qui s'est bien installéi Peut-être ine fera-t-il ce que je lui demande. »

Le voisin A reçoit fort gracieusement le paresseux B ; mais il demande un prix pour la besogne. B s'exécute.

Le père A met de côté ce qu'il a gagné, et peu à peu on saura qu'il a plus d'argent que les autres.

Alors les vicieux viendront lui emprunter pour satisfaire leurs penchants, qui sont au-dessus de leurs moyens. A leur prêtera à des conditions fort dures.

Bref, il y aura des A qui feront fortune aux dépens de certains B, C, D, qui seront ruinés.

Voilà l'équilibre rompu. L'argent est allé chercher l'argent : c'est une attraction immanquable, qu'aucune loi ne saurait empêcher, par la simple raison que ceux qui seraient chargés de veiller à son exécution seraient des hommes aussi, de sorte que l'on se trouverait toujours en présence de cette vieille question : Quis custodiet custodes ?

Donc, l'argent attire nécessairement l'argent. Passons à l'homme.

Il est toujours ennuyeux d'avoir à remonter aux pre-

mières notions élémentaires en traitant un sujet ; mais enfin, si c'est là le seul moyen d'éviter les malentendus, si même on se ménage par là une économie de digressions dansTavenir, il faut bien s'y résoudre.

La première attraction qui a dû se vérifier au sein du genre humain, c'est évidemment celle des sexes. Celle-là, nul ne saurait la nier, puisque la nature a spontanément établi ce dualisme dans le but de la conservation de Tespèce.

Nous avons donc, à Taube de toute société, pour le moins deux individus, une homme et une femme, d'où découle la famille.

Tant qu'un pays est peu habité, les familles peuvent y vivre longtemps sans même se connaître; mais deux causes tendent peu à peu à les rapprocher :

La première, la passion de l'amour, dont l'attraction persiste sans interruption ;

La seconde, le besoin de défense mutuelle, soit contre les bêtes fauves, soit contre d'autres hommes.

De ces deux causes attractives naissent d'abord les Aameauœ^ soit permanents, soit ambulants. Ces derniers s'appellent des camps.

Dans un cas comme dans l'autre, où vont -ils se placer?

A coup sûr, près d'une source, d'un étang, d'un lac ou d'une eau courante; car l'eau, c'est la vie.

Dans cette situation, l'homme se familiarise vite avec les phénomènes les plus élémentaires de la nature. Chasseur et pêcheur d'abord, il ne tarde pas à devenir pasteur, puis agriculteur.

Et ici vient se placer l'origine de la PROPEIÉTÉ.

« Le premier, dit J. J. Rousseau, qui, ayant enclos un « terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi ! — et trouva

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