LE BOURGEOIS DE PARIS
C'est ce qu'on n'admet pas. Paris brille quand même.
Dès lors les sommités sont inutiles. Comme ce ne sont que des biens meubles, qu'on les emporte, Paris n'en sointiUera pas moins.
Alors, la lumièt^ ne peut lui venir que de sa bourgeoisie ou de ses ouvriers. Or, cela se vérifie-t-il par le fait? Voilà, ce me semble, ce qu'on n'a pas examiné.
Si la lumière doit servir à quelque chose, c'est assurément à répandre le hien-étre^
Si elle ne fait pas cela, je ne vois pas trop pourquoi j'y tiendrais.
Or, voici ce qui est positif : Toutes les fois que le bienêtre a été troublé, c'est toujours le centre des lumières qui en a été la cause !
Jamais les troubles ne sont venus de Niort, toujours de Paris !
Pour un centre des lumières^ avouez que c'est au moins étrange.
Evidemment il y a dans cette machine quelque rouage de cassé, quelque vis qui ne serre pas, quelque ressort qui ne fonctionne pas.
Voyons la bourgeoisie. Certes, s'il y a une classe ayant besoin de la tranquillité, c'est bien celle-là. Pour elle^ Tordre, c'est la vie. Si elle est éclairée, elle doit donc chercher à ne pas troubler cet ordre sans lequel elle ne peut pas vivre.
Au lieu de cela, que faitrelle ?
Elle n'est pas la première à descendre daûs la rue, mais elle sait admirablement préparer les autres à y descendre.
Elle raille la religion et les autorités ;
Elle donne des leçons au pouvoir, surtout lorsque celui-ci ne veut pas d'émeutes ;
Y a-t-il un mauvais journal, bien haineux, bien effronté ? c'est elle qui l'achète ;
Arrive-t-il qu'un P. J. Proudhon quelconque ait T audace d'écrire : « La propriété c'est le vol ? » Aussitôt elle se récrie, mais c'est elle qui enlève le livre.
Dame I on n'est homme d'esprit, sans préjugés, qu'à la condition de l'avoir lu. Autrement, serait-on éclairé ?
Va-t-elle au théâtre voir le Gamin de Paris, pièce où le faux le dispute à Todieux? c'est elle qui applaudit avec frénésie au vers :
< Ce n'est qu'un baron qui se noie. »
Elle ne voit pas que ces bravos sont à l'adresse de la Commune future ; que l'ouvrier qui entend ce vers ne t oubliera pas^ dût-il oublier tout le reste de la pièce !
Elle est dans le bien-être jusqu'aux oreilles, et elle va crier : « Vive la Réforme I »
Puis elle s'étonne de voir arriver la « Réforme » avec la réjouissance par-dessus le marché !
Elle sait enfin que, si elle doit se garantir de la rouge, il faut qu'elle vote aux élections, et encore avec ensemble. Elle se garde bien de le faire.
Décidément ce n'est pas la bourgeoisie de Paris qui fait la lumière de Paris !
J'aime mieux le bourgeois de Niort !
Mais enfin, d'où vient-elle, cette fameuse lumière ?
De l'ouvrier, sans doute. Voyons.
C'était aux beaux jours de la Commune. On venait d'ouvrir le feu contre Paris. Je me trouvais, au rondpoint des Champs-Elysées, au milieu d'une foule qui contemplait, silencieuse, les éclairs du canon qui, partant des hauteurs de Meudon, fendaient l'obscurité.
Une seule voix, haute, arrogante, interrompait le silence. C'était celle d'un fédéré galonné qui, feignant de