CHAPITRE XXII Introduction
Avril 1874.
Avant d'aborder Timportant sujet qu'indique le titre de cette deuxième section, il est de mon devoir de traduire celles d'entre mes anagrammes (pages â/t à 36 et page 111) que j*ai implicitement dévailées dans les pages précédentes. Quatre d'entre elles, la 6% la 7% la 15% la 13% se trouvent déjà expliquées aux pages 123, 128, 154 et 158.
Je passe maintenant aux suivantes :
Le no ft : / .' querente plebe^ ibi plerique tremunt^ ilaque hostes malunt (ce qui n'était que trop vrai pendant la Commune), signifie :
La RéptAlique est théoriquement et pratiqwment nuisible.
LA DBVBNSB DU PATS. Il
162 LA DéF£N8£ DU PAYS.
J'ai consacré à cette proposition tout le chapitre XVIII de la première section (p. 119).
Le n*" 5 : Natianes sceleste bella agere timento : illis pax felkitatem Cereremque pollieita est. — bllrrrtj se traduit ainsi :
La libertés c'est le mal; H égalité ^ c'est V impossible; la fraternité^ c^est F extermination réciproque.
Voyez la page 120, et, mieux encore, tout le chapitre XVII sur la Commune (p. 112). II va sans dire que je n'entends parler ici que de la liberté politique.
Le n® 8 : Luge ! En pudor ! Parisios stultè petentes vilem necem. — adrs^ signifie :
Un despotisme éclairé est le plus parfait des gouver-
nements.
Je citerai, à Tappui de cette proposition, les seize premières années de Napoléon III et les chapitres XIX à XXI de la première section. Car c'est ainsi que j'entends le despotisme éclairé : respect de l'autorité suprême; initiative des lois maintenue à la couronne ; la discussion des lois et du budget réservée aux Chambres ; appréciation des affaires administratives accordée à la presse : appréciation libre quant au fond, respectueuse quant à
la forme.
Du coté du despote : respect scrupuleux des lois et
des droits personnels des sujets.
Et cette dernière restriction, qu'on ne l'oublie pas, n'est nullement en désaccord avec le titre de despote^ mot qui ne signifie autre chose que seigneur^ et que Ton a détourné de sa véritable signification quand ou a voulu faire la guerre aux princes.
Le n** 9 : Gallia^ sat corde démens ^ ore décor iit. -^ ecr, dit :
La démocratie, c'est le désordre organisé.
Ce que j'ai dit dans les chapitres préoités sur la Commune et sur la fiépublique démontre assez cet aphorisme. Aux pages 151 et suivantes, j'ai aussi montré les inconvénients du suffrage universel, dont on fait la pierre de touche de la démocratie.
Je sais bien que le parti impérialiste inscrit sur son drapeau ces deux termes : Suffrage universel^ démocratie. Eh bien, c'est là le défaut de sa cuirasse. Comme je n'appartiens à aucun parti monarchique en particulier, je n'accepte d'aucun d'entre eux quelque doctrine que ce soit contraire aux enseignements de Thistoire, sur lesquels se fonde exclusivement ma PHILOSOPHIE ABSOLUE.
Le n^ 14 : Nonne hominem deceret veritatem vestigare. nec modo insana stultaqiAe eloqui ? — fUllnns^ veut dire :
Le self-government est une maladie chronique qui conduit lentement les nations à la mort.
Je n'ai pas traité cette question eœ professo dans ma première section, mais la mauvaise opinion que j'ai de ce principe anglais du self-govemment perce de tous côtés.
Les doctrines que j'ai émises sur les chambres électives à temps, sur les droits de réunion et de la presse, et sur les <ic grands principes de 1789 y> ne laissent aucun doute sur la valeur que j'accorde à ce système qui s^intitule « gouvernement par soi-même », mais qui devrait en réaUté s'appeler : GOUVEENEMENT PAR QUEL- QUES MENEURS. Les orateurs, les instigateurs de révolte, les faux philosophes, qui chez les Juifs s'appelaient faux prophètes, voilà, dans les pays du self-govemment^ les vrais maîtres du peuple, qui par lui-même ne peut rien, mais qui donne sa sueur et son sang pour enrichir et porter sur le pavois les charlatans qui lui promettent la lune.
164 LA DÉFEErSE DU PATS.
Voici, du reste, ce que dit à ce sujet ma 10* anagnuniiie»
Ne hélium elate, ui $œpe^ et sine prudentia incipias. -^ et, signifie :
Le peuple est une masse inerte, incapable d'initiative.
Trois ans se sont écoulés depuis la publication de ces anagrammes, et la vérité des maximes qu*elles cachaient a reçu des faits accomplis dans ce laps de temps une consécration qui serait étonnante, si les siècles passés, si l'histoire ancienne scientifiquement envisagée, ne leur eussent déjà donné le caractère de certitude géométrique. Né le jour même de la Commune (18 mars 1871), cet ouvrage a subi les fluctuations des évén^nents qui se succédaient avec la rapidité de l'éclair ; le plan en a éprouvé de profondes modifications, mais le but est resté le même: combattre les erreurs qui aveuglent les nations et qui ont conduit la France au bord de Tabime.
A Tavénement de M. Thiers, j'ai cru, comme tous les hommes de cœur, trouver en lui un sauveur, et j'ai accompagné de mes vœux ses premiers pas. Mais lorsque je l'ai vu avec effroi se faire le chef de ce qu'il appelait la République conservatrice, j'ai lancé mon premier cri d'alarme le 5 septembre 1871, en composant les deux premières anagranmies de la page 111, lesquelles, en dehors de leur sens caché, témoignaient des sombres préoccupations du moment. Et à partir de là, chaque ligne fut une protestation contre le funeste régime d'alors .
Las, enfin, d'écrire à l'aventure, en m'attachant à discuter ce qui paraissait le plus pressé un jour et ne rétait plus le lendemain, il m'a fallu attendre que, grâce au 24 mai et au 19 novembre, l'esprit public eût repris assez de calme pour méditer ces grandes questions d'où dépend le salut du pays.
Eh bien, dans tout ce long intervalle, si plein d'événements, il ne s'est présenté, dans Tordre politique, aucun fait qui soit en désaccord avec les appréciations, les opinions, les thébries exposées jusqu'ici. Signalons-en rapidement quelques-unes.
J'ai dit que tout citoyen doit être soldat (1 ). Ce principe est désormais inscrit dans la nouvelle loi militaire.
Ce que j'ai dit au chapitre VIII sur TEmpire déchu n'a pas été démenti par les révélations postérieures. La lumière s'est faite, les calomnies sont tombées une à une» les ennemis les plus haut placés ont vainement tenté d'égarer l'opinion publique, toutes les cours d'Europe ont regretté Napoléon III, et, quel que soit l'avenir réservé à la France, le second Empire, malgré ses désastres militaires, amenés en grande partie par le k Septembre, restera toujours un point lumineux dans l'histoire moderne de notre malheureux pays.
La MoaT sociale (2). — Si la France se relève péniblement de l'affreuse maladie à laquelle elle a failli succomber, voyez l'Espagne, et jugez si la mort sociale est impossible !
Et V hélice du progrès (3) ? Sans parler du reste de l'Europe, Tavez-vous assez vue se produire en France, depuis le 8 février 1871 jusqu'au 24 mai 1873 î Que de replis I que de sinuosités I Nous voici dans une phase ascendante ; plaise à Dieu qu'elle continue !
Assez de récapitulation ! Etudion&-la, cette phase, et voyons par quels moyens elle pourra atteindre des déve^ loppements ultérieurs. Pour l'intérieur, tout promet ; nous avons une Assemblée nationale sage, clairvoyante, ferme, malgré les déchirements des partis ; elle nous a
(1) Chap. m et IV.
(3) Page 68.
(3) Chap. XVI.
donné pour chef un illustre soldat d'une loyauté sans tache, et aujourd'hui le premier espoir de la France.
Mais celle-ci n'est pas seule dans le monde : elle a des voisins, les uns hostiles, d'autres impuissants, d'autres enfin chez qui elle peut trouver des sympathies fructueuses.
Quelque immenise que doive paraître aujourd'hui Tavenir de la Russie, lorsque ce vaste empire renfermera les 300 millions d^habitants qu'il peut aisément contenir, ce qui se passera au bout de vingt générations peut-être ne doit pas préoccuper la nôtre, ni celles qui nous suivront de près. Aetuellement, la Russie non-seulement ne menace pas r équilibre européen, mais elle en est un élément conservateur important. Comme tous les soutiens de Tordre, elle a été accablée de calomnies par les partis qui n'aspirent qu'aux bouleversements. La France, dans le pénible enfantement de sa régénération actuelle, doit chercher auprès de la Russie un point d'appui qui, je l'espère, ne lui fera pas défaut.
L'empereur Alexandre II a maintes fois fait preuve de sentiments élevés ; il suffit de citer sa grande mesure de rémancipation des serfs, son œuvre personnelle, poursuivie par lui à travers tous les obstacles que lui opposait la noblesse de Tempire. Il en est résulté trois conséquences d'une immense portée, et dont peut-être on ne s'est pas assez rendu compte dans le reste de l'Europe. La première, c'est la délivrance de ûS millions de paysans, classe opprimée depuis plus de trois siècles; la seconde, la mise en valeur d'une immense étendue de terrains vagues ; car, afin de se dédommager de la perte de Vobrok^ redevance que payait à son seigneur le serf pour jouir du droit d^exercer une profession ou un état pour son propre compte, le propriétaire territorial s'est vu obligé de défricher et de mettre en culture des terrains qui^ avant
rémancipation^ ne Ini rapportaient rien; la troisième conséquence enfin, d'une importance toute politique, c*est la formation d'une classe moyenne nombreuse et aisée, dont il n'existait pas trace en Sussie.
On s* est beaucoup préoccupé dans ces derniers temps de certains projets d'agrandissement qu'on prête au czar : vrais ou faux, les raisons qu'on apporte à l'appui ne me paraissent pas concluantes. La visite de l'empereur d'Autriche à Saint-Pétersbourg est bien une preuve d'entente; mais en l'absence forcée de tout renseignement sur les entretiens intimes des deux souverains, les soupçons répandus à cet égard manquent de base. Se fonderait-on sur la nouvelle loi du service militaire obligatoire? Mais, d'une part, on ne peut pas prétendre que la Russie reste seule en dehors de ce mouvement qui se généralise par toute TEurope ; et, d'autre part, le manifeste impérial du 1*' (IS) janvier dernier s'exprime ainsi: « Nous ne convoitons pas la gloire militaire, et nous reconuaissons comme la meilleure destinée que Dieu nous ait réservée, celle de conduire la Bussie à la gloire par une voie pacifique. »
A côté de la Bussie, il existe une autre grande puissance dont les sympathies pour la France ne sont un mystère pour personne : c'est l'Autriche-Hongrie. Ennemie un instant par suite de malheureuses rivalités d'influence, elle doit se sentir suffisamment vengée par les événements.
L'empereur François-Joseph est personnellement un prince doué de qualités remarquables. Frappé par d'immenses désastres, il a su se recueillir, et, concentrant ses efforts sur une politique de paix au dehors, de conciliation à rintérieur, afin de donner à son pays le temps de se relever, il paraît avoir résolu le problème difficile d'établir un lien moral entre les deux parties de son empire.
et de se &ire aimer en deçà et au delà de la Leitha, en observant scrupuleusement la parole donnée.
Tel est le prince vers lequel la France peut sq^ns crainte tourner ses regards. Communauté de désastres, communauté de périls : peut-il exister de liens plus forts en politique? François-Joseph» d'ailleurs, paraît disposé à sortir de sa réserve habituelle. L'Exposition universelle, qui a attiré tant de têtes couronnées à la cour de Vienne, a joui du haut patronage de l'empereur d'Autrîdie- Hongrie. Sa visite au czar n'est à mes yeux qu'un symptôme du réveil d'une politique active (1), où les intérêts de la France pourraient ne pas être oubliés, sans que pour cela l'empire d'Allemagne y trouvât des motifs d'ombn^e.
Car, on le sait, je ne suis pas partisan de la revanche^ je confirme au contraire ce que j'ai dit à la page 69. La France a besoin d'une politique conciliante au dehors, ferme à l'intérieur : il lui faut un retour à des idées saines, au respect de l'autorité, à la haine du charlatanisme politique, et, avant tout, au sentiment religieux, attaqué aujourd'hui sans vergogne par des pseudo-philosophes, par des pseudo-savants et par des pseudo-patriotes.
Ce n'est pas par de pareils hiérophantes que se régénère un pays. Je l'ai dit déjà : sans Dieu il n'y a pas dk patrie! La véritable DÉFENSE DU PATS consiste donc surtout à combattre I'irriéligion^ première ennemie de la France. Tel est le but de ces pages, et je crois ne pou-
(1) Voir, à ce sujet, daps la 3^ année (1874) des Dioêhurerit annuaire littéraire de Vienne (chez Beck), divers passages d'une étude remarquable intitulée Diplomaten-Brevier et signée *r. C'est, comme son titre l'indique, un véritable Bréviaire du Diplomate» généralement attribué au D' Hermann Mejnert^un des premiers historiographes de l'Autriche» auteur des importants ouvrages : GêtchichU Œsterreichs; Geschichte d$t KriegiwettnM in Europa; KaUer Joseph II; Kaiier Franx L, etc.
voir mieux commencer ma tâche qu'en reproduisant ici un article publié par moi, il y a cinq ans, contre Teffroyable charlatanerie qui a osé s'aflfubler du nom de POSITIVISME, et qui n'a de positif que son absurdité.