CHAPITRE XXIV Discussion de rarticle précédent
Commençons par faire observer que la dernière page contient implicitement la démonstration des deux anagrammes suivantes :
Du n- 11 : Germant belli civilis exiiui atiendunt^ rem fenoraque sperantes. — eflss^ qui signifie :
A mesure que f instruction se répand, le sentiment religieuoo s^ affaiblit .
Etdun* 22 (p, 111): Anbellum civile quiesdt? Paulisper^ non nego; certe seditiones erutœ non sunt. — fgmnn, qui se traduit ainsi :
Une instruction incomplète est infiniment plus danger reuse que ^ignorance absolue.
J'appelle avec insistance sur ces deux aphorismes, qui se tien'nent, l'attention de ceux qui demandent avec tant d'importunité l'instruction gratuite et obligatoire. Le premier est démontré dans la page précédente avec cette rigueur qui n'appartient qu'à la PHILOSOPHIE ABSO- LUE, fille aînée des mathématiques; et j'invite là-dessus sans crainte les objections qu'on croira pouvoir me faire.
Le savant, je le répète, est amené à l'athéisme par Vorgueil de son savoir : je le désarçonne plus loia.
L^ignorant qui sait tout juste lire et écrire , car on ne se borne qu'à cela, et on ne peut pas faire da^ vantage, n'a pas les moyens intellectuels pour se faire un monde sans Dieu; maïs en lisant les mauvais journaux, il le trouve tout fait. Incapable de juger de la valeur des arguments que lui apporte son faux prophète, il se dit : « Voilà des choses que je ne comprends pas, parce que je n'ai pas étudié ; mais ce monsieur qui écrit si bien, il a étudié, lui ; il me dit tous les jours qu'il n'y a pas de Dieu : il doit le savoir. Aussi se moque-t-il à tout moment des ministres delà religion, de l'Eglise, des saintes Ecritures, et il ne lui arrive rien : Dieu ne le foudroie pas, donc il n'y a pas de Dieu. Du reste, je trouve cela fort commode : du moment qu'il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de punition pour le mal que je voudrai faire. D'ailleurs, ce monsieur qui écrit mon journal me dit aussi que je ne suis que chair et os, que je n'ai pas d'âme : alors comment y aurait-il un enfer? C'est clair comme le jour: tuer un homme, c'est comme si Ton tuait un bœuf. A la bonne heure ! à l'occasion, j'en ferai mon profit. »
A la suite de cela, notre homme apprend aussi par son journal que les autorités ne sont que des gens animés d'une seule pensée : celle de lui faire du mal et de lui faire payer des impôts pour s'en engraisser ; que son patron est un fourbe qui s'enrichit à ses dépens, qu'enfin s'il arrivait une révolution, tout le monde pourrait rouler carrosse, et mille autres folies.
« Ah, mais, me répondrez -vous, c'est que Finstruction n'est pas assez répandue : il faut lui donner de bons livres, de bons journaux, et lui apprendre l'économie politique : alors vous verrez... »