‹ La Défense et illustration de la langue françaiseChapitre 35 sur 42 · QUI SE VOUDRA RENDRE NEUTRE · texte numérisé non relu

QUI SE VOUDRA RENDRE NEUTRE

ntre les beaux et grands avantages que Dieu a donnez aux hommes pardessus tous les autres animaux, cestuy-ci estant un, qu'ils peuvent s' entrexposer1 leurs conceptions par le moyen du langage, il est certain que ceux qui sçavent mieux faire cela, n'ont seulement2 cest avantage gênerai, ains3 sont aussi avantagez pardesssus les autres hommes. Mais d'autant que le langage est comme l'instrument duquel ils usent, et qu'un bon ouvrier fait d'autant meilleur ouvrage qu'il ha meilleur instrument, il importe beaucoup, pour parvenir à ceste excellence, d'user d'un langage accompli en toutes sortes. Voyla pourquoy, si je puis gangner ce poinct, que nostre langue françoise surmonte toutes les vulgaires, et pourtant4 mérite le titre de precellence, il s'ensuivra aussi que nostre nation a un plus grand preparatif5 à l'éloquence qu'aucune des autres. Or estant ceste entreprise non moins haute que belle, et autant qu'elle est haute, autant importante à l'honneur et au proimt de nostre nation, de faire que nostre langue soit jugée excellente pardessus les excellentes, s'il vous sem-

ble, lecteur, que je n'aye pas bien debatu ceste cause, je vous prie vous souvenir du proverbe latin, qui dit qu'en grandes entreprises on a beaucoup faict quand on a monstre sa bonne volonté1. Joinct que2 j'ay espérance que ce plaidoyer ne sera qu'un coup d'essay.

Mais en tout événement vous plaise3 considérer outre cela, que comme une bonne cause, estant mal plaidee, est en danger d'estre perdue, aussi4 elle ne peut estre gangnee si on ne la met au hazard du plaidoyer. Si donc après avoir long temps attendu que quelcun de ces fameux et heureux advocats la vousist5 entreprendre, voyant ce retardement estre fort préjudiciable, je l'ay hazardee, il me semble que si je n'en ay telle issue6 que j'ay non seulement desiré,mais aussi espéré, je ne laisse pas d'avoir faict le devoir d'un personnage vrayement amateur7 de sa patrie. Je puis alléguer encore autre raison, qui mérite n'estre moins considérée : c'est qu'ayant congneu que le roy prendrait plaisir à ce plaidoyer, si je l'accelerois, et luy ayant promis de ce faire, je me suis aucunement8 persuadé que l'audience, laquelle sa Majesté me vouloit donner, porteroit si bon heur à ceste cause, que cela pourroit recompenser9 le défaut d'un plus suffisant advocat. Quoy qu'il en soit et qu'il en puisse advenir, bien peu de jours après luy avoir faict la promesse10, je m'en suis aquitté : sçachant bien que nostre proverbe, Qui tost donne deux fois donne11, se vérifie principalement à l'endroit des princes, et spécialement des rois. Il est vray que j'ay usé d'une façon un peu nouvelle, c'est de faire un plaider12 sommaire comme par provision, en attendant la commodité d'un second (par lequel je pourrais déduire mes raisons plus au long, en faisant aussi production d'autres pièces) ; mais en ayant adverti sadicte

Majesté, et voyant qu'elle l'avoit approuvée, j'ay estimé que son aveu3 me seroit une très bonne garentie.

Or pour ce que je prevoy que vous désirerez sçavoir de quels mémoires et de quelles instructions je me suis aidé en ce plaidoyer, je confesse que celles que j'avois autresfois mises à part, m'ont failli au besoin, et qu'il a falu que ma mémoire ait suppléé4 le défaut de tous ces mémoires : lesquels si j'eusse pu avoir, je me fusse hazardé5 de plaider la cause tout à faict. Car pour dire franchement tout ce que j'en pense, comme je recongnois que nostre France ha un grand nombre d'hommes plus suffisans que moy pour ce faire, aussi ne me veux-je pas6 mettre au nombre des plus insuffisans, où me rengeroyent volontiers ceux qui disent que parler grec est mieux mon mestier que parler françois. Je leur confesse7 librement une partie de leur reproche; sçavoir est, que j'ay faict autresfois mestier de parler grec, et nommément à Venise, avec un gentilhomme grec, nommé Michel Sophian8 (et que ceste promptitude9 m'estoit venue de ce que j'avois appris la langue grecque avant la latine) : mais je leur nieray l'autre partie, que ce langage estranger m'ait gardé10 de sçavoir bien parler celuy qui m'est naturel.

Les mesmes m'objectent aussi les voyages que j'ai faicts parcidevant11, et que jefay encore ordinairement es pays loingtains, où on parle un langage du tout12 différent au nostre; comme si ceste discontinuation devoit beaucoup incommoder ma mémoire (qui est13 une chose semblable à celle qu'on a dicte de Xenophon, pour luy oster l'honneur de parler purement) : mais je respon qu'au contraire j'expérimente en ceste discontinuation, n'estant point trop longue, une telle chose que14 dit Plut arque des peintres : qu'ils jugent mieux de

leurs ouvrages, quand ils ont esté quelque temps sans les regarder. Et qu'ainsi soit1, la discontinuation a esté cause de me faire prendre garde de plus près à quelques changements et quelques nouveautés de mauvaise grâce, qui eschappent à aucuns mesmement des mieux parlans,pour s'y estre peu à peu accoustumez, en ne bougeant d'un lieu.

Nonobstant lesquelles choses, je déclare que je ne trouveray point mauvais que ceux qui se sentiront estre en meilleur equippage que moy pour emporter ceste victoire, se vueillent2 mettre en ma place : au contraire, je la leur quitteray3 de gayeté de cueur. Car je n'estimeray avoir peu faict, quand j'auray faict prendre envie à quelque autre de faire mieux.

Il faut aussi que je responde pourquoy sçachant que nostre langue avoit deux compétiteurs, l'italien et l'espagnol, je n'ay combatu que l'un, asçavoir l'italien. Je dis donc que je n'ay voulu m'attacher qu'à luy, pour ce que je m'asseurois4 que luy ayant faict quitter la place, je pouvois aisément venir à bout de l'espagnol : veu que je l'estime luy estre beaucoup inférieur, pour les raisons que je deduiray ailleurs.

Pour donc ne parler maintenant que des Italiens, je di qu'un proverbe fort célèbre nous donne une prérogative pardessus eux, quant au chant, non moins que pardessus les Espagnols : Balant Itali, gemunt Hispani, ululant Germani, cantant Galli5; laquelle prérogative me semble estre aucunement un préjugé6 pour nous, quant à obtenir la precellence dont il s'agit. Et toutesfois je proteste que je ne l'eusse point demandée, si je n'eusse veu quelques Italiens avoir osé préférer leur langage non seulement au nostre, et à tous les autres vulgaires qui sont aujourdhui, mais aussi au grec et au latin. Car je

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confesse que j'ay pris ces te préférence tant à cueur, que j'ay voulu essayer de vérifier sur eux un de nos anciens proverbes : Qui monte plus haut qu'il ne doit, descend plus bas qu'il ne voudroit. Et pourceque plusieurs ne croiroyent pas aisément qu'ils se fussent tant oubliez1, je nommeray ici par nom et surnom celuy qui a mis les autres en train. Je di donc qu'il y a environ neuf ans qu'un Florentin, nommé Benedetto Varchi2, en un dialogue intitulé VHercolano (auquel il discourt généralement des langues , et particulièrement de la toscan e) , luy donne ceste louange, l'appelant la lingua volgare, comme aussi il nomme la florentine ; combien que quant à l'honneur et au degré il la sépare de la toscane mesmement. Et celuy qui depuis a escrit un livre qu'il a nommé Difesa délia citta di Firenze et de i Fiorentini, contra le calunnie et maledicentie de maligni3, s'arrête à ce jugement de Benedetto Varchi, comme si c'estoyent mots d'évangile. Il ne faut pas demander en quel reng mettent nostre langue ceux qui veulent faire marcher la greque et la latine après la leur; mais il faut demander pourquoy leur dire ne seroit subject à caution : veu mesmement que nous avons pour l'honneur de la nostre (outre tant de raisons que j'allègue en mon traitté) un tesmoignage qui en vaut une douzaine ; pourcequ'il est d'un ancien personnage, qui estoit de leur Florence, précepteur du poète Dante. Car cestuy-ci, nommé Brunetto Latino4, a laissé un livre composé en langage françois, et depuis traduit en italien (où il est nommé UThesoro), dedans3 lequel il confesse le parler françois estre non seulement plus en usage, mais aussi estre plus plaisant que tous les autres. Or je leur laisse penser s'il eust ainsi parlé de nostre langue, sinon qu'il eust veu la sienne, asçavoir la florentine, n'estre rien à comparaison6, non plus que

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les autres vulgaires. Ils me respondront que depuis le temps auquel vivoit ce Brunetto, leur langue a beaucoup acquis de beauté et de richesse; et moy seray-je muet? ne leur puis-je pas répliquer que la nostre a faict le mesme? Voire puis et doi adjouster qu'elle peut reprocher à la leur (puisque son ingratitude la contraind d'user de reproche), qu'une grand' partie de son embellissemert et enrichissement vient de ses biens : comme je le monstre évidemment en mon livre. Veu donc que la nostre, la renouvelant ainsi presque toute, l'a faicte comme renaistre, faut-il demander qui est la première des deux? Non plus, certainement, qu'on demanderait qui est la première, la mère ou la fille. Joinct que quand ceci ne seroit, nous avons des rommans1 qui pourroyent estre les bisayeulx, voire trisayeulx du plus ancien auteur qu'ils ayent. Mais je confesse bien qu'entre leur temps (je di des Italiens qui sont aujourdhuy) et le nostre, il s'est faict plus grand remuement de mesnage2 en nostre langue qu'en la leur (et principalement quant aux terminaisons) : comme aussi il fut grand entre le temps d'Ennius et de Virgile.

Tant y~a que3 si on considère bien Testât auquel leur langage et le nostre sont maintenant, je puis alléguer beaucoup de raisons (outre celles que j'ay deduictes plus particulièrement), pour lesquelles il n'y a aucune apparence de comparaison entr'eux. Car non seulement nous avons nos langues plus à délivre4 que les leurs pour prononcer les mots grecs et latins que nous empruntons, sans les dépraver comme eux (de quoy j'ay amené beaucoup d'exemples), mais aussi nous avons un langage qui n'est point subject à tels changemens qu'on voit avenir au leur, et à une telle incertitude. Car ils ne sont pas en débat touchant l'orthographie6 seule-

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ment (lequel ils nous pourroyent aussi objecter, encore qu'aujourdhuy il ne soit pas tant eschauffé), mais touchant plusieurs vocables, que les uns disent estre de mise1, les autres ne les veulent non plus recevoir que fausse monnoye : voire se gardent d'en user (ainsi que j'ay monstre par un passage du Tomitan2) comme si c'estoyent des paroles propres pour invoquer les diables. Et sur cela Dieu sçait les belles raisons qui sont mises en campagne tant d'une part que d'autre ; comme de la part de Castelvetro3 assaillant, et de Annibal Caro4 défendant. Lesquels je ne nomme point par mespris, ains estant marri que deux tels personnages ayent appliqué à cela leur esprit qui estoit capable de si grandes choses, et principalement celuy de Castelvetro. Car je les ay congneus tous deux, et mesmes ay eu bonne part en leur amitié, de leurs grâces5; et ne préfère point l'un à l'autre, à cause du titre qu'il me donne en un sien livre (duquel titre je me sen trop chargé6), mais poiuceque je puis monstrer la vérité estre telle. Toutes fois, sans entrer plus avant en ceste comparaison, n'est-ce pas grand pitié7 que deux si grands personnages, au lieu d'employer le temps à des escrits qui les pouvoyent rendre admirables, l'ayent employé à des disputes touchant leur langage maternel, qui les rendent quasi ridicules? Or la-dessus Benedetto Varchi8 et autres se sont jettez à la traverse, et ont tellement brouillé les cartes, que le vray et nayf langage italien n'est plus qu'une idée platonique. Je sçay bien que des le temps de Bembo9 l'incertitude y estoit grande, et luy tant mieux pensoit parler, tant plus10 estoit moqué11 (tesmoin l'evesque qui luy demanda en une église de Padoue, si elle ne luy sembloit pas molto scannevok12) ; mais elle est tant augmentée de?

puis, qu'on trouvera vray ce que je vien de dire.

Ils ne peuvent pas objecter le mes me à nostre langage : car jamais il n'a falu que les plus grands personnages de nostre France ayent mis1 la main à la plume pour nous apprendre à parler franco is. Et quand ils l'eussent mise, prenans ceste peine de gayeté de cueur, et pour leur plaisir (encore qu'elle n'eust pas esté du tout inutile à quelque partie du commun peuple), il ne leur fust pas avenu, comme à tant d'Italiens qui ont escrit de leur langue, de se contrarier tellement que les lecteurs s'en fussent retournez plus incertains que paravant2. Si est-ce3, diront-ils, que vous ne pouvez nier qu'en vostre langue pareillement n'y ait beaucoup de mal, et qu'elle n'ait perdu beaucoup de sa pureté. Je sçay bien qu'ils ne peuvent ignorer ce mal, veu qu'ils en sont cause en partie; j'enten, quant à leurs mots qui se meslent parmi les nos très4. Mais je respon que le mal, Dieu merci, n'est pas si grand qu'ils pensent : veu qu'il n'approche point du cueur de nostre France. Car j'estime qu'en cas de langage je puis appeler le cueur de la France les lieux où sa nayfveté et pureté est le mieux conservée : de sorte que tous y sont d'accord que ces vocables estrangers nous doivent servir de passetemps plustost que d'ornement ou enrichissement, et que le langage de ceux qui en usent autrement, doit estre déclaré non pas françois, mais gastefrançois5.

Toutesfois, quand bien6 ce mal que j'ay dict ne seroit non plus en leur langage qu'au nostre, on voit par mon discours qu'il ne se peut aucunement égaler à luy. Lequel discours ne sera trouvé que trop long par celuy d'entr'eux qui voudra y respondre, mais trop court par plusieurs François, qui sçauront combien d'autres raisons et exemples je pou vois alléguer. Et peut estre

qu'aucuns, voyans que j'ay estendu1 plus au long le poinct de la richesse que les deux autres qui précèdent, diront que puisque ainsi es toit, je de vois passer plus avant, et parler encore plus amplement de celle qui consiste tant en l'ancien langage qu'es proverbes; mais j'ay espérance de faire un traitté à part touchant ces deux choses2. Et à fin de ne rien dissimuler, je confesse que ce qui m'a faict discourir plus succinctement touchant les deux autres poincts (usant d'une façon mieux convenable au titre), c'a esté que je n'avois destiné que l'espace de quinze jours à ce traitté, à fin de pouvoir m'aquitter de la promesse que j'en avois faicte au roy, et cependant ne faillir pas à une autre, faicte à quelques amis touchant un voyage.

Mais je croy bien qu'à l'endroit des Italiens je n'auray besoin d'aucune excuse touchant cela, et qu'au contraire ils diront que partout je n'ay esté que trop prolixe pour eux. Si veux-je bien3 qu'ils sachent que je les ay espargnez, et n'ay pas faict du pis que j'ay pu (car je leur pouvois os ter l'honneur de ce mot aussi sonnetto, et dire que nous avions sonnet avant qu'eux eussent sonneito*; voire objecter que Pétrarque a pris quelques inventions de nos poètes provençaux) ; mais, quand je leur eusse faict du pis qu'il m'eust esté possible, cela ne m'eust-il pas esté pardonnable, puisqu'il estoit question de gangner ma cause? Je m'en rapporte aux advocats mesmement de leur pays ; car je ne doute point que ceux-là, aussi bien que les nostres, ne se proposent ce vers d'Ovide pour une règle,

Et quae non prosunt singula, multa juvant5; et que quelquesfois aussi, en plaidant (encore qu'ils n'y

aillent pas ainsi à fer esmoulu1 comme les nostres, et principalement ceux qui ont à faire à une cour de parlement de Paris), ils ne se proposent ce vers de Virgile, pour le prattiquer,

... dolus an virtus, quis in hoste requirat2?

Quant à ce qu'en mon Discours je ne me serois attaché qu'à leur langue, laissant l'espagnole, je di (outre ce que j'en ay dict parcidevant) qu'ils le doivent interpréter à un très-grand honneur; car je confesse par cela priser autant la leur que je mesprise l'espagnole : comme celle qui n'osera (ou, pour le moins, ne devra point oser) comparoir en champ de bataille, après qu'une, à qui elle3 est beaucoup inférieure, aura esté vaincue. Et c'est suivant ceste règle : Si vinco vincentem te, multo magis vincam te.

D'autant donc que je leur voulois faire cest honneur de ne m' attacher qu'à leur langue, et qu'il estoit impossible de monstrer les raisons pour lesquelles je preferois la nostre à elle4, sans faire comparaison de nos vocables et façons de parler avec les leurs, il m'a falu en cest examen user d'un peu de rigueur, qui me sembloit nécessaire pour gangner ma cause. Et c'a esté toutesfois sans poursuivre ceste comparaison de nostre nation avec la leur, plus avant que ce qui concerne le langage. Car outre ce que telle chose estoit hors de propos, quand bien5 l'occasion se fust présentée, je ne l'eusse point voulu prendre : tant pource que ma plume n'a point accoustumé de se mettre à telles matières qui font tomber en des invectives (encore qu'aucuns m'ayent preste ceste charité de me vouloir faire auteur d'une plus dangereuse6, moy pouvant7 prouver

mon alibi de cent lieues loing) , que pource aussi qu'ayant demeuré quelques années en Italie, et distribué ce temps par les principales villes d'icelle, je ne puis ignorer que si Dieu a doué nostre nation de quelques grâces que la leur n'ait point1, il l'a récompensée2 en quelques autres qui leur sont pareillement peculieres3. Et toutesfois si je me fusse attaché au langage des Espagnols, je ne sçay pas s'il m'eust esté possible d'user de la mesme discrétion; car je leur sçay d'autant plus mauvais gré qu'ils veulent passer encore plus avant que les Italiens : tellement qu'on peut bien dire, en se servant des paroles du poète Lucain,

Nec quemquam jam ferre potest I talus ve priorem, Hispanusve parem4.

Mais s'il plais t aux Italiens que nous facions paix5 ensemble, en nous accordant ceste precellence de langage que nous prétendons nous appartenir, nous leur aiderons à renger les Espagnols en telle sorte, qu'au lieu qu'ils vouloyent que le leur marchast le premier, jura dios* qu'il faudra en la fin qu'il marche tout bellement après les autres. Et au cas que les Italiens ne vousissent7 accepter ceste offre, que je leur fay d'un franc cueur, comme vray françois, ainsi qu'ils ne devront trouver mauvais que j'aye combatu contr'eux, tant qu'il m'a esté possible, selon le temps, pour l'honneur de nostre langage, aussi trouveray-je bon qu'ils facent le mesme8 pour la réputation du leur, aussi bien contre nous que contre les Espagnols; remettant le jugement à^ce que dit un de nos anciens proverbes françois, par lequel je conclurray : Chacun dit, j'ay bor droic, mais la veue descouvre le faict.

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