Servan à Dumouriez, 23 septembre
dé
négociation. « Les généraux des armées du Nord et du Centre (1), ayant fait connaitre au conseil qu’il leur a été fait des ouver- .tures de la part du roi de Prusse, qui aurait quelques dispositions à entrer en négociations, le conseil après avoir délibéré sur cette communication, arrête qu’il sera répondu :
que la République française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes Prussiennes n’aient entièrement évacué le territoire Français. »
Cette déclaration solennelle et inopportune, faite pour frapper l’opinion publique, est publiée trop tard heureusement pour empêcher l’astucieux Dumouriez de jouer les Prussiens. Quand le 28 septembre le duc de Brunswick y répond par un nouveau manifeste parfaitement inacceptable, le général peut rompre sans crainte les pourparlers car il est arrivé à son but. L’inaction de huit jours dans laquelle il a maintenu l’armée ennemie, équivaut à une seconde victoire. L’envahisseur dont les troupes sont rongées par la dysenterie n’a plus aucune velléité d’offensive ; sa seule ressource est désormais une prompte retraite.
Pour arriver à ce beau résultat, Dumouriez n’a pas eu seulement à tromper l’adversaire ; il lui a fallu se défendre contre la jalousie de Kellermann et la méfiance de Servan.
Au lendemain de Valmy, nous avons vu ce dernier linviter à battre en retraite. Dumouriez qui s’estime vainqueur, s’y refuse et décide de demeurer sur place dans son camp de Sainte- Menehould, pour contraindre Brunswick à l’immobilité et profiter de son inaction forcée pour appeler à lui toutes nos forces disponibles et cerner les Prussiens avec quelque 100.000 hommes.
A cet effet, il ordonne à Sparre commandant à Châlons, d’envoyer 15.000 hommes entre le Fresne et Tilloy ; prie d’'Harville qui se trouve à Reims, de se porter sur la Suippe et de se retrancher avec ses fédérés dans. le camp d’Auberive (2).
Il écrit aussi à Biron, de détacher de l’armée du Rhin un corps de 15.000 hommes pour couper à l’ennemi la route de Verdun (3) : «tout se réunit ici, mon cher Biron. Le roi de Prusses ’est fourré dans le guêpier…. Vous m'avez mandé que vous avez 15.000 hommes prêts. Faites-les marcher par Metz et Toul sur Bar avec grande diligence. Là, je vous indiquerai les moyens de couper la communication de Verdun. Ne perdez pas de temps : nous tenons les ennemis et sous 15 jours nous pouvons ruiner leur armée et terminer la guerre. Jè réunis ici près de 100.000 hommes. Je couvre Reims, Châlons et Vitry : votre armée achèvera le
1. Séance du Conseil du 25 septembre, Aulard, I, 70. 2. Dumouriez à Sparre et d'Harville, 24 septembre. 3. Dumouriez à Biron, 25 septembre.
reste. » Mais cette lettre arrive trop tard, quand Custine a pénétré- dans le Palatinat avec l’armée des Vosges (1).
Néanmoins, grâce à ses habiles dispositions, Dumouriez va,
bientôt entourer les forces Prussiennes ; mais Kellermann qui s’attribue la gloire de Valmy (2) et supporte mal de servir sous ses ordres (3), menace de faire tout manquer en abandonnant son collègue pous se retirer derrière la Marne (4).
Vainement Dumouriez tente-t-il la conciliation, l’exhortant à patienter quelques jours. Kellermann répond : «je ne vous ai joint que parce que vous étiez dans la presse. Vous vous entétez à Sainte-Menehould ; mais je ne donne pas dans vos grandes mesures et je vous déclare que si vous ne prenez pas un part, je saurai prendre le mien. Vous avez votre armée et moi la mienne ; vous ne pouvez disposer de mes troupes, ni me dicter des mouvements; nous sommes deux généraux indépendants l’un de l’autre.» (5)
Sans se laisser impressionner, Dumouriez lui déclare qu'il ne réclame pas le commandement ; mais qu'il trouve Juste que celui dont le plan sera adopté commande la totalité de l’armée (6).
Il écrit en même temps à Servan, pour soumettre la question au conseil exécutif provisoire : « je vous adresse, monsieur, toutes les pièces qui vous feront juger de notre position. J’ai fait un plan de réunion pour tenir ce pays-ei : Kellermann en fait un pour se retirer et pour vivre. Pesez dans le conseil si vous devez remettre ma lettre à la Convention nationale pour donner du poids à votre avis et pour vous procurer une décision ; ou si vous pouvez la donner vous-même, bien claire et bien catégorique. /téunion où Retraite. En cas, envoyez des ordres à celui des deux dont l’avis l’emportera : il doit commander en chef l’exécution de son plan et l’autre doit être à ses ordres : sinon la discorde sera mise entre nous et tout est perdu. Kellermann est un bon militaire, très estimable et je ne serai ni curieux, ni
1. Dumouriez reprochera à Biron de l'avoir ainsi empêché de terminer la guerre en trois semaines, par une capitulation au lieu d’une négociation. Dumouriez à Biron, 28 septembre.
2. I écrit à Servan le 24 septembre : « j'ai l'honneur de vous envoyer cijoint un duplicatum de l'affaire du 20. Je n'ai pas voulu faire chanter le Te Deum à cette occasion, que je n'ai des ordres du conseil exécutif ; mais je vous prie d'en faire donner ; car je dois à mes troupes et à moi-même Ja plus grande authenticité de ce jour mémorable, qui a été pour moi et mon armée le plus beau de notre vie ».
3. « Dumouriez se trompe fort, écrit-il à Servan, s’il pense que je me rangerai immédiatement à ses ordres. Il signe depuis plusieurs jours chef de l'armée, Sans rien lui dire, je fais de même. Je sais conduire mes troupes, je l'ai prouvé ». Kellermann à Servan, 24 septembre,
4. Kellermann à Servan, 24 septembre, et à Dumouriez, 25 septembre.