Dumouriez à Servan, 25 septembre
2, Projet d'adresse à la” Convention Nationale, 25 septembre. 3, Dumouriez à Danton, 28 septembre.
Le général fait porter ses missives à Paris par exprès. Servan est rien moins que convaincu par la lecture des lettres qui lui sont adressées. Tenant avant tout à couvrir Paris, à protéger l’assemblée, il vient d’écrire à Dumouriez (1) « nos législateurs ont besoin d’un grand calme pour n'être pas entraînés malgré eux, hors des mesures de sagesse qui doivent nous sauver.» Il préconise à cet effet le plan suivant : Kellermann se porterait sur Châlons par une marche dérobée et ralliant à lui Sparre et Dubouquet, défendrait les passages de la Marne en s’installant soit à Jaalons, soit à Ay. Damouriez occuperait une position défensive sur la montagne de Reims et s’il en était délogé, retraiterait sur lismes.
Servan n’accepte donc pas & priori la thèse du commandant de l’armée des Ardennes. Au contraire, il le presse d'abandonner son camp de Sainte-Menehould et de se replier sur Châlons «si... par quelque moyen que ce soit, vous pouvez vous rapprocher de la Marne, je vous en conjure au nom de la chose publique, n’y perdez pas un moment (2).» Et le lendemain (3) : «j'espère toujours, mon cher général, que vous resterez convaincu, ainsi que nous, que vous n’avez plus un moment à perdre pour vous rapprocher de la Marne, afin de couvrir par là Châlons, Reims, et les superbes campagnes du Soissonnais et de la Brie; que nous importe actuellement que l’ennemi occupe les plaines arides de la Champagne. personne ne vous voit tranquillement à Sainte-Menehould, tandis que les uhlans viennent insulter les faubourgs de Reims. »
Mais si le ministre de la guerre ne comprend pas la situation, Danton, dès qu’il apprend le désaccord survenu entre Damouriez et Kellermann, appuie le premier de toute son autorité dans le conseil exécutif ; car il estime qu’il faut laisser au plus habile la direction de la guerre. Grâce à son énergique pression (4), Servan cède (5). Le conseil exécutif nomme Dumouriez commandant en chef des deux armées. « Vous commanderez les armées, lui écrit le ministre de la guerre, tant qu’elles resteront réunies, puisque vous êtes l’ancien et que c’est votre droit; mais vous n’en aimerez pas moins Kellermann et vous agirez de concert avec lui; car enfin, nous tous qui sommes résolus à sacrifier
Servan à Dumouriez, 23 septembre, Servan à Dumouriez, 26 septembre.
Servan à Dumouriez, 27 septemhre, Danton envoie en outre Fabre d'E glantine au camp de Sainte-Menehould pour réconcilier les deux généraux.
5. Il charge de son côté Westermann, qui part avec Benoit négocier la paix avec la Prusse, de ménager une réconciliation entre les 2 généraux.
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notre vie, nous saurons bien au besoin sacrifier notre opinion» (1).
Avant même d’avoir reçu pleins pouvoirs de Paris, l’habile Dumouriez est parvenu à triompher des hésitations de Kellermann, en lui montrant qu’en adoptant son plan de réunion, l’armée française appuira sa gauche à Sainte-Menehould et sa droite à la Marne. 11 peut donc écrire à Servan (2) : «le petit nuage est entièrement dissipé entre Kellermann et moi. Je lui ai développé mon plan. Il l'entend parfaitement bien, il l’a entièrement adopté et nous sommes convenus de tous nos faits. x |
Si j'ai votre confiance, comme vous me le mandez dans toutes vos lettres, n’écrivez rien qui puisse me faire croire le contraire. Si non, je vous demanderai des ordres, je les exécuterai et vous répondrez de tout. Ne vous laissez pas aller par les frayeurs de Ia ville...
Je suis arrivé à Sedan le 28 août. La totalité de l’armée du traître Lafayette était de 17 à 18.000 hommes. Le roi de Prusse et Clerfayt en avaient 80.000 contre moi. Je leur ai tenu tête sans être entamé jusqu’au 15 de ce mois.
Depuis lors, au moyen de différentes réunions, j’ai rassemblé au camp de Sainte-Menehould 58.000 hommes. Ce camp, contre lequel on crie tant à Paris, a tenu si bien en échec l’armée Prussienne, que quoique placée entre Reims et Châlons et moi, elle n’a osé pénétrer ni à Reims, ni à Châlons. Je suis arrivé au point d’épuiser cette armée par les bivouacs, la famine, les maladies et la désertion. J’ai eu l’avantage de tous les combats particuliers. C’est en quoi le brave Kellermann m’a vigoureusement aidé. J’ai été le Kabius, il a été le Marcellus et nous menons sensiblement l’animal Brunswick... »
Et il ajoute (3) : « Quant au conseil perpétuel de me rapprocher de la Marne et de me mettre derrière elle et de séparer l’armée en deux ou trois petits paquets, je me garderai bien de le suivre. Il est bien prouvé à présent que les prussiens n’ont pas osé aller à Châlons ou à Reims. Voilà mes réunions faites, ou elles le seront avant le 30, et je n’irai pas gâter la campagne, faire une retraite déshonorante, qui ôterait à notre armée toute son énergie et sa confiance, dans le temps où je force les Prussiens presque à capituler et où d’après le début de négociation de M. Thouvenot.…. l'ennemi offre pour première condition de se retirer derrière la
Meuse.