Servan à Biron, 7 septembre
d'éclat sur les lignes de communication de la colonne brunswickoise. |
Il propose d’abord un plan de déblocus de Thionville qui emporte les suffrages du ministre : «une armée lui répond-il (1), commandée par un chef intelligent, pourrait en se plaçant sur le flanc des ennemis et en les privant de leurs vivres, leur causer de grands embarras et les obliger à rétrograder avec promptitude. » Dumouriez applaudit de son côté à cette idée et demande de faire marcher Custine sur Metz, Toul, Bar-le-Duc, pour couper aux Prussiens le chemin de Verdun (2). Mais après mûre réflexion, Custine et Biron trouvent l’entreprise trop hardie (3). L'on se contentera de pousser une pointe rapide sur Spire, dont la proximité et la garde insuffisante, sont les gages d’un prompt et brillant succès (4).
Le ministre approuve ce nouveau plan sans trop de difficultés (5) et l'exécution en est fixée au 22 septembre. Mais le mauvais temps la fait reporter de plus d’une semaine. C’est seulement le 29 septembre, que la petite armée de Custine se met en marche.
Rappelons en quelques lignes ses éphémères succès. Le 1er octobre, après un combat acharné, elle enlève Spire de vive force. Le 4, Neuwinger s'empare de Worms sans brüler une amorce et le lendemain, un détachement aux ordres de Schwardin occupe Philippshbourg. Un abondant butin, comprenant notamment de larges contributions en numéraire, s’entasse dans les chariots de l’armée des Vosges.
Cependant le 10 octobre, le bruit court qu’un corps Prussien
arrive à marches forcées. Custine effrayé abandonne brusquement ses conquêtes et se replie en hâte sur Landau.
d) Armée du Midi. — Etat de l'armée du Midi, Préparatifs et plan de Montesquiou. Son approbation par Servan suspend la destitution dont il est menacé. Instructions du ministre (8 et 11 septembre), Invasion de la Savoie. Décret prononçant la destitution de Montesquiou (23 septembre). Servan s'appuyant sur les premiers succès du général, en fait suspendre l’exécution.Publication du décret de destitution au Monileur. Montesquiou démissionne et la Convention rapporte le décret, Anselme et l'invasion du comté de Nice.
Montesquiou avait reçu le 12 avril, le commandement de l’armée du Midi. Le 25, il rejoignait son poste et constatait malgré les
affirmations contraires données à Paris, que tout manquait à ses troupes.
. Servan à Custine, 20 septembre ; l . Dumouriez à Servan, 25 septembre.
. Biron à Dumouriez et Servan, 1er octobre.
. Custine à Biron, 16 septembre et Biron à Custine, 17 septembre. . Servan à Custine, 21 septembre,
GE Dm
«Arrivé à l’armée, écrira-t-il plus tard (1), je-n’y trouvai pas même les premiers préparatifs d’un rassemblement ; point d’armes dans les arsenaux, pas un caisson, ni pour les vivres, ni pour les hôpitaux, pas un cheval d’artillerie, pas une tente, à peine quelques pièces de régiment sans le moindre approvisionne-
. ment; ni officiers généraux, ni état-major ; enfin il n’était pas
plus question d’armée que si nous étions au sein de la paix... Je me hâtai d’apprendre au ministre combien l’assemblée et lui étaient trompés.. Je ne m'en tins pas là... J’envoyai à Paris le citoyen Vincent, commissaire des guerres... Son travail répondit à mes espérances ; mais l’établissement d’une armée est un objet immense, et les ordres du ministre pour les différents marchés n’ayant pu être donnés que dans le mois de mai, les livraisons de chevaux tant pour l'artillerie que pour les convois militaires etc... ne commencèrent qu’en juillet et ne devaient être complétées qu’à la fin de l’année...
Après quatre mois de soins infatigables. j'étais parvenu à la fin d’août à me mettre en état de former une entreprise d’agression en Savoie et dans le comté de Nice. [ s’en fallait encore beaucoup que les deux corps d'armée qui y étaient destinés fussent pourvus de tout ; mais le strict nécessaire y était (2).»
Le général soumet en effet le 17 août au ministre un plan comportant l’attaque simultanée de la Savoie et du comté de Nice (3).
Servan approuve : «je m’empresse monsieur, de m'occuper de la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 17... Vos vues d'attaque sur la Savoie et le comté de Nice sont entièrement d'accord avec celles du conseil exécutif et vous recevrez sans doute prochainement des ordres positifs à ce sujet. Je vous prie de tout faire pour vous y disposer » (4). Il autorise à prendre 36 pièces d'artillerie à Auxonne, 57 à Toulon et annonce l’envoi de chevaux de trait. Il lui donne carte blanche pour se fournir
de fusils.
La situation se modifie brusquement, par suite de l'invasion Prussienne, qui contraint le ministre à faire appel à l’armée du Midi pour renforcer celles du Rhin et du Centre (5). « Les événements du moment, monsieur, écrit Servan le 1€ septembre,
1. Correspondance du général Montesquiou avec les ministres et les généraux de la République. Paris, an IV, préface, page 8.
2. Le corps de Montesquiou comprend : 10 bataillons et 4 escadrons au camp de Tournus ; 12 bataillons et 8 escadrons au camp de Cessieux. Celui d'Anselme ne compte pas plus de 3.000 hommes de troupes de ligne.