S LA DÉFENSE NATIONALE
le moment venu de se venger, laisse déborder l’amertume entassée dans son cœur...» ce rôle, fut admirablement joué par Pache », écrira Mme Roland (1).
En attendant, il gagne chaque jour dans la confiançge de son patron, qui le présente à ses amis comme un homme n’ayant pas d'autre opinion que la sienne, qui n’écrit, n’agit, ne parle que sur son inspiration.
Après la chute du ministère girondin, Pache profite de la popularité qui accompagne Roland dans sa disgrâce. Sa section le nomme secrétaire, puis commissaire, enfin le délègue à lhôtel de ville, pour rédiger l'adresse à l’armée et la pétition de déchéance. En septembre, il est élu troisième député suppléant de Paris à la Convention (2).
Le 10 août, Roland de retour au pouvoir, demande à Pache sa collaboration. Il refuse; mais offre Faypault. Roland lui propose alors l’intendance du garde meuble de la couronne. Pache refuse encore et désigne Restout pour ce dernier poste. Toutefois, sur les instances du ministre de la marine Monge, il accepte de se rendre à Toulon pour y rétablir l’ordre dans l’administration (3).
Qelque temps après, lorsque Roland pour répondre aux suffrages des électeurs de la Somme donne sa démission, le 26 septembre, il propose en ces termes son remplaçant au choix de la Convention : «un seul citoyen pouvait occuper la place diffcile du ministre de l’intérieur, le vénérable Pache, nouvel Abdalonyme, modeste, sage, ennemi de tout espèce d'éclat, apprécié de ceux qui le connaissent, plein de dévouement à la chose publique » (4). À
Mais comme Roland conserve le portefeuille de l'intérieur, il appuie la candidature de Pache à la place de Servan, auprès de ses amis de la Gironde. Il sera, à l’en croire, son alter ego dans le conseil exécutif. Avec Roland, Clavière et Lebrun, le nouveau venu permettra d'assurer aux brissotins une majorité stable.
Telles sont les considérations qui président au scrutin du 3 octobre 1792.
Ternaux, IV, 217; Mémoires de Mme Roland.
Révolution Française, 1887, n° 8: Guiffray, Les Conventionnels, 46. 3. Voir l’interpellation de Rouyer à la séance de la Convention du 26 septembre 1792, Manileur, du 29.
4. Lettre de démission de Roland, lue à la séance du 25 septembre, matin. Moniteur du 29, XIV, 67. 4
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2. L'organisation des bureaux de la guerre. — Pache s’affirme jacobin dès le début et abandonne la Gironde. Ses collaborateurs. Réorganisation du ministère de la guerre au point de vue du fonctionnement et du personnel. Critiques qui ont été adressées à ce sujet au ministre.
Sitôt arrivé de Toulon, Pache vient le 18 octobre prêter serment devant la Convention (1). Le lendemain, il prend séance au conseil exécutif, en qualité de ministre de la guerre (2).
À peine iristallé dans son nouveau poste, trompant les espérances de Roland et de ses amis, il abandonne leur parti pour se conduire en montagnard. On a prétendu qu'il voulait se venger ainsi de maintes blessures faites à son amour-propre, par son ancien patron, au caractère chagrin et colérique. Pourquoi ne pas admettre que son amour pour la Révolution, le poussait à adhérer au parti le plus propre à la faire triompher ? En tous cas, Pache, ne laisse rien paraître de ses véritables sentiments ; flegmatique, impénétrable, sa physionomie reflète dit Garat «un calme imperturbable, un éternel repos ». Il semble ne s’agiter de rien, n’appartenir à personne. Parlant peu, écoutant beaucoup, il s’instruit et tire profit de tout. Dès lors, il apparait à ses contemporains comme énigmatique et redoutable; Beurnonville le surnommera «l’homme noir» et Robespierre luimême, se défiera de celui dont «la main invisible l’emportait au-delà de ses volontés». Pache dira-t-il un jour, simule une indifférence dont son naturel est incapable (3).
En tous cas, sous une apparence placide, le nouveau ministre cache le tempéremment d’un homme d’action. Son premier soin est de réorganiser le département’ à la tête duquel il se trouve placé.
Son œuvre est double ; elle porte sur le fonctionnement des bureaux et sur le choix du personnel qui les compose. Il pourra la mener à bien, grâce à un état-major dévoué qui pénètre à sa suite dans l’hôtel de la rue Grange Batelière (4) et dont les prin- Cipaux membres sont : Xavier Audouin, Hassenfratz, Sponville, Vincent, Vendermonde, Noël Bouchotte ; les généraux : Meusnier, Vergnes, Caffarelli Dufalga, Vieusseux.
Xavier Audouin (5) était en 1791 vicaire de la paroisse Saint-
-1. Moniteur du 19 octobre, XIV, 240.