Séance du conseil exécutif du 19 octobre, Aulard, I
Désormais, les jacobins disposent par moitié du conseil et y provoquent des dissentiments. Les adversaires politiques s’y affrontent d’autant plus volontiers, que les circonstances lé leur permettent davantage. Nos armées triomphent maintenant sur tous les points et portent la guerre sur le territoire ennemi ; rien n’annonce encore que la série ininterrompue de nos succès doit être troublée par des revers. Aussi, la question intérieure subordonnée six semaines auparavant à la nécessité de sauver l'indépendance nationale, redevient prédominante.
2. Pache et le Comité de la Guerre. — Création du premier comité, son existance éphémère. Le deuxième comité. Influence qu'il commence à prendre sur le ministre.
Nous avons vu au chapitre préliminaire, comment la Convention avait décidé, dès sa réunion, de réorganiser le comité militaire sous le nom de «comité de la Guerre » et quels membres avaient été choisis le 26, puis le 27 septembre.
Le 28, le comité s'organise (1) et élit d’abord son bureau: Lacroix président, Delmas vice-président, Reubell, Lecointre secrétaires. Puis, comme le décret de formation du comité de la guerre porte « qu’il sera divisé en deux sections, l’une chargée de traiter tous les objets généraux de la guerre, l’autre chargée de l’armement, habillement, vivres et subsistances ; les citoyens composant le comité ont été invités à choisir la section qui conviendrait le mieux à leur talent » (2). |
Ensuite, («un membre propose qu'il soit fait un règlement de police intérieure. La matière mise en délibération, Putilité du règlement reconnue, le citoyen Châteauneuf Randon est chargé de présenter à la séance du lendemain un projet». Après diverses autres propositions, «attendu que l'heure de midi est prête à sonner », le président déclare la séance levée.
Mais le lendemain, Châteauneuf Randon dit : «qu'il n’a pu avoir les pièces nécessaires pour dresser un projet de règlement du comité de la guerre vraiment satisfaisant, d’ailleurs il observe qu'il est prématuré de présenter un règlement général». Son avis est adopté (3).
Le 3 octobre,la Convention confirme définitivement la création
1 pb du comité de la Guerre du 28 septembre, A. N., R. 92, A. F 2 Milhaud, Treilhard, Delmas, Albitte, Letourneur, Lacroix, Reubell, Châteauneuf Randon, Poultier, Gasparin entrent dans la premièr. section ; Rivaud, Delcher, Bentabole, Gardien, Coustard, Lecointre, Soubrany, Despinassy, Lacombe Saint-Michel, Carnot dans la deuxième section. 3. Séance du 29 septembre, A. N,, ROIS PATE 44
du comité de la guerre (1) ; mais celui-ci n’aura qu’une existence éphémère. La seule mesure importante qu'il prend (2), est de proposer à la Convention, par l’organe de Poultier, de prolonger engagement des volontaires (3).
Cette mesure si impopulaire, est développée le 15 octobre devant l'assemblée (4). Chabot s’indigne et demande le renouvellement d’un comité qui manque du sens de l’opportunité. Comme l’on constate que la plupart de ses membres sont absents par congés ou missions (5), la Convention adopte la proposition.
Le renouvellement a lieu le 19 octobre. Vingt-quatre nouveaux membres et 12 suppléants sont élus (6). Lacroix est nommé président, Goupilleau et Milhaud secrétaires. Ces derniers sont chargés de faire, à tour de rôle, le dépouillement des pétitions, d'examiner les lois importantes et de soumettre à leurs collègues ce qui est susceptible de les intéresser. On décide de plus, que le comité tiendra ses séances les lundi, jeudi, samedi à 7 heures du soir (7). Par ailleurs, le travail se trouve réparti comme précédemment.
Le nouveau comité semble d’abord ne devoir être qu’une sorte de « boîte aux lettres » (8), sans rapports nettement définis avec le conseil exécutif; mais de par sa composition même, il va être appelé à étendre son rôle. II comprend en effet, 12 anciens officiers : Dubois Crancé, Gasparin, Lacombe Saint-Michel, Dubois de Bellegarde, Carnot, Delmas, Sillery, Coustard de Massy, Dubois Dubay, Châteauneuf Randon, Doulcet de Pontécoulant, Ces militaires très compétants, s'intéressent au département de la guerre. Ils vont tout naturellement entrainer l’organe législatif dont ils font partie, à empiéter sur les attributions de Pexécutif.
Nous voyons en effet, dès ses premières séances, le comité proposer à la Convention une loi enlevant en fait à ce dernier le droit de rappeler à l’activité les ofliciers destitués par des