Monileur, n° 310 à
3. Moniteur XIV-422 ; Journal des Débats et Décrets, n° 50, 118 et 124.
4, Moniteur n° 317, XIV-447 et suiv.: Journal des Débats et Dérrets, mo: 52,
pour rendre leur action expéditive et plus sûre, s’empresse de méttre sous les yeux de la Convention, les moyens qu'il a jugés les plus convenables pour arriver à ce but.
I] résulte de l’état qui lui a été remis le 5 de ce mois, par le commandant provisoire des sections armées de Paris, qu'il existe dans cette ville un très grand nombre de gardes nationaux et fédérés des départements, dont la destination est restée jusqu’ici incertaine. Les uns, sont organisés en bataillons et devaient servir dans les camps de Paris et Soissons ; d’autres, et c’est le plus grand nombre, n’ont encore qu’une formation incomplète ; mais tous sont animés du même désir et ne forment qu’un vœu, celui de servir utilement la patrie.
Il est donc de votre devoir, de ne pas laisser plus longtemps leur zèle inactif ; et votre comité, pour remplir les vues du ministre,a d’abord fixé son attention sur ces bons défenseurs, auxquels on ne peut supposer d’autre volonté, que celle d’être employés de la manière la plus utile aux intérêts de la République ; et certes, ils ne balanceront pas entre les délices corrupteurs d’une seconde Capoue et la gloire qui les attend dans la Belgique. D'ailleurs, citoyens, la solde de ces volontaires à Paris est une charge d’autant plus onéreuse pour la République, que le service qu’ils y font est à peu près nul.
C’est d’après ces considérations, que votre comité de la guerre est chargé de vous présenter le projet de décret suivant :
La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de la guerre, désirant seconder le vœu des gardes nationaux et fédérés qui réclament l’honneur de servir utilement la patrie, décrète ce qui suit :
ARTICLE PREMIER. — Les bataillons de gardes nationaux qui étaient destinés à servir dans les camps de Paris et de Soissons, seront mis à la disposition du ministre de la guerre, pour être employés dans les armées qui sont en présence de l’ennemi.
Arr. 2. — Les gardes nationaux et fédérés des départements, casernés dans la ville de Paris ou dans les environs, dont la formation se trouve incomplète, seront organisés en bataillons dans le délai de quinzaine après publication du présent décret.
Le pouvoir exécutif nommera des commissaires à cet effet,et du moment de leur fonction, ils seront également mis à la disposition du ministre.
Arr. 3 — Ceux des dits gardes nationaux ou fédérés qui faute de s'être présentés, ne se trouveraient pas compris dans la formation des bataillons, dans le délai prescrit par l’article 2, cesseront de toucher leur solde à Paris et d’y être casernés. »
Ce projet soulève de violentes protestations des girondins.Buzot
se lève et l'attaque dans un fougueux discours : « je ne sais par quelle étrange fatalité, une question mise à l’ordre du jour depuis deux mois, serait emportée par un décret de circonstance, qui demande au moins de la discussion.
Vous avez reçu du ministre de la guerre une lettre complaisante sur les difficultés élevées par les sections de Paris, relativement au séjour des fédérés qui se trouvent à Paris.
Ceux-ci vous avaient envoyé une pétition, que vous avez renvoyée à un comité. On a trouvé plus commode d’y répondre par un décret commandé pour ainsi dire par un ministre... » Et Buzot demande que l’on distingue parmi les fédérés, les bataillons formés pour occuper les camps de Paris et de Soissons, qui sont réellement destinés aux frontières et doivent s’y rendre et ceux « qui ne sont venus que pour Paris. Ceux-ci ne sont point engagés, ils doivent être dans Paris aussi libres que les autres citoyens. On ne peut les contraindre à partir. Vous auriez mieux fait de dire que vous les renvoyez parce que les sections de Paris n’en veulent pas. Le ministre de la guerre a eu Ja lâcheté.. (de violents murmures interrompent l’orateur).
Il est certes très permis aux départements d’avoir de l’inquiétude, lorsqu'ils verront que Paris ne veut pas conserver dans son sein des frères qui ne demandent qu’à se confondre dans les sections pour la garde de Paris... Je puis prouver que la seconde partie du décret qu’on vous propose, si elle ne doit être rejetée, doit être au moins divisée.
Je demande donc la division. Que Particle soit discuté si l’on veut ; mais que l’on fasse droit à la pétition des fédérés... »
Lacroix prend alors la parole, en qualité de président du comité de la guerre, pour défendre Pache des accusations de Buzot : « le ministre de la guerre est venu nous trouver, et nous a fait part de la nécessité d'envoyer 10 ou 15.000 hommes à l’armée de Custine, pour l'empêcher d’être coupée. Nous ne voulions pas faire cette déclaration publiquement; mais puisqu'on nous accuse d’avoir cédé aux demandes des sections, il faut bien que nous le fassions. Pour parer au danger que court Custine, il nous a paru que le moyen le plus prompt et le plus sûr, c'était de former en bataillons les volontaires venus à Paris et de les lui envoyer. Ceux qui n’accepteront pas, seront libres de retourner dans leurs foyers ; mais dès lors, ils cesseront d’être soldés. Voici les motifs du projet de décret... »
Barbaroux répond : « s’il est une intrigue abominable, c’est celle dont on a rendu dupe le comité. voici les faits : le tocsin sonne dans la France. Des patriotes s’arment et partent. Ils arrivent, l'ennemi est éloigné. Ils vous présentent le désir de garder des établissements nationaux ; bientôt des réclamations sont adres-
sé2s au pouvoir exécutif. On circonvient le ministre de la guerre ; et le ministre de la guerre écrit complaisemment une lettre adula- trice aux sections de Paris et leur promet le départ des bataillons. Q 1e fait-il ? Il écrit successivement deux lettres à la Convention, qui les renvoie au comité.
Il se présente lui-même pour obtenir ce départ. Aujourd’hui, on vient nous dire que Custine est dans l'embarras. Mais où est donc l'armée de Kellermann ? »
Lacroix : « non, c’est pour remplacer les bataillons qui ont été tirés de l’armée de Kellermann pour aller rejoindre Custine. »
Barbaroux réplique : « il faut savoir quels sont les ennemis que l’armée de Kellermann a devant elle. il est au moins convenable d'examiner quelle est la situation de Paris... il semble que le ministre de la guerre aurait pu faire partir d’abord les bataillons les plus voisins de Paris, et quant à ceux qui sont dans cette ville, attendre la discussion sur la force départementale... le ministre de la guerre... nous assurera t-il qu'il n’y aura point de troubles ? »...
Cambon prend la parole à son tour et appuie Barbaroux. Il s'oppose au renvoi des fédérés, met en cause Lacroix qui confirme ses dires. La discussion continue.
Reubell : «il est des faits allégués, dont le ministre devrait nous instruire. Il devrait être là, je propose qu'il soit mandé. »
Letourneur : « je demande à rétablir les faits. Le ministre de la guerre est venu se concerter avec le comité; ses observations appuyées par une nouvelle dépêche de Custine, où le besoin de troupes est fortement énoncé, ont déterminé le décret ; on a done pensé que Paris pourrait fournir le renfort nécessaire. »
Cambon demande que l’on ne prenne pas la mesure à la légère ; il y à des gardes nationales prêtes à marcher ailleurs qu’à Paris ; il faut se donner le temps de la réflexion...
La discussion s’éternise. Finalement Pétion la ferme par un apappel à la concorde.Sur Particle 127 du décret du comité, l’assemb.'e passe à l’ordre du jour motivé par les lois antérieures (1) ; les deux autres articles sont rejetés.
Gette longue querelle aboutit au tardif triomphe des girondins, qui le 19 novembre, feront décider le maintien des fédérés à Paris. Il a paru nécessaire de développer ces débats, provoqués par des ordres de Pache, pour montrer à quelles difficultés le ministre se heurte dans l'exercice de ses fonctions.
1. Elles autorisaient le ministre à disposer de tous les bataillons organisés qui se trouvaient dans la circonférence soumise à la police de l'assemblée,
A LA FIN DE 1792 Abe
II. — NouveLLE ORIENTATION DONNÉE A L'ADMINISTRATION DE LA GUERRE
I. Le Personnel. Mutations dans le haut commandement, réorganisation des cadres et de l'état-major général etc.
La question de l’organisation du haut commandement, est une de celles qui préoccupe d’abord le nouveau ministre.
Servan, avant de quitter son poste, avait fait décréter le 17 octobre la din de nos forces en huit armées ; mais les événements avaient vite amené d'importantes modifications. Le 6 octobre, Dumouriez nommé par le conseil exécutif commandant en chef de l’armée deBelgique, laissait l’armée des Ardennes aux ordres de Dillon, bientôt relevé lui-même et remplacé par Valence. Par ailleurs, les succès de Custine dans le Palatinat, lui faisaient obtenir un commandement indépendant de Biron.
Pache doit à son tour procéder à de nouveaux changements : car 1l estime qu’il convient de grouper nos forces sous un chef unique, sur chacun des théâtres actifs d'opérations (Belgique, Allemagne) et de seinder les commandements trop importants, sur les fronts purement défensifs, pour donner plus de souplesse aux armées qui y opèrent.
C’est pourquoi, il entend d’abord confirmer le commandement
- attribué à Dumouriez sur les trois armées qui vont envahir la Belgique : la sienne propre, celles de Labourdonnaye et de Valence. Ceux-ci n’ont pas été formellement placés sous ses ordres,et il se produit des frottements qui risquent en s’aggravant de compromettre le succès de la campagne.
« J'espère que mes ordres seront exécutés avec précision, écrit Dumouriez à Pache (1); s'ils ne l’étaient pas, j'aurais lieu de croire que le pouvoir exécutif n’aurait pas expliqué correctement aux généraux en chef d’armées, qu’étant responsable de cette guerre, je dois être obéi par eux, sans qu’ils puissent mettre leurs combinaisons ou leur amour propre en opposition avec les plans de campagne. Je prie le pouvoir exécutif d’être très précis et très catégorique à cet égard, et comme vous commencez, citoyen vertueux, un ministère nouveau, je vous prie de donner des ordres très positifs, afin que je ne me trouve pas dans le même embarras qui a pensé à faire échouer ma campagne des Ardennes. En voilà assez sur cet article, dont je ne vous parle que par précaution. »
Pour éviter les difficultés qui lui sont signalées, le ministre pro-