La CONDUITE GÉNÉRALE DES OPÉRATIONS
Le Conseil exécutif décide de continuer les opérations malgré l'avance de 1: saison. \ .
Le 24 octobre, le conseil exécutif prend l'arrêté suivant : « le conseil, délibérant sur la situation de la République, relativement à la guerre qu’elle a entreprise contre les despotes coalisés,
considérant, qu’en vain le patriotisme des citoyens, la valeur des soldats et l’habileté des généraux aurait repoussé au delà des frontières les armées ennemies, si elles pouvaient encore en s’établissant ‘dans les pays circumvoisins, s’y renforcer avec sécurité et y préparer impunément les moyens de renouveler incessamment leur funeste invasion ;
considérant, que toute résolution généreuse et nécessaire pour l'honneur comme pour la sûreté de la République ne peut qu'être adoptée par la Nation et par la Convention nationale :
arrête, que les armées françaises ne quitteront point les armes et ne prendront point de quartier d’hiver,jusqu’à ce que les ennemis de la République aient été repoussés au delà du Rhin (2).»
Le ministre de la guerre porte cet arrêté à la connaissance de l’assemblée,qui le couvre d’applaudissements et l’approuve à l’unanimité (3).
1. L'administration Doumerc reste chargée cependant de la distribution. Elle fait en outre, sous le nom de régie de la manutention, le service des charrois et transports. Correspondance Dumouriez, Pache, 198, 216 : Directoire des achats à Delagrange et à Custine, 81 décembre 1792, 5 avril 1793, AN, D II, 4. | 2. Arrêté du conseil exécutif du 24 octobre, Aulard, I, 188.
3. Séance du 1er novembre à la Convention, Moniteur, XIV, 367,
a) Armées de Belgique, du Nord, des Ardennes. — Les armées chargées de l'invasion de la Belgique. Ordre de bataille de celle de Dumouriez. Premier plan de campagne du général. Pache l’engage à agir en forces sur sa droite. pour bousculer les Prussiens; mais Dumouriez ne veut pas changer son plan. Toutefois, les mouvements des Autrichiens. l’obligent à y apporter quelques modifications le 26 octobre. Pache l’approuve à -regret; mais lui fournit les moyens d'exécution. Correspondance du ministre avec Dumouriez. Préliminaires de Jemmappes.
Dumouriez dispose de trois armées pour envahir les Pays-Ras : celle de Labourdonnaye (armée du Nord), comprenant environ 25.000 hommes ; celle de Valence (armée des Ardennes) qui une fois renforcée du corps d'Harville, s’élèvera à quelques 30.000 hommes ; enfin, sous ses ordres directs, l’armée de Belgique qui atteint le chiffre de 40.000 soldats (1). x
Le général a quitté Paris le 18 novembre, sans avoir définitivement arrêté son plan. Le 19,il arrive à Cambrai, le 20 à Valenciennes et y retrouve Labourdonnaye. De concert avec lui, il donne à ses projets une forme concrète : Labourdonnaye se portant de Lille sur Tournai, envahira la Flandre maritime ; Valence, maintenant dégagé du soin de poursuivre les Prussiêns, marchera sur Givet avec les 18.000 hommes de l’armée des Ardennes, tandis que d'Harville, sortant de Maubeuge avec 12.000 hommes, longera la rive gauche de la Sambre, pour se réunir à lui et avancer sur Namur. :
Dumouriez, à la tête de l’armée de Belgique, menacera au centre Mons et Tournai ; mais ne déterminera son point d'attaque précis,
1. Avant-Garde : 4 compagnies franches, légion belgique, 192 régiment, 1er et 6e grenadiers, 10° et 14° chasseurs, 1er et 2e bataïllons de Paris, 1er, 2e, 68 hussards, 3°, 6e, 12e chasseurs à cheval,
Flanqueurs de Gauche : 99e régiment, 5e chasseurs, 5°, 13° dragons.
Flanqueurs de droile : 11° chasseurs, 3° bataïllon des Ardennes, 3e, 7° dragons.
ire Ligne : 1re brigade : 17° fédérés, 5e bataillon de la Seine-Inférieure, 1er d' la Ch'rente ; 2e brigade : 1er bataillon de l'Aisne, 1er régiment ; 3° brigade : 1er bataillon de Vendée, 1er de la Meurthe, 1er des Deux-Sèvres ; 4e brigade : 3° bataillon de l'Yonne, 1er de la Côte d'Or, 2e de la Vienne ; 5° brigade : bataillon de Gravilliers, 1er des Côtes-du-Nord, 29e régiment ; 6e brigade : 1er bataillon d'Eure-et-Loie, 9e fédérés, 49e régiment ; 7e brigade : bataillon des Lombards, 2e de la Marne, 54° régiment ; 8° brigade : bataillon de Saint-Denis, 3° de la Marne, 71e régiment.
2e Ligne : 9° brigade : bataillon le Républicain, 83e régiment ; 10° brigade : bataillon de la Butte des Moulins, 72e régiment : 11° brigade : 5° bataillon de la Meurthe, 4° de la Meuse, 78° régiment ; 12e brigade : 1er bataillon du Pas-de-Calais, 9° de Paris, 99€ régiment ; 13° brigade : 1er bataillon de la Marne, 1er de Mayenne et Loire, 2€ de l Eure ; 14e brigade : 1er bataillon de la Nièvre, 1er de l'Allier, 1er de la Seine et Marne ; 15° brigade : 127 bataillon de Seine et Oise, 1er de la Seine-Inférieure, 98° régiment ; 16° brigade : 3° bataillon de Seine et Oise, 1° de grenadiers de Paris, 104° régiment,
Réserve : 2 escadrons de gend:rmerie nationale, grenadiers,.
Ordre de bataille de l’armée de Belgique au 24 octobre 1792, A. G.
qu'après avoir reçu de nouveaux renseignements sur l’ennemi.
« Voilà en gros quel est mon plan, écrit-il au ministre de la guerre (1) ;: mais il pourra éprouver quelques contrariétés, surtout pour la partie de Givet, parce que Valence va si grand train du côté de Longwy, que sa marche sur Namur, que j'aurais désiré pouvoir combiner avec la mienne, se trouvera nécessairement retardée et je crois ne pas devoir attendre son arrivée à Givet, pour amorcer mes opérations, parce que ce retard donnerait au général Clerfayt le temps d’arriver par Namur sur Bruxelles, avec le corps de troupes qu’il commandait en Champagne, et celui d’émigrés qui l’a suivi dans sa retraite.
Quoique ce corps d'armée de Clerfayt soit très délabré, ce serait cependant un secours de 20.000 hommes, qu’il faut que je tâche de prévenir par la rapidité de ma marche. J’espérais pouvoir ouvrir la campagne le 25, mais les troupes, surtout la cavalerie,ont essuyé une marche si pénible, que je suis obligé de leur donner quelques jours de plus de repos. Ce qui me retient encore plus essentiellement que tout le reste, c’est l'artillerie. J’ai demandé au ministre de la guerre un supplément de 400 chevaux pour être à Douai avant le 25. Je ne puis pas partir si je n’ai pas ce supplément. »
Le surlendemain, le général se montre disposé à entamer vigoureusement les opérations (2) : « les Autrichiens ont abandonné aujourd’hui tous les postes qu’ils avaient sur le territoire français. je me porterai le 27 avec environ 40.000 hommes à Quarouble sur Quiévrain. J’envoie ordre au général Harville de se porter avec 10 à 12.000 hommes le 28 de Maubeuge sur Mons et au général Labourdonnaye de se porter avec plus de 20.000 hommes le 28 de Lille sur Tournay. J'espère que mes ordres seront exécutés avec précision. À partir du 28, il y aura 75.000 hommes hors de France.»
Le ministre de la guerre se montre peu enthousiaste du plan de Dumouriez ; il ne s’occupe toujours que des Pays Bas et néglige les forces Prussiennes en retraite dans la vallée de Ja Moselle. Or, il vient d'apprendre que celles-ci négocient avec l’évêque de Liège, pour qu’il reçoive en quartiers d'hiver une partie de leurs troupes. Il faut les prévenir dans cette région,où ils n’ont envoyé jusqu'ici que de faibles détachements et dont la population nous appelle de ses vœux. « J'espère qu’averti à temps de ce projet, lui écrit le ministre (3), vous pourrez facilement le déjouer.
S'il vous était possible, dans cette saison, de faire marcher directement sur Liège les troupes les plus lestes de la garnison deGivet, du côté de la rive droite de la Meuse et de dérober ce mouvement
1. Dumouriez à Pache, 22 octobre, Correspondance, 1 2. Dumouriez à Pache, 24 octobre, Correspondance, 8. 3. Pache à Dumouriez, tbid., 16.
à Clerfayt, qui en ce moment marche de Luxembourg à Namur, ce serait, sans contredit,le moyen le plus sûr d'arriver à Liège avant les Prussiens et, marchant en même temps par votre droite, tant pour regarnir sur le champ Givet, que pour attaquer ou au moins masquer Namur, vous consolideriez votre prise de possession de Liège...
Mais si cette brusque entreprise ne vous parait pas assez sûre, il me semble qu’en marchant en forces sur Namur, et détachant un corps sur Liège, vous remplirez, quoiqu’un peu tard, le même objet. Si contre mon attente, les Prussiens y étaient déjà établis, il faudrait les en chasser.
Dans tous les cas, il serait nécessaire que vous modifiez votre premier plan de campagne, en portant sur la Meuse de plus grandes forces que celles que vous aviez d’abord destinées à agir sur cette partie.
Vous devez sentir plus vivement que personne, général, combien il est important de repousser les restes de l’armée Prussienne loin de nos frontières, de leur ôter la possibilité d’y reparaitre et de mettre ainsi au dessus du doute, le succès de votre campagne contre le duc de Brunswick.
Ainsi, général, vous n’abandonnerez les Prussiens, que quand vous serez sûr qu'ils n’hiverneront pas de ce côté du Rhin, quelque annonce que le roi de Prusse pourra vous faire donner de ses intentions ; n'oubliez pas que les Français se veulent pas confier le sort de leur liberté à la bonne foi des rois. »
Mais Dumouriez, toujours hanté de son désir de marcher au plus tôt sur Bruxelles, ne veut pas écouter ces sages suggestions du ministre, qui eussent permis d’anéantir Brunswick. Il s’obstine dans l’exécution de son plan. Il ne pense pas que les Prussiens s'arrêtent dans l'évêché de Liège. Ils sont hors d'état de se battre cet hiver, répond-t-il à Pache (1), et ne sacrifieront pas les débris de’ leurs troupes pour soutenir le prince évêque. D'ailleurs, « il entre dans mon plan de campagne de faire marcher le corps du général Valence de Givet sur Namur. Je suppose que ce général pourra agir sur Namur avant le 10. Son corps d'armée est de 18.000 hommes et sera renforcé de 4 à 5.000 hommes. Je serai le 27 à Quarouble avec euviron 40.000 hommes. Le général d'Harville marche sur Binche le 28 avec 12.000 hommes. J'espère prendre Mons avant l’arrivée du général Valence à Givet ,pendant que le général Labourdonnaye masquera el menacera Tournay, pour marcher ensuite sur Gand et Oudenarde. Alors, rapprochant toutes mes colonnes sur Bruxelles, que tous les rapports que je reçois me disent devoir