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Beurnonville à Pache, 10 décembre

selle... Heureusement que le dégel vint le 6. Il sauva l’armée et j'en profitai pour attaquer.

- Je suis bon patriote, j'idolâtre ma patrie, je suis aussi ardent qu'aucun autre et je crois en avoir donné les preuves, car on doit dire avec vérité que c’est aux avant-gardes que l’on fait la guerre ; mais je défie au diable de la faire dans ce pays en hiver. »

Après cet insuccès, Beurnonville se rabat sur Pellingen. Mais la hauteur est également fortifiée. Il l’attaque sans plus de résultats : «je vous ai annoncé, mande-t-il au ministre le 13 (1), mes nouvelles dispositions provoquées par le temps et les circonstances ; j’occupe maintenant les villes de Mertzig, Freudenbourg et Sarrebourg qui sont au pouvoir des armées de la république…

L’ennemi qui regrette cette prise est venu pour l’attaquer en forces avant-hier ; mais le général Pully l’a repoussé avec vigueur. L’ennemi s’est replié avec pertes, nous n’avons eu que quelques blessés. Les gendarmes qui ont chargé contre les dragons de Toscane, leur ont fait un seul prisonnier.

J'avais projeté hier une double attaque, lune sur Consarbrück et l’autre sur Pelligen. Elles ont eu lieu toutes les deux ; mais la première a été prévenue et nous n’avons pu que conserver l'avantage du terrain. J’ai attaqué vers les 11 heures, la montagne de Pellingen. Dans une heure le village a été battu, évacué et à nous. Mais je n’ai pas jugé à propos de l’occuper. Il est dominé par toutes les batteries des hauteurs qui le couvrent. Ces hauteurs présentent un triple étage de batteries inaccessibles par les coupures et abattis. J’ai démonté les premiers rangs, J'ai fait avancer des troupes pour savoir si je pouvais monter à l’assaut à la baïonnette. Dans un instant, ces hauteurs se sont trouvées couronnées par les forces de Luxembourg et de Trèves réunies. J’ai éprouvé ce que j'ai éprouvé à la Montagne Verte.

Cependant, citoyen ministre, à forces égales, je pourrai l’emporter à la baïonnette. Mais il faut compter sur un sacrifice de 3.000 hommes pour arriver et je vous avoue que cette position, toute importante qu’elle est, en ce qu’elle force l’ennemi à la retraite, ne mérite pas ce sacrifice. L’ennemi se retirerait sur les hauteurs de Sainte-Marguerite qui dominent Trèves et Trèves resterait indivis ».

Le lendemain, le général doit avouer en partie son échec : «malgré mon envie, citoyen ministre, de remplir vos desseins (2}

1. Beurnonville à Pache, 13 décembre, 2. Beurnonville à Pache, 14 décembre.

et ceux du pouvoir exécutif, je ne dois pas vous dissimuler que lon vous a trompé et sur le plan et sur les obstacles, je dis plus, sur le but même de cette coûteuse et fatiguante expédition.

Trèves ne peut être pris que par trois points... ou par la Montagne Verte... ou par les hauteurs de Pellingen.… ou enfin par Consarbrück ».

Or, on ne peut enlever aucune de ces positions « qui ne le cèdent pas à celle de Gibraltar », sans risquer de perdre beaucoup de monde.

Pourtant, Beurnonville essaie encore une. fois de forcer Consarbrück. Le 15 décembre, Pully réussit à débusquer l’ennemi des hauteurs de Wawren; mais ne peut pousser au delà. Il faut se résoudre à battre en retraite. D’ailleurs,le conseil exécutif mis au courant de la situation par le ministre, s’est rendu compte que l’expédition est manquée et autorise Peurnonville à prendre ses quartiers d’hiver (1). Pache lui en fait part aussitôt (2). |

«Le conseil vous autorise à faire cantonner vos troupes, écritil, en suivant pour le choix de la position de leurs cantonnements les dispositions qui vous sont prescrites par Custine… Vous ferez part de vos mesures définitives à Valence, que l’on m’annonce se porter de Namur à Maiche et que je vais prévenir de mon côté que vous allez cantonner, afin que les troupes ennemies qui sont dans le Luxembourg soient contenues. Je vais donner de nouveaux ordres pour rassembler autour de vous le plus de secours possible en vivres, fourrages, habillements. Je suis comme vous sensible à cet état de dénuement et certes je fais tout ce qui m'est possible. »

Quand Beurnonville reçoit cette lettre, il s’est déjà replié sur Mertzig. « Demain, écrit-il (3), l’armée qui borde aujourd’hui la droite de la Sarre en bordera la rive gauche, en occupant tout le pays de Trèves entre Sarre et Moselle. Je prendrai des cantonnements ; mais je les prendrai autant que je pourrai sur le pays de l’ennemi gt je prendrai une ligne d’offensive... »

En fait, la retraite de l’armée de la Moselle commencée le 17, se précipite par suite du froid et de l’indiscipline des troupes, dont une partie déserte. Enfin le 26, elle entre dans ses cantonnements «toute déconfite ». Beurnonville occupe la vallée de la Sarre, de Sarrebrück à Sarralbe, sa première ligne de Thionville à Sarrelouis, sa seconde d’Antilly à Saint-Avold. Delaage surveille Luxembourg.

1, Séance du conseil exécutif du 14 décembre, Aulard, I, 325. 2. Pache à Beurnonville, 14 décembre.

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