Servan à Pache, 22 novembre
même par rapport aux objets relatifs à la mission dont je suis chargé... j'avais pris le parti de m'adresser plusieurs fois au citoyen Meusnier, qui m’avait promis à mon départ d'accueillir avec indulgence et de s’occuper auprès de vous de ce qui pourrait intéresser la chose publique. Une infinité de causes ont concouru jusqu’à présent à m'empêcher de me rendre à Toulouse ; ma santé pour laquelle j'avais prié la Convention nationale et le citoyen ministre Lebrun de me permettre de venir respirer quelques jours l’air natal, un voyage en Suisse, Savoie et Genève pour y connaître l’esprit public et y régler avec le général Montesquiou les objets relatifs à l’affaire des Genevois... »
Il est maintenant indispensable, poursuit-il, de savoir à bref délai quelles divisions militaires doivent dépendre de son commandement. Il faudrait qu'Anselme recoive ordre de diriger sur son armée en formation celles de ses troupes aéjà désignées à cet effet, que 48 pièces tirées des arsenaux de Lyon soient également expédiées sur Toulouse, ainsi que les matières premières destinées à la fonte de nouveaux canons.
Une fois ces ressources à pied d'œuvre, l’armée des Pyrénées commencera à prendre quelque consistance et sera bientôt prête à entrer en campagne.
Pache a déjà fait le nécessaire, avant que cette demande lui parvienne et il annonce à Servan que des éléments prélevés sur l'armée du Var sont en route pour rejoindre et qu'il y a lieu d'inviter les généraux Laclos et Dubouquet à se porter lun à Perpignan l’autre à Bayonne, pour diriger leur marche sur ces deux villes et les faire cantonner dans leurs environs (1).
Pendant ce temps, les commissaires à Bayonne et Perpignan poursuivent sans relâche (2), l'œuvre d'organisation qu'ils ont entreprise au début d'octobre. Ils adressent des réquisitions aux corps administratifs voisins de la frontière d'Espagne, pour procéder aux levées, habillement et équipement de bataillons volontaires ; à l’adjudant général Lacuée pour: modifier l’emplacement des différents corps de troupes de l’armée des Pyrénées ; au ministre de la guerre même, pour réclamer 4 millions de livres sur les 28 alloués par la Convention pour la levée. Ils passent enfin des marchés pour la fourniture d’effets d’habillement, de campement, de couchage, de métaux destinés à la fonte des canons, de blé et de fourrage pour la nourriture des troupes et des chevaux.
Mais ayant accordé aux soldats cantonnés dans les diverses 1. Pache à Servan, 23 novembre. . *
2. Sur le rôle de ces commissaires à l’armée des Pyrén‘es, voir l1 Correspondance de Carnot par Charavay, I, 186. Paris, Imprimerie nationale,
localités de la frontière une haute paye de deux sols par jour, la Convention suspend le 15 novembre ce dernier arrêté et rend un décret interdisant à ses commissaires d’ordonner aucune dépense (1).
Du même coup, les pouvoirs de Carnot et de ses collègues sont considérablement diminués et ils ne peuvent plus faciliter à Lacuée la tâche qu’ils poursuivaient de concert. Ils interprètent d’ailleurs cette mesure de la Convention comme un blâme de leir conduite et annoncent leur retour (2).
Le comité de correspondance calme leur légitime indignation (3) : mas à partir du 22 novembre, l’œuvre des commissaires est singulièrement réduite par le décret précité. Lacuée n’est pas le dernier à le déplorer et s’en plaint au ministre (4) : « vous serez sans doute aussi peiné que je le suis, de la résolution qu’ont prise les commissaires de la Convention de ne point aller jusqu’à Perpignan, avant d’avoir reçu de nouveaux ordres. Ils ont fait tant de sages opérations, ils ont tellement donné d’activité à Ja machine qu’ils ont créée, que nous aurions pu espérer avoir avant trois mois une armée organisée. Je sais bien qu’il aurait pu y avoir quelques doubles emplois ; mais on ne peut guère pécher en ce genre dans un pays où sous le rapport militaire, tout est à créer. Il en aurait sans doute coûté quelque argent de plus à Ja Nation; mais doit-on pousser le calcul à l’extrême, lorsque l’on veut conquérir et conserver la liberté ? Il y a trois jours, j'aurais parié que l’armée des Pyrénées serait la mieux en état de faire la guerre quant au matériel. Aujourd’hui, je ne puis soutenir la même opinion.
Vous n'êtes pas vous, citoyen, investi de toute l'autorité nécessaire, votre attention est nécessairement absorbée par d’autres intérêts et, ce qui est bien plus important, vous ne voyez pas par vos yeux et vous êtes très loin. Eux pouvaient tout ; ils faisaient de cette armée leur affaire principale, ils voyaient tout et décidaient à propos; car ils voyaient et connaissaient les localités. Je vous engage donc, citoyen ministre, au nom du bien public que vous aimez, de faire vos efforts afin que la Convention déclare par un décret, qu’elle n’a point entendu comprendre les commissaires de l’armée des Pyrénées dans la prohibition qu’elle a fait de tirer des ordonnances ou plutôt, d’ordonner des dépenses, cette exception me paraît d'autant plus naturelle, que ‘ces citoyens sont venus non pour inspecter ; mais pour créer.
1. Les commissaires à Bayonne à la Convention, 22 novembre, Aulard, 1, 256.