IV. — LE DISSENTIMENT PACHE-CARNOT
Plaintes des commissaires à Perpignan ; dénonciations de Carnot à la Convention. Séance du 10 décembre. Hostilité de Carnot contre Pache.
En même temps que se développe Je conflit entre Pache et Dumouriez, à l’autre extrémité de la France, la question des subsistances dresse contre le ministre de la guerre un représentant du peuple que les circonstances ne vont pas tarder à rendre célèbre et dont l'influence est déjà considérable.
Nous avons indiqué précédemment, les difficultés que rencontraient les commissaires à &ayonne et à Perpignan et leurs auxilaires envoyés par le pouvoir exécutif, Laelos et Lacuée. Nous avons vu également de quelle manière Lazare Carnot, malgré ces difficultés mêmes, avait réussi à faire sortir du néént un embryon d'armée sur la frontière des Pyrénées. Mais sur le point d'atteindre ce résultat, un dissentiment grave, provoqué par la question des fournitures, en faisait à son tour un adversaire irréductible. du ministre.
Il convient de remarquer, avant d’en faire le rapide exposé, que l’armée de Belgique se trouvant en opérations d'extrême importance, était en droit d'attendre du ministre l’envai de tout son nécessaire. L’armée des Pyrénées au contraire, n’existant encore que sur le papier, restait à créer. Pache se reposait à cet effet sur les commissaires du législatif et.obligé de consacrer par ailleurs le plus clair de ses faibles ressources, ne pouvait songer qu’à aider pécuniairement la grande levée qui s’organisait sur notre frontière méridionale.
Quoiqu'il en soit, les commissaires à Perpignan signalent dès novembre, le manque général de fournitures (1), commun à l’armée d’Italie comme à celle des Pyrénées (2). En décembre, . ce sont des plaintes continuelles émanant des commissaires de Bayonne. La voix de Carnot s'élève menaçante, dénonçant « l’incurie » du ministre de la guerre (3). « Je vous envoie chers collègues (4), diverses pièces, qui prouvent évidemment ou la malveillance du ministre de la guerre, ou son impéritie absolue
1. Lettre des commissaires à Perpignan du 20 novembre, Aulard, I, 252. Cette lettre est lue à la Convention à la séance du 29 novembre, Moniteur, XIV, 621. à - à
9. Lettres des commissaires à Perpignan, envoyés à l’armée du Var, 20 novembre. Aulard, I, 252.
3. Lettre de Carnot du 5 décembre, Loc. cit. et Charavay, I, 285.
4, Carnot à la Convention, 4 décembre. $
H. Libermann 2
ou enfin qu'on ne veut pas d'armée des Pyrénées. Je pourrai vous en envoyer beaucoup d’autres, qui prouvent ou son ignorance ou son mépris profond pour les lois dont l'exécution lui est confiée ; je me borne quant à présent, à vous faire part de celles qui mettent à couvert la responsabilité morale des commissaires de la Convention, et je lui annonce cet envoi»
L'orage monte; bientôt il .éclate. Les girondins estiment l'heure favorable à une action d'ensemble contre le ministre jacobin «qui de tous les ennemis de Roland, était le plus dangereux et le plus acharné ; le plus dangereux parce qu’il avait le plus de places à donner, le plus acharné parce qu’il était le plus ingrat (1).»
Le moment est d’autant mieux choisi, que les critiques de Dumouriez ont certainement ébranlé la situation du ministre patriote à la Convention. L’attaque est menée vigoureusement à la séance du 10 décembre (2) et prend prétexte d’un incident insignifiant.
On vient de donner lecture. des lettres des commissaires aux armées du Var et des Pyrénées, qui ont produit sur l’assemblée une impression profonde, quand on communique un message de Pache demandant des sanctions contre Gévaudan, -entrepreneur de fournitures militaires et Simonet, commissaire aux transports militaires, coupables d’avoir laissé plusieurs fois en souffrance des baïllots d'effets destinés aux troupes (3). L'assemblée décide de les traduire à sa barre.
Alors un député : «c’est à chaque ministre de surveiller ses subalternes ; au conseil exécutif de surveiller chaque ministre. La Convention ne doit pas savoir s’il existe un Gévaudan et un Simonnef.
Baraillon : il faut traduire Pache à la barre; car la surveillance de ses agents est la principale fonction d’un ministre. Ce