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Pache à Dumouriez, 14 décembre, Correspondance

Lipmann Cerfberr se présente à Dumouriez. Le général refuse d'entrer en rapports avec lui et demande au ministre s’il va se faire le complice des juifs pour leur livrer le pays (1). Son commissaire ordonnateur Ronsin s’est jeté, écrit-il, dans les bras de Cerfberr, pour tâcher de détruire par son intermédiaire le marché d'Henri Simons sur lequel l’armée vit présentement.

En réalité, Cerfberr vient seulement tout préparer pour permettre au directoire d’entrer en fonctions au mois de janvier, comme Pont essayé précédemment Pick et Moselmann ; mais Ronsin compte sur lui pour remédier à la situation déplorable de l’armée. Ses réquisitions journalières produisent, en effet, à peine de quoi suffire au service ordinaire. Dumouriez lui avait demandé pour continuer l’exécution de son plan, de créer un magasin de 300.000 rations et il ne sait comment se les procurer; «cette difficulté entrave les opérations du général et -enchaine le courage de l’armée qui murmure, moins de ses besoins personnels, que de l’inaction dans laquelle on la laisse (2) ».

Bientôt, Cerfberr lui-même doit écrire au directoire : «tout manque, rien n’est approvisionné, l’armée dépérit.» Il passe quelques marchés ; mais dès le 26 décembre, il n’a plus d'argent et ne recoit plus de fonds. Il est seul, sans aide, sans auxiliaires. Pick et Moselmanr dont il implore l’assistance, demeurent sourds à ses appels (3).Le Directoire lui envoie bien le citoyen Sallembier; mais il se querelle avec lui, voulant trancher en maitre’ et Sallembier doit se retirer (4). «Nous ne sommes pas encore sûrs de ne pas mourir üe faim» déclare Thouveriot dans une lettre à Dumouriez (5).

Dans ces conditions, le général Lanoue qui commande provisoirement en chef, requiert Ronsin (6), «attendu l’urgence.…. et conformément à l’article 3 du décret du 13 de ce mois, de prendre tous les moyens possibles pour prévenir cette disette de subsistances et pourvoir à tous les besoins. »

Ronsin en réfère à Pache, qui ordonne de surseoir à: tout nouveau marché, puisque le directoire va commencer en janvier ses opérations. S

Pour assurer la régularité de celles-ci, il invite son collègue aux finances, Clavière, à examiner la comptabilité du direc-

1. Dumouriez à Pache, 12 décembre, Correspondance, 246. < 2. Les commissaires en Belgique à la Convention, 13 décembre, Aulard, PÉ619:

+ Observations par le citoyen Lipmann Cerfberr, 7 février, A. G. 4. Mémoires de Sallembier et lettre à Cerfberr, 28 décembre ; Valence à Camus, 1er janvier, A. N., D II, 4-5.

5. Thouvenot à Dumouriez, 25 décembre, A. N., F 7, 4598. ; 6. Réquisition à Ronsin par le lieutenant général Lanoue, 26 décembre.

toire des achats. Ce dernier la trouve parfaitement en ordre (1) ; mais pour plus de sûreté, Pache obtient du conseil exécutif (2); que le directoire sera obligé de lui remettre chaque semaine un rapport signé des administrateurs des commissions, indiquant l’état des achats, des agents, des sommes reçues, la manière dont s'effectue le service aux armées, etc. Ces dispositions seront exécutoires et pour l’administration des subsistances, et pour les régies de l'habillement, des convois militaires et des hôpitaux de campagne.

Le 1er janvier, commencent les opérations réelles du directoire des achats. Au bout de peu de temps, Ronsin doit avouer que les ressources de celui-ci «en fonds et en lumières paraissent absolument nulles. (3)».

De leur côté, les commissaires de la Convention, constatent que le directoire n’a à Liége, ni magasins, ni argent, ni employés. Aux cantonnements de l’avant garde à Aix-la-Chapelle, Phabillement des troupes est misérable (4) et Valence déclare qu'il va falloir périr ou abandonner la place (5).

Pourtant, le directoire a dépêché à Aix-la-Chapelle un régisseur des vivres et fourrages, Delagrange. Mais il ne possède pas un litre de foin dans ses magasins et craint de ne pouvoir fournir les approvisionnements en farine et en pain (6).

Les conventionnels doivent donc ordonner aux commissaires des guerres, de passer des marchés et d’accepter des soumissions (7). Heureusement, deux jours plus tard, des fonds parviennent de Paris et l’on peut à la fois payer les anciennes fournitures et assurer les nouvelles, sans se trouver pour cela dans Pabondance. Le 4 février, Delagrange se plaindra encore du manque d’argent.:

1. Le ministre des contributions indique qu'il a examiné les papiers remis la veille au conseil par Bidermann et Max Berr qui comprennent :

1° deux cahicrs portant les reçus du trésor, qu'ils ont f.it passer à leurs agents tles achats en froment, avoine, salaisons, riz faits à l'étranger ;

2° un registre de correspondance avec la trésorerie nationale, pour les demandes d'argent résult nt des sommes mis.s à la disposition du directoire par le ministre de la guerre :

30 un état des commissions données à l'étranger ;

49 un état des commissions données à l’intérieur, dont les prix sont limités et les quantités réparties de manière à éviter tout renchérissement des denrées ;

5° une notice des délégués du directoire pour effectuer les achats.

Séance du conseil exécutif du 30 décembre, Aulard, I, 371.

2. Séance du conseil exécutif du 30 décembre, Aulard, I, 373.

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