V. — Organisulion de la Défense des Côtes
Il va falloir faire face à l’ennemi, non seulement sur nos frontières de terre ; mais aussi sur celles de mer, puisque nous sommes en guerre avec les deux grandes puissances maritimes Angleterre et Hollande. Aussi, le comité de Défense générale, se préoccupe til dans le courant de janvier, des avoir si le ministre de la guerre a pris les dispositions nécessaires.
Ce dernier n’a pas attendu jusque-là pour préparer la défense de nos côtes et s’en occupe activement depuis plus de deux mois.
La surveillance des fronts de mer appartient, en effet, à cette époque, aux commandants des divisions militaires intéressées. Le décret du 17 octobre a bien, il est vrai, constitué sur le papier un commandement supérieur des côtes, comprenant les 12e, 13e, 14e et 15€ divisions militaires, confié au général Wimpffen ; mais ce dernier, ayant été depuis employé à l’armée des Vosges, les 4 lieutenants généraux Verteul, Chevigné, Crussol d’Amboise et La Morlière (2), ont conservé leur autonomie, sous les ordres directs du ministre.
Mais si le décret du 1er octobre est resté lettre morte, par suite des circonstances, 1l n’en a pas moins marqué un premier essai d'organisation méthodique de la défense de nos frontières maritimes. C’est ainsi qu'il suggère à un officier général employé dans
1. Etat de situation de l’armée des Pyrénées au 9 avril 1793.
Infanterie : 2° bataillons des 7°, 20e, 61e, 70e, 808 régiments ; 1°r et 5e bataillons d'infanterie légère.
1er, 26, 3°, 4e bataïllons des Basses Pyrénées ; 1er, 2e, 3, des Hautes Pyrénées ; 7e, 8°, 9e dé la Gironde, 2e, Ge, 7e de la Haute Garonne, 3°, 4° du Lot, 2°, 3° des grenadiers du Gard, 19r de Nantes, 2e et 3e des Landes, 3° de la Dordogne, 2e, 3°, 4e, 5e, 6e de l'Aube, 3° de l'Ariège, 2e, 4e des Pyrénées-Orientales, 3° de l'Hérault, 3° de la Haute-Vienne, 1e" 2e du Tarn, 4° du Lot et Garonne, 1er du Cantal, 1er, 2e, 3e du Gers.
Légion des Pyrénées, légion des Montagnes, 21 compagnies franches de chasseurs, 4 escadrons de dragons des 15° et 18° régiments ;
4 escadrons de gendarmerie, artillerie, Total général : 34.334 hommes.
2. Vertheuil commande la 12° division militaire (quartier général La Rochelle) qui comprend les départements de la Loire-Inférieure, Vendée Deux-Sèvres, Charente-Inférieure. Chevigné, la 13° division (Quartier général à Rennes) : Côtes du Nord, Finistère, Morbihan, Ille et Vilaine. Crussol d’Amboise la 142 (Q. G. à Valognes) : Eure, Calvados, Manche Orne, La Morlière la 15° (Q. G. à Rouen) : Somme, Seine Inférieure. Etat Militaire de la France pour 1793 par Léon Hennet, op. cit.
la 13e division militaire, Canclaux (1), un plan d’ensemble de protection des côtes de l'Océan. :
QIL paraît, dit-il dans un mémoire rédigé en octobre 1792 (2), que pour s’en tenir aux termes du décret du 17 octobre, qui en déterminant le nombre des armées destinées à défendre l’'Empire,en assigne une seulement à la protection des côtes de l'Océan, qu'il est nécessaire de l’inscrire entre Rouen et sordeaux,en donnant le surplus de l’étendue des côtes, aux armées du Nord et des Pyrénées. Celles que cette armée aurait à protéger et à défendre seraient encore bien considérables et demanderaient, sans contredit, un nombre de troupes que les circonstances lui refusent ».
Une telle armée, n’étant pas destinée à jouer un rôle actif, ne peut comprendre de troupes de ligne au détriment des formations de campagne ; elle doit se borner auxforces actuellement disponibles dans nos quatre divisions militaires,s’élevant à 13 bataillons de ligne et 4 de volontaires ; mais elle pourrait se renforcer utilement d’un grand nombre de canonniers marins ou gardes côtes inutilisés, de gardes nationales des villes et campagnes, dont une partie peut être réquisitionnée, des employés des douanes qui ont une connaissance parfaite de la région (3).
«Mais pour que ces mesures fussent prises d’une manière qui réunit sûreté, promptitude et économie dans son exécution, il faudrait que le général qui doit avoir le commandement de cette armée la levât en quelque sorte lui même, qu'il se portät sur tous les points et que de concert avec les corps administratifs, il tit un recensement de tout ce qui est en état de porter les armes et de servir utilement, qu’il mit sur pied ce qui lui serait nécessaire, qu'il en fit la distribution, fit connaître à chaque troupe l'emplacement à prendre en cas de besoin, qu’il établit des commandements, des écoles, un service exact, l'instruction nécessaire, des rapports, des signaux, enfin qu’il préparàt la besogne et montàt la machine, de manière qu’au premier ordre, les pièces puissent en être rassemblées dans le point déterminé et mises en activité ».
Ce mémoire fait impression sur Pache ; mais il estime que la menace qui pèse sur nos côtes n’est pas assez sérieuse pour motiver à nouveau la nomination d’un commandant en chef des forces du littoral. Il suffit pour le moment de faire prendre toutes
1. Lieutenant général chargé à Brest de l’embarquement des troupes destinées aux colonies.
2, «Deuxième mémoire sur l’armée décrétée pout protéger les côtes de l'Océan », 25 octobre 1792, A. G.
3. 11 développe la possibilité d'utiliser les gardes côtes etdouaniers dans. un troisième mémoire daté du 2 novembre, A. G.
mesures de détail nécessaires, par les quatre divisions militaires intéressées.
Il leur écrit à cet effet, vers le milieu de décembre (1), et demande notamment, l’état des officiers et des troupes indispensables, pour assurer lPexécution de leur mission.
La Morlière, Crussol d’Amboise, Marcé (2) et Chevigné (3), profitent de l’occasion, pour attirer l’attention du ministre sur l'insuffisance et la défectuosité de l’armement de nos côtes, que des gardes nationales peu ou point instruites, mal équipées et encore plus mal armées, ne sauraient garder, ni garantir d’une invasion, en cas de rupture avec l’Angleterre.
Malheureusement, Pache ne dispose pas de forces suffisantes, pour en distraire au profit des points qui ne sont qu’éventuellement menacés. [l estime préférable de pourvoir à leur défense, par une meilleure utilisation des ressources locales. Il rappelle à cet effet, aux commandants des divisions militaires (4), que la loi du 9 septembre 1792, les autorise à requérir les gardes nationales, autant qu'ils le jugent utile pour la garde des châteaux, forts, phares des côtes et frontières matitimes. En enlevant ce soin à leurs éléments actifs, ils pourront les regrouper dans des places fortes bien choisies, d’où ils seront à même d’agir selon les besoins.
À partir du début de janvier, la tension de nos rapports avec l'Angleterre provoque des craintes générales et fait afiluer dans les bureaux du ministre les rapports alarmants. C’est Crussol d’Amboise, écrivant (5) que de Cherbourg, l’on marque la plus grande inquiétude des armements anglais. Or, Cherbourg est un point des plus importants, laissé absolument sans défense. Il n’a pour toute garnison qu'un bataillon et il s’y trouve 400 bouches à feu,sans un seul canonnier. Il suflirait d’un corps expéditionnaire d’une dizaine de mille hommes pous s’en rendre maître.
Le lieutenant général Marassé, commandant à Anvers et dans le Brabant occidental, informe de son côté Pache, de la présence d’une escadre anglaise devant Flessingue. Il manque de troupes et d'artillerie (6), pour mettre Anvers et l’Escaut à l'abri de toute insulte. È
Le ministre répond à Crussol,que le danger n’est pas immédiat.
1. Circulaire de Pache aux commandants des 12e, 13e, 14e, 15e divisions militaires, 17 décembre, A. G. x
2. Le lieutenant général Marcé est adjoint à Verteuil, commandant la 12e division militaire.
3. La Marlière à Pache 21 décembre, Marcé et Chevigné à Pache, 22 décembre ; Crussol d’Amboise à Pache, 26 décembre, A. G.
4. Pache aux commandants des divisions militaires, 14 janvier. A. G.