Montesquiou à Servan, 20 mai, À. CG
L'armement et les places fortes (1). De grosses améliorations ont été apportées dans l'armement depuis 1791 ; mais il demeure encore nettement insuffisant.
Nos fonderies de Douai et de Strasbourg ont augmenté de plus de 350 pièces, les quelques 200 bouches à feu que nous possédions l’année précédente en magasin. Nos 4 manufactures d’armes de Maubeuge, Charleville, Saint-Etienne, Tulle, avec l’aide de celle de Liège, ont fabriqué au delà de 120.000 fusils. Nous disposons de 420 millions de poudre et nos places sont garnies d'environ 6.000 pièces de fonte et 1.500 de fer avec un approvisionnement suffisant. Enfin 1.226 canons avec leur attirail et munitions, permettent de constituer 6 grands équipages, dont 5 de campagne et 3 de siège.
L'approvisionnement. — Nos 133 magasins à vivres, échelonnés sur Ja frontière, peuvent alimenter 400.000 hommes pendant six mois; les magasins à fourrage 30.000 chevaux pendant quatre mois ; 1.200 caissons ou fourragères, doivent faire le service de ces subsistances aux armées.
Nous possédons enfin des effets de campement et du matériel d’ambulance pour trois armées de 30.000 hommes chacune.
La mise sur le pied de guerre (2). — Après la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie, le 25 avril 1792, l’on procède à la mise sur le pied de guerre de l’ensemble de nos forces.
L'armée de ligne avait vu dès la fin de 1792, ses bataillons portés à l'effectif de 750 baïonnettes, ses escadrons à celui de 170 sabres. En mars, le premier bataillon de chaque régiment est dirigé sur la frontière, le deuxième demeurant à l'intérieur pour servir de dépôt et assurer la défense des places. La cavalerie laissait seulement un escadron par régiment pour remplir ce rôle. Mais l’on va bientôt puiser sans scrupule dans les dépôts et y prélever d’abord les compagnies de grenadiers des deuxièmes bataillons (3), puis y recruter des compagnies de chasseurs volontaires, enfin prendre « tout ce qui serait en état de renforcer les bataillons et escadrons de campagne (4) ».
Parallèlement à ces mesures, l'effectif des bataillons de volontaires est porté de 574 à 800 hommes, formant 9 compagnies. Ces bataillons, bien que conservant leur pleine autonomie, vont déjà
1, Mémoire du ministre de la guerre sur les besoins de son département, 27 mars 1791, Moniteur, VII, 733 ; Rapport de Lameth au nom du Comité militaire, 22 juillet 1791, Monileir, IX, 189 ; Rapport du ministre de la guerre Narbonne sur l'état des frontières, 11 janvier 1792, Moniteur, XI, 72, 101, 105, 125. Archives de la Guerre.
2, Chuquet, op. cit. A. G.
3, Etats de Situation des armées, Archives de la guerre.