Lettre de Lajard à Lûckner, 27 juin 1792, A. G
réaliser une certaine fusion avec les troupes de ligne, pour le plus grand profit de leur instruction et de leur solidité. Malheureusement, les hommes n’y sont retenus que par un lien bien fragile ; engagés pour une campagne, ils peuvent regagner leurs foyers au 1er décembre de chaque année, à la seule condition de prévenir deux mois d’avance leurs commandants d’unité (1).
Insuffisance de notre préparation ; afjaiblissement des troupes de ligne et dévoloppement disproportionné des volontaires. — Nous entrons en campagne avec 150 bataillons et 113 escadrons, soit 110.000 fantassins et 20.000 cavaliers, répartis en quatre armées : du Nord, du Centre, du Rhin, du Midi ; 88 bataillons, 48 escadrons assurent le service de l’intérieur et des places fortes (2).
Ces effectifs, relativement élevés, ne sont que théoriques ; il est douteux qu’ils aient jamais existé ailleurs que sur le papier. En tous cas, ils fondent rapidement dès les premiers jours de la campagne, du fait de l’émigration, des désertions, des maladies, bien plus que par le feu. Dès la fin de mai, il manque plus de 40.000 hommes aux troupes de ligne et il devient presque impossible de les compléter faute d’engagés volontaires, ceux-ci se portant en masse vers les bataillons de volontaires (3).
Pour remédier au mal, il aurait suffi d'autoriser l’armée de ligne à se recruter parmi les volontaires nationaux. Narbonne l’avait proposé le 11 janvier (4), Servan voulait consacrer à cet objet 20.000 hommes, soit près de la moitié des ressources tirées d’une levée extraordinaire (5). La Législative s’y refusera absolument, craignant de rendre trop forte une armée de métier qu’elle estime peu sûre. Elle décide même (6), que sous aucun prétexte,les volontaires nationaux ne pourront être incorporés dans les troupes de ligne.
Aussi, l’assemblée va-t-elle se contenter, pour compléter nos régiments, d’une série de mesures, toutes également insuflisantes : elle fait appel aux vétérans (7), elle cherche à allécher les recrues par l’appât d’une prime élevée (8), elle répartit enfin, entre tous les départements, la levée des 50.000 hommes qu’il faut trouver (9).