MOQUE
Or l’adversaire, après avoir fait peser sur nous pendant de longs mois la menace d’une invasion, est prêt à la mettre à exécution. Le 12 août, les Autrichiens de Clarfayt, le 15 les Prussiens de Brunswick pénètrent en France (1). Le 19, le contact est pris à Fontoy avec les avant postes de Lückner.
En face des alliés dont les forces sont réunies pour frapper, nos troupes sont étirées en cordon tout le long des frontières. Elles sont sans cohésion et sans plan. « Si les ennemis, écrivait Victor de Froglie dès la fin de mai, exécutent une attaque... je ne sais vraiment pas de quelle manière les différents pouvoirs militaires, maintenant indépendants les uns des autres, pourraient se concerter pour opposer une résistance combinée (2) ».
Les divers commandants d'armée, qui jusqu'ici n’ont pu réussir à s'entendre, qui s’observent et se jalousent mutuellement, vont se voir imposer en fait l'unité de commandement, grâce à l’influence de deux hommes : Servan et Dumouriez.
Servan n'hésite pas à sacrifier ses ressentiments personnels au salut de la patrie. Il oublie que Dumouriez l’a chassé du ministère et à tout de suite foi en son génie : « lorsque j'écrivais au général Dumouriez à Maulde de venir sauver l’armée de Lafayette et contribuer ensuite à repousser les ennemis, je savais à qui je m’adressais » pourra-t-il écrire quelques mois plus tard (3).
Et de fait, c’est Dumouriez qui grâce à son influence sur le conseil exécutif va jouer le rôle d’un véritable commandant en chef sur le théâtre principal des opérations.
Mais auparavant, un obstacle reste à lever ; il faut se débarrasser du maréchal Lückner.
Lückner par ses tragiversations, par ses lettres à double entente (4), inspire de grandes méfiances ; mais il jouit toujours d’une influence considérable sur le soldat. Celui-ci reste attaché au vieux héros de la guerre de 7 ans qui a su capter sa confiance, et dans un moment de pénurie apparente en généraux habiles, il estime qu'il y à lieu de conserver un chef ayant fait la grande guerre.
Servan escomptait sa démission après le 10 août. Il est fort étonné de voir le maréchal se cramponner à son poste et il est indigné de limpéritie dont il fait preuve en face de l'ennemi. Devant la simple menace esquissée par l’armée d’invasion sur Fontoy, Lückner se replie aussitôt jusqu’à Metz et sy retranche