Seivan à Dumouriez, 4 octobre, À. G
4. Le ministre de la guerre donne lecture de plusieurs d’entre elles à l'assemblée les 17 et 23 août, Moniteur, XIII, 453.
sur la hauteur de Frescaty, sans oser retarder la marche de l’ennemi, ni inquiéter ses flancs en se portant entre Metz et Thionville, d’où ‘appelant à son aide Biron, il pouvait menacer ses lignes de communications et de retraite‘(1).
À la nouvelle de ce mouvement «inconcevable », Servan demande au conseil de destituer Lückner et de le remplacer par Kellermann (2). Cette proposition est acceptée et annoncée ofliciellement le 23 août (3).
Mais Kellermann prétextant la popularité du maréchal auprès des troupes, n’accepte le commandement de l’armée du Centre que si Lückner est nommé généralissime (4). Il n’est d’ailleurs pas seul à demander cette promotion.
Trois commissaires envoyés par l’assemblée à l’armée du Centre (5), ont fait leur entrée à Metz le 24 août, au moment même où Lückner se repliant du camp de Fontoy, s’installe à Frescaty. Leur mission est de porter à sa connaissance l’arrêté du Conseil Exécutif prononçant sa destitution ; mais en militaire madré qu’il a toujours été, le maréchal parvient à les abuser à tel point et sur ses talents et sur ses sentiments, qu’au lieu de lui faire connaître la mesure qui le frappe, les commissaires non seulement approuvent toutes ses dispositions ; mais écrivent sur-le-champ à la Convention qu’il convient de l’investir d'urgence de la dictature (6). |
Servan se rendant et aux raisons de Kellermann et à leurs pressantes sollicitations, le fait nommer généralissime le 29 août (7) ; toutefois le ministre, qui apprécie Luckner à sa juste valeur, tout en donnant cette satisfaction à l’opinion, s'arrange pour que le maréchal décoré d’un titre pompeux destiné à satisfaire son amour propre et à lui conserver de gros appointements, soit mis hors d’état de nuire. Il le fait placer en effet à la tête de toutes les armées pour qu’il ne puisse en commander aucune effectivement et il l’éloigne du théâtre des opérations en l’installant à Châlons. Là, if ne pourra que donner des conseils aux généraux placés théoriquement sous
Chuquet, op. cit, I, 199.
P.-V. des délibérations du Conseil Exécutif, 21 août 1792, A. N,, Te L
. Moniteur du 25 août, XIII, 513.
. Kellermann à Servan, 27 août.
Delaporte, Lamarque et Bruat. Ils sont nommés par décret du 20 août. Les Commissaires à la Commission extraordinaire, 24 août : les commissaires à Servan, 23 août.
7. P.-V. de la séance du Conseil Exécutif du 29 août, A. N., AF II I. L'arrêté du conseil est du 31 août, Moniteur du même jour. Le maréchal devra fixer sa résidence à Châlons. Il fera tenir registre de ses ordres et délibérations et en enverra copie au pouvoir exécutif dans les 24 heures. Il tiendra le pouvoir exécutif au courant de sa correspondance avec les armécs. Ce dernier lui enverra 2 délégués pour veiller à la prompte exécution de ses
ordres,
Hope
ses ordres et pour plus de sûreté, l’adjudant général Laclos lui est adjoint pour contre signer toutes ses lettres (1).
Ainsi, écrit Couthon, le maréchal obtient une fiche de consolation qu’il est politique de lui accorder (2) et le journal de Prudhomme ajoute (3) « Lückner sans pouvoir immédiat sur l’armée, Lückner délivré des traîtres qui l’ont à jamais perdu, Lückner ne saurait être dangereux et fatigué lui-même de sa nullité, nous le verrons bientôt demander sa retraite de généralissime in partibus ».
S’étant ainsi débarrassé, au moins provisoirement du maréchal, Servan va soutenir Dumouriez et lui assurer une situation prépondérante, tout en le tenant discrètement en bride (4). Fort de cet appui, alors que Lafayette craignait les généraux Prussiens (5), que Lückner se montrait timide et incapable, Dumouriez va tout oser.
Du 28 août au 20 septembre, il est seul en face de l’armée Prussienne et s’il commet des fautes, il les répare aussitôt. Il y a plusieurs chefs dans le camp allié, il n’y en a qu’un seul dans le camp français, un chef résolu à barrer par tous les moyens, négociations ou batailles le chemin de Paris (6).
Aussi pendant la campagne, Dumouriez va-t-il exercer en fait une dictature diplomatique et militaire. Il n’en fera qu’à sa tête, n’écoutant ni les conseils du ministre, ni les journalistes, ni Paris. Il va demeurer fort et agissant devant un ennemi timoré et aux derniers jours de septembre, quand des conflits d'autorité s’éleveront entre Kellermann et lui, il saura encore imposer son plan, garder la direction de la guerre, conserver jusqu’à la retraite des Prussiens le commandement des troupes qui défendent les plaines de Champagne (7).
Néanmoins, si faible que soit le rôle laissé à Lückner par l’arrêté du 31 août, il n’en demeure pas moins avec son titre de généralissime un obstacle pour Dumouriez. En effet, Lückner prend son rôle au sérieux, il dicte et reçoit des dépèches, donne des consoils aux, généraux, passe des revues. Mais il demeure aussi incapable et aussi nul que sous les murs de Metz deux mois auparavant. Toutefois, il en impose encore aux commissaires de l’assem-
1. Lückner est officiellement chargé de la mission spéciale « de former une armée de réserve et de concoirir par ses conseils aux opérations militaires »
2, Correspondance de Couthon, 155.