II INTRODUCTION
seil de guerre de Rennes proàonça en toute liberté. En 1897, au moment même où s'était ouverte celte redoutable agitation, M. Waldeck-Rousseau avait protesté, dans un discours qui eut un grand retentissement, contre tout retour à ces pratiques des gouvernements despotiques : diriger les instructions, les procès.
La grâce du capitaine Dreyfus ne fut pas seulement une mesure de clémence : elle fut un acte politique de nature à préparer l'apaisement des esprits. La loi d'amnistie, qui fut votée l'année suivante, est due à la même pensée politique d'apaisement.
M. Waldeck-Rousseau renvoyait au tribunal de l'Histoire les personnages du drame. Il ne condamnait pas les mouvemeats de pitié ou d'indignation qu'il avait lui-même éprouvés. « Mais il y a des heures, dit-il, où il faut se tourner vers l'avenir, et regarder moins peut-être du côté où l'on croit voir des coupables, que du côté d'un état de choses qui fait les coupables. »
Au cours du procès de Rennes, le Gouvernement découvrit que 4es royalistes, les antisémites et les nationalistes préparaient un coup pour le jour du jugement. M. Waldeck-Rousseau fit arrêter préventivement les principaux meneurs. Cet acte d'énergie épargna à la République des journées qui auraient pu être sanglantes. Les principaux conspirateurs furent déférés à la Haute Cour de Justice, comme l'avaient été, en 1889, le général Boulanger et ses complices. Le Procureur général établit qu'il y avait eu à la fois complot contre l'État, et commencement d'attentat. La Haute Cour siégea sans désemparer pendant près de deux mois. Les débats furent violents, les preuves décisives. Les coupables furent condamnés au bannissement ou à la détention.
En même temps. Tordre qui, depuis deux ans, était
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gravement troublé dans la rue, fut rétabli, sang brutalilé, avec une fermeté constante.
Peu à peu les vagues soulevées s'apaisèrent, le calme rentra dans les esprits. Le magnifique succès de l'Exposition universelle y contribua. Dans cette grande fête du Travail et de la Paix, la France, déchirée longtemps par tant de passions furieuses, se retrouvait elle-même, laborieuse et bonne. C'est une maladie française que d'étaler avec complaisance, aux yeux du monde, les misères et les hontes que les autres peuples mettent un soin extrême à cacher. Pendant les belles journées de l'Exposition, la France montra les chefs-d'œuvre de son art, de sa science; de son industrie, de son commerce, et le monde admira, une fois de plus, cette rapidité, également française, dans le relèvement.
Au banquet des maires, les délégués de toutes les communes de France, réunis autour du chef de l'Etat, acclamèrent la République, la consacrèrent à nouveau.
Telle fut la première partie de l'œuvre des ministres du 22 juin : la Défense républicaine. Elle fut réalisée par l'union des républicains, oublieux pour un temps de leurs préférences doctrinales, préoccu* pés du péril commun, mettant au-dessus de tout la République.
A Fœuvre de défense succéda l'œuvre d'action républicaine.
Le passé renvoyé devant l'Hisloire, le moment était venu de regarder vers l'avenir.
Les mêmes hommes, unis dans une même pensée, s'appliquèrent à cette tâche nouvelle. Depuis trentedeux années de République, aucun ministère n'a duré aussi longtemps que celui du 22 juin 1899, parce que nul n'a appliqué avec plus de méthode ce sûr principe : sérier les questions.
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Les difficultés continuaient, elles sont inséparables de toute action politique. Dans un régime de libre discussion, les hommes, comme les idées, sont remis incessamment en cause. Les rancunes, les haines ne sommeillent jamais. Le pouvoir, qui n'est pas souvent enviable, est toujours envié. Plus de 350 interpellations et questions furent adressées au gouvernement que préside M. Waldeck-Rousseau ; il a répondu à 191 questions et interpellations.
Les principes directeurs du Ministère en matière économique et sociale, ont été exposés dans un précédent volume : Questions sociales.
La partie la plus importante de son œuvre législative a fait Tobjet d'un second volume ; Associations ET Congrégations.
Beaucoup d'autres lois ont été préparées : le temps a fait défaut pour les discuter toutes. Nous en énumérons quelques-unes : réforme des droits de succession et du régime hypothécaire; dégrèvement des boissons hygiéniques ; loi sur la santé publique; durée du travail dans les ateliers; réglementation du travail dans les mines ; retraites ouvrières.
Fortifier l'œuvre de la défense nationale fut l'une des pensées dominantes du Ministère. L'armée coloniale fut créée; la défense des colonies fut organisée. Au ministère de la Marine, un vaste programme de construction navale fut élaboré, adopté par la Chambre. Au ministère de la Guerre, le pouvoir responsable reprit les droits essentiels qui avaient été abandonnés à des commissions irresponsables; la discipline, qui avait paru un instant ébranlée, fut rétablie ; la situation des officiers fut améliorée ; plus de bonté fut introduite dans les règlements. Des peines sauvages avaient subsisté dans l'administration pénitentiaire et dans la marine : la double boucle fut supprimée.
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Au dehors, le Ministère resta fidèle à la politique traditionnelle de la France. La France est pacifique ; d'autant plus, elle veut être respectée. Il suffit d'une simple démonstration navale pour ramener la Sublime-Porte à Tôbservation de ses engagements. Cette démonstration eut, dans tout le monde de rOrient, un grand retentissement, et y rehaussa le prestige de la France. Il fallut une expédition pour rétablir Tordre dans le Céleste-Empire bouleversé par une terrible insurrection. Nos soldats s'y distinguèrent à la fois par leur bravoure et leur humanité. Un acte, d'une portée morale considérable, fut accompli par le Gouvernement. Il abolit le droit de prise, vestige de vieux droits barbares. La France voulut toute sa part du danger, aucune du pillage.
Les représentants de la France tinrent une grande place, celle qui leur appartenait, à la Conférence de La Haye. Ils ne réalisèrent pas l'arbitrage obligatoire ; mais ils préparèrent les voies à cette solution, humaine et juste, des conflits, économiques ou politiques, qui sont toujours inévitables.
L'alliance entre la France et la Russie fut confirmée avec éclat par le voyage du Tsar, pendant l'automne de 1901.
Le 26 juin 1899, quand M. Waldeck-Rousseau parut pour la première fois à la tribune de la Chambre, au milieu d'une tempête de cris, il eut de la peine à lire le programme ministériel. Ce programme se terminait par ces mots i
« Si nos efforts ne sont pas stériles, la République reprendra bientôt sonœu\re de progrès économique et social; et nous croirons avoir accompli notre devoir, si npus avons de nouveau ouvert la voie à une politique faite, à l'exclusion de tout ce qui a divisé les républicains, de tout ce qui peut les unir. >>
A Saint-Etiennej le 11 janvier 1902, M* Waldeck^
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Rousseau, résumant l'œuvre de son ministère, a appelé le Suffrage universel à la juger ; il a exprimé en ces termes sa confiance que la Démocratie républicaine saura rendre justice à ses efforts :
« Les élections qui vont avoir lieu marqueront, j*on ai la confiance absolue, un triomphe nouveau pour la République. Elles fortifieront la politique que nous avons suivie, et que, dans des élections partielles, le Pays a déjà ralifiée. Il faut que ces élections ramènent à la Chambre une majorité plus large encore, exemple de lout patronage suspect, une majorité qui ne cherche sa force que dans l'appui des républicains. »
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