L'UNION DE TOUS LES RÉPUBLICAINS POUR LA DÉFENSE DU PATRIMOINE COMMUN
Il a été rappelé, dans Tin troduc lion placée en tête de ce volume, les conditions dans lesquelles M. Waldeck-Rousseau avait assumé la lourde et périlleuse responsabilité du pouvoir. Constitué le 22 juin, le nouveau Cabinet se présenta devant les Chambres le 26 juin, ayant déjà pris plusieurs mesures significatives, telles que le déplacement de certains officiers compromis par leur attitude au cours des derniers événements et celui de certains hauts magistrats. Sa déclaration s'inspirait des termes mêmes de l'ordre du jour dont ladoption, par la Chambre, à une immense majorité, avait déterminé la chute du ministère Dupuy : « La Chambre, résolue à ne soutenir qu'un gouvernement décidé à défendre avec énergie les institutions républicaines, et à assurer Vordre public, passe à Tordre du jour ».
Celte déclaration fut accueillie avec enthousiasme par le Sénat, qui vota, sur la proposition de M. Guyot, une motion affirmant sa confiance dans la vigilance et la fermeté du Gouvernement pour défendre les institutions républicaines.
A. la Chambre, il en fut donné connaissabce par M. Waldeck-Rousseau : Tintolérance des adversaires du gouvernement de Défense républicaine se manifesta avec une violence inouïe; leurs interruptions hachèrent la lecture de ce document au point d'en rendre le sens presque inintelligible pour les auditeurs. Il semblait que ces mêmes hommes qui, quelques mois plus tard, s'inclinant enfin devant le talent et l'autorité du Président du Conseil, ne devaient plus l'écouter que dans le silence le plus atlenlif, eussent formé, ce jour-là, le dessein de le mettre dans l'impossibilité matérielle absolue d'ac- •complir entièrement son devoir.
Nous croyons intéressant de faire suivre le texte de cette déclaration si claire et si nette, qui ne contenait aucun engagement qui n'ait été rempli, du compte rendu in extenso^ emprunté au Journal Officiel^ du début de cette séance mémorable; sa lecture permettra d'apprécier l'énergie, le courage et le sang-froid dont M. Waldeck-Rousseau fit preuve en cette circonstance.
Immédiatement après, on aborda la discussion de trois interpellations sur la politique générale du 'Cabinet déposées par MM. Ernest Roche, Mirman et Viviani. Pour le premier de ces orateurs, le Cabinet était l'émanation d'un syndicat constitué pour faire acquitter Dreyfus ; M. Mirman se livra à des attaques personnelles contre les ministres de la Marine et de la Guerre; M. Viviani se déclara « prêt, provisoirement, jusqu'à ce que le danger eût disparu », à soutenir le ministère. M. Waldeck-Rousseau, au milieu
des clameurs de la droite, fournit quelques explications brèves, mais catégoriques, sur la politique du Cabinet. M. Brisson intervint, à la 6n du débat : « Ce qui est en cause, dit-il, c'est de savoir si, pour défendre la République, on veut faire la majorité avec ceux qui ont passé trente ans à essayer de la détruire, ou avec tous les braves, républicains qui siègent dans cette Assemblée w. L'ordre du jour de M. Périllier « approuvant les déclarations et les actes du Gouvernement », fut adopté par 262 voix contre 237,/ aux applaudissements de la gauche et aux cris de : « Vive la République! »