DÉCLARATION DU GOUVERNEMENT
Messieurs,
La Chambre, en exprimant la résolution de ne soutenir qu'un gouvernement décidé à défendre avec énergie les institutions républicaines et à assurer Tordre public, a nettement défini la tâche qui s'impose au nouveau Cabinet.
Il n'a d'autre ambition que de l'accomplir.
S'agissant de maintenir intact le patrimoine commun, nous avons pensé que les divisions de parti devaient s'eflFacer, et que l'œuvre que nous allions entreprendre exigeait le concours de tous les républicains.
Quand le but est précis et qu'il ne varie point avec les méthodes ou avec les écoles, l'accord
4 LA DÉFENSE HÉPUBLICAINE
devient facile; les controverses se taisent en présence d*un même devoir à remplir.
Mettre (in à des agitations dirigées, sous des dehors faciles à percer, contre le régime que le suffrage universel a consacré et qu'il saura maintenir ; exiger dans tous les services un concours fidèle, le courage des responsabilités, telle doit être la première préoccupation du Gouvernement qui se présente devant vous.
Il ne dépendra pas de lui que la justice n'accomplisse son œuvre dans la plénitude de son indépendance. Il est résolu h faire respecter tous les arrêts. Il ne sait pas distinguer entre ceux qui ont la redoutable mission de juger les hommes, et si le vœu du pays est avant tout écouté,* c'est dans le silence et le respect que se prépareront ces décisions.
Au premier rang des intérêts les plus étroitement liés à la conservation et à la dignité d'une nation, nous plaçons ceux de l'armée, que la troisième République a reconstituée sur des bases si fortes et si larges qu'elle est à la fois l'expression même, la sécurité et l'orgueil de la France.
Nous pensons, avec ses chefs les plus illustres et ses guides les plus sûrs, que l'inviolable attachement à la discipline est la première et l'essentielle garantie de sa propre grandeur. Nous entendons la défendre avec la même énergie, et contre les attaques dont elle serait l'objet et
LA CONSTITUTION DU GABINKT li
contre les sollicitations qui sont la plus imméritée des injures.
Nous souhaitons avant tout, et comme tous ceux qui font de l'unité morale de la France la condition même du rôle civilisateur qui lui est assigné, que l'apaisement se fasse. Il se produira promptement si chacun, renonçant à se faire soimême justice, à préparer ou à dicter des sentences, s'incline devant la loi.
Pour accomplir Toeuvre qui nous est dévolue et pour arrêter toutes les mesures qu'elle comporte, nous avons besoin du concours du Parlement et de toute sa confiance. Il nous jugera sur nos actes, non sur des promesses. C'est le mandat le plus large que nous sollicitons, c'est notre responsabilité la plus entière que nous engageons devant vous.
Nous vous demandpns de faire trêve aux discussions irritantes qui servent mal les intérêts du pays et de voter à bref délai les lois nécessaires au bon fonctionnement des services publics.
Si nos efforts ne sont pas stériles, la République reprendra bientôt son œuvre de progrès économique et social, et nous croirons avoir rempli notre devoir, si nous avons de nouveau ouvert la voie à une politique faite, à l'exclusion de tout ce qui a divisé les républicains, de tout ce qui peut Jes unir.
LA DÉFENSE UÉPUBLICAÏNE
ÇuAMBRE DES DÉPUTÉS. Séance du 26 juin i 899. — Lecture de la Déclaration du Gouvernement.
M. LE Président. — La parole est à M. le Président du (Conseil.
A rexù'ême gauche, — Vive la Commune!
[Bruit prolongé, )
M. le Président. — Je vais être obligé de sévir. [Protestations à V extrême gauche,) Comprenez donc, Messieurs, qu'aujourd'hui, plus que jamais, la principale force des partis, de tous les partis, est la possession de soi-même ! [Très bien! très bien!)
M. BouTARD, s'adressant aux ministres. — Vous avez oublié de convoquer M. Deibler; nous attendons le bourreau! [Bruit.)
M. le Président. — Veut-on donc, dès maintenant, m'obliger à suspendre la séance?
M. Boutard. — Et la prorogation viendra ensuite! [Applaudissements au centre.)
M. le Président. — Je vous rappelle à l'ordre. [Applaudissements à gauche,)
M. Boutard. — Cela m'est parfaitement égaL
M. le Président. — Je vous rappelle à l'ordre avec inscription au procès-verbal [Nouveaux applaudissements)^ et si vous continuez à interrompre, je consulterai la Chambre. [Très bien! très bien!)
La parole est à M. le Président du Conseil.
M. Waldeck-Rousseau^ président dtf Conseil, minisire de V Intérieur et des Cultes, — Messieurs, la Chambre, en exprimant la résolution de ne soutenir qu'un gouvernement décidé à défendre avec énergie...
M. Charles Bernard. — Les intérêts d'Eiffel!
[Applaudissements à droite et sur plusieurs bancs à r extrême gauche,)
M. LE Président. — Je vous rappelle à Tordre. [Appplaudissements , )
M. LE Président DU Conseil. — ...les institutions républicaines...
A droite, — Lesquelles?
M. le Président du Conseil. — ... et à assurer l'ordre public, a nettement défini la tâche qui s'impose au nouveau Cabinet.
Il n'a d'autre ambition que de l'accomplir
S'agissant de maintenir intact le patrimoine commun, nous avons pensé que les divisions de parti devaient s'effacer. [Applaudissements à gauche et sur divers bancs au centre.)
M. Chenavaz. — La République avant tout!
[Bruit.)
M. le Président. — Voulez-vous qu'il soit impossible à M. le Président du Conseil de continuer? [Mouvements divers,)
Vous voterea tout à l'heure, Messieurs. Ecoutez-donc maintenant !
M. LE Président du Conseil. — .. . et que l'œuvre que nous allions entreprendre...
M. BoDTARD. — En attendant le mur des fédérés! {Brtdl.)
M. LE Président. — Monsieur Boutard, à la première interruption, je consultera^ laChambre. {Applaudissements au centre, — Exclamations à C extrême gauche.) — Et soyez sûrs, Messieurs, que je n'apporte ici qu'une absolue impartialité, une complète probité d'esprit.
Veuillez continuer, Monsieur le Président du Conseil.
M. LE Président dc Conseil. — ... et que Toeuvre que nous allions entreprendre exigeait le concours de tous les républicains.
Quand le but est précis et qu'il ne varie point avec les méthodes ou avec les écoles, l'accord devient facile; les controverses se taisent en présence d'un même devoir à remplir. [Interruptions à r extrême gauche ,)
{M. Zévaès prononce des paroles qui ne parviennent pas jusqu'au Bureau.)
M. LE Président. — Monsieur Zévaès, vous avez déjà donné plusieurs fois le signal du tumulte... [Exclamafians à l extrême gauche.)
A l'extrême gauche. — Tous! tous!
M. LE Président. — Oli! Messieurs, vous ne m'intimiderez pas, vous le savez bien. [Applaudissements.)
M. Zévaès. — Ce n'est pas donner le signal du tumulte que d'exprimer ses sentiments, et je continuerai.
M. LE Président. — Je vous rappelle à Tordre.
M. LE Président du Conseil. — Mettre fin à des agitations dirigées sous des dehors faciles à percer, contre le régime que le suffrage universel a consacré et qu'il saura maintenir... [Ti^ès bien! très bien! à gauche.)
M. PoDRQUERY DE BoissERiN. — Malgré vous, probablement!
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... exiger, dans tous les services, un concours fidèle [Applaudissements à gauche)^ le courage des responsabilités, [Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs)^ telle doit être la première préoccupation du Gouvernement qui se présente devant' vous.
Il ne dépendra pas de lui que la justice n'accomplisse son œuvre dans la plénitude de son indépendance. [Applaudissements à gauche et sur divers bancs au centre.)
M. Lasies. — Gros malin! [Rii^es à droite.)
M. LE Président. — Monsieur Lasiès, je vous rappelle à Tordre. •
M. Lasïes. — Vous êtes sévère! [Nouveaux rires.)
A gauche. — Mais juste.
M. LE Président du Conseil. — Il est résolu à faire respecter tous ses arrêts. [Applaudissements à gauche.)
Il ne sait pas distinguer entre ceux qui ont la redoutable mission déjuger les hommes, et, si le vœu du pays est avant tout écouté, c'est dans
10 LA DÉFKNSE RÉPUBLICAINE
le silence et le respect que se prépareront ses décisions. [Nouveaux applaudissements à gauche.)
Au premier rang des intérêts les plus étroitement liés à la conservation et à la dignité d'une nation, nous plaçons ceux de Tarmée, que la troisième République a reconstituée sur des bases si fortes et si larges qu'elle est à la fois l'expression môme de la sécurité et Torgueil de la France. {Applaudissements à l'extrême gauche et sur divers bancs,)
Nous pensons avec ses chefs les plus illustres et ses guides les plus sûrs, que l'inviolable attachement à la discipline est la première etTessentielle garantie de sa propre grandeur. {Applaudissements à gauche,)
A droite. — Vive Galliffet! {Bruit.)
M. LE Président. — Si vous croyez que ces interruptions ajoutent à la force de vos idées, vous vous trompez singulièrement!
M. CuNÉo d'Oknano. — Avez-vous jamais vu qu'on ait fait ici quelque chose qui ait ajouté à la force des idées?
M. LE PuÉsiDENT DU CoNSEiL. — Nous entcudons la défendre avec la même énergie et contre les attaques dont elle serait l'objet et contre des. sollicitations qui sont la plus imméritée des injures. {Applaudissements à gauche.)
Nous souhaitons avant tout, et comme tous ceux qui font de l'unité morale de la France la
condition même du rôle civilisateur qui lui est assigné, que l'apaisement se fasse. {Exclamalions à droite, — Mouvements divers.)
M. LE Président. — Vous interrompez à chaque instant, Messieurs. Êtes-vous si peu maîtres de vous-mêmes? (Tré^ bien! très bien!)
M. LE Président du Conseil. — Il se produira promptement si chacun, renonçant à se "faire soi-même justice, à préparer ou h dicter des sentences, s'incline devant la loi. (Applaudissements à gauche.)
Pour accomplir l'œuvre qui nous est dévolue, et pour arrêter toutes les mesures qu'elle comporte, nous avons besoin du concours du Parlement, et de toute sa confiance. [Interruptions à di'oite.)
M. Pierre Richard. — Vous tremblez!
M. LE Président. — Je vous rappelle à l'ordre.
M. Dauzon. — 11 n'y en a pas un de vous qui aurait le courage de faire ce que fait M. Waldeck- Rousseau en ce moment..
M. LE Président. — Vous ne pouvez pas interpeller directement vos collègues; je vous invite au silence.
M. Dauzon. — Je dis qu'il est indigne de dire que M. Waldeck-Rousseau a peur.
M. le Préside.nt. — Je vous rappelle à Tordre, puisque vous insistez.
M. Charles Bos. -— Vous ne rappelez pas à Tordre les membres de la droite ni du centre.
12 LA DÉKENSE RÉPUBLICAINE
M. LE Président. — Je rëprime les interruptions partout où elles se produisent. Pour paraître impartial à vos yeux, en ce moment, il faudrait être partial.
M. Liî P11ÉSIDE.NT DU Co-fSEiL. — H nous jugera sur nos actes, non sur des promesses. C'est le mandat le plus large que nous sollicitons, c'est notre responsabilité la plus entière que nous engageons devant vous.
Nous vous demandons de faire trêve aux discussions irritantes qui servent mal les intérêts du pays, et de voter â bref délai les lois nécessaires au bon fonctionnement des services publics. [Exclamations ironiques et interruptions sur divers bancs à droite et au centre.)
M. PocBQiiERY DE BoissERi.v. — Pour pouvoïr nous mettre à la porte le plus tôt possible.
M. LE Président du Comsbil. — Si nos efforts ne sont pas stériles, la République reprendra bientôt son œuvre de progrès économique et social, et nous croirons avoir rempli noire devoir si nous avons de nouveau ouvert la voie...
/li( centre. — Au colleclivisme!
A textrême gauche. — Cela vaudrait mieux qu'à la réaction!
M. LE Président DU Conseil... — à une politique faite à l'exclusion de tout ce qui a divisé les républicains, de tout ce qui peut les unir. [Vifs applaudissements à ffaiicke et sur divers bancs à l'extrême gauche. — Brvit.)
LA CONSTITUTION DU CABINET i:^
M. LE Président. — J'avais reçu -quatre demandes d'interpellation :
La première, de M. Ernest Roche sur la politique générale du nouveau Cabinet ; la deuxième, de M. Paul de Cassagnac sur la politique intérieure du Gouvernement; la troisième, de M. Mirman, et la quatrième, de M. Viviani, sur la politique générale du Cabinet.
En montant au fauteuil, j*ai reçu la lettre suivante, de M. de Cassagnac :
« Monsieur le Président, déférant au désir de mes amis de la droite qui ne veulent pas qu'on puisse imputer à l'intervention d'un des nôtres le groupement d'une majorité autour du Cabinet, je retire mon interpellation. » [Mouvements divers,)
Quel jour le Gouvernement propose-t-il pour la discussion de ces interpellations?
M. Waldeck-Rousseau, présideni du Conseil, ministre de r Intérieur et des Cultes, — Je demande la jonction de ces interpellations, et leur discussion immédiate.
M. le Président. — 11 n'y a pas d'opposition? [Non! non!)
La discussion immédiate est ordonnée.
CuAMBRE DES DÉPUTÉS. SéttHce du 26 juin 4899. — Réponse à rinlerpellalion sur la politique générale du Gouvernement.
M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil^ \ ministre de r Intérieur et des Cultes. — Messieurs,
riionorable M. Ernest Roche et l'honorable M. Mirman m'avaient annoncé une interpellation qui porterait sur la politique générale du Gouvernement. J'en avais conclu que la décla- ; ration que nous avons apportée à la tribune
; allait soulever leurs critiques, qu'ils lui repro-
cheraient ou des obscurités ou des réticences. , {Interruptions au centre et à droite,)
M. LE Président. — Allez-vous donc interrompre le ministre à chaque phrase? Vous votei rez tout à Theure; écoutez d'abord.
M. LE Président du Conseil. — Je me proposais, par conséquent, d'indiquer, avec une parfaite netteté, les intentions dans lesquelles le Cabinet actuel s'est formé; je voulais montrer à la Chambre les circonslances au milieu desquelles il a eu à prendre les résolutions qu'il a déjà prises.
On a, au lieu d'une discussion portant sur la politique, fait le procès à deux ministres.
A droite. — A trois !
M. LE Président du Conseil. — On a apporté de nouveau à la tribune des polémiques qui datent
de 1894... [Interruptions à droite et sur divers bancs à r extrême gauche.)
M. LE Président. — Le débat ne peut continuer dans ces conditions. Je préviens les interrupteurs que, tout à Theure, ils auront la responsabilité, soit de l'application du règlement, soit d'une suspension de séance.
M. LE Président du Conseil. — ... des incidents dont Tun a déjà été porté devant la Chambre et réglé — Tun de nos honorables collègues le rappelait tout à rheure — par plus de 400 voix de majorité.
Je comprends à merveille l'intérêt qu'il peut y avoir à mettre dans un débat qui doit être grave des accusations qui le passionnent, mais je sais aussi la responsabilité que j'engage et c'est parce que j'en ai le sentiment profond que je demande à Ja Chambre, à vous tous, Messieurs, de me laisser dire à quelle suggestion — le mot a, je crois, été employé — ou à quelles inspirations j'ai obéi en formant le Cabinet qui se présente devant vous. [Très bien! ti*ès bien! à gauche et à l'extrême gauche^)
Un membre. — Nous les connaissons.
M. LE Président. — Il est étrange qu'après avoir interrogé le Gouvernement, on ne lui permette pas de répondre.
M. LE Président du Conseil. — En vérité, il semble que nous soyons bien loin de la date du 12 juin, jour où la Chambre a manifesté, d'une
manière si expresse, la volonté dont nous serons les agents et les serviteurs. A ce moment, qu'a donc pensé la majorité républicaine? Elle a pensé que, sans exagérer les périls, il est absolument impossible et il serait peut-être coupable de les méconnaître et d'en contester la gravité. La Chambre, dans son ordre du jour, a voulu affirmer sa volonté de défendre les institutions... [Interruptions à droite. — Ti^ès bien! très bien! à gauche.)
M. CuNÉo d'Ornano. — J'ai voté cet ordre du jour, et M. Delcassé ne l'a pas voté.
M. LE Président du Conseil. — J'affirme, à mon tour, dis-je, que nous n'avons pas eu une préoccupation autre que de répondre à cette volonté.
Je sais à merveille aussi, j'ai même prévu, et €e n'était pas malaisé, les critiques qui ne manqueraient pas d'être dirigées contre la formation et contre la composition du Cabinet. [Interruplions sur divers bancs.)
Au centre et à droite, — Cela se comprend !
M. BoDTARD. — Voulez-vous . me permettre deux mots?
M. LE Président. — Non, Monsieur; c'est intolérable !
M. LE Président DU Conseil. — 11 est, en effet, bien facile d'interpeller un homme qui, pour avoir vécu longtemps à côté de la politique, ne s'en est pas désintéressé, qui a toujours, et très hautement affirmé sa doctrine, et delui demander
LA CONSTITUTION DU CABINET iT
s'il l'applique. On pourrait poser la môme question à tous les membres du Cabinet. La réponse serait la même. La voici : Oui, il est parfaitement vrai que, sur un très grand nombre de poiuls de politique, sur un très grand,.nombre de questions économiques, chacun de nous a des vues divergentes... {Exclmnations à droite. — Interniptions,)
M. LE VICOMTE DE MoNTFORT. — Parfaitement !
C'est alors la concentration poussée jusqu'à l'absurde !
M. LE Président — Permettez d'achever. Messieurs.
M. LeHéhissé. — Vous n'êtes d'accord que sur la question Dreyfus! [Bruit,)
M. le Président du Conseil. — Mais chacun d'eux déclarerait aussi , comme je le déclare, que, s'agissant d'un intérêt supérieur à toutes nos querelles, s'agissant de la défense de la République... [Applau lissements à gauche et sur divers bancs à V extrême gauche.)
A droite — De Dreyfus !
M. LE Président du Conseil. — ... nous n'avons qu un même sentiment et une même volonté.
A droite. — Laquelle ?
M. Le Hérissé. — Sauver Dreyfus !
M. LE Président. —Monsieur Le Hérissé, vous ne cessez d'interrompre. Voulez-vous que je vous rappelle à l'ordre ?
M. LE Président du Conseil. — Le Cou vernement
18 LA DÉFENSE RÉPL'BLlGAiNE
n'a pas dissimulé à la Chambre, je suppose, dans quel but précis il se formait.
A droite, — Lequel ?
M. LE Président du Conseil. — Ce but, — vous demandez une fois de plus lequel, — c'est de réunir tous les républicains pour faire face à tous les réactionnaires. [Applaudissements à gauche et sur divers bancs à f extrême gauche,)
M. Charles Bernard. — Pour renverser la République, comme Galliffet à Dijon.
M. LE Président. — Je vous rappelle à Tordre. [Bruit,)
Je ne m'explique pas que, tenant vos bullelins de vote dans vos mains, vous ne puissiez laisser toutes les opinions se produire librement à la tribune !
M. le Président du Conseil. — Etait-il, en vérité, si difficile qu'une entente complète s'établît entre des hommes qui ont le même idéal républicain ? [Mouvements divers),
M. LE VICOMTE DE MoNTFORT. — C'cst trop fort !
Voilà une doctrine gouvernementale vraiment inacceptable !
M. LE Pbésident. — La discussion ne peut continuer ainsi.
Messieurs, je vous demande à tous de faire silence ; je vous le demande au nom de la dignité de notre pays.
M. Dauzon. — Ce n'est pas à nous qu'il faut dire cela.
LA GOiNSTlTUTlON DU CABINET 19
M. Charles Bos. — ^ Qu'ils fassent donc silence, ces farouches républicains du centre !
M. LE Président. — Je le demande à tous. Veuillez continuer, Monsieur le président du Conseil.
M. LE Président du Conseil. — Un des orateurs auxquels je réponds a demandé comment le Cabinet comprenait sa lâche et quelles mesures lui paraissaient nécessaires. C'est à quoi, si la Chambre toutefois me le permet, je vais répondre très clairement et très simplement.
Le ministère se présente dans des circonstances qui ont voulu qu'avant de paraître devant la Chambre il prît déjà des responsabilités. Il les a prises parce qu'il a jugé nécessaire de les prendre sur l'heure; mais il a considéré que, pour aller plus loin et pour achever son œuvre [Exclamations sur divers bancs an centre)^ il lui fallait l'appui nécessaire du Parlement. [Applaudissements à r extrême gauche et à gauche.)
Les mesures que nous avons prises, je demande en vérité quel est le chef de Gouvernement qui ne les eût pas prises.
Est-ce un fait indifférent, je ne dis pas. Messieurs, au Gouvernement et à la République, mais à l'existence même d'une nation que de voir sous l'influence d'excitations répétées, des hommes échapper à ce qu'on appelait tout à l'heure la loi du silence, oublier une mesure que certes, les premiers, ils regrettent d'avoir perdue et faire entendre des propos qui permettraient de
dire que l'armée juge aujourd'hui la politique? { Vifs applaudissements siir les mêmes bancs.)
Ce sont là des faits isolés, et je me hâte de dire que le Gouvernement a entendu avant tout ne point exagérer la rigueur, tout le monde Ta reconnu.
Nous avons désiré qu'on vît, dans des mesures qui appartenaient absolument au pouvoir du Cabinet, un avertissement, une exhortation, et à Theure qu'il est j'espère et je crois avec confiance qu'aucune autre erreur de ce genre n'étant commise, nous ne serons pas amenés à prendre des mesures plus sévères. {Mouvements divers.)
Nous n'avons dans l'avenir qu'un but, mais je crois qu'il est essentiel de l'atteindre : c'est de placer partout des hommes respectueux de la loi constitutionnelle...
M. MiKMAN. — Et (le la loi morale.
M. Ernest Roche. — Comme Galliffet.
M. LE Président du Conseil. — C'est d'exiger que depuis l'emploi le plus haut jusqu'à l'emploi le plus modeste, le Gouvernement et la Constitution trouvent le même respect et le môme concours. [Applaudissements à gauche et sur divers bancs à rcrlréme gauche.)
Fidèles à ce qui a été dit dans la déclaration, nous avons écarté tout acte qui pourrait être interprété comme de nature à créer un préjugé et à peser sur la justice. Nous entendons lui laisser l'indépendance la plus absolue ; et s'il était
possible d'élever ici de nouvelles polémiques, ne pourrais-je pas aisément montrer de quel côté sont venus les actes, les paroles, les discours qui ont cherché à peser sur elle ? Est-ce de noire côté qu'on a outragé, accablé de dénonciations odieuses la plus haute des juridictions? [Applaudissements sur les mêmes bancs, — Internip lions à droite.)
Il a fallu — et Ton promettait alors le respect de la chose jugée — que toutes les chambres de la Cour de cassation se prononçassent, et Tarrêt n'était pas rendu qu'il était déjà attaqué, on peut dire diffamé. {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. — Bruit sur d'autres bancs.)
Et chaque jour on le présente, on affecte de le présenter comme lettre morte. Eh bien, nous, je Tai déclaré, nous aurons le respect de tous les arrêts et de toutes les sentences.
M. Julien Goujon (Seine-Inférieure). ^- Vous n'avez pas à vous en occuper ; c'est l'affaire du conseil de guerre.
M. LE Président. — Et vous, vous n'avez pas à donner en ce moment votre opinion, monsieur Goujon.
M. Julien Goujon (Seine-Inférieure). — Je demande la parole.
M. LE Président du Conseil. — Je n'ai qu'un mot à ajouter sur ce point : c'est que le Cabinet, par les actes qu'il accomplira, montrera si c'est,
oui OU non, une vaine promesse. [Interruptions sur divers bancs.)
M. LE Président. — C'est intolérable. [Exclamations à droite,) L'orateur ne peut pas prononcer une phrase sans ôtre interrompu. Je ne puis saisir des interruptions colleclives, et je vous prie, Messieurs, d'y mettre fin.
M. LE Président du Conseil. — Dans Tordre des mesures et des actes qui appelaient spécialement l'attention du Cabinet, et qu'il ne pouvait envisager qu'avec la plus grande discrétion et la plus grande réserve, il y a celles qui touchent à cet intérêt supérieur que, dans la déclaration ministérielle, nous avons salué. Et c'est ici que je veux dire, répondant à une question qui m'a été posée, pourquoi j'ai demandé, avec insistance, le concours de M. le ministre de la Guerre. [Mouvements divers.)
A droite, — Et celui du ministre de la Marine?
M. LE Président du Conseil. — C'est d'abord parce que tous ceux qui ont suivi avec quelque attention les dernières années de notre histoire savent comme moi qu'il n'est pas un général qui se soit incliné plus spontanément devant la Constitution. [Exclamations et inres sur divers bancs à T extrême gauche,^ à droite et au centre,) Ceux qui n'ont pas oublié 1877 savent que c'est en effet de ce côté [la gauche) que se trouvait le général de Galliffet. [Très bien I très bien! sur
L\ CONSTITUTION DU CAUINET 23
divers bancs à gauche. — Bruit à l'extrême ff miche.)
[M. Charles Bernard interrompt au milieu du bruit. )
M. LK Président, — Monsieur Charles Bernard, je vous rappelle à l'ordre avec inscription au procès-verbal.
M. LE Présidest du Conseil. — Je lui at demandé son concours, parce qu'il n'en est pas non plus qui, pour les autres et pour lui-même, ait été plus inflexible en matière de discipline. (Mouvements divers.)
M. LE GÉNÉRAL Jacquey. — Surtout pouf les autres!
M. LE Président du Conseil. — J'ai rru encore que, s'agissant de rappeler ces règles indispensables, les mesures pourraient être d'autant plus modérées qu'elles viendraient d'une aulorilé plus haute. (Exclamations ironiques sur dicers bancs. }
M. FiKMiN Falre. — De la tour Eiffel, par exemple.
M. LE Président. — Monsieur Firmin Faure, je vous prie de garder le silence. (Bi-uit.) Messieurs, vous n'étoufferez pas la voix de vos contradicteurs.
M. le Président du Conseil. — 11 suffit, à viai dire, après les déclarations qui vous ont été apporte'es, de vous faire remarquer que le Gouvernement n'a pas, lorsqu'il s'est formé, ren-
a LA DÉFENSE RÉPUBLICAINE
coniré Je compétitions bien vives... {Exclamations ironiques à droilfi. )
M, Julien Dumas. — Cela se comprend. Tous les dégoûts sont dans la nalurc !
M. LK Président DU Conseil. — . .. ce qui pourrait être une preuve suriisante des difficultés de la lâche qu'il allait entreprendre. {Très bien! trh bi<-n! à gauche.) Nous l'avons assumée. Vous savez dans quel esprit nous entendons la poursuivre. {Mouvements divers.)
Quoi qu'il en soit, et quelque parti que la Chambre prenne, j'aurai du moins fait tout mon devoir. [Vifs applaudissements à gauche et sur divers bancs à l'extrême gauche et au centre.) Et si quelque chose peut s'ajouter à cette considération, c'est, en loul cas aussi, j'imagine, que le temps écoulé n'a pas été perdu, que ceux qui condamnent notre méthode sont prêts à en proposer à la Chambre une dilférenle, et qu'en engageant leur responsabilité ils ne manqueront pas de dégager la nôtre. {Notiveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)
A r extrême gauche. — Vive la République!
— A bas la réaction!