LA TACTIQUE DE L'OPPOSITION
Chambre des députés. Séance du 2 ê décembre i 899. — Le budget de 1900 n'ayant pu être voté avant la fin de Tannée 1899, le Gouvernement demanda au Parlement deux douzièmes provisoires. M. Drake, député progressiste, fidèle à la tactique de l'opposition, qui consistait à harceler sans trêve le ministère de Défense républicaine, à tout propos et même hors de propos, reprocha au Gouvernement d'avoir empêché la Chambre de voler le budget en temps utile, en ne la convoquant que tardivement, et d'avoir compromis l'œuvre parlementaire du Sénat, en le saisissant d'un procès dont les débals « n'augmenteraient pas l'autorité des juges ». La querelle que l'on cherchait au Ministère n'était pas nouvelle : durant l'intersession, au mois de septembre, M. Méline avait tenté de créer un mouvement d'opinion en vue de provoquer la convocation anticipée des Chambres, ce qui aurait permis de demander compte immédiatement au Gouvernement de ses actes politiques ; mais l'accueil fait à ce projet avait obligé son auteur à l'abandonner.
La loi portant ouverture de deux douzièmes fut
.•i> LA DÉPENSE RÉPUBLICAINE
votée par 408 voix contre 51, après une réplique de * M. Wuldeck- Rousseau qui dénonça « Tanimosité et
^ rintolérance exceptionnelle de ses adversaires »
qui ne lui pardonnaient pas d'avoir ^( relevé les
ïif; insolents défis du Nationalisme ».
« Il y a entre nous, devait-il dire quelques mois plus tard (séance du 26 mars 1900), s'adressant à M. Lasserre, qui siégaitaux côtés de M. Méline, il y a entre nous un dissentiment ancien et profond. J'ai cru, nous croyons qu'il fallait faire appel à une politique exclusivement républicaine; nous n'avions le droit d'en exclure personne; ce n'est ni par notre faute, ni par notre fait, et c'est à notre grand regret qu'un certain nombre de républicains s'en sont euxmême exclus. »
Fi-
M. Waldeck-Rousseau, inésident du Conseil, ministre de f Intérieur et des Cultes, — Messieurs, je ne me propose pas, en montant à la tribune, de défendre le Gouvernement contre cereproclu», un peu nouveau et singulier, d'avoir une majori lé à la fois forte et lidèle. [Rires et applaudissements à gauche.)
Je ne me propose pas davantage de compléter les explications décisives qui ont été données par M. le ministre des Finances sur les circonstances qui font, au grand regret des ministères qui se sont depuis longtemps succédé, que le budget n'a pas pu être voté en temps utile.
Je voudrais faire remarquer que le ministère actuel a, tout au moins, cette fortune particulière que tout ce qui a paru jusque-là naturel et nor-
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mal prend, aussitôt qu'il s'agit de lui, une physionomie exceptionnelle et suspecte. [Applaiidissements et rires sur les mêmes bancs, — Inlerriiptions diverses. )
Permettez-moi de citer de nouveau quelques exemples; je le fais, je l'affirme très sincèrement, sans aucune arrière-pensée de critique. Le budget de 1897 n'a été voté que le 29 mars 1897...
M. Jules Méline, de son banc. — - Si on avait pratiqué contre vous... [Vives exclamations à gauche et sur divers bancs à V extrême gauche) la même obstruction que contre nous... [Nouvelles exclamations sur les mêmes bancs. — Applaudissements au centre. — Bruit.)
M. LE Président, 6'flrfr^55flw/ à F extrême gauche. — Je vous en prie, Messieurs, respectez-vous vous-mêmes en respectant vos adversaires. [Très bien! très bien!)
M. Méline a été mis en cause. [Briiitsur divers bancs à t extrême gauche.) Je voiis demande, je vous supplie, au nom de la liberté parlementaire, de l'écouter un instant. [Nouveau bruit.)
M. le Président du Conseil non seulement y consent, mais le demande. [Très bien! très bien!)
M. Jules Méline. — J'ai fait observer, parce que c'est la vérité, à M. le Président du Conseil, que jamais on n'a pratiqué conlre lui l'obstruction qu'on a pratiquée conlre npus... [Exclamations à gauche et sur divers bancs à l'extrême gauche. — Applaudissements au centre.)
o4 LA DEFENSE RÉPUBLICAINE
M. LE Président du Conseil. — Je continue.
Le budget de 1898 n'a été volé que le 7 avril 1898; je répète — et par là je donne satisfaction à l'honorable M. Méline — qu'étant données les circonstances, ce n'est pas moi qui aurais trouvé extraordinaire qu'il n'eût pas réussi h faire voter le budget dans les délais habituels. Mais il m'est bien permis de constater que le Gouvernement actuel s'est formé au mois de juin, qu'au mois de mai seulement le budget précédent venait d'être voté, et que s'il y a un ministère auquel on ne puisse pas adresser le reproche d'avoir pris de trop longs délais c'est à coup sûr le nôtre. [Applaudissements à gauche.)
• M. LK COMTE DE Lanjuinais. — Il avait été convenu que ce serait le même budget que le précédent, puisqu'il serait rapporté par la même commission.
M. LE Président du Conseil. — J'ai également le droit d'être surpris du contraste qui s'établit si naturellement entre certains actes et certaines paroles. On se plaint que le budget, cette année, n'ait pas été voté avec la même rapidité que celui que présentait M. Doumer; et que fait-on? On aurait pu, et c'est le droit et le devoir parlementaire, apporter ici, lorsque l'interpellation sur la politique du Gouvernement s'est débattue, toutes les attaques, toutes les accusations ; on a préféré une méthode moins directe, on a greffé- sur des discussions qui ne permettaient pas à la Chambre
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d'en être juge, des observations... (Vi/S amlaunièt ? ""• ~ ^^"^ P^'-^^^ P«-- M. Four-
vous prie de ne pas interrompre ''
M. LE Président DU Conseil. - ... des observatrdCïr-^-^-*^-^-^-erpel,:-
Il est dans le rôJe des ministères d'être atta qués par leurs adversaires et défendus par leu^; Z o'rdTT 'PP'^;'' généralement à Ja tribune cours de Lf" ''" '•' ''''™^' ''^^^ P^ ^^^ ^is-
ctie.) gu a-t-on discuté encore tout à l'heure à propos des douzièmes provisoires? La politique du (jouvernement... ^
M. Daddé. - Et il ne répond pas.
M. LE Président. - Messieurs, on a appelé directement M. le Président du Conseil à la tribune; permettez-lui de continuer son discours.
M. LE VICOMTE DE MoNTFORT. — H ne dit pas pourquoi le Gouvernement a convoqué la Chambre SI tard.
M LE Président. - M. le Président du Conseil conduit sa discussion comme il l'entend : vous devez respecter sa liberté. Les questions sont posées; laissez répondre. [Très bien! très bien')
M. LE Président du Conseu.. PermeJtez-moi
au moins de finir cette phrase... On discute la politique du Gouvernement après avoir pris soin | de dire qu'il s'agit de douzièmes provisoires, qui ne peuvent pas ne pas être votés; de sorte qu'on choisit avec d'autant plus d'empressement l'occasion qu'on n'est pas acculé à la nécessité de metlre la Chambre à môme de donner son approbation ou sa désapprobation aux actes du Gouvernement.
Il y a cependant un moyen. Aujourd'hui, il s'agit de voter les douzièmes provisoires. Vous dites qu'on ne peut pas ne pas les voter ; pardon ! vous pouvez parfaitement demander qu'on no vote qu'un douzième. [Applaudissements à gauche^ à r extrême gauche et sur divers bancs au centre.] Alors, vous manifesterez votre blâme et, une fois de plus, on pourra compter ceux qui. avec le Gouvernement, entendent défendre la République. ( Vifs applandissemeiits sur les mêmes bancs,)
M. Lasies prononce des paroles qui ne parviennent pas jusqu'au Bureau, — Bruit.)
M. LE Président. — Monsieur Lasies, je vous prie de ne pas interrompre; c'est inutile, car on n'entend pas vos paroles.
M. LE PRÉSIDENT DU Co.NSEiL. — Enfin , Messieuf?, il me paraît qu'un certain nombre de nos collègues, après l'honorable M. Drake, attachent une grande importance à ce que je réponde à une question qui a été posée. C'est aujourd'hui