poète (57, ^i, 80), poëte (61, etc
i. QUIKTIL SUR LE SECOND LIVRE DE LA DeFENSE ET ILLUSTRATION DE LA LANGUE FRANÇOISE.
Ce chapitre et tous les autres suivans de ce second livre ne conviennent au tiltre de ton œuvre, ains à la poésie, qui est non la défense et illustration de la langue Françoise, mais une espèce d'ouvrage en icelle langue : et n'est ne définition, ne espèce, ne partie, ne cause de la langue, mais un effect et un œuvre, non d'icelle langue, mais par icelle plus pour volupté acquis que par nécessité requis. Car pour bien parler, ou mettre par escrit en françoîs, je ne vouldroie escrirc ou dire à la forme des poètes, sinon quejevousisse' faire rire les gens, et se mocquer de moy en parlant poétiquement en propos commun, comme tu fais : mais plustost comme les bons orateurs françois, tant ceux qui ont escrit, que ceux qui ont à voix privée et publique tresbien dit, et encores tous les jours tresbien disent, es grandes cours impériales, royales, principales et seigneuriales, es grands conseilz, parlemens et ambassades, es conciles, assemblées des sages et bien parlans, es sermons et prédications, es consulatz, syndicatz et gouvcrnemens politiques : ou en tresbon et pur langage françois sont traitées et déduites diverses cboses graves et honnestes*, appartenantes et nécessaires à la vie commune et à la conservation de la socialité*des hommes, et non pas plaisantes folies et sottes amourettes, fables, et pfopos d'un nid de souriz en l'oreille d'un chat". Et pleut à Dieu que iceux sages et eloquens hommes tant defuntz que encores vivans (desquels les no'ms assez renommez je tais) eussent
a. 15C5: «ouZiUM.
b. 1565 : chotes gravei konneites.
c. Sœialité » esprit social. Lo mot est dans LiTTRi, Diet. et SuppL
d. Propos en l'air, roulant sur des absurdités. Allusion au proverbe : Jamais ne fut ni ne sera qu'une souris fasse son nid en l'oreille d'un chat (Le Roux de Lincy, Prov. franc. ^ I, 203).
voulu prendre le labeur de mettre par escrit leurs belles et bonnes et prudentes oraisons, harengues, actions, conseilz, sentences et paroUcs, en telle ou meilleure forme d'escriture qu'ils les ont prononcées à vive voix, ainsi que ont fait les orateurs, consulz, sénateurs et imperateurs grecs et romains. Car par iceux seroit mieux défendue et illustrée la langue françoise, que par la sutile janglerie * de la plus grande partie des poètes, qui pour ce à bon droit sont blasmez par frère Baptiste Mantuan, chaste et bon poète latin, aupoëme contre les cscrivains impudiques*, et pour semblable raison jadis rejetez de la republique platonique. Non toutefois que je vueille du tout refuser les poètes en Tillustration de la langue, comme celuy qui ay consumé*' ma jeunesse à la lecture dlceux : mais que 'je ne voudroie si sottement niquenocquer *, que de prendre le pyre pour le meilleur. Parquoy je conclu que tu en as prins une seule pièce : et nécessaire la moins usitée, la plus obscure, et la plus incognue de Tuniverselle armature françoise (qui estappellée et dite en grec TravoTcX^a, panoplie ) pour la défense et illustration de la langue françoise : et d'iccUe jointe à ton œuvre, impertinemment tu as fait tout un livre second. Tout ainsi comme si tu eusses proposé en tiltre, non par une défense et illustration, mais par un art poétique '. Ce que par tresbonne méthode tu as fait par un autre cy devant imprimé ■, et non nommé, ne par luy, ne par autruy, ne par reversions *, ne par lettres versales ', ne autrement. Auquel je porte honneur et amour sans nullement le cognoistre : et non par envie, faulseté, ou autrement, et encor combien que en son œuvre et livre de VArt Poétique Framboise ' a fraudé une partie de mes labeurs juvenilz, faitz et composez par mon entendement et savoir, depuis peu de temps en ça, et supprimez depuis plus de neuf ans, sur le neufieme livre, par trop grande crainte d'un Quintil ', et con-
a. Janglerie (et non jonglerie^ comme l'imprime Person) &= bavardage, caquetage (Goorfroy).
b. Battista Spagnolo, dit le Mantouan, poète néo-latin (1448-1516). Il s'agit du Contra pœtat impudice loquentea earmen (Rome, 1497, in-4).
c. loô5: eoruommé.
d. Mais que = mais c'est que.
e. QoDBPROY interprète : sottement se conduire. Je crois que niçtunoequer =a badiner, plaisanter (ëtymolôgie : le Jeu de la nienocgue onniquenoque [Rabelais, I, zxii], où l'on se donnait des chiquenaudes... pour rire).
f. JSic (1535 et 1556). Person corrige : « non pas une défense et illustration, mais un art poétique ».
g. 1555 et 1556: « tu as faict (fait) un autre par cy devant imprimé ». Person corrige, en conjecturant sans doute une transposition de par : « tu as faict par un autre cy devant imprimé ». J'adopte cette correction.
h. Lettres renversées, placées en sens inverse.
i. Lettres majuscules. — V. plus haut, p. 36, n. a.
j. Allusion à VArt Poétique François de Thomas Sibilet, qui parut anonyme en
k. Membre de phrase des plus obscurs, et que je renonce à comprendre. Aneau fait peut-être allusion à sa traduction do VArt Poétique d'Horace, dont il a parlé ci-dessus (p. 21).
piliers qui soutiennent Tedifice de chacune langue \ laissant celuy que j 'entens ' avoir été baty par les autres^, j'ay bien voulu *, pour le devoir en quoy je suys obligé à la patrie ^ tellement quellement^ ébaucher ''celuy qui restoit', espérant que par moy, ou par une plus docte
1. pilliers (62) — soutiennent (57, 69, 80), sonstiennent (61, etc.).
2. je entens (57, 80) — avoir esté (57-97) — basty (61-97 sauf 80).